N'ayez pas peur

Weiße Rose

Par Laurent Bury | mar 10 Novembre 2015 | Imprimer

Si le seul nom de Zimmermann vous fait frémir d’effroi, une précision essentielle s’impose : celui dont il s’agit ici n’est pas Bernd-Alois (1918-1970), à qui l’on doit l’opéra Die Soldaten, mais Udo, né en 1943. Conseiller dramatique de l’Opéra de Dresde à partir de 1970, directeur artistique de l’Opéra de Leipzig de 1990 à 2001, intendant général du Deutsche Oper de Berlin de 2001 à 2003, Udo Zimmermann accumule les responsabilités administratives, ce qui explique sans doute que son métier de compositeur soit peu à peu passé au second plan. On lui doit néanmoins six œuvres lyriques conçus entre 1967 et 1988. Son premier opéra, sur un livret écrit par son frère, fut Weiße Rose, qu’il révisa en 1986. Brilliant Classics réédite à présent l’enregistrement réalisé en 1988, d’autant plus opportunément que cet opéra sera présenté à Nancy en mai-juin prochain.

L’intrigue est réduite, voire inexistante, puisque l’opéra se déroule durant la dernière heure de vie de deux condamnés à mort : Hans Scholl, fondateur du mouvement de résistance « La Rose blanche », qui s’opposa au régime nazi, et sa sœur Rose. Il n’y a donc guère d’action dramatique à attendre, et le livret alterne monologues et duos inspirés de la correspondance de ces deux figures historiques, non sans emprunter à bien d’autres sources, victimes des camps ou écrivains est-allemands. Pour évoquer cet événement survenu l’année de sa naissance, Udo Zimmermann a composé une musique d’une redoutable force émotionnelle, qui échappe à toute mode musicale, mais où l’on entend parfois revenir des mélopées en forme de refrain populaire, ou passer l’ombre de Messiaen, de Kurt Weill : une partition de notre temps qui ne brutalise pas les voix, et qui se montre au contraire favorable à un véritable lyrisme.

Le compositeur dirige lui-même les instrumentistes du Musica Viva Ensemble Dresden dans cette œuvre d’à peine plus d’une heure. Les deux solistes sur lesquels repose l’opéra sont de parfaits inconnus, mais ils se montrent mieux qu’à la hauteur. Dans le répertoire contemporain, on s’est parfois habitué à accepter des voix peu séduisantes, qui ont le mérite d’assumer les difficultés dont sont hérissées certaines partitions d’aujourd’hui. Rien de tel ici, fort heureusement. La soprano Grazyna Szklarecka a la précision vocale requise sans aucune acidité dans le suraigu ni froideur dans le chant, avec au contraire la juste dose de vibrato nécessaire à rendre toute l’humanité de son personnage ; on regrette de ne pas en savoir plus sur cette artiste. On dispose en revanche d’un peu plus d’informations sur son partenaire. Interprète de Papageno et de Figaro, le baryton Frank Schiller s’est spécialisé dans le lied et l’oratorio ; moins véhémentes en général, les interventions de Hans (initialement prévues pour un ténor) sont peut-être moins impressionnantes que celle de Sophie, mais le chanteur y témoigne d’une belle sensibilité, y compris dans les différents passages parlés.

Après l’enregistrement, on a hâte de voir montée cette œuvre qui, par la construction même de son livret, constitue un défi pour son metteur en scène.

 

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