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	<title>Dmitri CHOSTAKOVITCH - Compositeur - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Mon, 15 Dec 2025 12:30:58 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Dmitri CHOSTAKOVITCH - Compositeur - Forum Opéra</title>
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		<title>CHOSTAKOVITCH, Lady Macbeth de Mzensk &#8211; Milan (streaming)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/chostakovitch-lady-macbeth-de-mzensk-milan-streaming/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 12 Dec 2025 16:18:49 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Par chance cette production puissante et magnifique de l’opéra de Chostakovitch aura été captée en direct par la Rai et reste disponible via Arte Concert.Belle audace de la Scala que de choisir Lady Macbeth pour l’ouverture de sa saison (et pour la toujours très cossue Saint-Ambroise) et de la confier de surcroît au jeune encore &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par chance cette production puissante et magnifique de l’opéra de Chostakovitch aura été captée en direct par la Rai et reste disponible via Arte Concert.<br />Belle audace de la Scala que de choisir <em>Lady Macbeth</em> pour l’ouverture de sa saison (et pour la toujours très cossue Saint-Ambroise) et de la confier de surcroît au jeune encore (42 ans) metteur en scène <strong>Vasily Barkhatov</strong>, très actif en Russie d&rsquo;abord puis dans le monde germanique, mais qui ne faisait que récemment ses débuts en France a<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/moussorgski-boris-godounov-lyon/">vec le <em>Boris Godounov</em> de l’Opéra de Lyon</a>.</p>
<p>À l’issue de la première, c’était un beau spectacle de voir l’orchestre de la Scala applaudir debout un <strong>Riccardo Chailly</strong> * rayonnant, lui qui sans nul doute avait milité pour ce choix, le cinquantenaire de la mort du compositeur n’étant, dit-il, qu’un prétexte pour monter une œuvre essentielle pour lui, et l’occasion pour son orchestre de donner une prestation « fébrile et maléfique » (ce sont ses mots).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="601" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2025-12-10-a-09.47.19-1024x601.png" alt="" class="wp-image-205029"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Capture d&rsquo;écran</sub></figcaption></figure>


<p>La Scala a de toute évidence cassé sa tirelire et déployé le grand jeu pour un opéra qu’elle n’a pas représenté très souvent. On se souvient d’une production (en italien) avec Inge Borkh sous la direction de Nino Sanzogno en 1964, puis de la version originale dirigée en 1992 par Myung-Whun Chung, mise en scène par André Engel avec Mary Jane Johnson, puis de la production de 2007 par Richard Jones dirigée par Kazushi Ono avec Evelyn Herlitzius et Anatoli Kotscherga. Nul doute que la version 2025 restera dans les annales.</p>
<h4><strong>Colossal !</strong></h4>
<p>Tout commence dans la maison d’un riche marchand, Boris Timofeyevich Izmailov. ici, tout est tellement surdimensionné, l’immense salle de réception, les lustres, le personnel innombrable, cuisiniers, femmes de chambre, domestiques en tous genres, qu’on a le sentiment qu’on est plutôt chez un apparatchik haut de gamme à l’époque stalinienne.</p>
<p>L’essentiel du plateau est occupé par un hall luxueux, très 1930. Marbres, marqueteries, grandes verrières, balustrades en fer forgé, le vocabulaire Arts-Décos a largement inspiré le scénographe <strong>Zinovy Margolin</strong>. Un spectaculaire balcon en forme de pont roulant, sur lequel apparaîtra parfois une fanfare militaire de cuivres en uniformes blancs, se met en mouvement et modifie les perspectives.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/una-lady-macbeth-prove-4--1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205033"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Brescia e Amisano</sub></figcaption></figure>


<p>Du côté gauche, un énorme praticable glisse pour venir occuper la scène : sur deux étages, ce sont les espaces privés, l’arrière-boutique peu reluisante. Avec tout en haut les cuisines où sera employé Sergueï, et en dessous, une manière de bureau crasseux, le lieu des secrets, des manigances sordides de Boris et des amours clandestines de Katerina. Un coffre-fort, un bureau, un lit sinistre, des toiles d’araignées sur les vasistas jaunâtres. On ne lésine pas sur les détails réalistes. Esthétique très cinéma (comme pour les costumes).</p>
<p>À intervalles réguliers, une trappe s’ouvre au centre de l’avant-scène et, des tréfonds, monte une petite table d’interrogatoire : le lieutenant de police y cuisine les témoins de l’affaire en prenant des notes. Les fiches de police, les empreintes digitales sont projetées en très grand sur un rideau, et les interrogés ont les doigts noircis par le tampon encreur. Un détail que la salle ne voit pas, évidemment, mais les caméras oui, qui captent le moindre détail de jeu. Très cinéma lui aussi.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/una-lady-macbeth-prove--1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205043"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Sara Jakubiak et Oleg Budaratskiy © Brescia e Amisano</sub></figcaption></figure>


<p>Tout est vrai. Naturaliste. Le style ici, c’est en somme de ne pas styliser. Pas plus que sur le tape-à-l’œil de cet antre de parvenu (ou de puissant du régime), on ne lésine sur les détails vulgaires, sur les cravates moches ni les sentiments frelatés, sur les laideurs physique ni les laideurs d’âme. Chacun pourra y voir les allusions politiques qu’il voudra.</p>
<h4><strong>La fluidité de la fatalité</strong></h4>
<p>La mise en scène de Vasily Barkhatov ne respecte pas forcément le découpage du livret, mais elle atteste d’une lecture en profondeur de la partition, utilisant notamment les nombreux interludes musicaux pour mettre en image des scènes de transitions, et d’abord les comparutions devant le policier d’Aksinia, Sergueï, du Pope, etc.<br />Ainsi le premier monologue de Katerina devient-il sa réponse au policier qui l’interroge, un policier qui sera toujours là, stylo en main, quand elle entrera dans la salle à manger tout en continuant son récit (son premier lamento, et il y en aura beaucoup, où <strong>Sara Jakubiak</strong> déploiera toujours une superbe ligne de chant, extrêmement musicale en même temps qu’intensément sincère).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="942" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/una-lady-macbeth-prove-7--942x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-205044"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Sara Jakubiak © Brescia e Amisano</sub></figcaption></figure>


<p>Barkhatov travaille beaucoup la fluidité, et c’est sur un contrechant de basson, d’une goguenardise très Chostakovitch, qu’apparaîtront Boris, son beau-père, et Zinovy, son piètre mari.</p>
<p>Entouré d’un quarteron de pope et de militaires, <strong>Alexander Roslavets</strong> dessine Boris en homme de pouvoir autoritaire plutôt qu’en marchand libidineux, un tyran familial humiliant son fils, gros garçon impuissant, qui n’a pas encore réussi à donner un héritier à la dynastie (<strong>Yevgeny Akimov</strong> joue habilement de son physique pataud) et sa bru « froide comme un poisson ».</p>
<p>Tout de suite se remarque avec quel naturel, quelle fluidité Riccardo Chailly passe d’un ton de conversation (peu aimable, certes !) et de l’écriture chambriste des commentaires de l’orchestre (prédominance des bois), à un chœur démesuré de femmes de chambre, de cuisiniers, de sbires de tous poils (décidément Boris est davantage un oligarque qu’un marchand de farine).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/una-lady-macbeth-prove-5--1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205034"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>à gauche Alexander Roslavets (Boris) © Brescia e Amisano</sub></figcaption></figure>


<p>&#8230; Avant de faire hurler toutes les couleurs de l’orchestre quand à l’étage des cuisines la soubrette Aksinia se fera quasiment violer par une brigade déchainée, une bonne trentaine de bonshommes dont le moins agressif n’est pas Sergueï (on apprendra qu’il s’est fait chassé de sa place précédente pour avoir fauté avec la patronne), Sergueï qui va mettre son grappin sur Katerina.</p>
<h4><strong>Une esthétique naturaliste</strong></h4>
<p>À peine aura-t-elle chanté le superbe lamento où elle dit toute sa frustration,« Le poulain court après la jument », et où Sara Jakubiak est magnifique sur les longues tenues lancinantes des cordes graves, que Sergueï partira à son assaut, une scène de séduction finissant en viol, que Barkharov leur fera rejouer, tous deux menottés, sous les yeux du policier et de ses acolytes (déchaînement orchestral jusqu’à un glissando de trombone explicite). Naturalisme à nouveau.</p>
<p>De même que la scène de beuverie à la vodka du deuxième acte sur fond de valse sarcastique, où Alexander Roslavets peut d’abord déployer sa belle voix, avant que dans un crescendo formidable s’y mêlent les râles amoureux de Sergueï et Katerina, puis l’entrée du chœur des ouvriers et que tout finisse par une séance de fouettage d’une brutalité glaçante (furie de l’orchestre et lamentations désespérées de Katerina &#8211; Sara Jakubiak trouve le moyen de chanter sans crier).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="668" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Sans-titre-5-1024x668.png" alt="" class="wp-image-205031"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Sara Jakubiak et Najmiddin Mavlyanov (Sergueï) &#8211; Capture d&rsquo;écran</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un sordide assumé</strong></h4>
<p>On évoquait la fluidité des changements de climat dans la fosse. Pour ce qui est de la scène, on pourrait parler de fluidité dans le sordide : le coup de téléphone de Boris rappelant son fils, les ponctuations lancinantes des contrebasses, le récit de Katerina au policier, la scène des champignons empoisonnés, la mort du tyran que vient bénir un cuistot déguisé en pope (le vrai étant ivre mort), écho sardonique à Moussorgsky et à tous les Kremlins. Comme le cercueil rouge abandonné dans un coin et la fanfare des obsèques (somptueuse page orchestrale).<br />Tout s’enchaîne dans une esthétique hyper-réaliste s’appuyant sur l’écriture très cinéma de Chostakovitch.</p>
<p>Grand soprano lyrique, Sara Jakubiak (qui à son répertoire a aussi bien Salomé que Sieglinde, Elisabeth qu’Ariane) dessine une Katerina puissante et libre. Si intenses soient les situations (par exemple son quasi viol par le fantôme de Boris), la maîtrise vocale reste impeccable, la ligne tenue, toutes les couleurs du rôle, le lyrisme amoureux, l’ironie, la violence, bientôt la douleur et le désespoir, sont tour à tour éclairées.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/una-lady-macbeth-prove-11--1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205040"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Le cercueil de Boris © Brescia e Amisano</sub></figcaption></figure>


<p>Les scènes d’action ne sont pas moins virtuoses, et d’abord le deuxième assassinat, celui du mari, Zinovy, revenu de sa tournée, étouffé sous un coussin par le couple maudit, un autre exploit du jeune Chostakovitch (24 ans), qui semble avoir déjà trouvé sa voix propre : du solo de violon un peu sentimental de l’attente jusqu’au déferlement furieux de l’orchestre, en passant par le tragico-goguenardo-grinçant quand l’amant sort de l’armoire où il s’était caché ou quand, jolie trouvaille du metteur en scène, on se débarrasse du cadavre en le fourrant dans le coffre-fort.</p>
<h4><strong>Les fantômes du remord</strong></h4>
<p>La scène du mariage commence avec le brillant numéro aviné de ce personnage qu’on appelle traditionnellement « le balourd miteux » (« pauvre diable » serait une meilleure traduction de <em>zadripannyy muzhichok</em>), le souffre-douleur bedonnant et touchant de Boris. <strong>Alexander Kravets</strong>, spécialiste du rôle, excelle dans le registre pathético-bouffon. C’est un de ces petits rôles que Barkhatov dessine attentivement, dans une subtile balance entre cruauté et dérision. La scène permet aussi d’entendre le beau timbre du chef de la police (<strong>Oleg Budaratskiy</strong>) et un chœur de soldats fortement charpenté par un <strong>Coro della Scala</strong> comme toujours éclatant.<br />Et sur un autre interlude musical étonnant de variété (avec une trompette solo évoquant le premier Concerto) entrera une escouade de dames 1930 (longues robes satinées et renard sur l’épaule), ambiance bal chez Staline.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="560" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2025-12-12-a-16.00.30-1024x560.png" alt="" class="wp-image-205127"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Le fantôme de Zinovy &#8211; Capture d&rsquo;écran</sub></figcaption></figure>


<p>Un cauchemar pour Katerina : d’abord avec l’apparition du fantôme de Boris, puis de celui de Zinovy émergeant de la pièce montée… Ensuite tout ira très vite l’arrivée de la police, l’arrestation, et une surprise spectaculaire que nous n’allons pas spoiler, sauf pour dire que Barkhatov fait très fort !</p>
<h4><strong>Une douleur poignante</strong></h4>
<p>Très fort aussi et très puissant, le dernier acte, celui du bagne. Sur la route de Sibérie, l’un des prisonniers (<strong>Goderdzi Janelidze</strong>) chante la douleur des verstes qui s’ajoutent aux verstes, interminablement. Tandis que des femmes dépouillent Katerina de sa robe de mariée, d’autres au loin reprennent cette complainte.<br />Image poignante, ces femmes qu’on distingue à peine dans l’obscurité ce sont, recouvertes de manteaux sombres, les invitées de la noce. Image du totalitarisme. Rappel : 1934, c’est l’époque des grandes purges.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="620" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2025-12-11-a-09.09.52-1024x620.png" alt="" class="wp-image-205064"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Sara Jakubiak et Najmiddin Mavlyanov &#8211; Capture d&rsquo;écran</sub></figcaption></figure>


<p>Un énorme camion vert-de-gris envahit la scène, il neige. Katerina, dans un nouvel air très pur, supplie Sergueï (son Serioja) de s’intéresser à elle, alors que lui n’a d’yeux que pour Sonietka (<strong>Elena Maximova</strong>). Le moment où Katerina, tout en continuant sa déploration accompagnée du cor anglais, monte sur le marchepied du camion pour se regarder dans le rétroviseur latéral est une des nombreuses images sensibles semées par Vasily Barkhatov au fil de sa mise en scène.</p>
<p>Trahie, bafouée, elle se réfugie sous le camion comme un animal traqué, tandis que Sergueï entreprend de séduise Sonietka, qui ne se fait pas prier pour quelques galipettes dans la cabine. <strong>Najmiddin Mavlyanov</strong> dessine un Sergueï tout d’une pièce, d’une voix solide, physiquement toujours crédible dans sa rudesse. Le rôle n’est guère flatteur. Il atteint son maximum de bassesse quand il suppliera Katerina de lui donner ses bas de laine pour les transmettre à Sonitka…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="753" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2025-12-11-a-09.26.58-1024x753.png" alt="" class="wp-image-205067"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Sara Jakubiak &#8211; Capture d&rsquo;écran</sub></figcaption></figure>


<p>Toujours pour ménager la surprise de ceux qui regarderont le streaming de cette production, on ne dira rien sur la dernière image, sinon pour dire qu’elle est stupéfiante.</p>
<p>À la hauteur de « l’une des plus grandes œuvres du XXe siècle », comme le dit Riccardo Chailly. Servie par une sublime Sara Jakubiak. Et restituée dans toute sa force. Sa rudesse impitoyable.</p>
<pre>* Malheureusement, Riccardo Chailly a été pris d’un malaise lors de la deuxième représentation, le 10 décembre. Le spectacle a dû être interrompu à l’issue du deuxième acte. M. Chailly, que ses problèmes cardiaques avait amené à annuler une tournée en février dernier, a été conduit vers un service de soins intensifs. À l’heure où ces lignes paraissent, on ne sait si la représentation du 13 aura lieu, et si oui, qui la dirigerait.<br />_______________<br />Suite de l'histoire : Le 13, c'est le Maestro Chailly, qui revint au pupitre pour diriger l'opéra, et reçut une formidable ovation ! <em>(ajout du 15 décembre)</em></pre><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/chostakovitch-lady-macbeth-de-mzensk-milan-streaming/">CHOSTAKOVITCH, Lady Macbeth de Mzensk &#8211; Milan (streaming)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Milan : Riccardo Chailly renonce à Lady Macbeth de Mtsensk</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/milan-riccardo-chailly-renonce-a-lady-macbeth-de-mtsensk/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 12 Dec 2025 08:53:27 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La saison du Teatro alla Scala s’est ouverte à Milan, comme de tradition, pour la Saint-Ambroise le 7 décembre. Cette année c’est Lady Macbeth du district de Mtsensk qui a les honneurs de l’affiche. Forum Opéra rend compte par ailleurs de ce spectacle disponible en streaming sur Arte Concert.Mercredi 10 décembre, la représentation a malheureusement &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La saison du Teatro alla Scala s’est ouverte à Milan, comme de tradition, pour la Saint-Ambroise le 7 décembre. Cette année c’est <em>Lady Macbeth du district de Mtsensk </em>qui a les honneurs de l’affiche. Forum Opéra <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/chostakovitch-lady-macbeth-de-mzensk-milan-streaming/">rend compte par ailleurs de ce spectacle disponible en streaming sur Arte Concert</a>.<br />Mercredi 10 décembre, la représentation a malheureusement été interrompue par le malaise du chef d’orchestre <strong>Riccardo Chailly </strong>(72 ans), qui a dû être transporté en soins intensifs dans le service cardiologie de l’hôpital Monzino de Milan . Le premier entracte avait été prolongé de quelques minutes, mais la représentation n’avait pu reprendre après le second « par respect pour le maestro » et « compte tenu de la complexité de la partition ».</p>
<p>On savait que Riccardo Chailly, qui terminera son bail à Milan en 2026, avait déjà souffert de problèmes cardiaques au cours des dernières années.</p>
<p data-start="61" data-end="258">D&rsquo;après un post du Teatro alla Scala sur Instagram (voir ci-dessous), l’état de santé du Maestro s’est rapidement amélioré. Dans un message, il remercie les musiciens ainsi que toutes les personnes qui lui ont témoigné leur soutien et précise avoir été touché par les nombreux messages reçus. Il indique également qu’il sera de retour au pupitre très prochainement.</p>
<p data-start="260" data-end="505">Nous lui présentons tous nos vœux de prompt et complet rétablissement.</p>


<blockquote class="instagram-media" data-instgrm-captioned data-instgrm-permalink="https://www.instagram.com/p/DSIdUuFDGoY/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" data-instgrm-version="14" style=" background:#FFF; border:0; border-radius:3px; box-shadow:0 0 1px 0 rgba(0,0,0,0.5),0 1px 10px 0 rgba(0,0,0,0.15); margin: 1px; max-width:540px; min-width:326px; padding:0; width:99.375%; width:-webkit-calc(100% - 2px); width:calc(100% - 2px);"><div style="padding:16px;"> <a href="https://www.instagram.com/p/DSIdUuFDGoY/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" style=" background:#FFFFFF; line-height:0; padding:0 0; text-align:center; text-decoration:none; width:100%;" target="_blank"> <div style=" display: flex; flex-direction: row; align-items: center;"> <div style="background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; flex-grow: 0; height: 40px; margin-right: 14px; width: 40px;"></div> <div style="display: flex; flex-direction: column; flex-grow: 1; justify-content: center;"> <div style=" background-color: #F4F4F4; 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margin-bottom:0; margin-top:8px; overflow:hidden; padding:8px 0 7px; text-align:center; text-overflow:ellipsis; white-space:nowrap;"><a href="https://www.instagram.com/p/DSIdUuFDGoY/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" style=" color:#c9c8cd; font-family:Arial,sans-serif; font-size:14px; font-style:normal; font-weight:normal; line-height:17px; text-decoration:none;" target="_blank">Une publication partagée par Teatro alla Scala (@teatroallascala)</a></p></div></blockquote>
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		<title>CHOSTAKOVITCH, Symphonie N° 14 &#8211; Martina Franca</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/chostakovitch-symphonie-n-14-martina-franca/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 03 Aug 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Qu’ils soient d’origine psychosomatique ou organique, les problèmes de santé de Chostakovitch ne sont pas récents quand au début de 1969 il est hospitalisé pendant deux mois. Depuis une dizaine d’années son corps se délabre et la pensée de sa mort est récurrente. Cet évènement inéluctable n’est pas pour lui un passage, mais strictement sa &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Qu’ils soient d’origine psychosomatique ou organique, les problèmes de santé de Chostakovitch ne sont pas récents quand au début de 1969 il est hospitalisé pendant deux mois. Depuis une dizaine d’années son corps se délabre et la pensée de sa mort est récurrente. Cet évènement inéluctable n’est pas pour lui un passage, mais strictement sa fin, car il ne croit pas qu’il y ait un au-delà. C’est dans ce contexte qu’il compose sa quatorzième symphonie, l’œuvre étrange proposée au programme de cette édition du Festival de la Valle d’Itria intitulée <em>Guerre et paix.</em></p>
<p>Dédiée à Benjamin Britten, dont l’opéra antimilitariste <em>Owen Wingrave </em>est aussi à l’affiche à Martina Franca, cette composition atypique enchaîne onze mouvements qui enchâssent onze poèmes dont le thème unique est la mort. Au sein de l’orchestre composé de cordes, de percussions, d’un célesta, deux chanteurs, une soprano et une basse, interprètent ces textes mis en musique, signés Federico Garcia Lorca, Guillaume Apollinaire, Wilhelm Küchelbecker et Rainer Maria Rilke. A la soprano reviennent les mouvements 2, 4, 5 et 10, à la basse, les 1, 7 et 9, les deux solistes chantent dans les mouvements 3 et 6 et se rejoignent en duo pour le 11.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/XXX09689clarissalapolla_ph_ridt-scaled-e1754140077906.jpg" />© clarissa lapolla</pre>
<p>Chostakovitch lui-même hésita à définir sa création hybride, avant d’opter pour « symphonie ». Ce qui frappe, dans l’interprétation probablement très fidèle aux intentions du compositeur donnée à Martina Franca, c’est une sorte d’abnégation des moyens, tant instrumentaux que vocaux. La partition est lyrique, mais elle n’a pas l’ostentation que peuvent revêtir les compositions ayant la mort pour thème. Dans la mesure où, pour lui, il n’y a pas d’après, le musicien bannit l’emphase vocale ou les envolées instrumentales vers l’on-ne-sait-quoi de mystérieux que d’autres compositeurs utilisent pour suggérer un ailleurs paradisiaque afin d’adoucir la brutalité de l’évènement : la vie est morte.</p>
<p>Cela posé, la musique accompagne l’amertume ou la violence des textes, qu’il s’agisse de la<em> Malagueña </em>où les va-et-vient de la mort sur le rythme de la danse imposent avec le claquement des castagnettes son avènement inéluctable et toujours renouvelé, ou de la <em>Réponse</em> <em>des cosaques</em> <em>zaporogues au sultan de Constantinople</em>, où l’ironie cinglante des cordes et l’impact des percussions font de la mort risquée pour cette bravade un horizon préférable à une interminable répression. Peut-être un écho des sentiments secrets liés à la relation tourmentée de Chostakovitch au pouvoir soviétique ?</p>
<p>Conformément aux indications, les mouvements 2,3 et 4, puis 5,6 et 7, enfin les 10 et 11 sont exécutés sans pause intermédiaire. La mort omniprésente dans le poème de Lorca est illustrée dans <em>Loreley </em>par le suicide du personnage, qui choisit ce moyen d’échapper à ses oppresseurs et de rester elle-même. <em>Le suicidé</em>, de Guillaume Apollinaire, est l’exception de ce cycle par l’extension et l’expressivité vocales demandés au soprano pour rendre compte de la violence des images et pour poser la conclusion « sans croix », peut-être affirmation renouvelée de l’adhésion à la formule sur l’opium du peuple, qui l’éloigna de Soljenitsyne. Un esprit qu’on retrouve dans les textes 5 et 6, où les soldats, celui qui va mourir, ceux qui sont morts, n’ont d’autre étoile que la femme qu’ils ont aimée.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/XXX09645clarissalapolla_ph_ridt-scaled-e1754140151504.jpg" />© clarissa lapolla</pre>
<p>Car il est difficile d’écouter cette œuvre sans la relier à la biographie du compositeur, de ne pas voir par exemple dans son choix du poème que Wilhelm Küchelbecker dédia à son contemporain Delvig, décédé de tuberculose et du typhus à peine trentenaire, après une décennie de persécution par le pouvoir tsariste, une défense voilée des artistes et intellectuels alors – 1969 – harcelés et un écho de sa propre expérience. Et <em>La mort du poète </em>où Rilke décrit la fin du monde puisque celui en qui il s’incarnait n’y est plus, est très probablement le substitut de celle du compositeur.</p>
<p>En duo, la chanteuse et le chanteur le répètent avec Rilke : la mort est en nous et elle hurle en nous ! Qu’ajouter ? Rien. Et l’œuvre s’arrête, abruptement, comme la mort elle-même.</p>
<p>Ce dépouillement laisse interdit, et il faut quelques secondes à l’auditoire nombreux de la cour du palais ducal de Martina Franca pour reprendre ses esprits et applaudir longuement les interprètes. Annoncé comme basse, <strong>Adolfo Corrado</strong> semble n’avoir pas les notes les plus graves, et devoir les émettre en mode<em> piano</em> sans forcer  augmente probablement la difficulté. Il est manifestement plus à l’aise dans <em>Loreley</em> où il peut donner plus de voix pour incarner le brutal prédateur. La couleur est agréable et la projection assez bonne. Elle semble meilleure pour <strong>Lidia Fridman</strong>, mais c’est peut-être l’avantage des voix claires ; en tout cas, comme son partenaire, elle module sa voix avec l’économie requise pour libérer le sens, avec l’exception relative du <em>Suicidé</em>, mentionnée plus haut.</p>
<p>Composé des élèves de l’Académie de la Scala, l’orchestre fait preuve d’une grande discipline et <strong>Fabio Luisi </strong>obtient des cordes des exhalaisons sonores diffuses comme de longs soupirs, des effusions sourdes, des proliférations insidieuses et subtiles qui deviennent des tourbillons obsédants ou frustrants. Ce substrat est ponctué avec une précision implacable par des percussions à la puissance contrôlée, dont les répétitions rythmiques disent l’immuabilité de la mort ou l’ennui mortel de la détention, et orné ironiquement par la légèreté iconoclaste d’un célesta. Le pouvoir de suggestion de cette musique est très fort, et c’est la gratitude de l’avoir reçu qu’a exprimée l’auditoire.</p>
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		<title>Chostakovitch persécuté par Staline</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/chostakovitch-persecute-par-staline/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 17 Nov 2023 20:34:59 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=breve&#038;p=150814</guid>

					<description><![CDATA[<p>Notre confrère André Peyrègne, dont les talents de conteur sont bien connus de nos lecteurs, donnera le lundi 20 novembre prochain une conférence Salle Gaveau sur les relations entre le compositeur russe et le pouvoir soviétique. La conférence sera suivie d&#8217;une séance de signature de son dernier ouvrage, Petites histoires de la grande musique . &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Notre confrère André Peyrègne, dont les talents de conteur sont bien connus de nos lecteurs, donnera le lundi 20 novembre prochain une conférence Salle Gaveau sur les relations entre le compositeur russe et le pouvoir soviétique. La conférence sera suivie d&rsquo;une séance de signature de son dernier ouvrage, <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/petites-histoires-de-la-grande-musique/">Petites histoires de la grande musique</a> .</p>
<p><a href="https://www.sallegaveau.com/spectacles/conference-andre-peyregne-1#">Réservations ici</a></p>
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		<title>CHOSTAKOVITCH, Lady Macbeth de Mtsensk &#8211; Athènes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/chostakovitch-lady-macbeth-de-mtsensk-athenes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 12 Nov 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=148867</guid>

					<description><![CDATA[<p>Y aura-t-il un enregistrement ? On l’espère, s’il était à même de restituer la puissance et la finesse d’un maelstrom orchestral où entre rugissements et rutilances des cuivres sur tapis de percussions s’insinuent les timbres obliquant sur des dissonances et les caresses de mélodies vouées à l’avortement. Entre les deux avancées du premier balcon où se &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Y aura-t-il un enregistrement ? On l’espère, s’il était à même de restituer la puissance et la finesse d’un maelstrom orchestral où entre rugissements et rutilances des cuivres sur tapis de percussions s’insinuent les timbres obliquant sur des dissonances et les caresses de mélodies vouées à l’avortement. Entre les deux avancées du premier balcon où se répartissent à cour et à jardin d’un côté tubas et trombones et de l’autre les trompettes. l’effet stéréophonique est garanti et porte à son paroxysme l’expressivité des éclats qui suggèrent  la courbe du désir assouvi, de sa montée irrésistible jusqu’à la descente piteuse dont Staline s’était offusqué. Cette luxuriante orgie musicale, <strong>Fabrizio Ventura</strong> la conduit magistralement, comme toute l’œuvre dans son ensemble, sans la plus petite baisse de tension, cette énergie inlassable étant celle qu’il faut pour parcourir la parabole du destin de Katerina Ismailova. On ne niera pas qu’à quelque moment la puissance sonore de la fosse semble pour les chanteurs plus un adversaire qu’un partenaire, mais globalement la balance est bonne, et le souffle de cette direction ne néglige aucune des délicatesses acidulées dont la partition n’est pas avare. Le son est d’une netteté admirable et on imagine le plaisir que les musiciens, tous pupitres confondus – cordes péremptoires, incisives ou caressantes, percussions savamment graduées, vents sarcastiques ou ambivalents – ont pu ressentir à affronter victorieusement  le monument.</p>
<p>La mise en scène de <strong>Fanny Ardant</strong> s’attache à mettre efficacement en évidence les relations entre les personnages, en particulier la violence qui caractérise l’ensemble de leurs rapports. Le riche marchand Boris exerce sur ses employés, dont l’obséquiosité ne cache pas toujours le ressentiment que la crainte les contraint à dissimuler, la même autorité brutale que sur son fils et sa bru. Dans cette société que les costumes ne situent pas précisément  le puritanisme règne : surprise en galante compagnie, Anietka est longuement maltraitée et humiliée par les hommes et aussi par les femmes, qui renchérissent probablement par pusillanimité opportuniste. Est-ce ce conformisme moral et social qui a conduit Fanny Ardant à les traiter le plus souvent comme des blocs, avec pour conséquence une présence scénique figée ? Cette mobilité réduite a l’avantage que les artistes des chœurs peuvent se concentrer sur leur chant et réussissent haut la main leur morceau de bravoure, l’assaut qui tourmente la cuisinière. Quant à Boris, obsédé par la conservation et la transmission de ses biens, ce tyran domestique a émasculé son fils en le maintenant dans une soumission quasi-infantile et se verrait bien engrosser sa bru, encore infertile après cinq ans de mariage. En imposant à son fils de se rendre sur un chantier éloigné il crée les conditions de l’engrenage qui verra Katerina succomber.</p>
<p>Un nouvel employé, Serguei,  vient d’arriver. Son physique et son comportement attirent immédiatement Katerina, ce qu’en prédateur en quête de partenaires sexuelles, de préférence liées au pouvoir dans l’entreprise, il perçoit aussitôt. Katerina essaie de résister – conformisme vertueux, prudence imposée par la surveillance rapprochée du beau-père ? – mais enfin elle cède et cette relation charnelle lui devient absolument nécessaire. La chambre conjugale qui étouffe sous les feuillages et les fleurs de la tapisserie surplombe le porche où le beau-père se cache pour saisir l’amant qui se sauvait par la fenêtre. Aidé par ses gens qui maintiennent l&rsquo;audacieux il va le battre jusqu’à n’en pouvoir plus, avant de l’enfermer dans le cellier et d’envoyer informer le mari. Il paiera de sa vie cette brutalité, en mangeant les champignons à la mort aux rats que lui a servis Katerina. C’est dans ce même cellier que Serguei et elle, après avoir assassiné le mari, déposeront le cadavre dont un ivrogne indiscret révèlera la présence, entraînant ainsi l’arrestation des amants criminels et leur déportation en Sibérie.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/GNO-Lady-Macbeth-of-Mtsensk-photo-Georgios-Kalkanidis-13-1294x600.jpg" />© Georgios Kalkanidis</pre>
<p>Limpide donc dans sa mise en images de l’action, la mise en scène pêche pourtant lors du moment fatidique de la découverte du corps putréfié. Fanny Ardant montre Katerina recevant sa parure de noces dans la chambre alors qu&rsquo;elle devrait être auprès du cellier, comme montant la garde, puisque c’est cette vigilance insistante qui aurait dû induire l’ivrogne à supposer que ce réduit recèle les meilleurs breuvages et à en forcer la serrure. Si ce personnage de ce balourd manque de truculence, le traitement du poste de police ne convainc pas vraiment non plus. On nous montre une sorte de Police Academy, avec des subalternes qui singent en cachette leur instructeur sentencieux, quand la scène nous semble saisir sur le vif les protecteurs de l’ordre en train de comploter pour trouver l’idée d&rsquo;une crapulerie de bon rapport. Et que sont les personnages ajoutés pendant l’ouverture et à la clôture, ces deux éphèbes nus et leur danse auréolée de leurs corolles de plumes respectivement noire et blanche ? Renseignement pris, ils seraient en fait les anges, celui du Bien et celui du Mal, ce dernier reparaissant seul à la fin, tenant une femme dans ses bras, apparemment morte. Avouons-le, cet apport esthétisant nous a semblé gratuit dans la mesure où l’œuvre ne représente pas la défaite du Bien, à moins de considérer que celui-ci consistait dans la situation initiale.</p>
<p>Outre le brio et le brillant de l’expressivité orchestrale, une autre satisfaction tient à la tenue vocale de la grande majorité des interprètes et au sentiment d’une équipe qui se dégage du spectacle. Il faut les citer tous, de <strong>Petros Magoulas, </strong>le vieux prisonnier, à<strong> Andreas Karaoulis</strong>, l’instituteur socialiste, <strong>Vangelis Maniatis</strong>, le chef de la police pontifiant, <strong>George Mattheakakis</strong>, le portier dévoué jusqu’à l’aliénation, et le pope <strong>Tassos Apostolou, </strong>dont les regards sur Katerin<strong>a </strong>lors de l’agonie de Boris annoncent déjà l’intérêt particulier qu’il épanchera lors du banquet des noces. Dans le bref rôle de la détenue Sonietka, <strong>Maria Mitsopoulou </strong>a l’abattage attendu de celle qui ne s’en laisse pas conter et <strong>Sophia Kyanidou </strong>assume crânement la scène qui la voit assaillie longuement et violemment malmenée par les hommes sous le regard complice des autres femmes.</p>
<p>En Boris Ismailov, <strong>Yanni Yannissis </strong>impose immédiatement le personnage grâce à une autorité vocale qui fait exister le possédant face à ceux qui dépendent de lui ; il mesure justement le côté scabreux du beau-père, qui n’a pas honte de ses pensées concupiscentes envers sa bru et les exprime sans se mentir. De même l’agonie du personnage est exempte de tout histrionisme qui l’alourdirait. A cette voix mâle du père répond la voix claire du fils, chanté par <strong>Yannis Christopoulos</strong>, dans un rapport de timbres qui fait de celui-ci l’enfant du premier. Elle semble avoir une étendue et une souplesse qu’on aimerait goûter davantage. Scéniquement, il passe de la soumission initiale à une violence maladroite qui semble un instantané de la réalité. Son rival heureux a reçu de la nature un sex-appeal dont il tire parti auprès des femmes liées au pouvoir, et son rêve d’en conquérir une qui l’épousera va s’accomplir avec Katerina. <strong>Sergey Semishkur </strong>prête au personnage sa haute stature et une voix de ténor barytonnant qui séduit par son aplomb mais aussi sa souplesse insinuante, quand il lui suggère sans le dire la solution qui permettrait à Katerina de continuer à se griser de leur liaison. Son expressivité de comédien ne laisse rien à désirer, qu’il considère avec une extase incrédule tout l’espace de la propriété désormais à sa disposition ou qu’il rabroue sans ménagement celle qui a favorisé son ascension en lui reprochant d’être exclusivement coupable de sa chute.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/GNO-Lady-Macbeth-of-Mtsensk-photo-Georgios-Kalkanidis-14-1294x600.jpg" />© Georgios Kalkanidis</pre>
<p style="text-align: left;">Mais le plus grand défi est le lot de l’interprète de Katerina, qui devra exprimer tout  un kaléidoscope  émotionnel en chantant cette partition si éprouvante dans sa version originelle. Alors, oui, quelques aigus nous ont semblés un peu bas, mais à ce niveau d’écriture, quand le chant devient par moments un corps-à-corps avec l’orchestre, quand les notes ne sont plus les signes d’un langage mais l’aveu rendu inévitable d’une fatigue de vivre, l’expression douloureuse de la conviction d’être dans une impasse, l’horreur de l’impuissance et le désarroi  devant la force du désir, c’est le panorama d’une âme que <strong>Svetlana Sozdateleva </strong>porte à son terme, entre tourments internes et désir inassouvi d’une tendresse qu&rsquo;elle semble chercher en étreignant un coussin. Souvent à l’avant-scène pour ne pas sombrer dans les vagues de l’orchestre quand il s’emporte l’interprète domine sa partition et peut ainsi faire passer sur son visage les expressions correspondantes aux situations et aux sentiments. On n’oubliera pas de sitôt justement  cette inexpressivité apparente du dernier acte, quand le désespoir a déjà englouti le personnage avant même qu’elle ne se tue. Criminelle, Katerina ? Oui, mais cette interprétation rappelle le spectateur à son statut, celui de témoin, mais pas de juge.</p>
<p>Vif succès aux saluts pour tous, avec une prime au rôle-titre et au chef d’orchestre. L’équipe des décors était absente ; si celui des trois premiers actes, la cour du domaine de Boris Smailov, témoigne de l’habileté d’une conception qui fait circuler la chambre sur des rails pour la rapprocher de l’avant-scène,  selon les situations et les climats orchestraux, le dernier, toile peinte où se devine un paysage de la taïga, arbres esquissés, lointain flou, indistinct, s’accorde remarquablement à l’avenir de ceux qui vont poursuivre la longue marche des condamnés et disparaître dans l’aube boréale aussi pâle qu’un crépuscule, atmosphère créée aussi par les belles lumières reprises par Dimitris Koutas.  Louange donc à tous les artisans et à tous les artistes !</p>
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		<title>Les couleurs d&#8217;une voix : Matthias Goerne, noir Soulages</title>
		<link>https://www.forumopera.com/brouillon-auto-4/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Nov 2023 05:28:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>« Je ne suis pas vraiment certain de jouer avec les couleurs les plus sombres de ma voix, du moins de manière consciente. La musique et sa tonalité propre sont mes guides en la matière. Ces couleurs sombres – que vous entendez, qui sont les miennes – ne sont pas toujours de mon fait. Par exemple &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« Je ne suis pas vraiment certain de jouer avec les couleurs les plus sombres de ma voix, du moins de manière consciente. La musique et sa tonalité propre sont mes guides en la matière. Ces couleurs sombres – que vous entendez, qui sont les miennes – ne sont pas toujours de mon fait. Par exemple dans le <em>Wanderer</em> du Schubert ou l&rsquo;<em>Abendstern</em>, ce n&rsquo;est pas tant une question de tessiture, mais de développement naturel de la ligne ; ces deux exemples appellent la clarté, car l&rsquo;oeuvre est en quête de clarté, c&rsquo;est comme si on entendait Goethe dire « lumières ! lumières ! »</p>
<p>« A contrario, dans une oeuvre comme la Quatorzième symphonie de Chostakovitch, dont la tonalité est pour le moins lugubre, il faut trouver une couleur adéquate, une couleur de chair et de sang, que le son adopte ce caractère. La musique appelle parfois la pire laideur, le dégoût ou l&rsquo;agressivité augmentées de caractéristiques qui pourraient sembler paradoxales, comme la beauté et la douceur. C&rsquo;est là que le colorisme devient topique : rien n&rsquo;est le fait de ma création, tout vient de la partition. »</p>
<p>« La voix et ses couleurs naissent dans la partition ; dans le cas de cette oeuvre de Chostakovitch, on pourrait dire que le brun est la couleur prédominante auquel se mêle un bleu très foncé et un noir absolu. Mais ce n&rsquo;est pas parce que, comme un peintre, j&rsquo;ai préparé ma palette avant d&rsquo;entrer dans le studio, mais parce que toutes ces informations, mon inconscient les a trouvées dans les notes et dans le texte ».</p>
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		<title>CHOSTAKOVITCH, Le Nez &#8211; Bruxelles (La Monnaie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/chostakovitch-le-nez-bruxelles-la-monnaie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 Jun 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Traiter l’absurde n’est pas chose facile, tant le cerveau humain est avide de cohérence, de compréhension, de sens. Un homme qui perd son nez et part à sa recherche, ce nez qui devient lui-même un personnage de l’intrigue, le héros en butte aux aberrations du régime soviétique, qui consulte l&#8217;église et la police, qui fait &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<figure class="wp-block-image aligncenter"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Nos_03_-Alexander-Roslavets_Scott-Hendricks-%C2%A9-Copyright_BerndUhlig-1294x600.jpg" alt="" /><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Alexander Roslavets (Yakovlevitch) et Scott Hendricks (Kovalyov)© Bernd Uhlig</sup></figcaption></figure>


<p>Traiter l’absurde n’est pas chose facile, tant le cerveau humain est avide de cohérence, de compréhension, de sens.</p>
<p>Un homme qui perd son nez et part à sa recherche, ce nez qui devient lui-même un personnage de l’intrigue, le héros en butte aux aberrations du régime soviétique, qui consulte l&rsquo;église et la police, qui fait face aux failles de la médecine, ses pérégrinations jusqu&rsquo;au <em>happy end</em> final où le monde semble enfin remis sur ses pieds et où chacun aura ré-enfilé son pantalon, quel sens donner à tout cela ? Parmi toutes les lectures possibles, symboliques, psychanalytiques, burlesques ou poétiques, une grande liberté est finalement laissée au metteur en scène de présenter ses propres choix, en toute subjectivité.</p>
<p>Pour ma part, je garde en mémoire une mise en scène exemplaire à maints égards, vue à Aix en Provence en juillet 2011, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/epoustouflant/">https://www.forumopera.com/spectacle/epoustouflant/</a> d’une surprenante poésie, qui présentait une vision à la fois esthétique et burlesque en tous points satisfaisante. Les partis pris ici par <strong>Alex Ollé</strong> sont moins clairs, balançant entre le <em>kitch</em> et le <em>non-sense</em>, avec quelques images fortes et spectaculaires, certaines relevant quasiment du cirque, son petit lot habituel de provocations, mais peu de réflexion sur l’œuvre (tant celle de Gogol que celle de Chostakovitch), une dramaturgie un peu déficiente.</p>
<p>Le dispositif scénique, exploitant de façon très spectaculaire toute la hauteur du plateau, est essentiellement composé d&rsquo;un grand rideau d&rsquo;avant scène, fait d&rsquo;une matière réticulée semi transparente, sur lequel interviendront des projections, et que des jeux de lumière permettent de transpercer selon les besoins.&nbsp;</p>
<p>Si le rythme du spectacle, très soutenu, respecte bien celui de la partition, si l’abondance de personnages sur scène, la diversité des corps, leur côté bariolé, foutraque, déjanté est bien à l’image (à peine caricaturée) de notre société, si le mouvement permanent de cette nuée d&rsquo;histrions meuble très efficacement le plateau, tout cela n’apporte guère de sens, et en tout cas n’éclaire pas le livret qui, hier soir, aura conservé tous ses mystères. Les costumes sont d’une laideur parfaitement assumée, sans distance par rapport à la réalité et ce côté « premier degré » permanent finit assez vite par lasser. Les excès de tous ordres, en somme, rendent les choses insignifiantes.&nbsp;</p>
<p></p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Nos_42_Yves-Saelens_Alexander-Kravets©-Copyright_BerndUhlig-1-1024x716.jpg" alt="" class="wp-image-134537" width="910" height="636" /><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Le Choeur © Bernd Uhlig</sup></figcaption></figure>


<p>Par la démesure de sa réalisation, et malgré des propositions scéniques fortes, le metteur en scène n’atteint pas sa cible : les ressorts comiques utilisés sont sans finesse (c&rsquo;est un euphémisme) et sans poésie, le champ de la réflexion n’est pas sollicité, seul l’œil se gave d’images spectaculaires, magnifiquement éclairées mais bien peu chargées de sens.</p>
<p>Dans la fosse, l’orchestre symphonique de la Monnaie dirigé par <strong>Gergely Madaras</strong> a fort à faire, en particulier le pupitre des percussions (9 personnes, c’est énorme…) sans cesse sollicité, et qui livre une prestation remarquable de bout en bout. Le reste de l’orchestre se joue des difficultés de la partition, de ses rythmes alambiqués, de son écriture en dents de scie et pleine de surprises que le chef parvient à maîtriser sans trop de peine. Ils maintiennent jusqu’à la fin du spectacle le caractère haletant de la partition, sans faiblesse et sans fatigue.</p>
<p>De la surabondance de personnages, quelques voix extrêmement efficaces émergent sans difficulté : c’est le cas de tous les rôles principaux, excellemment distribués qui, en plus d’une remarquable présence scénique, semblent maîtriser le russe à la perfection. Mentionnons tout d&rsquo;abord <strong>Scott Hendricks</strong> (Kovalyov) voix très bien timbrée et acteur virtuose, qui incarne le rôle principal avec énormément de conviction et se plie sans sourciller aux excentricités de la mise en scène ; à ses côtés, le ténor <strong>Nicky Spence</strong> (Le Nez) très à son aise dans le registre burlesque, ne démérite pas.</p>
<p>Si les cris de furie de <strong>Giselle Allen</strong> (Praskovia Ossipovna) dans la scène d’ouverture sont tout bonnement insupportables (c&rsquo;est encore une outrance assumée) la chanteuse se montrera plus mesurée dans ses autres interventions. Excellentes prestations également pour le ténor <strong>Anton Rositskiy</strong> dans le rôle d&rsquo;Ivan, le valet enchaîné de Kovalyov, puis dans quatre autres emplois, et de la soprano <strong>Eir Inderhaug,</strong> notamment dans leur intervention commune lors de la scène de la cathédrale, une des plus réussies. Magnifique moment lyrique de la mezzo <strong>Natasha Petrinsky</strong> dans le rôle de la Comtesse, auquel elle apporte une élégance bien nécessaire et une  voix aux qualités indéniables. La nature du spectacle rend difficilement dissociables les performances scéniques et les performances vocales. Chacun est complètement engagé dans ses rôles (la plupart des chanteurs en assument plusieurs), intégré dans une véritable performance de troupe : relevons néanmoins la très belle voix de basse de <strong>Alexander Roslavets</strong>, (Ivan Yakovlevitch) et la prestation du ténor <strong>Alexander Kravets</strong> en inspecteur de police. Pas moins de trente-deux autres chanteurs, dont beaucoup de jeunes talents, se partagent un grand nombre de rôles de complément, qu&rsquo;on aura eu bien du mal à identifier dans le grand maelström sans cesse en mouvement de ce joyeux spectacle délirant.</p>
<p>Enfin, accordons une mention spéciale pour <strong>Jori Klomp</strong>,  chef invité des chœurs de la Monnaie venu d&rsquo;Allemagne, qui trouve d’emblée pour ses troupes une partition à la mesure de leur talent.</p>
<p> </p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/chostakovitch-le-nez-bruxelles-la-monnaie/">CHOSTAKOVITCH, Le Nez &#8211; Bruxelles (La Monnaie)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>CHOSTAKOVITCH, Lady Macbeth de Mtsensk &#8211; Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/chostakovitch-lady-macbeth-de-mtsensk-geneve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 04 May 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Formidable spectacle, réussi en tous points, puissant, saisissant, effrayant même. Rien n’est édulcoré de la violence de l’opéra de Chostakovitch, sa cruauté est là. C’est la reprise d’une production de l’Opéra des Flandres, montée alors qu’Aviel Cahn en était le directeur. Lequel Aviel Cahn a attendu sa troisième saison à Genève pour en faire le &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Formidable spectacle, réussi en tous points, puissant, saisissant, effrayant même. Rien n’est édulcoré de la violence de l’opéra de Chostakovitch, sa cruauté est là. C’est la reprise d’une production de l’Opéra des Flandres, montée alors qu’Aviel Cahn en était le directeur. Lequel Aviel Cahn a attendu sa troisième saison à Genève pour en faire le point culminant d’une programmation où les spectacles très forts se sont succédés. Dans une ligne éditoriale cohérente et pour le moins sans concession, très sombre, reflet de notre temps. Temps sans pitié.</p>
<div class="components-resizable-box__container has-show-handle"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/343627235_614989593903969_7702424851993455780_n-1024x683.jpg" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est 343627235_614989593903969_7702424851993455780_n-1024x683.jpg." />
<div style="text-align: center"><sub data-rich-text-format-boundary="true">Aušrinė Stundytė, Ladislav Elgr © Magali Dougados</sub></div>
</div>
<p><strong>Calixto Bieito</strong> avait conçu ce<em> Lady Macbeth de Mtsensk</em> en 2014 en association avec le chef Vladimir Jurowski et ForumOpera <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lady-macbeth-de-mzensk-anvers-sex-crimes/">n’avait pas caché son enthousiasme</a>. Neuf ans plus tard, il y revient avec une distribution presque inchangée. Dominée par <strong>Aušrinė Stundytė</strong> qui retrouve son rôle.<br />On est pétrifié devant tant d’engagement, d’investissement personnel, d’abnégation, de violence subie, on a peur pour elle, mais c’est <em>son</em> rôle et d’ailleurs elle vient de le chanter <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lady-macbeth-de-mzensk-lyon-du-grand-tcherniakov/">à Lyon pour Dmitri Tcherniakov</a>, autre metteur en scène star, preuve qu’une chanteuse en réchappe.<br />Pour Calixto Bieito, elle a été aussi Vénus (de <em>Tannhaüser</em>) ou Judith (du <em>Château de Barbe-Bleue</em>), rôles tout aussi forts. On peut imaginer que ces deux artistes s’inspirent l’un l’autre. Et qu’il faut une singulière entente pour qu’une chanteuse se livre avec une telle impudeur, prenne autant de risques et aille ainsi au bout de ses forces (son épuisement était visible aux saluts).<br /><strong>Ladislav Elgr</strong> retrouve lui aussi son rôle neuf ans après, il est Sergueï, l’ouvrier dont Katerina fait son amant, puis son mari. « Ils ont beaucoup mûri, le temps leur a donné plus de liberté… et je leur en avais déjà donné beaucoup à l’époque », dit le metteur en scène. En effet, le moins qu’on peut dire est qu’ils y vont carrément, avec une audace plutôt sidérante. Les nudités ne sont pas seulement physiques ici.</p>
<h4><strong>Entre Tchernobyl et une plate-forme off shore</strong></h4>
<p>Autre artisane de cette réussite, la scénographe <strong>Rebecca Ringst</strong>, complice du metteur en scène depuis deux décennies : une envahissante structure métallique noyée de pénombre, des escaliers de fer qui se perdent dans la nuit et grimpent on ne sait où, des souffleries, une énorme citerne de bois tout en haut comme sur les toits de New York, cela tient du chevalet de mine, de la plate-forme <em>off shore</em>, de la friche industrielle en rase campagne. Et justement, comme si cette oppressante usine était en plein champ, tout l’avant-scène est recouvert d’une boue grasse, qui colle aux semelles, une boue où on se battra, où on tombera vaincu, fouetté, martyrisé, violé, boue de chantier ou de charnier.<br />La première arrivée des ouvriers, en combinaisons de travail souillées, cohorte indistincte, procession menaçante, ponctuée des loupiotes de leurs casques de spéléologues, redoublera cette suggestion d’un monde souterrain, menaçant, d’une virilité dangereuse, noire, malsaine. Où les femmes ne peuvent être que des proies, des objets, des victimes, des ventres pour les mâles.</p>
<h4> </h4>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20230426_GP_MACBETH_GTG©DOUGADOS_MAGALI__E8A2357-1024x683.jpg" alt="© Magali Dougados" class="wp-image-130284" /><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Magali Dougados</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>L’ennui et l’impuissance</strong></h4>
<p>Au milieu de cet édifice d’acier, l’appartement de la malheureuse Katerina, aussi éclatant de blancheur et de propreté que son environnement est nocturne et poisseux. Cuisine toute équipée d’un côté et coin salon de l’autre avec canapé d’angle où se lover. Mais dans un tel monde on ne se love pas. Cet appartement-témoin acheté sur catalogue, Katerina y meurt d’ennui. Sous le joug d’un terrible beau-père, aux allures de cowboy, sorti de quelque <em>Dallas</em> (ou <em>Bonanza</em>), patron-tyran, <em>self made man</em> brutal, la main baladeuse, peloteuse, fouilleuse, insidieuse. Dictateur domestique dégoulinant dont <strong>Dmitry Ulyanov</strong> dessine avec voracité la silhouette libidineuse.</p>
<p>Autre souffre-douleur de la brute, son propre fils, Zachary, le mari de Katerina, piètre silhouette en imperméable de petit employé, vraisemblablement impuissant, même si c’est à Katerina que le beau-père fait grief de ne lui avoir pas donné de petit-fils. « Tu es comme un poisson froid », lui dit-il. Reproductrice, seul rôle qu’on lui concède.</p>
<h4><strong>Le sexe et la mort</strong></h4>
<p>Dans cet océan de frustration, surgit un autre mâle dominant, un ouvrier bien monté, chassé d’une exploitation voisine pour avoir lutiné la patronne, et qui, pour célébrer son arrivée ici, n’a rien de plus pressant que de violer dans la boue la fragile Aksinia, sous les yeux hagards des spéléologues concupiscents.</p>
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<div style="text-align: center"><sup data-rich-text-format-boundary="true">© Magali Dougados</sup></div>
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<p>Le sexe et la mort sont les seules issues dans cet univers sans lumière. Mais Katerina aura l’incongruité d’y faire surgir un élément hétérodoxe et dévastateur : l’amour. Elle se prendra de passion pour Sergueï, ce mâle qui la prend sauvagement sur la cuisinière, aussi brutal en somme que le beau-père, mais désirable, lui. Le désir est aussi impitoyable que l’ennui, aussi impérieux, aussi désespéré.</p>
<h4><strong>Calixto Bieito sans truquage</strong></h4>
<p>« Je me sens très proche de cet opéra qui raconte toute notre impuissance humaine et le monde hostile et violent dans lequel nous vivons », dit Calixto Bieito. Et de faire référence à quelques-unes de ses références personnelles, les peintures noires de Goya, la <em>Chute des Damnés</em> de Jérôme Bosch, mais aussi, plus proches d’aujourd’hui, Tchernobyl ou le film noir de Tay Garnett, <em>Le facteur sonne toujours deux fois</em>, ou <em>La Route</em> de Cormac McCarthy. D’où l’impression de sincérité sans truquage qu’il donne ici. À la différence de son <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/guerre-et-paix-geneve-au-peril-de-la-derision/"><em>Guerre et Paix</em></a> de Prokofiev sur la même scène, qui nous avait semblé multiplier les provocations inutiles.</p>
<h4><strong>Un chœur magistral</strong></h4>
<p>Le groupe et les individus, la victime et les bourreaux, ainsi se dessinent la dialectique du livret et celle de la partition. La victime se fera bourreau à son tour, avant d’être à la fin terrassée elle aussi.<br />La masse, c’est le peuple. Staline quand il rédigea pour la <em>Pravda</em> le fameux article de 1936 où il condamnait la violence, qu’il trouvait cacophonique, de la musique, avait sans doute perçu aussi qu’il n’y a ici aucune indulgence pour le peuple, asservi, moutonnier, oppresseur. Ici figuré par le <strong>Chœur du Grand Théâtre de Genève</strong>, toujours impressionnant, mais particulièrement acerbe, incisif, dru, percutant dans cette partition.<br />Silhouettes arpentant les échafaudages ou masse informe et terrifiante envahissant la boîte à vivre de Katarina ou spectateurs hirsutes du viol d’Aksinia ou du combat dans la boue de Katarina et Sergueï (car le premier défi qu’il lui propose c’est de se battre avec lui), les choristes, au-delà de leur prestation vocale imposante, se plient physiquement à toutes les demandes d’un metteur en scène qui sait animer un groupe, le faire habiter un décor. Et ce sera vrai encore au dernier tableau quand l’architecture de métal deviendra camp de transit sur le chemin de la Sibérie et qu’ils deviendront les éternels <em>zeks</em> de Dostoïevski, en route vers la maison des morts. « C’est très fort émotionnellement et ça demande de vraiment laisser notre personnalité dans les loges », nous confiait une choriste.</p>
<h4><strong>Un orchestre quasi chambriste (par moments)</strong></h4>
<p>La masse c’est aussi l’orchestre. Tour à tour clinquant, goguenard, fanfaresque, tonitruant, puis d’une inattendue délicatesse. Ce Chostakovitch de vingt et quelques années (l’opéra a été composé entre 1932 et 1934) maîtrise son propre langage, un collage d’emprunts insolites, d’influences revendiquées, de trivialités assumées, de valses parodiques, de narquoiseries, brinquebalant entre divers registres, mais aussi une orchestration constamment inventive et curieuse, poudroyante, des subtilités de timbres, des tissages de textures, mises en évidence par un <strong>Orchestre de la Suisse Romande</strong> des grands jours.</p>
<p>Il se passe autant de choses dans la fosse que sur la scène, et ce n’est pas peu dire. Et le contraste est parfois étonnant entre la rudesse (euphémisme !) de ce qu’on voit, et le raffinement d’une partition, qui certes abonde en fortissimos déferlants, en goguenardises chostakoviennes, en riffs de cuivres tonitruants, mais aussi en entrecroisements de bois, en contrechants de clarinette ou de basson, en flûtes astringentes, en tapis de cordes veloutées, en roulements de timbales presqu’imperceptibles, en délicatesses pointillistes, en touches de couleurs boisées. <strong>Alejo Pérez</strong> fait respirer cet orchestre, alanguit les phrasés, étire le temps, et puis d’une main ferme assène des fanfares pétrifiantes.</p>
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<div style="text-align: center"><sup data-rich-text-format-boundary="true">© Magali Dougados</sup></div>
</div>
<h4><strong>Body and soul</strong></h4>
<p>Vocalement on ne peut qu’admirer les performances des chanteurs. Le plus souvent, <strong>Ladislav Elgr</strong> se cantonne à un chant expressif et expressionniste, parfois assez rugueux, et la partition ne lui offre que peu d’envols solistes. Il aborde son personnage en chanteur-acteur, très athlétiquement. La mise en scène le déshabille volontiers. Cette machine désirante est aussi objet de désir…</p>
<p>À Katerina Chostakovitch ménage quelques moments d’un lyrisme éperdu, telle son apparition au lever de rideau. Si la première phrase d’<strong>Aušrinė Stundytė</strong>, au fond de son salon, est presqu’inaudible, dès la seconde elle impose son timbre insinuant, très projeté, avec beaucoup de chaleur, beaucoup de corps, au sens le plus charnel du mot. Difficile d’en parler avec le vocabulaire habituel de l’exercice critique. Davantage que de beau chant, même si la voix est là, avec sa plénitude, son aisance technique, des lignes impeccablement conduites, des notes hautes aisées, une respiration impavide, c’est plus l’expressivité de ce chant, sa façon de porter le texte, de suggérer l’âme du personnage, sa couleur, son poids de mélancolie, qui touchent l’auditeur. En osmose avec la silhouette, la gestuelle, en un mot l’incarnation.</p>
<h4><strong>Accomplir son destin</strong></h4>
<p>Autre moment crucial, on pourrait s’arrêter un instant sur la scène qui commence avec le lamento « Zherebyonok k kob&rsquo;lke toropitsa – Mes jours s’écoulent sans joie, je n’ai personne à qui parler », où on peut admirer les phrasés, la chaleur du timbre, et surtout, au-delà du chant, l’intériorité d’Aušrinė Stundytė au dessus d’un entrelacs de bois (basson et clarinette) que vient relayer un beau violoncelle solo. Elle se prépare alors à se coucher. Elle se caresse, elle s’assied devant le frigo pour se rafraichir, une flûte acide ironise.</p>
<div class="components-resizable-box__container has-show-handle"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20230426_GP_MACBETH_GTG©DOUGADOS_MAGALI__E8A2548-1024x683.jpg" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est 20230426_GP_MACBETH_GTG%C2%A9DOUGADOS_MAGALI__E8A2548-1024x683.jpg." />
<div style="text-align: center"><sub data-rich-text-format-boundary="true">© Magali Dougados</sub></div>
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<p>On frappe à la porte : c’est Sergueï. Il entre par la fenêtre, apparemment très chaud. Conversation furtive, et là on peut remarquer l’éclat de la voix du ténor. « Je meurs d’ennui », dit-il (lui aussi), « je suis un homme sensible, j’ai bien vu le sort des femmes… » (la ficelle est grosse…)</p>
<p>Le tapis de cordes se fait voluptueux et alangui, alors que le chant est de plus en plus anguleux, puis très vite le désir se fait brûlant jusqu’à l’accouplement brutal sur le frigo, et la musique devient crûment explicite : survient alors un orchestre de scène (tubas, trombone, cors, une huitaine de cuivres) qu’on devine derrière la fenêtre du salon dans une lumière verte et qui vient pimenter fortissimo ce qui se passe, jusqu’à un glissando de trombone drolatique signalant au premier degré que tout est accompli. Une fanfare itinérante qu’on verra surgir ici et là pour ponctuer sarcastiquement l’action et même se percher au dernier balcon pour des effets stéréophoniques savoureux.</p>
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<div style="text-align: center"><sup>Aušrinė Stundytė, Ladislav Elgr, Dmitry Ulyanov © Magali Dougados</sup></div>
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<p>À l’éruption sexuelle succède alors un grand calme. Un basson nasille dans la fosse pour commenter l’approche de Boris, descendant de la chambre au premier étage où il s’était retiré avec Aksina (encore elle, décidément), et à nouveau on remarque la palette large, les graves solides, de <strong>Dmitry Ulyanov</strong>, ses éclats sur des bouffées de valse grotesque (référence au baron Ochs ?), les ponctuations pointillistes de l’orchestre, goguenardes, et, à nouveau sur les trois temps d’une valse, un trio improbable préludant à la violente scène où Boris fouette à coup de ceinture le dos de Sergueï sur un arrière-plan de cuivres déchainés. Hurlements de Katerina, crescendo harcelant, jusqu’à un climax insoutenable, la réalisation sonore est aussi ébouriffante que le spectacle est éprouvant à regarder.</p>
<h4><strong>Montagnes russes sonores</strong></h4>
<p>Alejo Pérez fait siennes dans sa direction les alternances quasi systématiques chez Chostakovitch entre explosions volcaniques et détentes chargées de sombres présages, ainsi la scène des champignons à la mort-aux-rats que Katerina fait réchauffer pour son beau-père : ici, un très joli solo de violon, galbé à souhait, tout en sous-entendus morbides, que relieront des pizzicati harcelants des contrebasses, puis des ritournelles de flûtes et de clarinettes, jusqu’aux beuglements du bonhomme suppliant qu’on aille cherche un pope. Et au chant joyeux sur fond de fifre des employés partant au travail.</p>
<p>On ne s’attarde sur ce moment que pour suggérer l’assez épatante conjonction d’un travail orchestral constamment affuté, d’une imbrication virtuose du chant et jeu théâtral, et d’une direction d’acteurs nerveuse, acide, virulente.</p>
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<div style="text-align: center"><sup data-rich-text-format-boundary="true">Aušrinė Stundytė, Alexey Shishlyaev © Magali Dougados</sup></div>
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<p>Les rôles secondaires sont parfaits : <strong>Michael Laurenz</strong>, brillant ténor de caractère, dessine un « Balourd miteux » truculent dans son ivrognerie et son monologue au troisième acte, ponctué par le tuba, est d’une bouffonnerie à la Moussorgsky (ou à la Beckett), sur un tempo cavalcadant (flons-flons virtuoses à l’orchestre sur un rythme de manège en folie). Le commissaire, <strong>Alexey Shishlyaev</strong>, est impérieux à souhait, avec sa troupe de policiers, d’abord grotesques puis terrifiants. Soit dit en passant le côté brigade de maintien-de-l’ordre casquée relève du cliché et la scène de passage à tabac dans la pénombre d’un gentil jeune homme (gay ?) est un peu gênante aussi.<br />Quant à <strong>Alexander Roslavets</strong>, il fait un joli numéro de basse bouffe en pope porté sur la vodka, mais il en appellera à son registre le plus puissamment vieux-russe pour la longue plainte douloureuse du vieux forçat de l’acte sibérien, en osmose avec un chœur poignant.<br />Le rôle de Zachary (le mari qui finira dans un body bag) est sacrifié à tous points de vue, mais on retient le timbre et la projection du ténor <strong>John Daszak</strong>. On remarque aussi les quelque huit membres du chœur (riche en voix russes) qui s’en détachent pour les rôles de commis ou de détenus.</p>
<p>Le mélange des genres préside à la scène du mariage. La fragilité de Katerina en robe blanche, l’impudence de Sergueï (l’argent, autre moteur du personnage, avec le sexe), la gigue des invités puis leur chœur quasi byzantin dont se gaussent les cuivres, le débarquement de la soldatesque précédée du balourd miteux reconverti en mouchard, tout cela grince, narquoise, ricane.</p>
<h4><strong>Déglingue</strong></h4>
<p>Autre moment de spectacle, le démontage total de l’appartement en cinq minutes chrono, du sol au plafond tout disparait dans un ballet bien réglé de machinistes, frigo, fenêtres, tout le décor des amours et des crimes est évacué sur fond sonore de bourrasque. Ne reste que la carcasse, sur laquelle tombe la nuit du bagne.</p>
<div class="components-resizable-box__container has-show-handle"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20230426_GP_MACBETH_GTG©DOUGADOS_MAGALI__E8A3286-1024x683.jpg" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est 20230426_GP_MACBETH_GTG%C2%A9DOUGADOS_MAGALI__E8A3286-1024x683.jpg." />
<div style="text-align: center"><sup data-rich-text-format-boundary="true">La casse du décor © Magali Dougados</sup></div>
</div>
<p>De plus en plus bouleversante, Aušrinė Stundytė fait appel à son registre le plus dépouillé pour « la longue cantilène de désolation absolue » de Katerina (ce sont les mots d’Alejo Pérez) : contrepoint de hautbois puis de clarinette, roulement sourd de grosse caisse, commentaire lancinant des violoncelles, ponctuations de harpe, on est à la limite du silence. « Ce n’est pas facile après la douceur de l’édredon de dormir sur la terre froide », chante Katerina tandis que Sergeï, plus insolent que jamais, entreprend une idylle grinçante avec une pimpante détenue blonde. Commentaire sarcastique, volubile, pointu, de l’orchestre pendant la scène où le cynique vient convaincre la malheureuse de lui remettre ses bas avant de les passer à la blonde…. puis hallucinant crescendo chœur-orchestre sur le combat dans la boue des deux femmes (choral de tuba au point culminant).</p>
<div class="components-resizable-box__container has-show-handle"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20230426_GP_MACBETH_GTG©DOUGADOS_MAGALI__E8A3583-1024x683.jpg" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est 20230426_GP_MACBETH_GTG%C2%A9DOUGADOS_MAGALI__E8A3583-1024x683.jpg." />
<div style="text-align: center"><sup data-rich-text-format-boundary="true">Kai Rüütel, Aušrinė Stundytė © Magali Dougados</sup></div>
</div>
<h4><strong>Le triomphe de la mort</strong></h4>
<p>Plus que jamais, c’est Alejo Pérez qui conduit les ruptures de tension et de dynamique : d’un paroxysme assourdissant on retombe à un lamento dénudé, une plainte blafarde (harpes, cordes en ariière-plan, on songe à Mahler, que Chostakovitch connaissait bien), avant de glisser à l’ironie des piques de Sonietchka (et <strong>Kai Rüütel</strong> en appelle à ses graves les plus impertinents pour narguer Katerina).<br />La dernière scène sera hallucinante. L’ostinato des cuivres tel un glas, les implorations fortissimos du chœur, les ponctuations lancinantes de la grosse caisse, les contrebasses descendant dans les tréfonds, Katerina étranglant Sonia, les hurlements de Sonia, le suicide de Katia, la voix funèbre du vieux prisonnier « Marcher, marcher, encore », l’ultime chœur des forçats, telle une prière s’enfonçant dans la nuit. L’empire de la mort.</p>
<p>Sublime point final d’un spectacle magnifique et poignant.</p>
<div class="components-resizable-box__container has-show-handle"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20230428_MACBETH_GE_GTG©DOUGADOS_MAGALI__E8A4824-1024x683.jpg" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est 20230428_MACBETH_GE_GTG%C2%A9DOUGADOS_MAGALI__E8A4824-1024x683.jpg." /></div>
<div class="components-resizable-box__container has-show-handle" style="text-align: center"><sup data-rich-text-format-boundary="true">© Magali Dougados</sup></div><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/chostakovitch-lady-macbeth-de-mtsensk-geneve/">CHOSTAKOVITCH, Lady Macbeth de Mtsensk &#8211; Genève</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Goerne/Trifonov : Récital (Philharmonie) — Paris (Philharmonie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/goernetrifonov-recital-philharmonie-paris-philharmonie-au-dela-du-style/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Jamar]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 17 Jun 2022 15:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Fédérer un public parisien autour d&#8217;un programme consacré à la finitude n&#8217;est pas donné à tout le monde, à moins de s&#8217;appeler Matthias Goerne, et de se produire avec Daniil Trifonov. Faisant écho à la récente sortie d&#8217;un album commun, les deux artistes offraient au public de la Philharmonie de Paris un programme exigeant mais &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Fédérer un public parisien autour d&rsquo;un programme consacré à la finitude n&rsquo;est pas donné à tout le monde, à moins de s&rsquo;appeler <strong>Matthias Goerne</strong>, et de se produire avec <strong>Daniil Trifonov</strong>. Faisant écho à la récente sortie d&rsquo;un album commun, les deux artistes offraient au public de la Philharmonie de Paris un programme exigeant mais subtilement choisi.</p>
<p>Celui-ci s&rsquo;articule comme une boucle dont le trajet partirait de l&rsquo;amour et de ses déceptions (Berg et Schumann), virant à la résignation face à la mort (Wolf et Chostakovitch), pour finalement mieux l&rsquo;accepter et se réconcilier grâce à l&rsquo;amour (Brahms). Mais la cohérence n&rsquo;est pas que sur le papier : en enchaînant l&rsquo;entièreté du programme, les deux musiciens en soulignent les correspondances musicales profondes.</p>
<p>La palette choisie pour cette soirée est un éloge de l&rsquo;ombre à elle seule : ce que l&rsquo;on perdrait en clarté et en univocité, on le gagne en ambivalence, en demi-teintes et en suggestions. L&rsquo;approche est imparable dans le répertoire plus tardif. Les souplesses de tempo et de dynamique font merveille chez Wolf et Berg, et révèlent un Chostakovitch plus lyrique et emporté qu&rsquo;à l&rsquo;accoutumée. Brahms est chanté avec un peu plus de retenue (<em>Chants sérieux</em> obligent), mais n&rsquo;en est pas moins vibrant et inspiré. Vocalement, Matthias Goerne joue ici sur du velours, profitant de chaque inflexion du discours pour proposer une couleur vocale toujours juste, qu&rsquo;elle soit éclatante ou retenue à l&rsquo;extrême. A ce titre, il faut saluer le jeu alerte et attentif de Daniil Trifonov. Une belle émulation semble se produire entre les deux artistes, et elle est pour beaucoup dans la réussite de ce programme.</p>
<p>On se demande encore si cette palette convient tout aussi bien aux <em>Dichterliebe</em>. Les tempi extensibles et nuances contre la partition ne sont pas gênants a priori, mais ils semblent mettre notre chanteur en danger, en l&rsquo;obligeant à écourter les phrases et à fragmenter la ligne vocale. Le jeu de Trifonov est plus ramassé, très près du clavier, et très maîtrisé, au risque de passer parfois pour éteint.</p>
<p>On comprend aussi bien qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas tant d&rsquo;un écart de style que d&rsquo;une adaptation du cycle au reste du programme. Suggérer par l&rsquo;interprétation que les œuvres sont écrites parfois à plus d&rsquo;un siècle les unes des autres n&rsquo;est pas l&rsquo;intention de nos deux musiciens. Dès lors, comment leur en vouloir, si le propos artistique est sincère ?</p>
<p> </p>
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			</item>
		<item>
		<title>CHOSTAKOVITCH, Le Nez — Munich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/le-nez-munich-munich-en-etat-de-sideration/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Nov 2021 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Si Serge Dorny voulait marquer au fer rouge son arrivée à la tête du Bayerische Staatsoper, il n’aurait pu s’y prendre autrement. Une œuvre cinglante, un nouveau directeur musical affuté et un metteur en scène séquestré par son propre régime : le cocktail ne pouvait qu’être détonant. Et c’est bien la sidération qui saisit la salle &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Si Serge Dorny voulait marquer au fer rouge son arrivée à la tête du Bayerische Staatsoper, il n’aurait pu s’y prendre autrement. Une œuvre cinglante, un nouveau directeur musical affuté et un metteur en scène séquestré par son propre régime : le cocktail ne pouvait qu’être détonant. Et c’est bien la sidération qui saisit la salle sur l’ultime accord de ce <em>Nez</em> – où devrait-on dire pied de nez – quelques uns se risquent  à applaudir timidement, une huée aussi peu convaincue est lancée depuis une galerie, des bravi interrogatifs se manifestent ensuite avant que la salle n’applaudisse poliment la myriade d’artistes réunis sur scène. Pourtant on notera que cet accueil presque aussi glacial que les décors qui placent l’action dans une Russie au cœur de l’hiver, ne se réchauffe guère ni pour les premiers rôles, ni pour <strong>Vladimir Jurowski</strong>, dont le travail et la patte en fosse sont pourtant extraordinaires. Même lorsque le rideau se referme pour les derniers saluts, les rangs du parterre se vident : très surprenant à Munich, où la standing ovation et les rappels à n’en plus finir sont monnaie courante. Mais qu’est-ce qui les a donc déroutés de la sorte ?</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/nase_2021_c_w_hoesl_3_.jpg?itok=2CcjYHkl" title="© W. Hoesl" width="312" /><br />
	© W. Hoesl<br />
	 </p>
<p>Certainement pas la distribution menée avec le brio et l’abattage phénoménal de <strong>Boris Pinkhasovich</strong>. Son Kobaljov avale tous les écueils du rôle, fait sienne la proposition scénique et délivre un portrait complet du personnage et de tous ses états. <strong>Sergei Leferkus </strong>marque dans les deux scènes d’Ivan Jakovlecic tant par sa voix bien projetée que par son jeu scénique d’arracheur de nez. Les autres solistes se répartissent plusieurs rôles tant ils sont nombreux dans l’œuvre de Chostakovitch (voir la distribution ci-contre). <strong>Anton Rositskiy</strong> brûle les planches dans tous les roles qui lui sont confiés. Son timbre de ténor clair et incisif est immédiatement reconnaissable. Les rôles qu’il incarne mettent vite en tension la tessiture et il s’avère d’une aisance déconcertante. <strong>Sergey Skarokhodov</strong> se coule avec gourmandise dans les répliques mielleuses du valet de Kovaljov. Chez les femmes, <strong>Laura Aikin</strong> impressionne par la puissance et la véhémence qu’elle met dans la bouche de Praskovja Osipovna. <strong>Doris Soffel</strong> est immédiatement identifiable, malgré les costumes et <strong>Miriam Mesak</strong> (soprano solo dans la scène de la cathédrale) séduit d’emblée par la beauté du timbre. Les artistes russophones engagés pour la production et les membres de la troupe s’intègrent à merveille dans cette excellente distribution. Les chœurs de la Bayerische Staatsoper complètent ce plateau de haute volée : cohésion, précision rythmique, clarté du texte, puissance… tout y est.</p>
<p>	Si la partition aura pu surprendre une partie du public, la direction de Vladimir Jurowski devrait faire consensus. D’une précision à toute épreuve, le chef russe s’ingénie à dénicher tous les trésors que la partition abrite : il cherche les tons et les couleurs dans les pupitres, ne s’endort pas dans ce travail de fourmis et fait avancer cette course infernale d’une heure cinquante minutes. Il ne renonce pas, bien entendu, à faire exploser l’orchestre dans les tutti échevelés ou les interludes, où toute l’ironie de Chostakovitch exsude. Au passage il est toujours gratifiant de voir les musiciens placés sur scène, comme c’est le cas ici avec les percussions du premier interlude ou encore les musiciens à la balalaïka. Dans cette musique à la rythmique si compliquée, pas un départ ne manque, pas un soliste n’est couvert.</p>
<p>	La sidération, elle naît très certainement de la proposition de <strong>Kirill Serebrennikov</strong> qui transforme la nouvelle absurde de Gogol en dystopie étouffante et sombre. Tout est inversé et s’exprime sur un mode binaire : le blanc de la neige, la noirceur des costumes ; le peuple et la police ; les monstres et les hommes d’apparence normale. Sauf que ce sont la police et les citoyens suppôts de cette société policée qui sont grimés en monstres aux faciès boursouflés, aux corps enflés comme ceux de noyés. Quand Kovaljov perd son nez, il retrouve un aspect humain. Hideusement humain, ce qui le met au banc des cerbères, des femmes arcimboldiennes qu’il convoite et menace de le voir pourchasser, comme les quelques citoyens normaux qui arrivent au gré des scènes de groupe munis de pancartes de manifestants (« Nein »). Ivan Jakovlevic, le barbier, en coupant des nez plutôt qu’en faisant la barbe, s’avère le flic chargé des basses besognes de dégradation. Kirill Serebrennikov fait donc fi de la quasi-totalité de l’ironie grinçante du texte et du grotesque qui se payait les bureaucrates de son temps. Sa cible est autre, et si l’on oublie les costumes boursouflés, c’est bien davantage nos sociétés de plus en plus sous contrôle qui sont la cible. Les flics ont la matraque plus que facile, le médecin ne tente pas de recoller le nez de Kovaljov, il lui fait un test PCR. Aux saluts, on voit le soulagement des chanteurs et figurants d’enfin pouvoir retirer ce masque flatulent qui les gênait pour respirer. Toute ressemblance avec des faits réels est forcément intentionnelle. Kovaljov redevenu un tortionnaire parmi les autres va pouvoir s’en prendre à son ultime cible, l’innocence même : la fillette vêtue de bleue qu’il invite à entrer chez lui et dont le ballon rouge éclate sur le dernier accord. Le public est groggy. Pour Serge Dorny et Vladimir Juroswski c’est un coup de maître : voici un théâtre musical intelligent, en prise avec la société et qui ne cède rien à l’excellence.</p>
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