Vive Vierne !

Vierne : Spleens et détresses op. 38 - Piano Quintet op. 42

Par Laurent Bury | ven 27 Mai 2016 | Imprimer

En août 2015, Brilliant Classics publiait un disque consacré à Louis Vierne, réunissant des pièces pour piano interprétées par Mūza Rubackyté. La pianiste lituanienne revient pour ce qui deviendra peut-être une série, mais cette fois avec la complicité du Quatuor Terpsycordes pour le beau Quintette pour piano opus 42, ex-voto conçu après que le fils du compositeur eut été tué au combat, et qui pourrait à ce titre figurer dans l’ambitieuse entreprise du label Hortus, « Les  Musiciens et la Grande Guerre ». Ce morceau de musique de chambre d’une trentaine de minutes occupe la deuxième moitié de la galette, la première étant consacrée à un cycle de mélodies, Spleens et détresses, également daté de 1917. En 1997 et 2004, Mireille Delunsch avait gravé pour Timpani deux disques de mélodies de Vierne, avec Jean-François Kerdoncuff au piano, pour la plupart en premier enregistrement mondial. Il existe apparemment un coffret consacré au même œuvres, paru en 2009 chez Roddard, avec la soprano Corinne Orde et le pianiste Jonathan Cohen. Autant dire que les versions discographiques ne sont quand même pas pléthore, et que ce nouvel enregistrement n’est pas un luxe superflu.

On (re)découvre ici Vierne mélodiste, avec un choix de dix poèmes de Verlaine dont plusieurs avaient déjà fait l’objet de versions illustres, comme « Spleen » ou « Le Son du cor », auxquels Debussy avait fait un sort dans la dernière décennie du siècle précédent. Le compositeur a des choses à dire sur ces textes et, contrairement à ce que pourrait donner à craindre le côté lugubre du titre, réunit dans ce recueil des pages aux atmosphères variées : sarcasme de « Sérénade », passion brûlante de « Sapho », tempête de « Marine ». L’accompagnement pianistique est d’une grande richesse, et aucun pianiste ne s’y sentirait relégué au second plan. Avec de telles partitions, on comprend que Mūza Rubacktyé se soit prêtée au jeu, elle qui n’avait jusqu’ici guère enregistré avec des chanteurs.

Outre la contribution à la connaissance de Vierne mélodiste, particulièrement habile à mettre en musique ces dix poèmes de Verlaine, avec une variété de ton qui dément le côté lugubre du titre (on songe au sarcasme de « Sérénade »), ce disque a aussi l’avantage de mettre en avant une jeune chanteuse française entendue ici et là en France, mais dont la carrière entamée en Allemagne continue à se développer en outre-Rhin, avec Carmen à Stuttgart et Zurich cette année, et Fenena de Nabucco à Münich l’an prochain. Un CD Koechlin récemment paru chez Timpani donnait déjà à entendre le talent d'Anaïk Morel. Malgré ce que pourrait laisser penser le format voix et piano, ces pièces sont exigeantes et s’apparentent parfois plus au grand opéra teinté de wagnérisme qu’au morceau de salon. La mezzo n’hésite pas à donner de la voix, comme l’exige la partition, bousculant à juste titre la belle fluidité de son ample voix sombre pour rendre justice à l’expressivité du texte et de la musique.

 

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