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	<title>Hans KRASÁ - Compositeur - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Hans KRASÁ - Compositeur - Forum Opéra</title>
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		<title>KRÁSA, Brundibar – Evian</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/krasa-brundibar-evian/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 05 Jul 2026 04:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>À la fin du spectacle, un grand portail de bois s’ouvre au fond de la scène ; le plateau s’est assombri et au delà de la porte on voit une vive lumière jaune-rouge. Tous les enfants passent lentement cette porte, image forte et poignante, que chacun comprend. Brundibar est inséparable du souvenir atroce de Terezin. &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>À la fin du spectacle, un grand portail de bois s’ouvre au fond de la scène ; le plateau s’est assombri et au delà de la porte on voit une vive lumière jaune-rouge. Tous les enfants passent lentement cette porte, image forte et poignante, que chacun comprend.</p>
<p><em>Brundibar</em> est inséparable du souvenir atroce de Terezin. Les enfants qui participèrent aux cinquante-quatre représentations qui en furent données là franchirent tous peu après les portes du camp pour aller vers la mort.</p>
<p>Il en fut ainsi pour Hans Krása, qui le 17 octobre 1944 fut assassiné à Auschwitz, et on ne peut pas ne pas penser à tout cela, en assistant à ce conte musical pour enfants donné par des enfants.<br />Krása l’avait écrit en 1938 pour répondre à un concours ; il en fut donné une première représentation clandestine en 1942 dans un orphelinat juif à Prague, avant sa création à Theresienstadt. <br />C’est aussi en 1942, le 10 avril, que Krása fut déporté vers cette forteresse en Tchécoslovaquie que les Nazis avait transformée en camp-vitrine. Ils y rassemblaient bon nombre d’artistes, de musiciens, de sorte qu’on pouvait même y trouver un orchestre klezmer, un kiosque à musique ou un cabaret à la berlinoise. On sait qu’un délégué de la Croix-Rouge, le Dr Henri Rossel, fut invité à visiter ce camp, strictement accompagné, le 23 juin 1944, et qu’il produisit un rapport ambigu, conscient semble-t-il d’avoir été berné.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2026_Image_Brundibar-Maitrise-Populaire-juin©StefanBrion-5-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-216533"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Stefan Brion</sub></figcaption></figure>


<p>La Grange au Lac d’Evian, cette vaste salle toute de bois naturel, avec son bois de bouleaux en guise de fond de scène et ses lustres à la russe, offre un cadre d’une poésie bucolique à la mise en scène de ce conte.</p>
<p>Un petit orchestre est dans l’ombre côté jardin, avec les instruments dont Krása disposait à Terezin : quatuor à cordes, contrebasse, flûte, clarinette, trompette, guitare, accordéon, percussion et piano. En tout, une douzaine de membres de l’<strong>orchestre de l’Opéra de Lyon</strong>, dirigés par <strong>Louis Langrée</strong>, qui conduisait déjà les représentations de ce spectacle, créé à l’Opéra-Comique, dans une mise en scène de <strong>Murielle Mayette-Holtz</strong>, adaptée ici par <strong>Jean-Claude Berutti</strong>.</p>
<p>Mais c’est surtout l’implication et l&rsquo;enthousiasme de la troupe nombreuse rassemblée pour l’occasion, quarante-deux jeunes interprètes, issus de la <strong>maîtrise populaire de l’Opéra-Comique</strong> et du <strong>Chœur des élèves du Conservatoire d’Evian</strong>, qui font le charme de ce spectacle.</p>
<h4><strong>Le Père Noël et la Révolution</strong></h4>
<p>On a choisi de faire précéder <em>Brundibar</em> d’un conte écrit par Jean-Claude Grumberg pour sa petite fille, un récit échevelé mêlant une histoire de Père Noël et les souvenirs d’une certaine Rosette Rosenfeld, qui grimpe dans sa cheminée pour « rejoindre le ciel et ceux qui y sont déjà » et dont les parents croyaient, dit-elle, à la fois au Père Noël et à la Révolution… On reconnaît là le monde de l’auteur de <em>L’Atelier</em>.  <br />Huit enfants jouent cela avec verve (et des phrasés parfois chaotiques) dans un décor de pupitres d’école à l’ancienne, à grand renfort de blouses grises, de châles et de pèlerines. Surtout leur gentille comédie est entrecoupée de deux beaux extraits a cappella d’<em>Un Soir de neige</em> de Poulenc et de son très intense <em>O magnum mysterium</em> : venues des coulisses, les jeunes voix de l’ensemble choral (dirigé par Clara Brenier, pour la Maitrise, et Lucie Depraz et Maryline Fabrizzio pour les Évianais) sont d’une touchante et pure ferveur.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img decoding="async" width="2560" height="1920" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Brundibar-Evian-3-scaled.jpg" alt="" class="wp-image-216543"/><figcaption class="wp-element-caption">© <sub>Matthieu Joffres</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>La figure du méchant</strong></h4>
<p>Brundibar raconte l’histoire de deux enfants, Pepinček et Aninka, qui doivent trouver du lait pour guérir leur mère (le père est parti à la guerre). Ils se heurtent tour-à-tour au Laitier, au Boulanger et à la Marchande de glaces, qui refusent de les aider, parce qu’ils n’ont pas d’argent. Il faut travailler pour en gagner, leur dit le Gendarme, qui cite en exemple Brundibar, le chanteur des rues, avec son orgue de Barbarie. Mais l’antipathique Brundibar (allusion à Hitler, peut-être) les empêche de chanter et les chasse. Heureusement ils vont recevoir l’aide d’un Moineau, d’un Chat et d’un Chien qui rassembleront un chœur d’enfants pour chanter plus fort que Brundibar et le chasser. Le chœur final chantera la victoire de l’entraide sur l’oppression.</p>
<p>Des grosses têtes de Carnaval pour les méchants personnages évoqués plus haut, une grosse boîte de carton pour la tête de Brundibar (caricature malaisante, soit dit en passant, évoquant celles de la propagande nazie), une carriole pour le laitier, un triporteur pour la marchande de glaces, etc. À quoi s’ajoutent de beaux masques pour les trois animaux bienveillants, des masques grimaçants pour la foule des passants hostiles, et d’amples sarraus pour tout le monde. Toute la partie visuelle semble se souvenir des « on ferait comme si… » et des « on dirait que tu serais… » des jeux d’enfants.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/4-Brundibar-DR-S.-Brion-1024x576.png" alt="" class="wp-image-216525"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Stefan Brion</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Faire beaucoup avec peu</strong></h4>
<p>Ce qui saute à l’oreille, c’est le brio de l’écriture de Krása : des rythmes syncopés sur lesquels vient se poser un violon sentimental, des tangos ou des javas qui passent en contrebande, des valses alanguies et ironiques (il avait été élève de Schoenberg), des accelerandos que Louis Langrée tient d’une main ferme, une palette sonore virtuose – c’est fou ce que Krása, qui fut aussi élève d’Albert Roussel, arrive à combiner avec une flûte, une clarinette et une trompette.</p>
<p>Un délicieux chorus de trompette pour l’entrée de Brundibar (Nino Rota avant l&rsquo;heure), un accordéon mélancolique pour son orgue, le duo à l’unisson de Pepinček et Aninka (<strong>Elias Passard</strong> et <strong>Sarah Bourezg</strong>) qui s’essaient à la chanson des rues et c’est charmant (« Au-dessus de la ferme vole un très grand oiseau ») tandis que, en surimpression <em>parlando</em>, Brundibar (<strong>Léo Biancolni-Simon</strong>, très brillant aussi en danseur, frac noir et guêtres blanches) les morigène… tout cela est très en place et savoureux.</p>
<p>Les détails d’orchestration sont exquis : pépiements de flûte sur pizzicati de cordes pour le moineau, longue phrase de contrebasse pour le chat, clarinette dans le grave sur martèlement de percussions pour le chien, valse lente aux glissandos voluptueux pour l’endormissement des enfants (jolie image de la danse du groupe entier dans une lumière bleue) jusqu’à un lever de soleil délicieux et une valse du réveil de plus en plus tourbillonnante par l’ensemble du chœur.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="399" height="501" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Brundibar-le-moineau-et-les-enfants.jpg" alt="" class="wp-image-216527"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Stefan Brion</sub></figcaption></figure>


<p>Malgré sa java pétaradante, Brundibar sera circonvenu. Alors montera le choral des enfants et des animaux, « Maman berce l’enfant, elle le voit déjà grand », avant le galop final de mise en fuite du tyran.<br />Joie éphémère, puisque c’est à ce moment que se placera l’image évoquée au début, la porte, les flammes, le départ…</p>
<h4><strong>Le surgissement du tragique</strong></h4>
<p>Alors apparaîtra, seule sur le plateau, une grande jeune fille, <strong>Camille Flament</strong>, qui chantera le « Ich wandre durch Theresienstadt », une manière d’hymne triste composé par Ilse Weber. Ilse Weber était une jeune femme qui dans le camp s’occupait des enfants, pour lesquels elle chantait en s’accompagnant à la guitare. Un jour, on vint chercher un groupe d’enfants. Elle savait, ou pressentait, vers quoi on les emmenait. Elle exigea de partir avec eux.<br />Ici la chanson est accompagnée par le quatuor et la contrebasse, puis le piano, et la voix est serrée par l’émotion, avant qu’une trompette poignante ne vienne la soutenir : « Theresienstadt, Wann wohl das Leid ein Ende hat, Wann sind wie wieder frei ? – Quand notre peine prendra-t-elle fin, quand serons-nous libres enfin ? »</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="2560" height="1920" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Brundibar-Evian-5-scaled.jpg" alt="" class="wp-image-216545"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Matthieu Joffres</sub></figcaption></figure>


<p>Un chœur final, très comédie musicale, par tous les interprètes revenus sur scène dans leurs tee shirts et bermudas de tous les jours, mettra un post-scriptum joyeux à ce conte tragique, salué par une salle enthousiaste.</p>
<p>Belle image que cette troupe où, dans une pyramide des âges, se côtoient des choristes qui semblent avoir déjà fini leur croissance et dépassent les autres de la tête et des épaules, et d’autres qui émergent à peine de l’enfance et du monde des contes.</p>
<pre>NB : les images signées Stefan Brion qui illustrent cet article correspondent aux représentations données à l'Opéra-Comique en juin dernier.</pre><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/krasa-brundibar-evian/">KRÁSA, Brundibar – Evian</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>La résistance s&#8217;organise à Dijon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/la-resistance-sorganise-a-dijon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Feb 2015 11:40:43 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Alors que des nuages lourds de menaces s’amoncellent sur le monde civilisé, l’Opéra de Dijon développe une thématique particulièrement courageuse et opportune : « Résistance par les arts ». En dehors de la mémoire de la Shoa, les ouvrages présentés n’apparaissent que rarement. Dépassant ce cadre et les replaçant dans leur contexte, un audacieux programme est offert à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Alors que des nuages lourds de menaces s’amoncellent sur le monde civilisé, l’Opéra de Dijon développe une thématique particulièrement courageuse et opportune : « Résistance par les arts ». En dehors de la mémoire de la Shoa, les ouvrages présentés n’apparaissent que rarement. Dépassant ce cadre et les replaçant dans leur contexte, un audacieux programme est offert à tous les publics. Ainsi, l’opéra pour enfants <em>Brundibár</em>, de Hans Krása, qui rencontre actuellement un grand succès, en est-il le préambule. Confié à de jeunes interprètes de la Maîtrise, et à des instrumentistes tchèques, sous la direction d’<strong>Etienne Meyer</strong>, cet ouvrage très frais, réécrit à Terezin, bénéficie d’une mise en scène fort bien venue, de <strong>Christian Duchange</strong>. Le conte peut être lu comme la résistance des faibles et des opprimés. Ces derniers, après l’humiliation et les souffrances,  l’emporteront sur le tyran brutal. Un régal, pour petits et grands.</p>
<p><em>Der Kaiser von Atlantis</em>, de Viktor Ullmann, est aussi une fable : la Mort ne peut suivre le rythme imposé par l’Empereur et finit par abdiquer. Sujet bouleversant lorsque l’on sait que l’opéra fut composé à Terezin et que son créateur et ses interprètes seront déportés à Auschwitz d’où ils ne reviendront pas. Cet ouvrage en un acte sera dirigé par <strong>Mihaly Zeke</strong> avec les jeunes solistes de l’Académie de l’Opéra, dans la première mise en scène lyrique de <strong>Benoît Lambert</strong>. Les quatuors Pavel Hass et Bennewitz, héritiers des Talich et Prazak, s’inscriront dans la même démarche. Les salles traditionnelles, mais aussi des lieux variés les accueilleront (maison d’arrêt, centre commercial, écoles et collèges…). Un concert-lecture avec le quatuor Bennewitz, autour de textes écrits par ces anonymes qui tentèrent de faire droit à quelques instants de bonheur au milieu de l’horreur, sera suivi de <em>La guerre des salamandres</em>, chef d’œuvre de la littérature tchèque, à l’humour dévastateur.  Des moments rares en perspective.</p>
<p>Dijon, Opéra (Auditorium et Grand-Théâtre), du 11 au 21 mars 2015</p>
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		<item>
		<title>Brundibar</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/lopera-pour-survivre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nicolas Derny]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 09 May 2010 13:55:37 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>// Né à Prague d’un père tchèque et d’une mère juive allemande, Hans Krasá (1899-1944) étudie avec Zemlinsky à Berlin et, comme Bohuslav Martinů, avec Roussel à Paris. Dans les années trente, il compose la musique de la pièce Mladi ve hře (La Jeunesse s’amuse) d’Adolf Hoffmeister. C’est ce même auteur qui fournit à Krasá &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>//</p>
<p>
Né à Prague d’un père tchèque et d’une mère juive allemande, <strong>Hans Krasá</strong> (1899-1944) étudie avec Zemlinsky à Berlin et, comme Bohuslav Martinů, avec Roussel à Paris. Dans les années trente, il compose la musique de la pièce <em>Mladi ve hře (</em>La Jeunesse s’amuse) d’Adolf Hoffmeister. C’est ce même auteur qui fournit à Krasá le texte de sa deuxième œuvre lyrique (1), <em><strong>Brundibár</strong></em> (1938), opéra en un acte pour voix d’enfants. Interdite pour d’évidentes raisons politiques (2), la partition est répétée et jouée deux fois en secret dans un orphelinat d’enfants juifs de Prague (1941) avant que Krasá ne soit déporté à Terezín &#8211; en août 1942 &#8211; suivit de près par les enfants de l’orphelinat. <br />
Erigé en « modèle » par les Nazis, Terezín est un camp de transfert. Quoique qu’extrêmement dure, la vie y est un peu moins atroce que dans les camps d’extermination. L’art y est d’ailleurs autorisé et Krasá prend la tête de la <em>Freizeitgestaltung</em> (« organisation du temps libre »). N’ayant pu emporter la partition de <em>Brundibár</em> avec lui, il la recompose en l’adaptant aux instruments dont il dispose sur place (flûte, clarinette, guitare, accordéon, piano, 4 violons, violoncelle et contrebasse). Cette nouvelle version est créée dans un baraquement du camp le 23 septembre 1943 et l’opéra est joué 55 fois ; les enfants déportés à l’est étant immédiatement remplacés par de nouveaux arrivants. Afin de nier l’horreur de la vie concentrationnaire, le régime autorise en juin 1944 une inspection de Terezín par la Croix-Rouge Internationale. Pour présenter une réalité « acceptable », les autorités désengorgent l’endroit en envoyant bon nombre de prisonniers à Auschwitz et, pour parfaire la mise en scène, montent une représentation spéciale de <em>Brundibár</em> qui est pour l’occasion joué dans un endroit plus grand (hors des limites du camp) avec un nouveau décor. Les bourreaux profitent de l’occasion pour tourner un film de propagande, Der Führer schenkt den Juden eine Stadt (Le Führer offre une ville aux juifs), dans lequel la scène finale de <em>Brundibár</em> est montrée (3). Plutôt ironique lorsque l’on pense que c’est le passage qui montre le tyran vaincu… Le 16 octobre 1944, Krasá est envoyé à Auschwitz. Il y périt 2 jours plus tard. Tombé dans l’oubli après la guerre, l’opéra est redécouvert et reconstitué par une nonne bénédictine, <strong>Maria Veronika Grüters</strong>, et donné en allemand le 23 juillet 1985 à Freiburg.</p>
<p>Double actualité (indirectement liée) pour <em>Brundibár</em> : un petit roman de <strong>Thomas Freitag </strong>et l’édition, inédite en CD, du premier enregistrement de l’œuvre. C’est l’histoire croisée de la famille Grüters et de la destinée du compositeur que romance Freitag dans son <em>Brundibár</em> <em>: der Weg durchs Feuer.</em> Structuré en 3 parties divisées en chapitres relativement courts, le livre commence par nous raconter le passé des Grüters, famille de musiciens allemands ayant côtoyé Brahms, Clara Schumann ou encore Max Reger. Nous suivons ensuite la petite Gisela Grüters, fillette de sang partiellement juif (par sa grand-mère) qui effectue sa scolarité dans l’Allemagne des années 1930. La seconde partie du roman commence en 1938. Elle raconte la vie de Gisela qui, comme sa sœur, étudie la musique à Cologne et, parallèlement, la destinée de Krasá qui, à ce moment, termine la composition de son opéra. Très vite, Gisela et sa famille sont contraints de se vivre cachés pour éviter les ennuis tandis que le compositeur est déporté à Theresienstadt. Dans la dernière partie du livre, nous suivons Gisela qui, après la guerre et la fin de ses études musicales, décide de rentrer dans les ordres. Elle devient désormais sœur Maria Veronika et enseigne la musique à des lycéennes. Dès lors qu’elle découvre qu’un opéra a été représenté à Terezín -où certains de ses parents éloignés ont été déportés- elle effectue des recherches pour retrouver la partition de <em>Brundibár</em>, l’arrange, la traduit et la monte avec ses élèves. En 1985, après la recréation allemande, la petite troupe s’en va jouer l’œuvre en Israël, pour les 40 ans de la libération des camps.<br />
Thomas Freitag narre tous ces faits réels avec beaucoup de pudeur. Le style, relativement sobre, ne profite heureusement pas de l’atrocité de la Shoah pour tenter de tirer le lecteur vers une émotion facile, comme c’est souvent le cas dans les œuvres littéraires ou cinématographiques évoquant cette tragédie. C’est plutôt la volonté de survivre, accrue par la musique, qui domine le cœur du récit. De plus, tous les faits concernant l’histoire de l’opéra (sa genèse, ses exécutions à Terezín, l’inspection de la Croix-Rouge, etc.) sont rigoureusement exacts. Pour le reste, Freitag a semble-t-il rencontré la bénédictine qui lui a raconté son histoire. Un petit roman bien troussé qui ne compense pas le fait que <em>Brundibár</em> ne fasse à ce jour l’objet d’aucune véritable étude ou analyse publiée. (4)</p>
<p>C’est précisément l’enregistrement de Maria Veronika Grüters, gravé en décembre 1896, que le label <strong>Christophorus</strong> nous propose. Certes, il existe de meilleures versions enregistrées de l’opéra et dans d’autres langues que l’allemand (5) mais comme il est toujours difficile et risqué de faire chanter des enfants – exceptionnels sont ceux qui maîtrisent leur voix &#8211; il ne serait pas juste de juger les filles du St. Ursula-Gymnasiums Freiburg comme des professionnelles qu’elles n’avaient pas la prétention d’être. D’autant que, mis à part <strong>Vera Fliegauf</strong> qui interprète (assez mal) le rôle de Brundibár, toutes s’en tirent très honorablement. Les instrumentistes montrent la qualité des ensembles musicaux des lycées d’outre-Rhin, impossible à imaginer chez nous mais il faut surtout envisager ce disque comme un document « historique » plutôt que comme une interprétation de haut vol. Mentionnons que, comme c’était le cas à Terezín, l’exécution de <em>Brundibár</em> est précédée de la <em>Theresienstadt-Hymne</em> de Karel Schwenk (1907-1945), chantée par Ruth Elias, rescapée de l’enfer du camp. Un moment étonnant.<br />
Si les Jeunesses Musicales de tous pays se sont « emparées » de Brundibár, il est important de ne pas ranger la pièce dans la catégorie des ouvrages exclusivement destinés aux enfants, même si Krasá y adapte son esthétique en conséquence. Il n’est pas non plus nécessaire d’invoquer le « devoir de mémoire », trop souvent exploité par des artistes (plasticiens, cinéastes, écrivains, etc.) à des fins purement médiatiques ou commerciales et qui n’a rien à faire dans le jugement de la qualité d’une œuvre et de celle-ci à plus forte raison. Il est important de redécouvrir Brundibár car cette courte partition est une réussite musicale. Tout simplement.<br />
 <br />
<strong>Nicolas Derny</strong><br />
<br /><em>(1) </em>Après <em>Verlobung in Traum</em> d’après Dostoïevski (1933)<br />
(2) Pour rappel, les accords de Munich signés entre l’Allemagne, la France, l’Angleterre et l’Italie mettent fin à la crise des Sudètes. En 1939, Hitler rompt lui-même ces accords et achève de démanteler la Tchécoslovaquie. <br />
(3) Voir <a href="http://www.youtube.com/watch?v=nXvFKAtTa_k">http://www.youtube.com/watch?v=nXvFKAtTa_k</a><br />
(4) On trouve des pages intéressantes dans les ouvrages suivant : <em>Joža Karas, La musique à Terezín : 1941-1945,</em>  G. Schneider (trad.), Paris, Gallimard, 1993 ; B. Červinková, <em>Hans Krasá. Leben und Werk</em>, Pfau, Saarbrücken, 2005 ; K. Kierig, <em>Kinderlieder im Opernhaus oder Arien im Kinderzimmer? : Aspekte kindgerechten Komponierens untersucht an Opern des 20</em>. Jahrhunderts, Grin Verlag, 2009 ; entre autres.<br />
(5) Une fois n’est pas coutume, il n’est pas nécessaire d’écouter <em>Brundibár</em> dans sa langue d’origine, le tchèque. En effet, le germanophone Krasá, n’en maîtrisait pas parfaitement les subtilités comme Janáček ou Martinů. La musique n’y colle donc pas parfaitement et les versions en allemand, anglais ou français n’en dénaturent pas la pièce. Il existe également des enregistrements en italien ou en grec…</p>
<p> </p>
<p> </p>
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