Zelenka so british

Motets

Par Nicolas Derny | ven 16 Novembre 2012 | Imprimer
 
Programme magnifique que ce récital entièrement composé de motets et de (deux) pièces instrumentales de Jan Dismas Zelenka. Souvent considéré (à l’emporte-pièce) comme le Bach tchèque – et admiré par le Kantor de Leipzig lui-même – l’artiste n’a jamais connu la même gloire, que son talent aurait pourtant largement justifiée. La cour de Dresde, qui l’emploie dès 1715 (comme contrebassiste, d’abord), n’a d’ailleurs jamais fait grand cas de son génie. Le temps est venu de le replacer sur le devant de la scène baroque, ce que l’actualité discographique semble enfin vouloir faire.
Le contre-ténor anglais  Alex Potter connaît bien Zelenka pour l’avoir souvent abordé au concert et participé à l’enregistrement de l’oratorio Il serpente di Bronzo ZWV 61 sous la direction d’Adam Viktora (Nibiru). Il construit le présent récital avec goût, l’entamant par le long et brillant Barbara, dira effera ! ZWV 164 dont l’interprétation appelle toutefois quelques réserves. Le bât blesse surtout dans la première des trois parties, Allegro assai e sempre fiero, où l’unité d’ensemble se trouve parfois mise à mal au profit d’effets ponctuels de théâtralisation – ce qui ne garantit pas pour autant la puissance dramatique.
La suite propose de belles qualités musicales mais est uniformisée par un certain flegme qui ne va pas à toutes les (sections de ces) partitions. Ainsi, là où la première partie du motet Alma Redemptoris Mater ZWV 126 séduit, le reste de l’œuvre (à partir de « succurre cadenti ») manque de fermeté et de volontarisme de la part du soliste – le miserere final tombe quant à lui dans le larmoyant. En revanche, on se laissera emporter par la tendresse du O magnum mysterium ZWV 171, alternative crédible à la récente gravure de l’alto Markéta Cukrova (Supraphon). Fleuron de l’album, la Lamentatio ZWV 53/6 fait montre d’une expressivité tout en retenue émue. Cette sublime partition est néanmoins loin d’être inédite au disque et a récemment été superbement gravée (également isolément) par Damien Guillon que les talents de « diseur » imposent de peu (Passacaille). Cependant, la pièce prouve que malgré son manque presque permanent d’engagement, le contre-ténor n’est jamais pris en défaut de sensibilité.
La direction de Dominik Kiefer est pleine de belles intentions rhétoriques (le basson presque « concertant » de Barbara, dira effira est malheureusement laissé trop en retrait) et le Capriccio Barockorchester de bonne tenue. La nonchalance omniprésente de Potter empêche probablement ce disque de se poser comme un récital incontournable ou d’envisager ne serait-ce que l’une de ces pièces comme une version « de référence ». Qu’à cela ne tienne, rien ici n’est raté ni indigne et le plaisir procuré par les perles enfilées par le soliste nous laisse même, malgré plus de 80 minutes de musique, un goût de trop peu. On ne lasse décidément jamais de Zelenka…
 
 

 

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