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	<title>Jorge MARTÍN - Compositeur - Forum Opéra</title>
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	<title>Jorge MARTÍN - Compositeur - Forum Opéra</title>
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		<title>MARTÍN, Before Night Falls — Miami</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marcel Quillevere]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Mar 2017 07:51:48 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Décidément Miami n&#8217;est plus cette ville sans personnalité où l&#8217;on venait dans les années 70 se réfugier, au soleil, des hivers rigoureux de New York ou de Montréal. C&#8217;est devenu une métropole prospère et opulente, à l&#8217;architecture enfin préservée et fière de sa diversité culturelle (trois langues officielles dans les lieux publics: l&#8217;anglais, l&#8217;espagnol et &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Décidément Miami n&rsquo;est plus cette ville sans personnalité où l&rsquo;on venait dans les années 70 se réfugier, au soleil, des hivers rigoureux de New York ou de Montréal. C&rsquo;est devenu une métropole prospère et opulente, à l&rsquo;architecture enfin préservée et fière de sa diversité culturelle (trois langues officielles dans les lieux publics: l&rsquo;anglais, l&rsquo;espagnol et &#8230;le haïtien). Une ville qui s&rsquo;exprime musicalement partout et, notamment, au cours de la saison symphonique dans un splendide auditorium à deux pas de la mer et, durant la saison du Florida Grand Opera, dans l&rsquo;immense vaisseau du Adrienne Arsht Center (2400 places). Un opéra dirigé par Susan Danis, une jeune femme de convictions et d&rsquo;audaces qui, depuis quelques années, fidélise un public de plus en plus nombreux dans une ville où la tradition lyrique se résumait aux quelques titres du répertoire habituel. Ainsi dans une courte saison (quatre ouvrages), financée surtout par des fonds privés, elle programme un opéra inconnu ou contemporain, capable d&rsquo;attirer le plus de spectateurs possibles, en liaison avec l&rsquo;histoire et la culture de Miami. Après <em>The Passenger</em> du polonais Weinberg (1919-1996) qui avait mobilisé un public nombreux l’an dernier, elle a choisi cette saison un opéra cubain qui a connu un grand succès au Fort Worth Opera en 2010, au point qu&rsquo;<a href="http://www.forumopera.com/cd/bouleversant-tout-simplement">un enregistrement avait été réalisé dans la foulée.</a> L&rsquo;impression ressentie à l&rsquo;audition du CD est beaucoup plus forte à Miami où l&rsquo;interprétation et la réalisation scénique ont une plénitude à la mesure de ce grand opéra de notre époque.</p>
<p>Le compositeur cubano-américain Jorge Martín, né à Cuba et arrivé enfant, avec sa famille, aux Etats-Unis, au début des années 60, s’inspire de l&rsquo;autobiographie de l&rsquo;écrivain cubain Reinaldo Arenas (1943-1990), <em>Avant la Nuit</em> (Antes que Anochezca). Publiées en 1992 après la mort de l&rsquo;auteur, victime du sida en son exil new yorkais, ces mémoires ont été portées au cinéma, en 2001, par le peintre et cinéaste Julian Schnabel. Un succès retentissant : la performance de l&rsquo;acteur espagnol Javier Bardem crevait l&rsquo;écran. Mais, plus encore que le film, c&rsquo;est sans doute l&rsquo;opéra qu&rsquo;Arenas aurait aimé. Dans sa littérature, la poésie nimbe d’onirisme et de fantasque le récit de sa vie. Et l’opéra permet justement ce lyrisme qui transcende le quotidien. Ce qui n’exclut pas l’évocation de la vie tragique et violente de l’écrivain, la persécution dont il a été victime, la répression exercée contre le peuple : exécutions, interrogatoires, tortures, prisons, jusqu’à l’exode de milliers de Cubains, dont Reinaldo, depuis le port du Mariel en 1981. La mise en scène de <strong>David Gately</strong> est elle aussi très puissante et très poétique. Les scènes se succèdent avec fluidité grâce à des projections (<strong>Peter Negrini</strong>), d’une beauté à couper le souffle. La direction d’acteurs est remarquable et les chanteurs sont d’un naturel confondant. On se croirait parfois dans un musical de Broadway dont certains accents rythment d’ailleurs plusieurs fois l’opéra. Le chœur du Florida Grand Opera est d’une belle couleur vocale et remarquable d’homogénéité. Les choristes se sont passionnés pour cette œuvre et leur investissement impressionne.</p>
<p>L’orchestre est ici un protagoniste essentiel. <strong>Christopher Allen</strong>, à la tête de ses musiciens, emporte l&rsquo;auditeur dans une symphonie lyrique et rutilante, violente aussi et soudain tendre et pudique. C&rsquo;est que la musique de Jorge Martín, américaine et « tropicale », est très cohérente en son incroyable diversité. Un compositeur très pudique qui parle peu de lui mais beaucoup des compositeurs qu’il aime : Britten, Poulenc, Chostakovitch, Sondheim. De courts thèmes parcourent sa partition foisonnante et éclosent soudain en des mélodies lyriques inspirées souvent de la musique populaire cubaine que Jorge Martín entendait enfant, discrètement rythmées par des claves.</p>
<p>Tant sur scène que dans la fosse, la tension ne se relâche jamais et l&rsquo;auditeur est captivé de bout en bout. Une attention palpable le soir de la représentation.</p>
<p>Le livret du compositeur écrit en collaboration avec Dolores Koch, proche de l&rsquo;écrivain, y est aussi pour beaucoup. Jorge Martín, passionné de théâtre, a un sens aigu de la prosodie, du temps dramatique, du rythme et des ruptures nécessaires.</p>
<p>A Miami, la distribution est remarquable. Le jeune baryton canadien <strong>Elliot Madore</strong> (29 ans) interprète le rôle de Reinaldo Arenas avec un engagement admirable : il ne quitte guère la scène durant les 2h20 que dure l&rsquo;opéra. On connaît aujourd&rsquo;hui l&rsquo;excellence de l&rsquo;école de chant canadienne. Elliot Madore possède une technique à toute épreuve qui lui permet, dans un legato porté par le souffle, une prononciation impeccable. On ne perd pas un mot du texte. Et quel timbre, capable des nuances les plus belles, de l&rsquo;éclat vocal aux <em>messa di voce</em> sur le fil ! Anglophone il parle admirablement le français. Il serait un interprète idéal de la mélodie française. Sa présence sur scène est faite de la rigueur et de la sobriété qui sont l’apanage des grands acteurs. Il EST Reinaldo : le jeune paysan qui écrit des poèmes sur les arbres, le guerrillero dans la révolution, le Reinaldo persécuté parce que sa littérature est libre et qu’il est rebelle et homosexuel. Et surtout parce que la beauté qu’il recherche partout ne peut être que subversive. Tout le long de l’opéra, Reinaldo est guidé par ses muses, la mer (la soprano <strong>Melissa Fajardo</strong>) et la lune, un peu comme chez García Lorca. La Lune et la Mère de Reinaldo sont interprétées par la soprano cubaine <strong>Elisabeth Caballero</strong> à la voix ample, aux aigus épanouis et au timbre velouté.</p>
<p>Belle idée que de faire intervenir des danseurs à plusieurs reprises. Dommage que la chorégraphie soit trop convenue.</p>
<p>Tous les autres rôles sont à la hauteur de l’ensemble. Le personnage d’Ovidio créé par Jorge Martín est inspiré par l’écrivain cubain Virgilio Piñera, fidèle ami et  mentor de Reinaldo, ainsi que par ces écrivains qui ont dû faire leur autocritique en public en dénonçant leurs camarades. Le ténor dramatique <strong>Dinyar Vania</strong> a la voix et les aigus redoutables qu’exige le rôle. Citons aussi <strong>Calvin Griffin</strong>, chef guerrillero cruel et sans scrupules et le ténor <strong>Javier Abreu</strong>, délateur sournois à souhait. A l’entracte, le public applaudit à tout rompre l’orchestre et son chef alors qu’ils quittent la fosse. A la fin de l’ouvrage c’est une standing ovation immédiate de tous les spectateurs, émus aux larmes.</p>
<p>Au fond tient-on là ce que sera l ‘opéra du XXIe siècle ? Comme autrefois, quand les spectateurs aimaient découvrir les ouvrages lyriques de leur temps, ceux de Mozart, Rossini, Verdi ou Puccini et en fredonnaient quelques extraits en sortant ? Comme on se remémorait celles d’<em>Avant la Nuit</em>, le 18 mars dernier à Miami, par une belle soirée de printemps tropical. Qu’il nous soit donc permis de rêver à un vaste public enfin réconcilié avec l’opéra de notre temps et passionné par ses dernières créations !</p>
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		<title>Before night falls</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/bouleversant-tout-simplement/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marcel Quillevere]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 17 Feb 2011 21:01:16 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les temps changeraient-ils ? L’opéra contemporain ne serait-il plus le seul apanage des thuriféraires de Bernd Alois Zimmermann ou des disciples purs et durs de Lachenmann ? Le XXIe siècle ouvrirait-il enfin les portes sur des horizons que l’on n’osait plus imaginer à l’aune des dogmes et des certitudes d’une certaine école lyrique contemporaine ! &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>          Les temps changeraient-ils ? L’opéra contemporain ne serait-il plus le seul apanage des thuriféraires de Bernd Alois Zimmermann ou des disciples purs et durs de Lachenmann ? Le XXIe siècle ouvrirait-il enfin les portes sur des horizons que l’on n’osait plus imaginer à l’aune des dogmes et des certitudes d’une certaine école lyrique contemporaine ! Un air nouveau soufflerait-il? En mai 2006, Renaud Machart avait eu l’audace, dans Le Monde, de qualifier de chef d’œuvre le Maria Golovine de Menotti, à l’Opéra de Marseille, au grand dam d’une certaine intelligentsia musicale!</p>
<p>
Les temps ont-ils donc changé, puisque, cinq ans plus tard, cette même intelligentsia parisienne se presse au Châtelet pour acclamer, en février 2010, Stephen Sondheim et sa Little Night Music qu’elle ignorait ou dédaignait encore juste avant? Qui l’eût cru ? Pour peu on y aurait croisé des abonnés exclusifs de l’IRCAM ou du GRM ovationnant un « musical » ! Peut-on s’intéresser, enfin, avec autant de passion aux œuvres de Salvatore Sciarrino et à celles de Stephen Sondheim sans être traité d’amateur sans discernement et peu éclairé?</p>
<p>Les Etats-Unis ont ouvert la voix dès les années 90 quand des opéras, comme celui de Houston, ont pris le pari, qu’ils ont gagné, d’attirer un très large public avec des créations nouvelles. Tout n’a pas été du meilleur cru, mais le grand public s’est réconcilié avec les créateurs et c’est l’essentiel ! Les autres maisons d’opéra (comme ici le Fort Worth Opera au Texas) ont emboîté le pas et de jeunes compositeurs s’essaient à présent au difficile exercice d’harmoniser leur idéal artistique avec cette contrainte essentielle : attirer, par de grandes œuvres, un public qui avait fui depuis longtemps les créations lyriques. Au tour du Châtelet, en juin prochain, à s’y risquer avec <em>Il Postino</em> du controversé Daniel Catán, créé en automne au Los Angeles Opera. Et à nous, à présent, de vous convier à partager l’émotion ressentie à l’écoute de cet opéra cubano-américain de Jorge Martín <em>Before Night Falls</em>, tout en lisant le texte magnifique du livret. Une musique forte, jusque dans ses moments les plus légers, avec la tonalité comme socle essentiel.</p>
<p>Un chant d’exil et de lutte bouleversant, en cette terre américaine où les réfugiés gardent au plus profond d’eux-mêmes, voire en leur inconscient, quelque chose de la mémoire collective du pays qu’ils ont dû fuir, en la mêlant à la mémoire en marche de celui qui les accueille. Cela fait aussi toute la richesse de leurs musiques. C’est le cas de cet opéra de <strong>Jorge Martín</strong> et ce qui le rend si attachant et bouleversant. Il a fallu l’audace de Darren K. Woods, directeur du Fort Worth Opera, pour programmer, en mai et juin 2010, ce <em>Before Night Falls</em> pour lequel il s’était passionné. Belle récompense : son très beau théâtre (Dallas peut l’envier !) a fait le plein et le public a ovationné debout. Du coup, le Label ALBANY a enregistré un CD dans la foulée. Il vient de sortir aux Etats-Unis et est disponible, en Europe, sur le Web. En l’écoutant, on se sent au théâtre, et l’émotion est palpable.</p>
<p>En 1980, l’écrivain cubain <strong>Reinaldo Arenas</strong> parvient à fuir les persécutions dont il est victime à Cuba, en raison de son engagement politique et de son homosexualité déclarée. Il se réfugie aux Etats-Unis où, dix ans plus tard, alors que le sida a raison de ses forces, il parvient à terminer ses Mémoires, <em>Antes que Anochezca </em>(Avant la Nuit), avant de mettre fin à ses jours. <strong>Jorge Martín</strong> est bouleversé par ce livre et y voit matière à un opéra. Il s’associe, à New York, avec Dolores Koch, traductrice et amie très proche de Reinaldo, pour en tirer un livret exemplaire, très fidèle à l’esprit de l’œuvre, en retenant des moments forts qui deviennent, dans l’opéra, des scènes inoubliables.</p>
<p>L’ouverture semble déployer la Mer qui accueille, à la fin, les cendres du poète, personnage à part entière de l’opéra aux côtés de la Lune comme chez Lorca. Puis le rideau s’ouvre sur l’atmosphère étouffante de l’appartement de Reinaldo dans le West Side populaire de New York. Le poète, très malade, se confie à son compagnon Lázaro (le ténor<strong> Jonathan Blalock</strong>) et se souvient. Il appelle à l’aide Ovidio qui sait l’encourager au plus dur de la bataille. Il s’agit en réalité du grand écrivain cubain Virigilio Piñera, qui fut son mentor, incarné ici avec ferveur et passion par le ténor <strong>Jesús García</strong>, au timbre et à l’aigu chaleureux. Le rôle écrasant du poète (il ne quitte presque jamais la scène) est interprété avec noblesse et vaillance par l’excellent baryton <strong>Wes Mason</strong>, qui avait, au théâtre, les traits de Reinaldo.<br />
 <br />
<strong>« Now I&rsquo;m a free man! » par Wes Mason</strong></p>
<p>
D’entrée de jeu, la musique a des accents à la Britten qui permettent aux compositeur de diversifier styles et couleurs au gré des situations dramatiques (Poulenc aurait beaucoup aimé cela !). Le compositeur s’inscrit ainsi souvent dans la meilleure tradition de la musique lyrique cubaine, qu’il n’a peut-être jamais connue mais qui court vraiment dans ses veines ! La quatrième scène et sa habanera avec claves (réminiscences de l’enfance à la campagne), la scène 6 et le duo du 2è acte, se souviennent de la sensualité d’une zarzuela de Roig ou de Lecuona qui, eux-mêmes, s’inspiraient souvent des musicals américains ! Et on entend aussi la grande école américaine de Douglas Moore à Barber, Bernstein et C. Floyd. Paradoxalement, ce savant mélange est foncièrement cubain ! Plusieurs citations de marches et d’hymnes révolutionnaires, brutes de décoffrage (à la manière d’un Verdi du XXIe siècle), alternent avec des scènes très émouvantes (Le trio « Our unhappy island », toute la fin du 1er acte) et des scènes de répressions féroces (le pathétique 2è acte) où l’énergie implacable de Martín devient particulièrement poignante (écoutez ces simples scansions du 2è acte si intelligemment agencées). Oui, simples, mais avec talent, force et conviction et cela va doit au coeur !</p>
<p>Il y a dans cette œuvre, comme chez Sondheim, un sens aigu de la musique de théâtre et du temps dramatique, La distribution est excellente, l’orchestre et les chœurs remarquables et le chef <strong>Joseph Illick</strong> maintient une tension inouïe tout au long de la représentation. Un opéra intelligent et bouleversant, qui peut toucher le public le plus vaste et qui est plus que jamais d’actualité.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong>Marcel Quillévéré</strong></p>
<p>
&#8211; CD disponibe sur ls plupart des sites WEB<br />
&#8211; Avant la Nuit de Reinaldo Arenas (trad. de L. Hasson)- ED Babel poche (Actes sud)</p>
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 <br />
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