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	<title>Antonio LOTTI - Compositeur - Forum Opéra</title>
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	<title>Antonio LOTTI - Compositeur - Forum Opéra</title>
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		<title>Récital Franco Fagioli – Paris (Théâtre des Champs-Elysées)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-franco-fagioli-paris-theatre-des-champs-elysees/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 16 Oct 2025 04:03:00 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le public d&rsquo;Île-de-France a de la chance avec <strong>Franco Fagioli</strong> : depuis 2006 (<em>Tolomeo</em> au TCE), on a pu l&rsquo;entendre régulièrement à Paris, Versailles ou encore Poissy dans des opéras, le plus souvent en version concert, et dans nombre de récitals (une dizaine environ rien que ces dix dernières années). Ses apparitions accompagnées au piano font toutefois figure d’exception : pour nous, c’était en tout cas une première, et probablement aussi pour le chanteur. Comme on le sait, cet exercice est nettement plus ardu que celui d’un concert soliste avec accompagnement d’orchestre. La voix est pour ainsi dire mise à nu : le legato doit être impeccablement soutenu, les faiblesses éventuelles ou la méforme ne peuvent être dissimulées, etc. Par ailleurs, il n’y a pas de pièces orchestrales pour se reposer entre les différents morceaux. Enfin, dans la pratique, si l’artiste peut donner un peu moins de voix car il n’a pas a lutter contre la puissance d’un orchestre, il doit aussi chanter plus longtemps (ici, deux parties d’environ 47 et 50 minutes bis compris). Après plus de 20 ans de carrière internationale, ce format était donc un nouveau défi pour le chanteur. Pour ce concert, le contre-ténor argentin, a choisi un programme balayant trois siècles de musique, voire quatre en comptant les bis, démontrant une fois de plus son insatiable curiosité musicale et son intelligence à servir des répertoires différents et sans cesse renouvelés. </p>
<div>
<p>Le récital s’ouvre en douceur avec le <em>Seicento</em> italien et Francesco Cavalli. Le chanteur offre une voix charnue et sensuelle dans le « Delizie contente, che l’alma beate », extrait de <em>Giasone</em>, dans une interprétation d&rsquo;une douce poésie (créé par un ténor, le rôle est ordinairement chanté par des contraltos masculin ou féminin). Changement d’ambiance avec Alessandro Scarlatti et l’air brillant « Già il sole del Gange » extrait de l&rsquo;improbable <em>L’honestà negli amori. </em>De cet opéra, la postérité n&rsquo;a retenu que cet extrait, l&rsquo;air très secondaire d&rsquo;un page qui regarde se lever le soleil. Pour l&rsquo;anecdote, la distribution de la création est restée inconnue à ce jour : on ne sait donc même pas si ce page était un soprano féminin ou un castrat soprano. On retrouve ici le Franco Fagioli virtuose, mais avec aussi un bas médium un peu sec où la voix semble parfois accrocher, et des reprises de souffle un peu bruyantes. L&rsquo;aria « Intorno all’idol mio », tiré de l&rsquo;<em>Orontea </em>d&rsquo;Antonio Cesti (chanté à la création par un soprano féminin), suivi de la mélodie d&rsquo;Antonio Lotti « Pur dicesti, o bocca bella » combinent toutes deux des exigences dramatiques et belcantistes. L&rsquo;interprétation est là encore d&rsquo;une émotion contenue tandis que les nombreux trilles sont parfaitement battus, exercice dans lequel le chanteur excelle décidément comme personne. Fagioli sait également alléger son émission, par exemple pour exprimer la douceur d&rsquo;un baiser dans l&rsquo;ariette de Lotti. Premier morceau de bravoure de la premier partie, « Venti, turbini », extrait du <em>Rinaldo</em> de Haendel, créé par le castrat Nicolini, est pris à un tempo rapide rendant encore plus spectaculaire encore l&rsquo;agilité du contre-ténor, avec notamment une vocalise jusqu&rsquo;au si naturel (à vue de nez). Toutefois, la voix n&rsquo;est là encore pas toujours exempte de raucités dans le médium. Le magnifique « Sposa, non mi conosci », extrait de la <em>Merope</em> de Geminiano Giacomelli et écrit pour la castrat Farinelli, est interprété avec une émotion à fleur de peau. Le chanteur y fait preuve d&rsquo;une belle longueur de souffle, d&rsquo;un legato exceptionnel et de belles variations de couleurs. Après le XVIIe siècle, nous passons au classicisme mozartien avec <em>La Clemenza di Tito</em> et à un autre morceau de bravoure pour clore la première partie, « Parto, parto ». Le rôle de Sesto est aujourd&rsquo;hui chanté par des mezzo sopranos féminins, mais il fut créé par le castrat Domenico Bedini : en attendant une évolution sociétale peu probable, un contre-ténor y est donc tout aussi légitime aujourd’hui qu’un mezzo traditionnel. <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lopera-seria-pris-au-serieux/">Fagioli connait bien l&rsquo;œuvre pour l&rsquo;avoir déjà chantée intégralement</a>. Il y offre une nouvelle fois une composition remarquable, tour à tour tragique dans la déclamation et agile dans l’émission : une virtuosité sans faille qui n’est jamais gratuite ou prosaïquement hédoniste, mais toujours au service de la construction dramatique du personnage et de la représentation de la complexité de ses sentiments.</p>
</div>
<p>La seconde partie est consacrée au répertoire du XIXe siècle. Fagioli chante avec finesse des mélodies de Bellini puis Donizetti : quoique charmante, l’interprétation de telles pages par un contre-ténor reste toutefois un brin exotique comparée au naturel d’une voix traditionnelle italienne. Extrait de <em>La Donna del Lago</em> de Gioachino Rossini, « Mura felici » est le premier morceau de résistance de la seconde partie. Rappelons que le rôle de Malcom fut écrit pour mezzo-soprano et non pour contre-ténor. Franco Fagioli y est certes nettement plus en voix que lors de son récent Arsace de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-semiramide-rouen/"><em>Semiramide</em></a> (un autre rôle de mezzo), mais, même impeccable de virtuosité et frémissant d&rsquo;une émotion tout en finesse, le chanteur pâtit nécessairement de la comparaison avec les grandes références du passé, aux voix plus larges et avec davantage de rondeur dans le médium (Marilyn Horne, pour ne pas la citer). Reconnaissons toutefois que son puissant double si naturel conclusif est d&rsquo;une audace confondante ! Concluant le récital, l’extrait de l&rsquo;<em>Andronico</em> de Saverio Mercadante, écrit pour le castrat Giovanni Battista Velluti, est totalement convaincant et enthousiasmant, la scène étant conclue cette fois par un spectaculaire contre-ut.</p>
<p>Michele D’Elia offre un accompagnement presque fusionnel avec le chanteur. Deux pièces solistes nous permettent de mieux gouter son talent : la sonate K347 de Domenico Scarlatti, tour à tour vive et poétique, et la réjouissante (pour peu que l’on connaisse bien l’œuvre de Gioachino Rossini) « Marche et réminiscences pour mon dernier voyage » extraite de ses <em>Péchés de vieillesse pour piano</em> : une sorte de <em>Tableaux d&rsquo;une exposition</em> dans laquelle le compositeur s’autocite en passant en revue quelques unes de ses mélodies les plus célèbres, tout en les détournant avec son ironie habituelle.</p>
<p>Deux bis viennent un peu faiblement compléter le programme. Beaucoup découvriront le compositeur argentin Carlos Guastavino au travers de sa mélodie « La rosa y el sauce » : la musique en est agréable mais une introduction exposant le thème du poème n’aurait pas été superflue pour l’apprécier davantage (1). Venant clore la soirée, le tube « Non ti scordar di me » n’apportera pas grand chose à la gloire du chanteur, d’autant qu’il n’est pas ici porteur d’un double sens comme lorsqu’il est interprété <a href="https://www.youtube.com/watch?v=JK1FmkaApko">par des chanteurs en fin de carrière</a> : la mélodie d’Ernesto de Curtis sera toujours mieux défendu par des voix au timbre plus corsée, des chanteurs qui ne reculent pas devant un surcroit de sentimentalisme, tandis que l’art de Fagioli est d’abord fait de virtuosité, de délicatesse et d’élégance, comme il nous l&rsquo;aura une fois de plus prouvé à l&rsquo;occasion de ce récital.</p>
<p>On signalera, pour le regretter, un horaire inhabituel, à rebours des habitudes du public parisien.</p>
<pre><span style="color: #080809; font-family: inherit;">1. On se plaint que le grand public fuit désormais les récitals avec piano, sauf stars à l’affiche. Force est de constater que l'on ne fait pas grand chose pour l’aider à revenir. Autrefois, les <em>Lundis de l’Athénée</em> permettait de suivre les concerts, salle partiellement éclairée, avec une feuillet imprimé dont les spectateurs tournaient bruyamment les pages. C</span><span style="color: #080809; font-family: system-ui, -apple-system, BlinkMacSystemFont, .SFNSText-Regular, sans-serif;">’</span><span style="color: #080809; font-family: inherit;">était un moindre mal et un surtitrage systématique serait aujourd'hui plus efficace : on ne peut raisonnablement attendre du public qu’il connaisse toutes les mélodies de la terre ou qu’il comprenne toutes les langues, à supposer d’ailleurs que le chanteur soit constamment intelligible !</span></pre>
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		<title>HAENDEL-LOTTI, Dixit Dominus, par Jonas Descotte et les Argonautes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/haendel-lotti-dixit-dominus-par-jonas-descotte-et-les-argonautes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 31 Oct 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On sera peut-être désarçonné d’entendre cet illustre Dixit Dominus de Haendel que l’on a dans l’oreille par de vastes chœurs, donné ici à une voix par partie et par un ensemble orchestral restreint à deux violons, deux altos, un violoncelle, une contrebasse et un orgue. Version chambriste bien éloignée de toutes les lectures (Gardiner, Christophers, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On sera peut-être désarçonné d’entendre cet illustre <em>Dixit Dominus</em> de Haendel que l’on a dans l’oreille par de vastes chœurs, donné ici à une voix par partie et par un ensemble orchestral restreint à deux violons, deux altos, un violoncelle, une contrebasse et un orgue. Version chambriste bien éloignée de toutes les lectures (Gardiner, Christophers, Haïm) qui semblent dans leur ampleur préfigurer le <em>Messie</em>. Tel un restaurateur de tableaux, <strong>Jonas Descotte</strong> efface plusieurs couches de vernis. Le résultat, «&nbsp;historiquement informé&nbsp;», est aussi convaincant que surprenant. Selon nous, bien sûr.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Descotte-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-175459"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Jonas Descotte ©&nbsp;DR</sub></figcaption></figure>


<p>Ce <em>Dixit Dominus</em> composé à Rome par un Haendel de vingt-deux ans qui effectuait son Grand Tour et qui voulait éblouir ses mécènes par sa science contrapuntique précoce, lui un Luthérien s’aventurant en terre catholique, fut-il créé comme le dit la tradition par des troupes considérables (une trentaine de choristes), c’est la question que pose Jonas Descotte. Qui fait remarquer que, si cette création a été grandiose, il est étonnant que n’ait été conservé aucun témoignage d’auditeurs qui auraient assisté à l’événement.</p>
<p>Et s’il avait été créé seulement par une douzaine d’interprètes, chanteurs et instrumentistes, comme c’est ici le cas ? Jonas Descotte s’appuie sur le fait que Haendel s’était vite lié avec Antonio Lotti, âgé de quarante ans à l’époque, fameux compositeur vénitien et futur maître de chapelle de Saint-Marc. Or, dans ces années-là, Lotti, maître de chapelle de la Scuola dello Spirito Santo, donne un <em>Dixit Dominus</em> en <em>sol</em> mineur, avec justement les douze qu’on vient de dire. Si un compositeur réputé se contentait d’un effectif aussi modeste, dont il tirait des effets remarquables, on peut imaginer qu’un quasi-inconnu venu d’ailleurs ne pouvait guère prétendre à davantage.</p>
<p>Et que l’admiration que le jeune Saxon éprouvait pour Lotti avait pu le convaincre de tenter la même gageure. Jonas Descotte propose donc ici de faire se côtoyer la partition de Lotti et celle de Haendel revenue à son hypothétique forme initiale et dépouillée de toutes les déploiements que le XVIIIe siècle (car la partition, chose remarquable, fut rejouée après sa création) et le XIXe lui adjoignirent.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img decoding="async" width="973" height="584" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Argonautes.jpg" alt="" class="wp-image-175431"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Les Argonautes © Julie</sub> <sub>Cherki</sub></figcaption></figure>


<p>Au-delà de ces suppositions, c’est bien sûr l’interprétation des <strong>Argonautes</strong> (dont c’est le deuxième CD après un remarquable <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/didon-et-enee-par-jonas-descotte-et-les-argonautes-jonas-descotte-se-souvenir-de-ce-nom/">Dido &amp; Æneas</a>), énergétique, nerveuse, articulée, astringente, qui emporte l’adhésion.</p>
<h4><strong>Jarret tendu</strong></h4>
<p>Le tempo du <em>Dixit Dominus</em> initial, plutôt raisonnable par rapport à d’autres lectures qui courent la poste, installe cette vaste cathédrale dans la clarté. Des voix non vibrées, voire un peu acidulées, confèrent à la savante architecture sonore une verdeur nouvelle. Juvénile, avec un rien d’insolence, le jarret tendu, éclairée de notes hautes des sopranos jaillissantes et de fusées acérées des violons, la musique avance constamment, scandée avec vigueur, sans souci d’émousser ses pointes.</p>
<p>Rayonnante, <strong>Anthea Pichanick</strong> illumine le <em>Virgam virtutis tuæ</em> de la beauté de son timbre d’alto, dialoguant avec le violoncelle de Maguelonne Carnus et l’orgue d’Emmanuel Arakelian. avant que ne s’élève la voix si claire de <strong>Camille Allérat</strong> dans le <em>Tecum principium</em>.</p>
<p>Mais ce sont les frottements audacieux des cinq voix assemblées dans le <em>Juravit Dominus</em>, puis dans le <em>Tu es sacerdos</em>, là encore sans peur d’une certaine verdeur, qui mettront en évidence à nouveau la conception de Descotte, un goût du tranchant, du net, de l’incisif. Sur le tempo imperturbable du continuo.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img decoding="async" width="1000" height="600" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/descotte.jpeg" alt="" class="wp-image-175458"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Jonas Descotte © DR</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un je ne sais quoi de sauvage</strong></h4>
<p>Étonnant, irrésistible, le <em>Judicabit</em>, autre nef flamboyante, d’une vigueur presque sauvage (après tout c’est l’effrayante évocation du Jugement dernier) progressant depuis sa fugue initiale, presque paisible, interrompue d’épisodes hardis, jusqu’à l’accelerando final. Descotte y poursuit farouchement son assaut contre une certaine rondeur haendelienne traditionnelle…</p>
<p>La tendresse du <em>De torrente</em>, la fusion idéale des deux voix de sopranos, <strong>Julie Roset</strong> et Camille Allérat, aériennes l’une et l’autre, mettront un peu de douceur (mais sans alanguissement) dans toute cette électricité. Bref repos avant un <em>Gloria</em>, lui aussi d’un tempo raisonnable, et constamment lisible dans sa construction fuguée. De l’intrusion du <em>Sicut erat</em> jusqu’à la fugue du <em>In sæcula</em>, implacable et cinglante, l’audace de ce jeune Haendel sidère, comme impressionnent l’originalité de la lecture des Argonautes et l’acuité de leur interprétation, impeccablement réalisée.</p>
<p>Entendu juste après celui d’Haendel, le <em>Dixit Dominus</em> d’Antonio Lotti peut en effet à bon droit passer pour une source d’inspiration. Certes très sage, policée, sans extravagances. Son <em>Incipit</em> un peu convenu, d’une écriture fuguée solide, son beau <em>Judicabit</em> aux chromatismes angoissés/angoissants, son <em>De torrente</em> douloureux alliant la voix du ténor (<strong>Maxence Billiemaz</strong>) à celle de l’alto, son <em>Sicut erat</em> fugué, tout cela montre un métier sérieux, mais ne glace pas le sang comme fait Haendel, et d’ailleurs les Argonautes y semblent se brider aux-mêmes.</p>
<p>Le <em>Crucifixus</em> à 5 les inspirera davantage, bel exemple d’écriture polyphonique savante, mais émouvante, soutenue par un orgue solitaire. Musique émouvante, recueillie, que l’entente des cinq solistes rend parfaitement lisible, dans son écriture horizontale, comme dans les harmonies parfois étonnantes que ménage l’écriture verticale.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/les-argonautes-web-23-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-175434"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Les Argonautes © Julie Cherki</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un Miserere charmeur ?</strong></h4>
<p>Mais surtout, d’Antonio Lotti, ce qu’on découvrira, je pense, avec beaucoup de plaisir, c’est le <em>Miserere</em> en <em>ut</em> mineur, partition peu enregistrée, écrite pour quatre parties (SATB). La source unique en est une copie manuscrite de la main de Johann Simon Mayr (1763-1845) conservée à la Civica Biblioteca de Bergame, éditée par Ben Byram-Wigfield.</p>
<p>Là aussi le parti pris est de n’utiliser qu’une voix par partie, et Julie Roset et Camille Allerat se partageront les soli de soprano. L’esthétique légère adoptée par Jonas Descotte convient parfaitement à cette partition aux couleurs changeantes, enchaînant de courtes pièces, d’une plume séductrice. On est à Venise. La piété est à l&rsquo;unisson des plafonds de Tiepolo, souple de ligne et n’appesantissant jamais. Et si l’Incipit adopte des couleurs blêmes et tragiques, Lotti n’a garde de s’y embourber : dès le <em>Et secundum</em> qui suit, la palette et le tempo s’allègent et les deux voix mâles brodent l’une sur l’autre, portées par un orgue badin.</p>
<p>On pense souvent à Vivaldi, contemporain parfait de Lotti (et leurs biographies se ressemblent passablement : origines modestes, débuts dans le cercle de San Marco, carrière partagée équitablement entre répertoire sacré et production prolifique d’opéras (une cinquantaine pour Vivaldi, une trentaine pour Lotti), peu de voyages loin du bassin de Saint-Marc).<br />C‘est ainsi que l’<em>Amplius lava me</em>, sans trop se soucier du sens du texte (« Lave-moi de mon iniquité et purifie-moi de mes péchés ») devient une manière de duo amoureux entre le soprano et l’alto (Camille Allérat et Anthea Pichanick)…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="600" height="421" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/les-argonautes-jonas-descotte-roset-allerat-pichanick-billiemaz-mazurov-dixit-dominus-Cover-Art.jpeg" alt="" class="wp-image-175433"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Visuel du cd © Julie Cherki</sub></figcaption></figure>


<p>Comme s’il se souciait de ne pas lasser, Lotti essaye toutes les combinaisons possibles : solo du soprano auquel répondent les trois autres, duo de voix féminines, duo de voix masculines, sans compter les dialogues entre voix et instruments. Ainsi le ravissant <em>Tibi soli peccavi,</em> où le premier violon entrelace de ses volutes la voix de Julie Roset. Procédé qu’on retrouvera dans l’<em>Asperges</em> avec de beaux mélismes de Camille Allérat (Lotti avait épousé le soprano Santa Stella, qu’on disait excellente dans les tempos lents), avant que le tempo rapide de l’<em>Auditui meo</em> ne réveille l’oreille de l’auditeur dans un <em>fugato</em> à trois voix écrit d’une plume cachant la science derrière la <em>sprezzatura</em>. On y distingue bien, notamment, la souplesse et la précision de la basse <strong>Ilia Mazurov</strong>. Et c’est sur un rythme de barcarolle que l’<em>Averte</em> accompagné au théorbe mettra en valeur le timbre chaud d’Anthea Pichanick.</p>
<h4><strong>Surprendre</strong></h4>
<p>Esthétique de la surprise où à la soudaine ferveur du <em>Cor mundum crea in me</em>, une prière dont l’écriture polyphonique semble se souvenir de Monteverdi, succède un pimpant <em>Redde mihi lætitiam</em>, joyeux en effet. Où les rythmes pointés du <em>Libera me</em> le plus aérien qui se puisse concevoir sont suivis d’un <em>Domine labia mea</em> sensuel par l’alto, puis d’un <em>Quoniam si voluisse</em> de tout l’ensemble, voix et instruments, quasi opulent mais ne durant que 1’12’’…</p>
<p>Humour du <em>Sacrificium Deo spiritus</em> qui semble préfigurer le Rossini de la <em>Petite messe solennelle</em>, sentimentalisme du <em>Benigne fac</em> <em>Domine</em>, avant l’ultime canon du <em>Tunc acceptabis sacrificium</em> qui a lui aussi l’élégance de ne pas plomber l’atmosphère… Tout cela pourrait évidemment être donné par un chœur et un ensemble nombreux, mais l’alacrité, la légèreté de touche du groupe réuni autour de Jonas Descotte nous semblent rendre compte avec grâce de l’esprit de cette musique. Esprit paradoxal, puisqu’il s’agit d’un psaume d’affliction…</p>
<p>Une affliction comme celle-ci, on est preneur.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/haendel-lotti-dixit-dominus-par-jonas-descotte-et-les-argonautes/">HAENDEL-LOTTI, Dixit Dominus, par Jonas Descotte et les Argonautes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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