Contagieuse allégresse

Claudio MONTEVERDI : Vespro della Beata Vergine - Paris (Radio France)

Par Alexandre Jamar | dim 24 Octobre 2021 | Imprimer

Une représentation des Vêpres de la Vierge de Monteverdi est un événement véritablement jouissif. L'optimisme rayonnant de cet étourdissant festival vocal contamine immanquablement son auditeur, pour peu que l'œuvre soit servie avec ferveur. Et on ne peut guère reprocher à Leonardo García Alarcón d'en manquer pour cette création in loco à la Maison de la Radio.

Le titre de Vêpres cache une réalité un peu plus complexe : il s'agit d'un assemblage de pièces ayant plus ou moins à voir avec la Vierge, et étant publiées ensembles en 1610 par Monteverdi. On y retrouve pêle-mêle des psaumes, le Cantique des Cantiques, le Magnificat et bien d'autres sources liturgiques. A partir de ce recueil composite, chaque interprète est libre d'intégrer ou de retrancher tel ou tel mouvement (on entend ainsi rarement les deux Magnificats durant la même soirée).

L'autre problème soulevé par ces Vêpres est celui du lieu chargé de les accueillir. Quand le texte l'y invite, Monteverdi ne se prive pas de jeu d'écho (« Audi coelum ») ou d'opposition entre différentes masses chorales et instrumentales (« Nisi Dominus »), puisque les portes de la basilique Saint-Marc et de ses nombreuses chapelles lui étaient grandes ouvertes. La transposition littérale était-elle nécessaire à la Maison de la Radio ? Rien n'est moins sûr, puisque hormis quelques numéros où la distance entre les chanteurs est constitutive du discours musical, la spatialisation nous apparaît un peu artificielle. Pire encore, elle semble gêner les solistes et membres du chœur, qui ne savent plus par quelle porte entrer ni à quel moment sortir, et parasite l'attention du spectateur qui ne sait pas bien quoi penser de tous ces déplacements.

Ce léger bémol est d'autant plus regrettable que le reste de la soirée ne mérite que des éloges. Longuement sollicité, Valerio Contaldo emplit sans peine l'auditorium d'une voix de ténor au métal doré. On jalouse un peu une telle projection doublée d'une confondante facilité à vocaliser. Mathias Vidal est certes plus modeste dans ses moyens vocaux, mais son timbre de voix offre une alternance toujours bienvenue. On regrette cependant un « Nigra sum » où la ligne de chant se perd un peu dans de nombreux effets de style. Le même constat vaut pour Mariana Flores, dont la voix se prête admirablement au répertoire, mais dont la conduite musicale pêche par manque d'anticipation. On lui préfère la conduite claire et finement dessinée de Gwendoline Blondeel. Ses aigus filés et ses ornementations ductiles sont du meilleur effet dans le « Pulchra es ».


© François de Maleissye/Cappella Mediterranea

La Cappella Mediterranea ne manque pas de se démarquer dans ce qui passe pour être une œuvre avant tout vocale, rappelant ainsi que la « Sonata sopra Sancta Maria » est un solide morceau de verve instrumentale (la belle prestation de la Maîtrise de Radio France n'y passe pas inaperçue pour autant). D'une souplesse remarquable sous la battue parfois fantaisiste mais toujours claire de Leonardo García Alarcón, elle est un écrin idéal pour le plateau vocal.

Le Chœur de Chambre de Namur possède la couleur pleine et lumineuse qui convient idéalement à une telle partition. Manifestement convaincus par la musique qu'ils interprètent, les chanteurs n'ont aucune difficulté à transmettre l'allégresse aveuglante de la partition.

 

 

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