Un soir à la Scala

Tosca

Par Jean Michel Pennetier | dim 02 Octobre 2016 | Imprimer

Maria Guleghina fut longtemps une Tosca très appréciée sur les plus grandes scènes lyriques. Sa voix, immense, triomphait de toutes les acoustiques, et la chanteuse était aussi capable de nuances bien venues. On retrouve ces qualités dans cette captation réalisée sur le vif lors d’une série de représentations à la Scala de Milan. Le timbre est chaud et riche, l’aigu solide (mais parfois un peu bas), et le soprano maîtrise aussi les piani. L’interprétation dramatique est juste, sans cet histrionisme qui vient parfois gâcher des répliques célèbres comme « Assassino ! ». Au sein d’une discographie riche en Tosca légendaires, Guleghina ne se hisse néanmoins pas au niveau des plus grandes, mais elle offre une interprétation intéressante. Salvatore Licitra connut une carrière météoritique : débuts à la Scala en Alvaro de La Forza del Destino sous la baguette de Riccardo Muti, remplacement rocambolesque de Luciano Pavarotti au Met en 2002, et décès en 2011 suite à une hémorragie cérébrale alors qu’il pilotait un scooter. Cet captation permet de le retrouver avec toute la générosité de son chant, son timbre solaire, un style plus efficace que raffiné mais qui faisait son effet en salle : un chanteur immédiatement sympathique. En baron Scarpia, Leo Nucci est un peu à contre-emploi. Ce spécialiste de Rigoletto sait à merveille camper les personnages tourmentés et pathétiques, mais le chef de la police de Rome n’offre pas cette palette de nuances. En bourreau sadique et pervers sexuel, Nucci n’est pas à son aise dramatiquement, et le rôle est sans doute aussi un peu trop grave pour ce baryton Verdi.

Riccardo Muti a renouvelé l’approche verdienne par ses interprétations. En ce qui concerne cette Tosca, on reste un peu sur notre faim : à l’exception de l’introduction orchestrale de l’acte III et de l’étonnante marche au peloton d’exécution avec ses glissando appuyés, sa direction est des plus classiques. Pour l’anecdote, signalons que ce tenant déclaré du respect absolu des partitions écrites (et parfois à tort) accepte ici un soprano adulte pour le rôle du pâtre (au lieu d’un soprano enfant) et ne rétablit pas la coupure des répliques de Scarpia et Tosca à la fin du « Vissi d’arte ». S'agissant d'un enregistrement sur le vif, la prise de son est correcte sans plus.

 

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