Une curiosité d’un compositeur à redécouvrir

Fedra

Par Yonel Buldrini | jeu 23 Octobre 2008 | Imprimer
Giovanni Paisiello connut une belle carrière allant de 1764 à 1808 et cette Fedra date du dernier tiers de sa longue liste riche de près de cent opéras. Infatigable (re)découvreuse d’opéras en tous genres, la RAI reproposait en 1958, cette environ soixante-dixième œuvre théâtrale du Maître de Tarente avec une distribution honorable, à commencer par le soprano Lucille Udovich chargé du rôle-titre. Il faut savoir en effet que l’artiste est passée à la postérité comme compagne de Franco Corelli non seulement dans une vibrante Agnese di Hohenstaufen enflammée par Vittorio Gui, mais aussi dans la Leonora d’Il Trovatore et rien moins que dans le rôle terrifiant de la Principessa Turandot ! En matière de chanteur d’opéra, le dicton "Qui peut le plus, peut le moins n’est pas valide" et pourtant, la cantatrice parvient à plier son timbre consistant et sa projection impressionnante aux dentelles de Paisiello… qui, il est vrai, pour ce personnage hors du commun, écrit des morceaux plus investis d’une particulière charge dramatique.
Si Renata Mattioli peine à séduire par son timbre criard, ce n’est pas le cas d’Angelica Tuccari que l’on retrouve dans bon nombre d’enregistrements de l’époque, une voix plus assurée, plus ronde et un chant plus en souplesse. Elle fait du reste face avec honneur aux ornements de la ligne vocale dans son deuxième air « Mille perigli insieme ». Evidemment, son timbre présente la minceur des voix-années-cinquante mais que rachètent une délicatesse, un soin dans l’émission et une grâce naturelle. On apprécie particulièrement son chant délicat et gracieux dans le duo avec Ippolito à l’acte II.
Ce dernier est précisément le ténor Agostino Lazzari, au beau timbre « plein » et chaleureux comme sa manière de chanter. On apprécie également la belle basse au timbre uni de Renato Cesari, mesuré et élégant dans la véhémence autant que sensible dans les moments de douleur. Les comprimari sont, comme toujours, des interprètes impeccables.
Angelo Questa fut l’infatigable conducteur de tant d’intégrales d’opéras avec les orchestres de la RAI et des chanteurs estimés tels Ferruccio Tagliavini, Gianni Raimondi, Giuseppe Taddei, Lina Pagliughi, Fedora Barbieri mais aussi les moins fêtés et tout aussi valeureux Clara Petrella, Giacinto Prandelli, Giuseppe Valdengo, Pia Tassinari, Giulio Neri… Il se montre ici avec la verve adéquate, ou prêt à faire sourdre la poésie de tel ou tel instrument voulue par Paisiello, et accompagne fort efficacement son équipe.
Bien sûr, un tel sujet délicat semblera traité avec une linéarité décevante (voire désespérante) à nos oreilles habituées à que « cela bouge », selon le rythme infernal que certains chefs d’aujourd’hui insufflent à des œuvres baroques croulant sous les perruques… mais reflètent-ils la conception du compositeur, lui-même bien emperruqué ? car enfin, le XVIIIe toujours de bon ton, dans la folie comme dans la passion amoureuse ou la tristesse, n’était pas le Romantisme libérateur de l’expression de la passion ! Il n’y a qu’à découvrir ce qu’un Donizetti faisait d’un tel sujet dans sa Fausta, quel frémissement il met sous la déclaration d’amour de la belle-mère à son beau-fils et quelle horreur mesurée mais vibrante contient la réponse de celui-ci.
L’écoute de cette Fedra est néanmoins agréable, l’œuvre étant évidemment garante de ce mélodisme chaleureux à l’italienne, qui la fera accepter avec joie par les anti-mozartiens (oui, cela existe), ouvrant leurs bras à Antonio Salieri, Domenico Cimarosa, Antonio Sacchini… et Giovanni Paisiello.
On remarque le prélude symphonique avant l’entrée de Teseo, d’autre part doté d’un air impressionnant mêlant intensité dramatique et sensibilité dans l’expression de la douleur. Il y a aussi un traitement intéressant des chœurs, dans les rares numéros qui leur sont consacrés, les faisant participer à l’action à la manière de Gluck. On note d’autre part un soin et un choix sensibles des instruments solistes se détachant de la masse orchestrale.
Le mérite d’Andromeda est avant tout de reproposer le document mais, si l’on peut se passer de notes, l’absence du livret –surtout pour un tel sujet- nous fait défaut, d’autant qu’il ne « court pas les rues » d’Internet, si l’on peut dire… et que le XVIIIe siècle est bien capable de faire se terminer une telle histoire de manière heureuse !
 
 

 

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