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	<title>Ambroise THOMAS - Compositeur - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Mon, 09 Feb 2026 20:30:28 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Ambroise THOMAS - Compositeur - Forum Opéra</title>
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		<title>Joan Sutherland, The Complete Decca Recordings Operas 1971-1988</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/joan-sutherland-the-complete-decca-recordings-operas-1971-1988/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 22 Jan 2026 06:13:16 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après l&#8217;exceptionnel coffret consacré aux récitals de Joan Sutherland et au non moins grandiose coffret consacré aux intégrales lyriques de 1959 à 1970, Decca propose une troisième et sans doute dernière pierre à la discographie de la Stupenda avec ce troisième volume consacré aux opéras enregistrés entre 1971 et 1988. Le coffret s&#8217;ouvre avec un &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après l&rsquo;exceptionnel coffret consacré aux récitals de <strong>Joan Sutherland</strong> et au non moins grandiose coffret consacré <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/joan-sutherland-the-complete-decca-recordings-operas-1959-1970/">aux intégrales lyriques de 1959 à 1970</a>, Decca propose une troisième et sans doute dernière pierre à la discographie de la <em>Stupenda</em> avec ce troisième volume consacré aux opéras enregistrés entre 1971 et 1988.</p>
<p>Le coffret s&rsquo;ouvre avec un enregistrement de <em>Rigoletto</em> figurant parmi les meilleurs de la riche discographie de l&rsquo;ouvrage. Évitant les dérives véristes stylistiquement hors de propos (mais parfois bien excitantes il faut le reconnaitre), <strong>Richard Bonynge</strong> restitue à l&rsquo;ouvrage sa filiation belcantiste grâce à une distribution idéale de musicalité. Le chef australien restaure également les parties habituellement coupées à l&rsquo;époque (et qui le sont encore souvent aujourd&rsquo;hui) : cabalette du Duc à l&rsquo;acte II, reprises, cadences, etc. Ce parti ne se fait pourtant pas au détriment du caractère dramatique de l&rsquo;ouvrage, et cette version reste très théâtrale. <strong>Sherrill Milnes</strong> offre un Rigoletto magnifiquement abouti, moins plébéien que beaucoup de ses collègues, son chant ne se départissant jamais d&rsquo;une certaine noblesse. Son bouffon est d&rsquo;abord un homme blessé dont l&rsquo;amoralité a pour origine ces blessures même. L&rsquo;interprétation est d&rsquo;une passionnante complexité : à titre d&rsquo;illustration, on peut ainsi l&rsquo;entendre passer en un instant de l&rsquo;autorité (<strong>« </strong>Padre ti sono, e basti » / « Je suis ton père, cela suffit ») au doute (« Me forse al mondo temono, etc. » / « Il y a peut-être sur terre des gens qui me craignent, et des gens dont j’ai éveillé la rancune. D’autres me maudissent »). Un vrai travail d&rsquo;orfèvre mais qui ne tombe jamais dans un maniérisme extérieur. Cerise sur le gâteau, le baryton dispose d&rsquo;un aigu impressionnant culminant au si naturel sur sa <strong>« </strong>Maledizione! » finale. Séducteur et jouisseur, <strong>Luciano</strong> <strong>Pavarotti</strong> est un Duc irrésistible de beauté de timbre et de <em>morbidezza</em>. Avec Alfredo Kraus, plus aristocratique, et Carlo Bergonzi plus varié de couleurs, le <em>tenorissimo</em> complète la trinité des meilleurs interprètes du rôle. Dans la tranquillité du studio, le chanteur peut donner ici le contre ré de sa cabalette, note qu&rsquo;il évitait généralement à la scène. Joan Sutherland offre une Gilda pleine de nostalgie, de tristesse, de compassion ( son « Oh quanto dolor! » est à fondre). Démonstration de beau chant, son « Caro nome » pourrait être plus habité. Au dernier acte le soprano australien démontre en revanche de remarquables capacités dramatiques et il faut reconnaitre que le contre-ut interpolé juste avant que Gilda ne soit poignardée fait froid dans le dos. Le reste de la distribution est remarquable en particulier le Sparafucile de <strong>Marti Talvela</strong>. On notera aussi la présence <strong>Kiri Te Kanawa </strong>dans le court rôle de la Contessa di Ceprano, ce qui donne une idée de la richesse du casting.</p>
<p>Le second enregistrement de <em>Lucia di Lammermoor</em> de Sutherland est un autre incontournable de toute discothèque qui se respecte. Richard Bonynge restaure à nouveau la quasi-totalité des coupures traditionnelles, notamment les reprises et les codas (mais généralement sans variation, à l&rsquo;exception de celles du rôle-titre), les tonalités originelles, et la scène de Wolfcrag (déjà restituée dans la première version). Au risque de se répéter, on réaffirmera que Joan Sutherland est une Lucia inégalée, capable de restituer toutes la finesse des émotions de l&rsquo;héroïne par l&rsquo;art du chant, tout en y apportant urgence et dramatisme. Avec le soprano australien, les pyrotechnies vocales ne sont jamais gratuites mais au service de l&rsquo;expression du personnage. Comme dans <em>Rigoletto</em>, Luciano Pavarotti n&rsquo;a guère de rivaux (si ce n&rsquo;est les deux chanteurs déjà cités) : le ténor italien est ici proche de la perfection, avec une probité stylistique qu&rsquo;il n&rsquo;aura pas toujours plus tard dans sa carrière. C’est dans les rôles où l’on ne les attend pas que se révèle le génie des grands artistes : Sherrill Milnes est ainsi un Enrico exceptionnel, dramatique sans effets véristes (il semble trembler vraiment quand il dit <strong>« </strong>Io fremo! »). Son aisance dans l&rsquo;aigu lui permet d&rsquo;être le partenaire idéale de Joan Sutherland pour leur duo du deuxième acte, restitué à sa tonalité aiguë originale, avec la naturel et mi naturel conclusifs. <strong>Nicolaï Ghiaurov</strong> est un Raimondo de luxe, stylistiquement irréprochable, au timbre magnifique et au chant expressif, toujours dans le respect des règles belcantistes. Les <em>comprimari</em> sont excellents.</p>
<p>En 1971, quand Richard Bonynge s&rsquo;attaque à l&rsquo;enregistrement des <em>Contes d&rsquo;Hoffmann</em>, ni l&rsquo;éphémère et contestée version de Fritz Oeser (1976), ni celle de Michael Kaye (1987-1992) et encore moins celle de Jean-Christophe Keck (2010) ne sont connues. Le chef d&rsquo;orchestre australien est toutefois conscient des approximations de la version Choudens traditionnelle et va proposer la sienne, dans une optique de retour à la forme de l&rsquo;opéra-comique, c&rsquo;est-à-dire en supprimant les récitatifs apocryphes (on trouvera ici un excellent comparatif des différentes versions <a href="https://www.forumopera.com/v1/opera-n18/hoffmann.htm">sous la plume de notre collègue Christian Peter</a>). Sa version n&rsquo;est toutefois pas musicologiquement scrupuleuse : par exemple, le septuor avec chœur composé par Raoul Gunsbourg et orchestré par André Bloch pour la reprise de Monte-Carlo en 1904 est ainsi conservé, mais transformé en quatuor et déplacé de l&rsquo;acte de Venise à l&rsquo;épilogue pour renforcer le rôle de Stella. Grâce aux moyens phénoménaux de son épouse, Bonynge bénéficie d&rsquo;un interprète unique pour les quatre rôles féminins, à vue de nez sans compromis sur les tonalités par rapport aux traditions de l’époque. Cette unicité d&rsquo;interprète est d&rsquo;ailleurs conforme au projet initial d&rsquo;Offenbach. <strong>Plácido Domingo</strong> est un poète bien chantant, un peu générique d&rsquo;interprétation mais attachant, avec de ci de là quelques raffinements musicaux inhabituels comme l&rsquo;utilisation du registre mixte pour les passages plus élégiaques. <strong>Gabriel Bacquier </strong>s&rsquo;en donne à cœur joie dans les quatre rôles maléfiques où son sens du théâtre fait merveille. Il campe des personnages tour à tour inquiétants ou sardoniques, voire drôle (le pseudo accent juif utilisé dans les dialogues de Coppélius aurait toutefois du mal à passer de nos jours). Le baryton chante ici les versions traditionnelles de <strong>« </strong>J&rsquo;ai des yeux » et, dans la tonalité aiguë, le <strong>« </strong>Scintille diamant » ajouté par Gunsbourg, conclu par un fa dièse. <strong>Huguette Tourangeau</strong> n&rsquo;a pas grand-chose à chanter dans cette version mais offre une honorable <strong>« </strong>Poupée aux yeux d&rsquo;émail ». Joan Sutherland offre une diction et une prononciation française acceptable, avec des <strong>« </strong>r » assez roulés, un peu passé de mode aujourd&rsquo;hui. On aura connu des poupées aux variations plus délirantes (Natalie Dessay pour ne pas la citer) mais l&rsquo;incarnation du soprano australien reste réjouissante. L&rsquo;acte de Giulietta ne lui cause aucun problème en dépit de sa tessiture plus grave, et le quatuor de l&rsquo;épilogue est spectaculaire, couronné par un mi bémol du soprano. L&rsquo;incarnation d&rsquo;Antonia est superlative, pleine d&rsquo;émotion et de sensibilité. À l&rsquo;instar de sa Marguerite de <em>Faust, </em>chaque phrase mériterait d&rsquo;être citée pour la finesse de sa coloration. Dans les quatre valets, <strong>Hugues Cuénod</strong> est impeccable de drôlerie sans outrance. Sans être un artiste lyrique, <strong>Jacques Charon</strong> chante correctement mais son style contraste exagérément avec celui des trois rôles principaux : on est ici davantage dans le registre de l&rsquo;opérette que de l&rsquo;opéra. Il en va de même de sa composition un peu outrée, façon Michel Serrault dans <em>La cage aux folles</em>. La baguette de Richard Bonynge est ici plus à l&rsquo;aise dans le romantisme que dans la jovialité, avec quelques lourdeurs occasionnelles. Si l&rsquo;Orchestre de la radio Suisse Romande n&rsquo;appelle pas de réserves particulières, les différents chœurs réunis manquent un peu de corps, surtout côté ténors.</p>
<p>Si elle n&rsquo;avait pas rencontré Richard Bonynge, il est probable que Joan Sutherland se serait orientée vers un répertoire totalement différent, ses moyens lui permettant de servir sans problème les compositeurs véristes ou Wagner, comme en témoignent <a href="https://www.youtube.com/watch?v=_N13nhxM_-Q">ses premiers témoignages sonores</a>. Elle a d&rsquo;ailleurs enregistré un récital Wagner en 1979. Une démonstration éclatante en est faite avec cette version de <em>Turandot</em>, qui constitue l&rsquo;une des références de la discographie du dernier chef d&rsquo;œuvre de Puccini. Dès son air d&rsquo;entrée, Sutherland offre un personnage plus complexe que celui habituellement interprété par les interprètes classiques. Les premiers mots, « In questa regia », sont chantés comme un triste souvenir qui revient à la mémoire, avant que le discours de Turandot ne prenne une tournure plus vindicative. Le soprano australien alterne ainsi les moments d&rsquo;abandon et ceux de froideur. Une incarnation absolument indispensable qui renouvelait l&rsquo;interprétation impressionnante mais un brin monolithique de ses devancières. Contrairement à ce que l&rsquo;on pourrait imaginer, Luciano Pavarotti a peu chanté le rôle de Calaf sur scène : une série de représentations à San Francisco en 1977 et une autre au Met en 1997 et c&rsquo;est tout. Entre les coupes du monde, concerts des trois ténors et inauguration de supérettes dans la zone industrielle de Modène, personne sur la planète n&rsquo;a en revanche pu échapper à son « Nessun dorma », souvent transposé du reste. Le tenorissimo chante ici Calaf en ténor lyrique et on pourra lui préférer des formats plus héroïques, à la Franco Corelli par exemple. C&rsquo;est essentiellement affaire de goût : le Calaf de Pavarotti est absolument parfait. On serait déjà aux anges avec les deux interprètes précités : avec la sublime Liu de <strong>Montserrat Caballé</strong>, on côtoie encore plus l&rsquo;Olympe. Beauté du timbre, finesse des intentions, colorations subtiles, le soprano catalan est absolument divin. Le reste de la distribution est du même métal.<strong> Nicolai Ghiaurov</strong> est un Timur souverain. <strong>Peter Pears</strong> est luxe en Altoum, le ténor tirant le maximum de sa courte intervention avec une subtile théâtralité. L&rsquo;ensemble des autres rôles sont impeccablement tenus. <strong>Zubin Mehta</strong> assume le grand spectacle, avec quelques trouvailles ponctuelles mais sans jamais perdre de vue l&rsquo;arc dramatique. C&rsquo;est une direction opulente mais toujours énergique, conservant un excellent équilibre entre les forces orchestrales et le plateau vocal.</p>
<p>Si vous ne connaissez pas encore la seconde version d’<em>I Puritani</em> de Joan Sutherland, avec cette fois Luciano Pavarotti, laissez tomber immédiatement votre lecture et précipitez-vous sur cet enregistrement (le plus simple étant de faire l’acquisition du présent coffret). Les deux tourtereaux sont à leur zénith et cette intégrale est jusqu’ici indépassée, tant dans le registre de l&rsquo;émotion que dans la pyrotechnie vocale (tout serait à citer). Bien sûr, les puristes (et moi-même) y trouveront toujours quelque chose à redire, histoire de faire leur intéressant : en pure voix de tête, le contre-fa de Pavarotti dans « Credeasi misera » n&rsquo;est guère impressionnant ; hormis Sutherland, les autres interprètes ne font pas ou peu de variations ; les roulades de <strong>Piero Cappuccilli</strong> sont un peu précautionneuses et on le sent restreindre sa projection pour les exécuter, etc. Toutefois, si le baryton italien n’est pas, sur le papier, le spécialiste du belcanto requis, il sait parfaitement exprimer les sentiments de son personnage, même les plus délicats, par le jeu sur la coloration, sa capacité à alléger ou au contraire par l’amplitude de son souffle. Nicolaï Ghiaurov est un Giorgio de luxe (une fois de plus) et son duo avec Cappuccilli, « Suoni la tromba », est sans doute le plus électrisant de toute la discographie. Enfin, Richard Bonynge, qui rouvre une fois de plus la plupart des coupures, introduit l&rsquo;excitante cabalette finale aux origines compliquées (1).</p>
<p>Les enregistrements de <em>Maria Stuarda</em> ne courent pas les rues et celui-ci se situe aisément dans les sommets de la discographie. Joan Sutherland incarne le rôle-titre avec poésie et abandon et il n&rsquo;y a guère que les enregistrements sur le vif de Montserrat Caballé qui puissent venir la concurrencer, ainsi que le studio de Beverly Sills (mais les partenaires qu&rsquo;on y entend sont rarement du même niveau). « O nube! che lieve per l&rsquo;aria ti aggiri » est ainsi monument de beau chant et la cabalette qui suit « Nella pace del mesto riposo » montre que le soprano peut aussi exceller dans un registre plus véhément, contrastant avec le précédent. On admirera également la finesse des variations des reprises, excitantes mais sans être excessivement démonstratives. Enfin, Sutherland sait faire preuve du dramatisme nécessaire, en particulier dans sa scène d&rsquo;affrontement avec Elisabetta, « Figlia impura di Bolena » avec un « Vil bastarda  » qui fait froid dans le dos. La prière « Deh! Tu di un&rsquo;umile preghiera il suono » et la cabalette finale sont des sommets de l&rsquo;enregistrement, traditionnels sujets de débats passionnés entre les amateurs qui leur préfèrent la version de Montserrat Caballé et ceux qui vénèrent celle de Beverly Sills ! Luciano Pavarotti offre à nouveau une leçon de bel canto romantique. Tout y est : coloration, phrasé, gestion du souffle, nuances, urgence, suraigu aisé, le tout servi par un timbre d&rsquo;une beauté confondante, d&rsquo;autant que le rôle favorise ses plus belles notes. Huguette Tourangeau est une Elisabetta moins bien dotée vocalement, pas toujours suffisamment incisive pour son personnage (notamment dans la scène. Il est notoire que certains auditeurs ont une aversion certaine pour ses graves parfois trop poitrinés mais nous les trouvons quant à nous très efficaces. Ces réserves faites, le mezzo-soprano québécois tire son épingle du jeu d&rsquo;autant qu&rsquo;elle est plus à l&rsquo;aise dans les passages moins vindicatifs (« Vana è la tua preghiera » par exemple). <strong>Roger Soyer</strong> interprète Talbot avec intelligence et un chant bien coloré. Dans les rôles secondaires, on citera en Cecil <strong>James Morris</strong> : futur Wotan d&rsquo;exception. La direction de Richard Bonynge pourrait sans doute être un peu plus incisive et théâtrale mais reste élégante et raffinée.</p>
<p>Heureuses années 70 où il se trouvait un éditeur majeur pour enregistrer une rareté telle que l&rsquo;<em>Esclarmonde</em> de Jules Massenet (et quelques autres comme on le verra par la suite), et surtout des amateurs pour faire l&rsquo;acquisition du coffret. L&rsquo;ouvrage restant peu connu, il n&rsquo;est pas inutile d&rsquo;en résumer le livret. Acte I : Esclarmonde (Joan Sutherland), impératrice de Byzance (et sorcière), aime Roland (Giacomo Aragall), comte de Blois, mais croit que leur union est impossible. Sur le conseil de sa sœur Parséis (Huguette Tourangeau), elle utilise la magie pour le transporter chaque nuit sur une île enchantée, tout en cachant sa véritable identité derrière un voile. Elle lui remet une épée magique pour combattre les Sarrasins. Acte II : Roland remporte la victoire à Blois. Le roi de France Cléomer (Robert Lloyd) lui offre la main de sa fille, mais il refuse. Les moines et l&rsquo;Évêque de Blois (Louis Quilico), mis finalement au courant des escapades nocturnes, pratiquent un exorcisme sur Esclarmonde et lui arrachent son voile. La jeune femme, se considérant trahie, reproche à Roland son infidélité et s&rsquo;enfuit. L&rsquo;épée magique se brise. Acte III : Son père Phorcas (Clifford Grant) exige d&rsquo;Esclarmonde qu&rsquo;elle renonce à Roland sous la menace de lui retirer ses pouvoirs magiques et de faire tuer le jeune homme. Elle se soumet et demande à Roland de l’oublier. Acte IV : un tournoi est organisé pour offrir sa main. Le vainqueur, vêtu de noir, se nomme « Désespoir » et refuse la main de la jeune femme. Celle-ci reconnaît la voix : il s&rsquo;agit de Roland. Lorsque son voile est levé, ils tombent dans les bras l&rsquo;un de l&rsquo;autre et sont acclamés comme impératrice et consort. Jules Massenet a un peu abordé tous les styles. <em>Esclarmonde </em>est à la limite du grand opéra, très éloignée des <em>Werther, Manon </em>ou du pauvre <em>Don Quichotte</em> qui sont l&rsquo;ordinaire invariable des programmations routinières. On serait ici davantage dans la veine du <em>Cid</em>, ouvrage tout aussi injustement dédaigné. Joan Sutherland est une sorcière souveraine, mais aucune magie ne suffirait à rendre intelligible sa diction sacrifiée sur l&rsquo;autel de la beauté vocale ! Son « Esprit de l&rsquo;air ! Esprit de l&rsquo;onde ! » vaut toutefois à lui seul l&rsquo;achat d&rsquo;une chaîne stéréo destinée à assourdir tout le voisinage. On appréciera à l&rsquo;inverse l&rsquo;intelligibilité du texte chez Huguette Tourangeau, Parséis finement nuancée. <strong>Giacomo Aragall </strong>est un Roland au timbre coloré, au phrasé impeccable et au français très correct. Pour l&rsquo;anecdote, rappelons qu&rsquo;à l&rsquo;époque, le ténor catalan italianisait son vrai prénom, Jaime, parce qu&rsquo;il sonnait en italien comme le cri de désespoir de Mario dans Tosca : « Ahimé! ». <strong>Louis Quilico </strong>est un Évêque de Blois plein d&rsquo;autorité, alliant la solidité des voix américaines à l&rsquo;idiomatisme d&rsquo;un québécois d&rsquo;origine. <strong>Robert Lloyd </strong>est un Clémoer un peu trop nasal. <strong>Ryland Davies </strong>est un Énéas (le fiancé de Parséis) irréprochable. Richard Bonynge se révèle une fois de plus parfaitement à l&rsquo;aise dans l&rsquo;opéra romantique français.</p>
<p>L&rsquo;<em>Oracolo</em> est un ouvrage encore plus tard (et, à notre connaissance, le seul qui commence par le chant d&rsquo;un coq). Créé en 1905, l&rsquo;action se déroule à San Francisco, dans une fumerie d&rsquo;opium de Chinatown : elle est particulièrement ramassée puisqu&rsquo;en moins d&rsquo;une heure nous aurons droit à un kidnapping et deux meurtres. L&rsquo;intrigue vaut son pesant de riz collant. L’action se déroule le matin du Nouvel An chinois. Cim-Fen (Tito Gobbi), patron d’une fumerie d’opium, feint d’aimer Hua-Quî (Huguette Tourangeau) gouvernante de Hu-Tsin (Clifford Grant) afin de pénétrer dans la maison du riche marchand et de kidnapper son fils Hu-Ci. Parallèlement, Uin-San-Lui (Ryland Davies), fils du vieux savant Uin-Scî (Richard Van Allan), aime Ah-Joe (Joan Sutherland), la nièce de Hu-Tsin. Un oracle annonce un destin tragique pour l’enfant qui est effectivement enlevé par Cim-Fen. Il s&rsquo;introduit auprès du père éploré et lui promet de retrouver l&rsquo;enfant en échange de la main d&rsquo;Ah-Joe. Pas du tout d&rsquo;accord avec le deal, l&rsquo;amoureux dit qu&rsquo;il peut lui aussi sauver l’enfant en échange de la main d&rsquo;Ah-Joe. Mal lui en prend : il est rapidement assassiné par Cim-Fen. Ah-Joe sombre dans la folie (nous y voilà !). Uin-Scî jure de venger son fils (entracte). Attiré par des cris sous une trappe, Uin-Scî j retrouve l&rsquo;enfant kidnappé qu&rsquo;il rend à son père. Rencontrant Cim-Fen ivre, Uin-Scî l&rsquo;étrangle. D&rsquo;origine italienne, Franco Leoni a fait l&rsquo;essentiel de sa carrière en Grande-Bretagne. <em>L&rsquo;Oracolo</em> a été créé à Covent Garden (1905) puis repris au Metropolitan (1915) couplé avec <em>I</em> <em>Pagliacci</em>. En 1937 à San Francisco, la représentation de l&rsquo;ouvrage par une troupe itinérante fut l&rsquo;objet de protestations de la communauté chinoise : l&rsquo;ouvrage dut être précédé d&rsquo;un discours explicatif précisant qu&rsquo;il n&rsquo;était que de pur fiction et sans rapport passé ou actuel avec le vrai Chinatown (plus ça change, plus c&rsquo;est la même chose). Il faut reconnaitre qu&rsquo;il y a aussi un peu de quoi, non pas en raison de l&rsquo;intrigue mais de part la façon dont la foule des asiatiques est dépeinte, glapissante plutôt que chantante, scandant des « Wu-fèt, tan-hae, fu-lu, sam-ciau» caricaturaux, charabia qui ne veut rien dire du tout (nous avons vérifié). La musique est agréable sans être mémorable, avec des influences de Puccini bien sûr, mais aussi de Debussy. En fin de carrière, <strong>Tito Gobbi</strong> apparait bien fatigué avec un haut médium tiré (il va sur ses 62 ans) et a recours à des effets caricaturaux. Joan Sutherland n&rsquo;a que peu de chose à chanter (la scène de folie n&rsquo;en est pas vraiment une). <strong>Clifford Grant</strong> est bon interprète mais l&rsquo;émission est un peu trop nasale. Ryland Davies a une voix un peu légère mais le chant est élégant. Dans un répertoire où on ne l&rsquo;attendait pas, Richard Bonynge surprend par une direction idéalement dramatique. Le CD est complété avec la musique de scène composée par Leoni pour la pièce de James Bernard Fagan, <em>The Prayer and the Sword</em>, composition plutôt agréable.</p>
<p>Retour aux enregistrements de référence avec <em>Il Trovatore, </em>version à classer parmi les meilleures de la discographie. Richard Bonynge revient ici aux origines belcantistes de l&rsquo;ouvrage que la tradition a par la suite confié à des voix plus dramatiques. L&rsquo;œuvre s&rsquo;y prête et on pourra préférer Franco Corelli ou Leontyne Price dans cette optique. Les coupures sont restaurées codas, reprises avec variations, virtuose cabalette de Leonora à l&rsquo;acte III, interventions de la basse dans le chœur d&rsquo;entrée de l&rsquo;acte III. Surtout, les chanteurs respectent les difficultés de la partition telle qu&rsquo;elle a été écrite par Verdi. Le rare ballet (écrit pour la version de Paris) est également restitué (précisons que les premiers reports en CD ne le contenaient pas). Les amateurs de contre-notes seront également ravis. Le Manrico de Luciano Pavarotti est superbe de beau chant. Joan Sutherland est une Leonora atypique mais passionnante. Il en va de même de la frémissante Azucena de <strong>Marilyn Horne</strong>. <strong>Ingvar Wixell</strong> n&rsquo;est pas tout à fait à la hauteur du trio de tête mais on ne va pas chipoter. Enfin, Nicolaï Ghiaurov complète magnifiquement la distribution. La direction est réjouissante. Ajoutons que ces splendeurs musicales sont complétées pas un engagement dramatique intense. Inutile de s&rsquo;attarder : à écouter ou réécouter impérativement.</p>
<p><em>Lucrezia Borgia</em> est l&rsquo;un des très grands rôles de Joan Sutherland et, accessoirement, un opéra que l&rsquo;on ne donne pas assez souvent. Le rôle sied bien à la chanteuse à ce stade de sa carrière et, hors « pirates »,  on peut guère lui trouver que deux rivales : Montserrat Caballé (chez RCA mais surtout dans certains enregistrements sur le vif) et&#8230; Joan Sutherland elle-même captée en vidéo trois années plus tard au Covent Garden, avec Alfredo Kraus à ses côtés (1980). Le soprano australien sait là encore rendre les différents sentiments de cette héroïne complexe, à la fois empoisonneuse, mère et séductrice involontaire de son propre fils. Sa scène finale « Era desso il figlio mio » la voit sans égale. Giacomo Aragall offre un Gennaro élégant et nuancé, malheureusement sans les libéralités d&rsquo;Alfredo Kraus dans le registre aigu (Sutherland doit se sentir bien seule avec son contre-ut dièse à la fin du prologue ou son contre-ut à la fin du duo de l&rsquo;acte I). Le ténor catalan chante toutefois avec vaillance la scène alternative « Partir degg&rsquo;io&#8230; T&rsquo;amo qual dama un angelo » judicieusement rétablie par Bonynge. Marilyn Horne est un Orsini magnifique dont chaque intervention se déguste avec une gourmandise coupable. Ingvar Wixell chevrote un peu en Alfonso mais fait preuve d&rsquo;une belle autorité. Peu rompu aux exercices belcantistes, il ne fait pas de variations dans les reprises mais rajoute un beau sol dièse en fin de cabalette. La direction de Richard Bonynge est idéale. Le chef australien fait un peu son marché dans les différentes versions de l&rsquo;ouvrage : pas de cabalette après l&rsquo;air d&rsquo;entrée (celle-ci fut écrite pour Giulia Grisi pour la création parisienne en 1840 et venait remplacer le second couplet de l&rsquo;air d&rsquo;entrée), l&rsquo;air de Gennaro mentionné plus haut (composé cette fois pour Nicola Ivanoff qui créa en 1838 une version acceptée par la censure sous le titre improbable d&rsquo;<em>Eustorgia da Romano</em> !), rondo final avec reprise (le <em>da capo</em> était initialement non prévu par Donizetti car anti-musical), et autres adaptations à la marge.</p>
<p>Les extraits en anglais de <em>Die lustige Witwe</em> (<em>The Merry Widow</em>) sont fort sympathiques à condition de savoir faire abstraction de la langue anglaise. Les arrangement de Richard Bonynge font d&rsquo;ailleurs davantage penser à de la comédie musicale qu&rsquo;à de l&rsquo;opérette. Joan Sutherland semble beaucoup s&rsquo;amuser et son enthousiasme est communicatif, démontrant qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de petite musique pour une grande chanteuse. <strong>Werner Krenn</strong> est un Danilo aux moyens plutôt limité mais sympathique. On peut en dire autant du Camille de<strong> John Brecknock</strong>. <strong>Graeme Ewer</strong> en Njegus restitue l&rsquo;esprit de l&rsquo;opérette. L&rsquo;immense <strong>Regina Resnik</strong> fait une apparition remarquable en troisième grisette, Zo-zo ( « Et moi ! »). La direction de Richard Bonynge est pleine d&rsquo;entrain.</p>
<p>Au chapitre de l&rsquo;opérette, on regrettera et on s&rsquo;étonnera que la version en anglais de<em> Die Fledermaus</em> avec les troupes de l&rsquo;Australian Opera (Anson Austin, Robert Gard, Monique Brynnel, Heather Begg, Anne-Maree McDonald, Graeme Ewer), captée sur le vif en 1982, ne soit pas incluse dans ce coffret censément intégral, alors qu&rsquo;elle fut disponible chez l&rsquo;éditeur en 33 tours, puis CD et même en VHS. Le fait est d&rsquo;autant plus étonnant que l&rsquo;enregistrement est mentionné à plusieurs reprises dans le livret qui accompagne le coffret.</p>
<p><em>Suor Angelica</em> est une surprenante réussite dans une approche modérément vériste (comme version de référence, on choisira Renata Scotto). Mais même avec une interprétation dénuée de débordements dramatiques, la chanteuse australienne sait nous émouvoir, n&rsquo;hésitant pas, une fois n&rsquo;est pas coutume, devant certains <em>parlando</em> ou des graves poitrinés. Globalement, sa Suor Angelica est pleine de retenue : c&rsquo;est un choix qui s&rsquo;accorde du reste avec les origines aristocratiques de l&rsquo;héroïne. Sa scène avec <strong>Christa Ludwig</strong>, celle-ci d&rsquo;une froideur hautaine, sans histrionisme, est une vraie réussite, les deux artistes se complétant parfaitement. Le « Senza mamma » est chanté sans excès mais avec d&rsquo;ultimes notes bouleversantes et le finale prend aux tripes. Le reste de la distribution réunit le gratin du chant britannique des années 70. La direction de Richard Bonynge est tour à tour délicate et dramatique. Une version atypique à connaitre si l&rsquo;on apprécie ce splendide ouvrage. L&rsquo;enregistrement est complété par un étonnant et splendide « Vissi d&rsquo;arte » extrait de <em>Tosca</em>, où la chanteuse témoigne d&rsquo;une incroyable aisance, avec une homogénéité unique sur l&rsquo;ensemble de la tessiture et une interprétation d&rsquo;une délicate sensibilité.</p>
<p><em>Le Roi de Lahore </em>de Jules Massenet est une autre curiosité bienvenue de cette compilation. L&rsquo;ouvrage est déjà le quinzième du compositeur mais force est de reconnaitre que les quatorze opéras précédents n&rsquo;ont pas laissé beaucoup de traces, à part éventuellement <em>Don César de Bazan</em> ou <em>L&rsquo;Adorable Bel-Boul</em> connus de quelques spécialistes du compositeur stéphanois. La plupart sont mêmes inachevés, inédits ou perdus. Massenet s&rsquo;attaque ici au grand opéra et l&rsquo;intrigue est encore plus étonnante que celle d&rsquo;<em>Esclarmonde</em>. Acte I : Scindia (Sherrill Milnes), ministre du roi Alim (Luis Lima), est amoureux de Sita (Joan Sutherland), prêtresse du temple, et qui est aussi sa nièce. Il demande au grand prêtre Timour (James Morris) de la relever de ses vœux, affirmant qu&rsquo;elle a déjà un amant secret. Sita avoue son amour à Scindia mais refuse de dévoiler l&rsquo;identité du jeune homme qu&rsquo;elle aime. Les prêtres exigent qu&rsquo;elle chante la prière du soir pour attirer celui-ci qui n&rsquo;est autre que le roi (et fils de Timour). Alim est condamné à expier sa faute en prenant la tête de l&rsquo;armée contre l&rsquo;envahisseur musulman. Scindia pense déjà à comploter contre lui. Acte II : Sita attend le retour d&rsquo;Alim du combat, mais l&rsquo;armée a été vaincue Scindia s&rsquo;est mis au service de l&rsquo;envahisseur pour prendre la place du roi. Alim meurt dans les bras de Sita (on coupe l&rsquo;alim). Scindia usurpe le trône et emmène Sita prisonnière. Acte III (au paradis !) : Alim pleurniche auprès du dieu Indra : Sita lui manque. Indra accepte de renvoyer Alim sur terre, mais sous les habits d&rsquo;un individu quelconque et méconnaissable. Il vivra aussi longtemps que Sita, et les deux amants mourront au même moment. Acte IV :  Sita se lamente. Alim arrive à Lahore mais personne ne le reconnait. Timour voit en lui un visionnaire inspiré. Acte V : Sita a fui le mariage forcé avec Scindia. Les deux amants se retrouvent enfin. Scindia survient et les menace. Sita se poignarde. Les deux amants sont réunis au paradis. Musicalement, on réitérera les observations faites au sujet d&rsquo;<em>Esclarmonde.</em> La partition manque sans doute de tubes immédiatement mémorables. On trouve en 78 tours un grand nombre de versions de l&rsquo;air de Scindia « Promesse de mon avenir », mais la pièce à disparu du répertoire des barytons. La musique est toutefois riche et opulente, d&rsquo;un exotisme séduisant, avec de nombreuses scènes impressionnantes, notamment au niveau du traitement des chœurs. <strong>Sherrill Milnes</strong> est un Scindia expressif, aux accents dramatiques variés, toujours bien chantant, au français bien articulé. L&rsquo;intelligence du texte et la justesse de l&rsquo;expression sont d&rsquo;autant plus remarquables qu&rsquo;il semble que le baryton américain n&rsquo;avait jamais chanté le rôle auparavant. <strong>Joan Sutherland </strong>fait des efforts d&rsquo;articulation, mais sa prononciation n&rsquo;est pas toujours très claire, du moins à la première écoute. On retrouve ses qualités habituelles dans l&rsquo;opéra français, mélange de finesse poétique et de dramatisme incisif. Le registre suraigu est peu sollicité mais Joan Sutherland ajoute quand même un spectaculaire contre ré à la fin de l&rsquo;acte II.  <strong>Luis Lima</strong> est un Alim au français impeccable (le meilleur de toute la distribution), bien chantant, auquel ne manque qu&rsquo;un timbre moins blanc et un soupçon d&rsquo;héroïsme. <strong>James Morris</strong> est un Timour impressionnant quoiqu&rsquo;un peu nasal. <strong>Huguette Tourangeau</strong> voit rétablie sa longue sérénade « Repose, ô belle amoureuse », coupée à l&rsquo;Opéra, qui lui. permet d&rsquo;exprimer une belle musicalité. Nicolaï Ghiaurov n&rsquo;apparait qu&rsquo;au Paradis, avec une impressionnante scène, « Qu&rsquo;il soit lui ! qu&rsquo;il ne soit plus lui ! ». L&rsquo;enregistrement arrive toutefois un peu tard dans sa carrière. La direction de Richard Bonynge est bien dans le style, mais il lui manque un orchestre plus incisif dans les scènes les plus animées.</p>
<p>En 1979, pour ce nouvel enregistrement de <em>La Traviata</em>, la voix de Joan Sutherland s&rsquo;est épaissie. Cette seconde Violetta n&rsquo;a pas la voix d&rsquo;une pure jeune fille (était-ce d&rsquo;ailleurs le cas ?) mais la maturité a apporté une nouvelle dimension à cette interprétation, notamment pour le duo avec Germont. La version reste néanmoins essentiellement un écrin pour les voix. Le « Sempre libera » est confondant de virtuosité, avec des variations inédites proprement stupéfiantes (une dizaine de contre-ut et un ut dièse piqués avant le mi bémol final). « Addio del passato » reste en revanche un peu trop extérieur. Luciano Pavarotti campe un Alfredo au timbre solaire, bien chantant mais sans raffinements excessifs. On a un peu l&rsquo;impression qu&rsquo;il s&rsquo;écoute chanter. <strong>Matteo Manuguerra</strong> est le seul à vraiment faire du théâtre. Certes le timbre est un peu ingrat, mais le baryton français d&rsquo;origine italienne nuance avec intelligence, variant par exemple les couleurs dans les deux couplets de son « Di Provenza » ce que même des belcantistes renommés comme Renato Bruson ne font pas, même sous la baguette de Riccardo Muti ! L&rsquo;orchestre de Bonynge est ample et somptueux. Au global, une version pour les oreilles plutôt que pour le cœur, mais qui s&rsquo;écoute de toute façon avec plaisir, davantage pour ses splendeurs vocales que pour l&rsquo;émotion qui s&rsquo;en dégage.</p>
<p>On fera la même analyse pour la seconde version de <em>La Sonnambula</em>. Avec une voix devenue plus lourde, Joan Sutherland y est moins idoine que dans la première version tout en restant une belcantiste incomparable, colorant chaque intervention avec une extrême intelligence. Les variations des reprises sont audacieuses et parfaitement exécutées et les suraigus jubilatoires, mais l&rsquo;innocente jeune fille n&rsquo;est pas vraiment là. Luciano Pavarotti est ici moins séduisant que dans <em>I Puritani</em>. Ses accents manquent un peu de subtilités. Certains sons, artificiellement enflés, donnent un peu l&rsquo;impression que le tenorissimo se caricature lui-même. Les suraigus sont moins spectaculaires. S&rsquo;il y a bien les nombreux contre-ut du « Prendi: l&rsquo;anel ti dono », ils manquent de <em>squillo</em>, et d&rsquo;autres contre-notes plus ou moins traditionnelles sont esquivées (pas de contre-ré dans « Ah! perché non poco odiarti » <a href="https://youtu.be/FQC9FbpKp_k?t=43">comme ici</a> ou <a href="https://youtu.be/mrz7kAusC88?t=186">encore ici</a>). Reste un timbre magnifique, un beau phrasé, une vraie coloration. Nicolaï Ghiaurov est un Rodolfo magnifique, d&rsquo;une grande finesse musicale. Les autres rôles sont très corrects. La version a l&rsquo;extrême avantage de restaurer beaucoup de pages habituellement coupées (reprises, points d&rsquo;orgue, codas&#8230;). La baguette de Bonynge est un peu moins vive que d&rsquo;habitude. Orchestre et chœurs sonnent un peu lourd : plus longue d&rsquo;environ 25 minutes que les versions traditionnelles, cette <em>Sonnambula</em> doit être goûtée en plusieurs fois pour éviter l&rsquo;indigestion.</p>
<p>Si la version du <em>Beggar’s Opera</em> de Richard Bonynge a le mérite d&rsquo;avoir contribué à la redécouverte de l&rsquo;ouvrage, elle n&rsquo;est pas sans défaut. Il s&rsquo;agit déjà d&rsquo;une version plus proche du XIXᵉ siècle que du XVIIIᵉ, avec une instrumentalisation concoctée par Richard Bonynge (incluant piano et saxophone !) dans un style plus proche de Broadway (ou plutôt West End) <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/the-beggars-opera-thire-encanaillez-vous/">que de celui des Arts Florissants</a>. L&rsquo;ouverture est vive et plaisante, presque trop opulente. Les différents numéros sont bien animés, tantôt chantés par des acteurs-chanteurs (<strong>Angela Lansbury</strong> par exemple), tantôt par des voix lyriques (<strong>Kiri Te Kanawa</strong>, somptueuse) et encadrés par des dialogues parlés avec une sorte d&rsquo;accent cockney. Toutefois, si, individuellement, les artistes sont irréprochables, on ne peut pas dire que la sauce prenne vraiment. Joan Sutherland a relativement peu à chanter. Une curiosité.</p>
<p><em>I Masnadieri</em> fait partie des opéras mal aimé de Verdi, pour des raisons assez peu compréhensibles : sans atteindre les chefs d&rsquo;œuvre de la maturité du compositeur, l&rsquo;ouvrage offre son comptant de mélodies, de moments dramatiques et de scènes excitantes. Avant cet enregistrement de 1983, la discographie officielle est relativement faible, à peu près uniquement constitué de la version de Lamberto Gardelli dont la battue lymphatique a du mal à susciter l&rsquo;intérêt malgré une belle distribution. <strong>Franco Bonisolli</strong> est ici un Carlo athlétique, aux suraigus généreux, toujours bien chantant avec un authentique phrasé verdien, <a href="https://www.forumopera.com/les-fous-chantants-9-le-plus-fou-de-tous/">qui fait mentir sa légende noire</a>. Joan Sutherland est ici dans une forme exceptionnelle dans un rôle qui correspond pleinement à l&rsquo;évolution de sa voix. Déprimé ? Rien de tel que d&rsquo;écouter son « Carlo vive ? » pour vous remonter le moral ! Rappelons que le rôle avait été créé à Londres par Jenny Lind, le <em>rossignol suédois</em> étant une interprète renommée de <em>La</em> <em>Sonnambula. </em>Matteo Manuguerra est peut-être enregistré un peu tard mais son métier et ses moyens lui permet de camper un Francesco ardent, avec un vrai impact dramatique et un suraigu impérial. <strong>Samuel Ramey</strong> vient compléter la distribution avec un Massimiliano incisif et noir d&rsquo;un impact exceptionnel. La direction très théâtrale de Richard Bonynge bénéficie d&rsquo;un orchestre du Welsh National Opera rompu à la scène et apporte l&rsquo;élan indispensable aux premiers ouvrages verdiens. Indispensable.</p>
<p><em>Hamlet</em> est une autre résurrection majeure, première version studio moderne de l&rsquo;ouvrage d&rsquo;Ambroise Thomas et référence d&rsquo;un ouvrage longtemps injustement négligé. Sherrill Milnes est un Hamlet exceptionnel, d&rsquo;une immense intelligence dramatique et d&rsquo;un art du chant absolument unique dont l&rsquo;incarnation est absolument incontournable. Joan Sutherland est une Ophélie pleine de poésie nostalgique, à la virtuosité impeccable mais surtout authentiquement émouvante. <strong>Gösta Winbergh</strong> est un Laërte de luxe, au style et au français parfait. <strong>James Morris</strong> est un Claudius noir et royal de prestance. <strong>Barbara Conrad</strong> est d&rsquo;un beau dramatisme, mais au prix d&rsquo;un style un peu débraillé. Si le mezzo américain ne s&rsquo;économise guère, le rôle est un peu à la limite de ses moyens. Le ballet qui précède la scène de folie d&rsquo;Ophélie est ici restitué. Richard Bonynge sait alterner la mélancolie des scènes les plus sombres et l&rsquo;énergie nécessaire pour éviter une ambiance excessivement neurasthénique.</p>
<p>Joan Sutherland  avait enregistré une première <em>Norma</em> légendaire en 1964 (publiée en 1965). L&rsquo;intérêt d&rsquo;une seconde version 20 ans plus tard soulevait l&rsquo;interrogation, et beaucoup considérait que le soprano risquait gros en se confrontant à son propre souvenir. La présence de Montserrat Caballé, exceptionnelle Norma elle aussi dans les années 60-70, mais en Adalgisa cette fois laissait tout aussi perplexe alors que la chanteuse avait depuis longtemps opté pour un répertoire plus dramatique. Et le miracle vint. Les deux chanteuses sont plutôt en état de grâce et offrent ici une version passionnante, très différente de la première. Les voix des deux chanteuses s&rsquo;accordent idéalement et le soprano catalan retrouve même ses notes filées légendaires. Par ailleurs, après avoir enregistré <em>Norma</em> dans sa tonalité aiguë, Sutherland chante ici la tonalité traditionnelle : c&rsquo;est ici une Norma plutôt mère que jeune fille. Les deux versions se complètent donc. Luciano Pavarotti est un Pollione plus lyrique que baryténor mais on s&rsquo;en moque car il est divin. Samuel Ramey est tout simplement le meilleur Oroveso de la discographie. Rappelons que ni Caballé, ni Pavarotti, ni Ramey n&rsquo;avaient (sauf erreur de notre part) jamais chanté ces rôles auparavant. La prise de son est superlative. Forte d&rsquo;une longue expérience de l&rsquo;ouvrage, la direction de Richard Bonynge est idéalement théâtrale.</p>
<p>L&rsquo;enregistrement de <em>Rodelinda</em> arrive un peu tard dans la carrière de Joan Sutherland : non pas tant que les années aient passé sur sa voix, que parce que le style de Richard Bonynge est désormais démodé face à la révolution du chant baroque qui s&rsquo;est, entre temps opérée. L&rsquo;esthétique est ici celle du belcanto romantique (on est quelque part entre Rossini et Bellini) et non celle du belcanto au sens historique du terme (Haendel et Cie). L&rsquo;ouvrage est chantée comme une tragédie en musique, un peu hiératique, avec beaucoup d&rsquo;ampleur. Joan Sutherland est incroyable de facilité technique, jamais en défaut devant les difficultés de la partition, toute emprunte d&rsquo;une douce nostalgie pleine de poésie. Dramatiquement marmoréenne, elle est avant tout reine, plutôt que femme passionnée. <strong>Alicia Nafé</strong> est un Bertarido dramatiquement à l&rsquo;unisson, au chant soigné, à la vocalise aisée, plus dans la réserve de la noblesse que dans l&rsquo;engagement dramatique. Le jeune <strong>Curtis Rayam</strong> offre également en Grimoaldo un chant aisé d&rsquo;une belle noblesse, avec un timbre agréable. <strong>Isobel Buchanan</strong> est une Eduige bien chantante, au timbre personnel, moiré. Huguette Tourangeau sait trouver quelques beaux accents tragiques mais le mezzo canadien n&rsquo;est pas dans son répertoire et ses moyens sont diminués, avec des vocalises appliquées et des reprises de souffle intempestives. Samuel Ramey est absolument exceptionnel tant vocalement que dramatiquement, méchant inquiétant mais jamais caricatural, miracle de beau chant et contrepoids théâtral de ses partenaires. La direction de Richard Bonynge est cohérente avec le parti choisi, et l&rsquo;enregistrement s&rsquo;écoute avec plaisir malgré une certaine uniformité stylistique (Ramey excepté). Toutefois, le style interprétatif est désormais très éloigné de l&rsquo;évolution moderne de l&rsquo;interprétation de ce répertoire.</p>
<p>Pour son <em>Anna Bolena</em>, Joan Sutherland, dont on notera ici une diction très claire, offre l&rsquo;habituel festival belcantiste allié à une interprétation dramatiquement convaincante. À l&rsquo;occasion, l&rsquo;émission semble toutefois un peu sur la réserve : on la connaitra plus investie et nettement plus excitante à l&rsquo;occasion de ses représentations d&rsquo;adieux à Londres l&rsquo;année suivante, en 1988. Samuel Ramey est musicalement sublime et dramatiquement odieux, d&rsquo;une noirceur idéale : on n&rsquo;a clairement jamais chanté le rôle aussi bien. Souffle, suraigu, trilles, vocalises : ténor essentiellement lyrique, <strong>Jerry Hadley</strong> est un peu gêné aux entournures dans un rôle où il aurait fallu un Rockwell Blake. <strong>Suzanne Mentzer</strong> est une Giovanna vibrante et sensible. <strong>Bernadette Manca Di Nissa</strong> est un Smeton au timbre profond et riche. L&rsquo;orchestre manque un peu d&rsquo;allant. La version proposée rétablit les pages habituellement coupées.</p>
<p>Enregistré en 1987, cet <em>Ernani</em> est longtemps resté dans les tiroirs. On n&rsquo;en sait pas vraiment la raison : quand on l&rsquo;interrogeait sur le sujet, Joan Sutherland prenait une mine circonspecte et répondait : « En tout cas, ce n&rsquo;est pas moi qui m&rsquo;y oppose ». Elle ajoutait parfois « Demandez à Luciano ». Selon d&rsquo;autres sources, le titre n&rsquo;aurait pas été assez vendeur (pourtant, avec une telle affiche&#8230;). On s&rsquo;attendait donc à une catastrophe quand l&rsquo;enregistrement fut enfin publié en 1998, soit plus de 10 ans après les séances d&rsquo;enregistrements. Ce fut une divine surprise. Luciano Pavarotti brille ici dans tout son éclat, campant un Ernani ardent et magnifiquement chantant. Il le chante en authentique belcantiste, avec lyrisme et poésie, probablement plus près du style du créateur du rôle, Carlo Guasco, dont la voix était qualifiée de plus douce que robuste : il avait entre autres créé les parties ténors d&rsquo;<em>I Lombardi alla prima crociata</em> (le rôle d&rsquo;Oronte, également chanté par Pavarotti) et Attila. En ce sens, le tenorissimo est très éloigné de l&rsquo;ardeur martiale décomplexée (mais vraisemblablement hors style) d&rsquo;un Mario Del Monaco ou d&rsquo;un Franco Corelli, titulaires néanmoins particulièrement excitants du rôle. Ses efforts sont d&rsquo;autant plus méritoires que le chanteur avait abandonné progressivement le belcanto romantique pour des ouvrages plus dramatiques. Joan Sutherland est sans doute la seule interprète enregistrée à rendre pleinement justice aux difficultés de la partition : celle-ci réclame une technique vocale parfaite, et bien des interprètes trop <em>spinto</em> sont obligées de la simplifier. Le rôle avait été créé par Sophie Löwe, qui chanta <em>Nabucco, Lucrezia Borgia, Linda di Chamounix, I Lombardi, Attila</em> et dont Verdi voulait pour la création de <em>Macbeth</em>.   <strong>Leo Nucci</strong> est également très fidèle au modèle du créateur de Carlo qui s&rsquo;illustra essentiellement dans le belcanto romantique :<em> Il Barbiere di Siviglia, Roberto Devereux, Beatrice di Tenda, Parisina, Lucia di Lammermoor</em>, etc. La voix du baryton italien mêle ici autorité et noblesse de la ligne. <strong>Paata Burchuladze</strong> est également très proche de l&rsquo;interprète original qui chantait les rôles de basse dans <em>Attila, Nabucco, Macbeth</em>, <em>La Favorite</em>, etc. et qui déploie un timbre d&rsquo;une splendide noirceur. Le quatuor offre ainsi un éventail de timbres caractérisés et se complétant idéalement, allié à une technique vocale assurée et à un bel engagement dramatique. En ce qui concerne les voix masculines, il ne manque que quelques variations dans les reprises, mais on sait qu&rsquo;elles sont souvent problématiques chez Verdi. Sous la baguette énergique de Richard Bonynge, cet <em>Ernani</em> est particulièrement roboratif et, cerise sur le gâteau, sans doute le plus proche des intentions du compositeur.</p>
<p>Ultime enregistrement d&rsquo;intégrale par Joan Sutherland, <em>Adriana</em> <em>Lecouvreur</em> connut quelques soucis. Luciano Pavarotti était sans doute plus intéressé par les méga-concerts que par un opéra où il n&rsquo;a pas le premier rôle : il arriva non préparé aux sessions d&rsquo;enregistrements et on dût finir par rompre son engagement après neuf prises insatisfaisantes d&rsquo;un même duo. Quelques années plus tôt, José Carreras aurait pu interpréter le rôle de Maurizio mais la leucémie l&rsquo;écarta à l&rsquo;époque des scènes et des studios. Finalement, c&rsquo;est un <strong>Carlo Bergonzi</strong> de 65 ans qui vint sauver l&rsquo;enregistrement. En dépit de ses ressources techniques, le ténor italien ne peut masquer l&rsquo;usure de ses moyens, en particulier un aigu exagérément tendu et une tendance à placer la voix dans le nez quand ça ne veut pas passer autrement. Il y a le métier, un phrasé unique, une belle musicalité et, de la part d&rsquo;un interprète assez monolithique en scène, un sympathique engagement dramatique, mais c&rsquo;est incontestablement trop tard. On n&rsquo;attendait pas vraiment Joan Sutherland dans ce rôle quoiqu&rsquo;elle l&rsquo;ait chanté à la scène. Son interprétation est musicalement impeccable (un « Io son l&rsquo;utile ancella » d&rsquo;entrée évanescent même sans pianissimo final) et dramatiquement irréprochable, notamment sa scène finale de l&rsquo;acte III où l&rsquo;on sent monter la fureur initialement contenue. Le « Poveri fori » du dernier acte est très émouvant. Globalement une interprétation de grande qualité, certes pas au niveau de celles de Renata Scotto ou Montserrat Caballé, mais digne d&rsquo;être prise en considération. <strong>Cleopatra Ciurca</strong> est une Princesse de Bouillon correcte, un peu tendue dans l&rsquo;aigu toutefois, et on a connu de interprètes plus inquiétantes. Leo Nucci est le meilleur Michonnet de la discographie, personnage noble et plein d&rsquo;humanité. <strong>Michel Sénéchal</strong> est époustouflant en Abbé (que ne l&rsquo;a-t-on fait davantage enregistrer ces rôles de caractère !). <strong>Francesco Ellero d&rsquo;Artegna</strong> se voit restituer un court arioso au début de l&rsquo;acte III, avant l&rsquo;arrivée d&rsquo;Adriana. La scène ne dure que 2 minutes mais elle permet de comprendre le déroulement ultérieur puisque, devant son épouse et l&rsquo;Abbé, le Prince y rappelle ses talents de chimiste amateur et la découverte d&rsquo;un poison, lequel sera utilisé par la Princesse pour tuer Adriana à l&rsquo;acte suivant. Pourquoi cette coupure traditionnelle ? Rappelons qu&rsquo;Eugène Scribe, auteur du drame qui inspira l&rsquo;opéra de Cilea, était le chantre de la <em>pièce bien faite</em> : quelle que soit la complexité de l&rsquo;ouvrage, aucunes péripéties ne devaient rester inexpliquées au final. Merci encore Richard Bonynge.</p>
<p>Comme après l&rsquo;écoute des précédents coffrets, on reste sonné devant tant de merveilles. Et même si on pourrait ergoter sur certains témoignages tardifs, une chose reste sure : même à leur crépuscule, les dieux restent des dieux. Rappelons enfin qu&rsquo;on célèbrera le centenaire de la <em>Stupenda</em> le 7 novembre 2026.</p>
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<pre>La musicologie de ce répertoire progresse à coup de redécouvertes de documents oubliés ou négligés. Jusqu’au milieu du XXe siècle, les représentations d’<em>I Puritani</em> se terminent assez abruptement : l’air d’Arturo « Credeasi misera » est suivi d’un chœur auquel se joignent les deux principaux protagonistes. Cependant, des éditions du livret comportent un duo final, ce dont on déduit qu’il a été coupé peu de temps avant la création de l’ouvrage. Alors que Bellini prépare la première au Théâtre italien de Paris, il travaille également sur son adaptation pour Naples : l’ouvrage doit être créé au San Carlo par Maria Malibran. Cette dernière étant mezzo, les tonalités sont descendues pour être adaptées à sa tessiture. Cette version comporte de nombreuses autres modifications. En particulier, le dernier air d’Arturo (« Credeasi misera ») est adapté pour... Elvira ! Il est suivi d’une cabalette virtuose « Ah sento o mio bell'angelo » dont le texte est quasi identique à celui du duo final coupé à Paris. On peut logiquement en conclure que la musique en devait être la même avant la coupure parisienne. Suite au décès prématuré du compositeur, et à celui non moins dramatique de la cantatrice un an plus tard, cette version ne sera jamais donnée au XIXe siècle. Elle subsiste toutefois dans les archives (dans une version forcément inachevée vue les circonstances). Richard Bonynge aurait redécouvert cette partition à Catane et aurait eu l'idée de compléter la version parisienne traditionnelle avec cette polonaise finale, moyennant une tonalité réhaussée pour rester cohérent avec la musique qui précède. À l'occasion des représentations de Palerme en 1961, sous la direction de Tulio Serafin, Joan Sutherland a pu créer cette polonaise, avec le succès que l'on imagine. En toute rigueur musicologique, la partition de la cabalette napolitaine aurait dû servir à recréer le duo coupé mais, soit que Bonynge n’ait pas eu connaissance du livret avant coupures, soit que le ténor ne fut pas à la hauteur, soit plus probablement qu’il eut voulu réserver un ultime moment de bravoure à son épouse, la cabalette réhaussée fut donc chantée par Elvira seule. Elle a été interprétée ainsi par les plus grandes Elvira, outre Joan Sutherland : Beverly Sills, Edita Gruberova (la première fois sous la direction de Bonynge), June Anderson ou encore Jessica Pratt. Mariella Devia ne semble l’avoir chanté qu’à Catane en 1989 (on vous laissez deviner qui dirigeait...). On a pu entendre le duo enfin restitué <a href="https://vk.com/video371470145_456239391?t=2h47m45s">à l’occasion des représentations bolognaises de 2009</a> (avec Juan Diego Flórez et Nino Machaidze sous la baguette de Michele Mariotti). Pour découvrir la version Malibran, <a href="https://www.youtube.com/watch?v=JqOLiqE7s8A">il faudra se contenter des représentations de 1986 au Teatro Petruzzelli de Bari</a>, assez mal défendues par une Katia Ricciarelli en fin de carrière (et qui n’a jamais été mezzo), aux côtés de Chris Merritt.</pre>
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			</item>
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		<title>THOMAS, Psyché</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/thomas-psyche/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 06 Nov 2025 08:37:23 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Jusqu’à une époque encore récente, Ambroise Thomas fut un compositeur particulièrement décrié. Mais, après celle de Meyerbeer qui a longtemps subi le même dédain, sa renaissance semble amorcée et, en particulier, son splendide Hamlet a retrouvé une juste faveur internationale. Mais Thomas est avant tout un compositeur d’opéra-comique, genre typiquement français qui eut son heure &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Jusqu’à une époque encore récente, Ambroise Thomas fut un compositeur particulièrement décrié. Mais, après celle de Meyerbeer qui a longtemps subi le même dédain, sa renaissance semble amorcée et, en particulier, son splendide <em>Hamlet</em> a retrouvé <a href="https://www.forumopera.com/spectacles/?_sft_oeuvre=hamlet&amp;oeuvre=Hamlet">une juste faveur internationale</a>. Mais Thomas est avant tout un compositeur d’opéra-comique, genre typiquement français qui eut son heure de gloire à son époque mais dont le public s’est peu à peu détaché : un principe universel veut que les émotions plus fortes chassent les plus douces. Ainsi, Donizetti et Bellini ont fait place à Verdi, lequel a été suivi par les véristes et ainsi de suite jusqu&rsquo;à <em>Die Soldaten</em> ! Il est particulièrement difficile de revenir sur ce processus de mithridatisation mais cet enregistrement de la rare <em>Psyché</em> nous en donne heureusement l’occasion. L’ouvrage obtint un grand succès à sa création en 1857. Thomas est alors un compositeur de 45 ans qui a obtenu précédemment au moins deux beaux triomphes publics avec <em>Le Caïd</em> (1849) et <em>Le Songe d’une nuit d’été</em> (1850). <em>Mignon</em> (1866) et <em>Hamlet</em> (1868) sont encore à venir. La partition fut révisée pour l’Opéra en 1878, mais le théâtre changea d’avis et la nouvelle version, avec récitatifs, fut en fait créée à l’Opéra-comique. L’enregistrement, réalisé à l’occasion d’un concert à Budapest, combine ces deux versions : dialogues parlés d’origine, quelques ajouts de la seconde version et transposition du rôle de Mercure pour baryton. Comme l&rsquo;écrit avec humour Alexandre Dratwicki en introduction au coffret : « Pourquoi choisir ? ». La partition est séduisante, à la fois pleine de malice et empreinte de poésie, sans airs immédiatement mémorisables toutefois (ce qui explique peut-être sa disparition de la mémoire lyrique collective). Il y règne une douce mélancolie, équilibrée par quelques passages plus enjoués (pour le résumé de l’intrigue, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/thomas-psyche-budapest/">on pourra se référer au passionnant compte rendu du concert de notre confrère Clément Mariage</a>). Thomas alterne des airs un brin nostalgiques, d’autres plus vocalisants, belcantistes, quelques chœurs, les inévitables chansons à boire, etc, et évite ainsi astucieusement le potentiel ennui que pourrait causer une musique trop uniforme alliée à un livret délicat. La musique de Thomas est bien reconnaissable, avec des formules bien personnelles. Les dialogues ne manquent pas d’humour.</p>
<p>Pour entrer dans cette musique, il faut toutefois des interprètes adéquats. On peut apprécier beaucoup d&rsquo;ouvrages en se contentant de savoir que le soprano veut épouser le ténor, que le baryton n’est pas d’accord et que la basse est bien triste : on comprend tout de suite quand l’héroïne est folle et quand son amoureux est jaloux. C’est même encore plus simple avec Haendel et ses semblables puisqu’ils composent des airs qui expriment un stéréotype et non une péripétie de l’action (1). Il en va tout autrement dans l’opéra-comique où le sous-texte est capital : il y a ce qui est déclamé, et il y a ce que le livret sous-tend. C’est la musique qui permet par exemple de mesurer l’ironie d’un propos que le texte littéral n’évoque pas nécessairement expressément : il faut donc que la texte soit parfaitement intelligible en parallèle de la mélodie. Or c’est malheureusement là où le bât blesse : à moins de connaitre par cœur l’ouvrage, il faut, pour l’apprécier, l’écouter cramponné au livret car on n’en saisit spontanément pas grand chose. La raison en est double : d’une part une articulation insuffisamment claire chez la plupart des interprètes ; d&rsquo;autre part, une réverbération un peu excessive de la prise de son, l’écho venant flouter la diction. Seules les scènes parlées sont ici pleinement satisfaisantes, en particulier entre Psyché et Éros où l’on ressent une réelle complicité artistique.</p>
<p>Au delà de cette réserve majeure, les voix sont plaisantes. <strong>Hélène Guilmette</strong> a bien intégré ce style particulier et campe une Psyché tout en nuances, incarnant avec subtilité et délicatesse les différents affects du personnage. <strong>Antoinette Dennefeld</strong> est un Éros au timbre chaleureux, très à l’aise dans les difficultés techniques vocalisantes, et avec un réel impact dramatique. Dans le rôle de Mercure, <strong>Tassis Christoyannis</strong> est plus à l’aise dans le chant que dans les dialogues, un peu emprunté et avec des erreurs d&rsquo;accent. Le timbre est plaisant. Vocalement, le baryton campe avec un certain humour son personnage de méchant malicieux. <strong>Mercedes Arcuri</strong> et <strong>Anna Dowsley</strong> incarnent avec un abattage idéal les méchantes sœurs de Psyché. <strong>Artavazd</strong> <strong>Sargsyan</strong> et <strong>Philippe Esthèphe</strong> complètent avec bonheur le quatuor bouffe, mais on aurait aimé du premier un français plus idiomatique. <strong>Christian Helmer </strong>est excellent dans un rôle hélas trop court. À la tête d’un Orchestre national philharmonique de Hongrie, <strong>György Vashegyi</strong> offre un tissu musical capiteux, mettant en valeur une orchestration recherchée. On pourrait toutefois apprécier une lecture plus vive et plus légère ayant tiré des leçons des interprétations sur instruments d’époque. Le Chœur national de Hongrie est excellent, mais parfois insuffisamment mis en valeur par la prise de son. On rappellera avec une pensée émue que Jodie Devos (en l&rsquo;hommage de qui le label Alpha Classics vient de sortir <a href="https://www.forumopera.com/dix-battements-de-coeur-pour-jodie-devos/">un magnifique coffret</a> au profit de l&rsquo;association fondée en son nom) était initialement prévue pour cette résurrection.</p>
<p>Avec ses nombreuses qualités et ses quelques défauts, cet enregistrement constitue une belle introduction à un ouvrage splendide que l’on rêverait d’entendre sur scène : hélas, les âges d&rsquo;or du Théâtre Impérial de Compiègne sous Pierre Jourdan ou de l’Opéra-comique sous Jérôme Deschamps semblent bien révolus.</p>
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<pre>1. Aria di furore, aria di tempesta, aria di caccia,  aria di speranza, aria di gelosia, aria de vendetta, aria di paragone, etc ... chacune de ces formes ayant ses canons propres.</pre>
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		<title>Gala Georges BIZET &#8211; Paris (Radio France)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gala-georges-bizet-paris-radio-france/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 04 Jul 2025 06:08:34 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour célébrer dignement le cent-cinquantenaire de la disparition de Georges Bizet survenue le 3 juin 1875, Radio France a proposé un concert original en deux parties, l’une dédiée à l’opéra, l’autre consacrée à la symphonie en ut que le musicien composa en 1855. Dans sa présentation de la soirée, Clément Rochefort explique que c’est à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour célébrer dignement le cent-cinquantenaire de la disparition de Georges Bizet survenue le 3 juin 1875, Radio France a proposé un concert original en deux parties, l’une dédiée à l’opéra, l’autre consacrée à la symphonie en ut que le musicien composa en 1855. Dans sa présentation de la soirée, Clément Rochefort explique que c’est à dessein qu’aucun extrait de <em>Carmen</em> ne figure au programme, l’œuvre étant universellement connue. C’est donc <em>Les Pêcheurs de perles</em> qui sera à l’honneur dans la première partie à travers deux airs et un duo. Auparavant nous entendrons l’ouverture de <em>Mignon</em> d’Ambroise Thomas. Le rapport avec Bizet ? C’est lui qui réalisa la réduction pour piano de la partie d’orchestre de l’ouvrage de son confrère, d’autre part, Célestine Galli-Marié qui créa le rôle de Mignon sera quelques années plus tard la première Carmen. Cette partie s’achève avec des extraits de Don Carlos de Verdi qui permettent de mettre en perspective deux visions de l’amitié entre deux hommes à travers des ouvrages français quasi contemporains. Les passages chantés sont en effet dévolus à deux artistes émérites <strong>John Osborn</strong> et <strong>Alexandre Duhamel</strong> dont le talent parvient presque à faire oublier l’absence de voix féminine dans cet hommage. Les trois extraits des <em>Pêcheurs de perles</em> sont admirablement défendus par nos deux interprètes qui ont cet ouvrage à leur répertoire depuis de nombreuses années. Ainsi le ténor américain offre une vision exquise de la romance de Nadir, tout en délicates nuances, avec un usage pertinent de la voix mixte, notamment sur les dernières paroles de l’air. Un régal. De son côté notre baryton exprime avec sobriété et une émotion contenues les affres qui assaillent Zurga dans son air « L’orage s’est calmé ». Enfin, tous deux renouvellent l’intérêt que suscite le fameux duo « Au fond du temple saint » grâce à leur interprétation sincère et sans esbroufe.</p>
<p>En revanche les pages de <em>Don Carlos</em> constituent un défi pour les deux chanteurs qui n’ont jamais abordé cet opéra. Il suffira de quelques mesures du récitatif de l’air de Fontainebleau pour permettre à John Osborn de trouver ses marques et d’incarner son personnage avec conviction et un style adéquat. On pardonnera à Alexandre Duhamel quelques légers écarts de justesse dans le récitatif qui précède la mort de Posa pour n’admirer que son interprétation bouleversante de bout en bout. Cette partie s’achève avec le célébrissime duo de l’amitié « Dieu, tu semas dans nos âmes » dont les deux complices livrent une version exemplaire, le ténor s’offrant même le luxe de finir cette page sur une note aigue longuement tenue.</p>
<p>A la tête d’un Orchestre National de France en grande forme, <strong>Bertrand de Billy</strong> propose une direction à la fois puissante et nuancée tout en se montrant attentif aux chanteurs. La complicité entre les trois artistes est évidente et contribue à la réussite de ce gala qui s’achève en beauté avec la symphonie en ut que Bizet composa à l’âge de 17 ans et qui ne fut jamais jouée de son vivant. Redécouverte en 1933 dans un legs de Reynaldo Hahn au conservatoire de Paris, l’œuvre fut créé en 1935 à Bâle et se retrouve régulièrement depuis dans les programmes des concerts. Bertrand de Billy en donne une lecture spectaculaire. Le premier mouvement est dirigé avec énergie et une redoutable précision dans un tempo alerte, en revanche l’adagio extrêmement retenu met en valeur les sonorités envoûtantes du hautbois emplies de nostalgie. Enfin l’allegro final, pris à vive allure conclut la soirée dans une ambiance insouciante et festive.</p>
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		<title>THOMAS, Hamlet – Turin</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/thomas-hamlet-turin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 May 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Longtemps dédaignés des scènes françaises, l&#8217;Hamlet d&#8217;Ambroise Thomas fait progressivement un vrai retour depuis une quinzaine d&#8217;années. L&#8217;excellent Franco Pomponi a défendu le rôle à Marseille en 2010. Jean-François Lapointe en fut un interprète poétique en 2015 à Avignon et à Marseille pour la reprise de 2016. Stéphane Degout a superbement habité le prince du &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Longtemps dédaignés des scènes françaises, l&rsquo;<em>Hamlet</em> d&rsquo;Ambroise Thomas fait progressivement un vrai retour depuis une quinzaine d&rsquo;années. L&rsquo;excellent Franco Pomponi a défendu le rôle <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/de-confirmations-en-revelation/">à Marseille en 2010</a>. Jean-François Lapointe en fut <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-avignon-le-souffle-de-shakespeare/">un interprète poétique en 2015</a> à Avignon et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-marseille-la-fosse-ou-le-plateau/">à Marseille pour la reprise de 2016</a>. Stéphane Degout a superbement habité le prince du Danemark à l&rsquo;Opéra-comique en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-paris-opera-comique-etre-et-ne-pas-etre/">2018</a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-paris-opera-comique/">2022</a> (après Strasbourg en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/degout-hamlet-princier/">2011</a> et Bruxelles en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/chapeau-bas-a-stephane-degout/">2013.</a>&nbsp;<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/thomas-hamlet-salzbourg/">Même Salzbourg</a> s&rsquo;est laissé convaincre de remonter avec le baryton français un ouvrage qui n&rsquo;est pourtant pas dans les gênes du festival). En 2022, Jérôme Boutillier <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-saint-etienne-de-grands-moyens-pour-une-reussite-magistrale/">captivait le public de l&rsquo;Opéra de Saint-Étienne</a>. L&rsquo;Opéra de Paris, d&rsquo;ordinaire plutôt frileux envers son répertoire historique, a permis à Ludovic Tézier d&rsquo;offrir <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/thomas-hamlet-paris-onp/">une de ses incarnations majeures</a> en 2023 (il avait aussi chanté le rôle&#8230; à Turin en 2001). Signal peut-être encore plus important de cette réhabilitation en devenir, en 2024, l&rsquo;Opéra de Massy osait proposer cette œuvre rare portée cette fois par l&rsquo;interprétation convaincante d&rsquo;Armando Noguera.&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/11-Hamlet-Foto-Daniele-Ratti-Mattia-Gaido_8185-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-190326"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Daniele Ratti-Mattia Gaido</sup></figcaption></figure>


<p>En 1868, <em>Hamlet</em> fut le dernier ouvrage créé à la salle de la rue Le Peletier avant l’ouverture du Palais Garnier. Si la réaction de la critique fut partagée, l&rsquo;accueil du public fut chaleureux, notamment grâce à l&rsquo;incarnation du créateur du rôle, le baryton <a href="https://www.youtube.com/watch?v=63PFdrI3YKo">Jean-Baptiste Faure</a>, star lyrique de l&rsquo;époque (il créa entre autres les rôles de Nélusko dans <em>L&rsquo;Africaine</em> et Posa dans <em>Don Carlos</em>). L&rsquo;ouvrage connait ensuite un succès international et est accueilli triomphalement à Londres (dans une version révisée, disponible en appendice de l&rsquo;enregistrement de Michel Plasson), Budapest, Bruxelles, Prague, New-York, Saint-Pétersbourg, Berlin ou encore Vienne. Depuis, le nombre de productions de l&rsquo;ouvrage a bien diminué, mais sans que celui-ci ne disparaissent totalement des scènes, les barytons célèbres réussissant à faire monter l&rsquo;ouvrage sur leur réputation, celui-ci étant l&rsquo;un des rares où ils ne risquent pas d&rsquo;être éclipsés par le ténor. On citera entre autres interprètes les exceptionnels Sherrill Milnes (Chicago, 1990), Thomas Hampson (Châtelet, 2000) ou encore Simon Keenlyside (Metropolitan, 2010). On sait moins pourtant que l&rsquo;ouvrage fut initialement prévu pour un ténor et que, faute de trouver un interprète à la hauteur de l&rsquo;enjeu, Ambroise Thomas révisa la partition pour un baryton, de sorte que la survie continue de l&rsquo;ouvrage doit beaucoup à cette transposition opportuniste. L&rsquo;<em>Hamlet</em> version ténor aurait-il eu la même longévité, rien n&rsquo;est moins sûr. Cette version originelle (qui a été jouée   sporadiquement toutefois), <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-montpellier-festival-etre-hamlet/">fut recréée en 2022 au Festival de Montpellier</a><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-montpellier-festival-etre-hamlet/"> en version concert,</a> avec déjà John Osborn et la regrettée Jodie Devos, trop tôt disparue. Le Teatro Regio en propose ici la création scénique mondiale à l’époque moderne.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="549" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/4-Hamlet-Foto-Daniele-Ratti-Mattia-Gaido_1520725-1024x549.jpg" alt="" class="wp-image-190334"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Daniele Ratti-Mattia Gaido</sup></figcaption></figure>


<p>Cette version pour ténor offre un certain nombre de différences qui, sans être nécessairement immédiatement perceptibles, modifient l&rsquo;atmosphère générale du drame. Il s&rsquo;agit notamment de tonalités différentes. Aucun changement toutefois pour le premier air, « Vains regrets ». Les couplets bachiques « Ô vin, dissipe la tristesse » sont en revanche un ton plus haut (avec deux contre ut, pour chœurs et soliste). « Allez dans un cloître » n&rsquo;est pas modifié. « Être ou ne pas être » est un ton et demi plus haut, Le dernier air d&rsquo;Hamlet, « Comme pâle fleur » est aussi plus haut, mais d&rsquo;un ton seulement. Il s&rsquo;agit aussi de lignes vocales qui s&rsquo;envolent dans l&rsquo;aigu chez le ténor au lieu de rester dans le centre de la tessiture pour le baryton. Nous n&rsquo;en donnerons qu&rsquo;un exemple (ceux qui trouveraient la chose fastidieuse peuvent passer directement au paragraphe suivant). Entre les deux refrains de « Ô vin », Hamlet chante la &nbsp;phrase « Chacun, hélas, porte ici-bas sa lourde chaîne ! Cruels devoirs, longs désespoirs, de l&rsquo;âme humaine ! ». Dans la version baryton, les huit syllabes « Cruels devoirs, longs désespoirs » sont chantées sur les quatre notes répétées <em>Fa# Sol# Fa# La</em> (nous avouerons que nous ne sommes pas aller vérifier dans la partition s&rsquo;il s&rsquo;agissait de Fa# ou de Sol bémol : vu les tarifs pratiqués par Forumopera.com, vous en avez quand même pour votre argent). Dans la version ténor, alors qu&rsquo;on attendrait une attaque sur un <em>Sol</em># (compte tenu de la transposition d&rsquo;un ton), on entend une modulation différente et une attaque quatre tons plus aigüe : <em>Mi Mi Mi Mib </em>(deux fois). On se rappelle que le <em>Werther</em>&nbsp;<a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/massenet-werther/">avait connu des déboires similaires</a> : le résultat est tout autre ici. Autant la version baryton du chef-d&rsquo;œuvre de Jules Massenet peut être frustrante (dès que l&rsquo;orchestre monte à l&rsquo;aigu de la version ténor, le baryton fait du surplace), autant les deux versions d&rsquo;Ambroise Thomas sont parfaitement réalisées. Sans aller jusqu&rsquo;à parler de deux ouvrages fondamentalement différents, on peut affirmer que ces deux versions ont chacune leurs qualités propres et mériteraient de coexister. Dans la version ténor, Hamlet est ainsi moins neurasthénique, plein de fougue juvénile au contraire. La colère impétueuse remplace la sombre déréliction. L&rsquo;ouvrage est moins uniformément noir, plus contrasté. Les deux options se défendent : avis aux volontaires, s&rsquo;il en est chez les ténors, dussent-ils risquer les foudres des barytons.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/7-Hamlet-Foto-Daniele-Ratti-Mattia-Gaido_7614-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-190330"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Daniele Ratti-Mattia Gaido</sup></figcaption></figure>


<p>Reprenant sa prise de rôle montpelliéraine de 2022, <strong>John Osborn</strong> est un Hamlet de grande classe, d&rsquo;une superbe musicalité. On regrette un peu un certain manque de largeur dans le médium, le rôle exigeant une voix plus corsée, mais l&rsquo;aigu est confondant de facilité (notamment son contre-ut à la fin de la chanson bachique). Le legato est impeccable, avec une utilisation toujours à propos de la voix mixte, notamment quand il s&rsquo;agit d&rsquo;exprimer la douceur ou le renoncement, avec par exemple un « Être ou ne pas être » totalement suspendu. L&rsquo;interprétation scénique est de première force, enflammée. Le finale de l&rsquo;acte II est un paroxysme de folie, dramatiquement (et techniquement) impressionnant. Hamlet lance ses imprécations perché sur une table, tandis que les histrions meuvent celle-ci à toute vitesse, faisant un tour complet du plateau entre chaque intervention du chanteur. La prononciation et la diction sont exemplaires, dispensant un francophone de la lecture des surtitres, et chaque mot est coloré avec soin. On peut comprendre que Thomas ait pu avoir des difficultés à trouver la perle rare des ténors pour créer son ouvrage, mais le chanteur américain n&rsquo;est pas loin de cocher toutes les cases. Du grand art.</p>
<p><strong>Sara Blanch</strong> est une Ophélie proprement phénoménale, probablement la meilleure interprète du rôle depuis bien longtemps. Là encore, le français est doté d&rsquo;une excellent technique belcantiste, le soprano catalan maîtrise toutes les difficultés de la partition mais sait surtout les transcender dans une composition bouleversante qui touche au sublime dans la scène de folie où elle n&rsquo;hésite pas à modifier sa voix, avec des phrases chuchotées, détimbrées (« Et vous ? Pourquoi vous parlez bas ? »), tremblantes, précipitées, ou au contraire des alanguissements évaporés (« Hamlet est mon époux, et je suis Ophélie »). Blanch sait aussi traduire le potentiel sous sous-texte de ses interventions. Ainsi, dans « Et si quelqu&rsquo;un vous dit qu&rsquo;il me fuit et m&rsquo;oublie, n&rsquo;en croyez rien ! », son ton exprime qu&rsquo;elle n&rsquo;en croit rien elle-même justement, et qu&rsquo;elle ne cherche qu&rsquo;à se convaincre au travers d&rsquo;un dialogue avec des interlocuteurs imaginaires. Là encore, du grand art.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/1-Hamlet-Foto-Daniele-Ratti-Mattia-Gaido_8162-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-190346"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Daniele Ratti-Mattia Gaido</sub></figcaption></figure>


<p><strong>Clémentine Margaine</strong> est une Reine Gertrude captivante, à la projection impressionnante et aux aigus dardés réjouissants. Sa composition scénique est tout aussi remarquable. Le mezzo français traduit parfaitement toutes les facettes du personnage et son évolution, de la reine hautaine à la mère brisée, en passant par la pécheresse confrontée à ses remords. Son duo avec Hamlet est l&rsquo;un des sommets de la soirée. Loin d&rsquo;avoir la projection de sa partenaire, <strong>Riccardo Zanellato</strong> est un Claudius de belle prestance, avec une bonne diction, au timbre chaud, bien chantant et à la voix homogène sur toute la tessiture. Déjà Laërte à Salzbourg, le jeune <strong>Julien Henric</strong> (né en 1992) confirme sa stature internationale. La voix est bien projetée, d&rsquo;une bonne puissance, la diction et le phrasé sont impeccables, le timbre est agréable, l&rsquo;aigu généreux et la composition dramatique impeccable. La voix profonde et la maturité d&rsquo;<strong>Alastair Miles</strong> conviennent parfaitement au spectre du roi. Les autres rôles n&rsquo;appellent que des éloges (en particulier sur la qualité du français d&rsquo;un niveau bien supérieur à celui de bien des maisons internationales) : <strong>Nicolò Donini</strong> est un Polonius inquiétant. En Horatio, <strong>Tomislac Lavoie</strong> sait se faire remarquer dans ses brèves mais décisives interventions, de même qu&rsquo;<strong>Alexander Marev</strong> dans le rôle plus court de Marcellus. Les deux fossoyeurs,&nbsp;<strong>Janusz Nosek</strong> et&nbsp;<strong>Maciej Kwasnilowski</strong> sont impeccables. La qualité d&rsquo;un théâtre se mesure aussi à celle des interprètes auxquels il a recours pour les seconds rôles : de ce point de vue, c&rsquo;est un sans faute. Comme de coutume dans le grand opéra français, les chœurs sont particulièrement sollicités. Les artistes du <strong>Chœur du Regio de Turin</strong> sont particulièrement enthousiasmants, sonores, vibrants, avec un français impeccable. Les pupitres sont homogènes et à l&rsquo;aise sur les diverses tessitures parfois très tendues (rappelons les contre-ut de la chanson bachique). Leur toute première intervention, impressionnante, est d&rsquo;ailleurs spontanément applaudie par le public avant la fin de la coda orchestrale. Très sollicités par la mise en scène, ils se révèlent également excellent acteurs. Les mouvements des figurants sont habillement chorégraphiés par <strong>Ron Howell</strong> : la scène est animée, sans donner l&rsquo;impression d&rsquo;une vaine agitation.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2-Hamlet-Foto-Daniele-Ratti-Mattia-Gaido_8356-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-190322"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Daniele Ratti-Mattia Gaido</sup></figcaption></figure>


<p>Créateur du Cercle de l&rsquo;Harmonie en 2005, formation sur instruments d&rsquo;époque, <strong>Jérémie Rhorer</strong> a beaucoup dirigé le répertoire du XVIIIe et début du XIXe siècles. Dans cette ouvrage plus tardif, cette expérience lui permet d&rsquo;apporter un supplément de sveltesse à une partition qui pourrait être pesante sous une autre baguette. L&rsquo;orchestre est comme dégrossi, plus vif et plus virtuose. C&rsquo;est une vision tout à fait en adéquation avec cette version ténor, qui incite à être plus alerte, moins ténébreux. Si l&rsquo;on revient à notre exemple de la chanson bachique, chez Plasson, la phrase « La vie est sombre. Les ans sont courts ; De nos beaux jours. Dieu sait le nombre. Chacun hélas ! Porte ici-bas. Sa lourde chaîne ! » est comme ralentie : Hampson semble traîner sa misère. Ici, le tempo est plus vif : un ténor ne s&rsquo;encombre pas de tels soucis ! Il est tout à sa haine. Ajoutons que le chef est attentif aux chanteurs qu&rsquo;il se garde de couvrir. Enfin, l&rsquo;<strong>Orchestre du Teatro Regio</strong> est impeccable, ce qui rend cette lecture renouvelée passionnante. La partition est assez complète (environ 2h40 de musique) mais comprend néanmoins quelques coupures, notamment les ballets, le chœur des comédiens à l&rsquo;acte II (« Princes sans apanages ») et celui des paysans qui introduit la scène de folie « Voici la riante saison »).&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Hamlet-Foto-Daniele-Ratti-Mattia-Gaido_8422-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-190361"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Daniele Ratti-Mattia Gaido</sup></figcaption></figure>


<p>La production de <strong>Jacopo Spirei</strong> est une totale réussite. On gardera en mémoire un certain nombre d&rsquo;images fortes : le spectre du roi promenant Hamlet et Ophélie enfants, leur cheval de bois qui deviendra la monture dérisoire d&rsquo;Hamlet couronné, les immenses marionnettes qui jouent le <em>Meurtre de Gonzague</em>, le final exalté de l&rsquo;acte II déjà évoqué, la scène de folie où un immense rideau de tulle fait à la fois figure de voile de mariée et de surface des eaux où Ophélie disparait, les Willis qui l&rsquo;accompagnent et qui évoquent les films d&rsquo;horreurs britanniques de la Hammer dans les années 50&#8230; Qui plus est, grâce aux somptueux décors de <strong>Gary McCann</strong>, aux costumes un brin déjantés de <strong>Giada Masi</strong> et aux lumières élaborées de <strong>Fiammetta</strong> <strong>Baldiserri</strong>, ce spectacle, à la mise en scène intelligente et impeccablement réglée, est aussi un régal esthétique. Le succès public est au rendez-vous, avec près de 10 minutes d&rsquo;applaudissements enthousiastes aux saluts.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/thomas-hamlet-turin/">THOMAS, Hamlet – Turin</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Concert Pygmalion/Raphaël Pichon &#8211; Paris (Philharmonie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/concert-pygmalion-raphael-pichon-paris-philharmonie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Momal]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 22 May 2025 04:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Celles et ceux qui ont eu la chance de voir, en 2018 ou 2022, Hamlet d’Ambroise Thomas à l’Opéra-Comique se souviennent du couple idéal et déchirant qu’y formaient Sabine Devieilhe et Stéphane Degout. Dans une série de concerts européens qui vient de s’achever hier soir à la Philharmonie de Paris, ils recréent la magie d’alors &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Celles et ceux qui ont eu la chance de voir, en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-paris-opera-comique-etre-et-ne-pas-etre/">2018</a> ou <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-paris-opera-comique/">2022</a>, <em>Hamlet</em> d’Ambroise Thomas à l’Opéra-Comique se souviennent du couple idéal et déchirant qu’y formaient <strong>Sabine Devieilhe</strong> et <strong>Stéphane Degout</strong>. Dans une série de concerts européens qui vient de s’achever hier soir à la Philharmonie de Paris, ils recréent la magie d’alors sous la baguette de <strong>Raphaël Pichon</strong> dans un programme mêlant Thomas, Berlioz et Fauré. De morceaux épars, le chef crée ainsi un « requiem pour Ophélie », qui commence après la séparation des amants – on n’entendra donc pas, hélas, le superbe duo « Doute de la lumière » –, qui se veut voyage tragique dans les souvenirs d’Hamlet aboutissant à l’apaisement par le <em>Requiem</em> de Fauré.</p>
<p>S’ensuivent donc presque deux heures de musique, sans entracte, sans aucun applaudissement, dans une tension continue, soutenue par des coups de cloches lugubres, scandant le drame à intervalles réguliers. À la tête de l’ensemble <strong>Pygmalion</strong>, orchestre et chœur, Pichon est l’alchimiste de la soirée, dirigeant les trois compositeurs avec la même audace combinée à un recueillement quasi religieux. Avec les sonorités sobres, presque assourdies de son orchestre, il rapproche la « Méditation religieuse » de Berlioz d’un monologue de tragédie lyrique, servi en cela par un chœur à la diction impeccable et d’un seul homme, au son pur et droit. Les extraits d’<em>Hamlet</em> de Thomas, enchaînés d’une traite après ce premier morceau, semblent d’abord comme infusés par la musique de Berlioz, puis s’en affranchissent peu à peu, notamment dans les airs d’Ophélie, dont Pichon assume totalement les aspects les plus belcantistes et « Grand opéra ». Il alterne un lyrisme débordant, généreux, notamment dans les rappels du thème du duo d’amour dans « Sa main depuis hier », et un rappel perpétuel du drame, à travers les accents secs des cordes qui scandent « Être ou ne pas être » ou les stridences trillées des violons dans la scène de folie d’Ophélie. Dans ce contexte, le chœur « Voici la riante saison », qui introduit cette même scène, paraît une dissonance inconfortable, dont le tempo accéléré et le brillant un peu tapageur ne sont plus le fait des exigences formelles du « Grand opéra » mais bien une ironie assumée. Enchaînée sans transition à la mort d’Ophélie, merveilleusement soutenue par le déchirant chœur en bouche fermée, la « Marche funèbre pour la dernière scène d’<em>Hamlet </em>» de Berlioz, dont Pichon et son orchestre soulignent la solennité lugubre, évitant toute grandiloquence, vient parfaitement clore ce premier volet du concert. Le <em>Requiem</em> de Fauré qui s’ensuit est épuré, charnel, une vraie lutte entre horreur et acceptation de la mort. On ne sait qu’admirer de plus du solo de violon si délicat qu’il touche à la transparence du « Sanctus », du « Pie Jesu » éthéré à la ligne céleste d’une Sabine Devieilhe en état de grâce ou du « Libera me » frémissant entonné par un Stéphane Degout bouleversant d’humanité et repris par un chœur bouleversant.</p>
<p>Au service de la vision du chef, deux solistes exceptionnels donc, <strong>Sabine Devieilhe</strong> et <strong>Stéphane Degout</strong>, qui partagent le même art du mot, la même probité artistique respectueuse et attentive au moindre détail de chaque partition. Degout retrouve en Hamlet un personnage qu’il a incarné à de nombreuses reprises et auquel il confère une riche vie intérieure, dont on aperçoit les multiples facettes dans la palette de nuances expressives d’un « Être ou ne pas être » introspectif. Son air « Comme une pâle fleur », passage peut-être un peu faible et convenu de l’œuvre de Thomas, prend une dimension toute autre précédé par la « Méditation religieuse » de Berlioz, dont Degout emprunte la solennité songeuse avant de laisser libre cours à des éclats de voix plus romantiques, rappelant fortement son interprétation des <em>Nuits d’été</em>. L’invocation du Spectre qui est, dans l’opéra complet, l’une des meilleurs scènes de Degout, transformée ici en invocation au fantôme d’Ophélie et non de son père, n’est pas en reste. Gommant l’effroi respectueux de ses interprétations précédentes de cette scène, il lui confère des accents plus tendres qui vont droit à l’âme de l’auditeur. Face à lui, que dire encore de l’Ophélie de Sabine Devieilhe ? Tous les superlatifs ont déjà été utilisés pour décrire la délicatesse bouleversante de son héroïne éthérée. Bien sûr, la technique est renversante, le suraigu économisé avec bon goût, les aigus cristallins, le médium de plus en plus charnu, le registre grave un peu faible mais touchant de réel et de corps. Mais quelle grâce, quelle intelligence ! Les <em>piani</em> du bout des lèvres dont elle distille « Adieu, dit-il », l’articulation délicate et déchirante de chaque mot, sont un contraste magnifique avec la vocalise extravertie et le lyrisme éclatant de « Les serments ont des ailes ». Et dans la scène de la folie, quel art du contraste… Le parlé-chanté brusque et déchirant dans le récitatif, sur « Et vous, pourquoi vous parlez bas ? », le legato halluciné et transparent de « Pâle et blonde », les accents droits et étranges de sa danse triste, le débordement éclatant de l’envolée « Ah, mon cher époux » et enfin la délicatesse cristalline de la ligne dans la reprise de « Doute de la lumière », quel miracle ! Et l’on se prend, nécessairement, à rêver de la <em>Lucie de Lammermoor</em>, version française, qu’elle va être à l’Opéra-Comique dans un an…</p>
<p>Concert impeccable, plongée bouleversante dans la psyché du héros shakespearien, cette soirée se finit sur une <em>standing ovation</em> amplement méritée. Une soirée mémorable.</p>
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		<title>THOMAS, Psyché &#8211; Budapest</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/thomas-psyche-budapest/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 20 Feb 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le nom d’Ambroise Thomas est surtout rattaché à deux de ses œuvres de maturité : Mignon et Hamlet. Véritables tubes, repris à de multiples reprises au XIXe siècle et jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, le succès de ces œuvres s’est ensuite franchement émoussé et Thomas n’a plus été associé qu’à un académisme jugé pesant. Hamlet a &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Le nom d’Ambroise Thomas est surtout rattaché à deux de ses œuvres de maturité : <em>Mignon</em> et <em>Hamlet</em>. Véritables tubes, repris à de multiples reprises au XIX<sup>e</sup> siècle et jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, le succès de ces œuvres s’est ensuite franchement émoussé et Thomas n’a plus été associé qu’à un académisme jugé pesant. <em>Hamlet</em> a fait un retour notable sur les scènes lyriques ces dernières décennies et a presque fini par s’imposer comme un pilier du répertoire. Cependant, Thomas a composé beaucoup d’œuvres avant ce Grand Opéra, surtout des opéras-comiques, dont le plus connu, après <em>Mignon</em>, reste <em>Le Songe d’une nuit d’été</em>, délicieux petit bijou qui raconte une romance imaginaire entre Shakespeare et Élisabeth I<sup>re</sup>.</p>
<p style="font-weight: 400;"><em>Psyché</em>, créé le 1857 à l’Opéra-Comique, fut l’un des grands succès du compositeur dans ce genre typiquement français (même Berlioz en a vanté les mérites dans la presse !). En 1878, Thomas en proposa une nouvelle version en quatre actes, troquant les dialogues parlés pour des récitatifs et opérant plusieurs coupes et modifications significatives. Tout ce qui relevait de la veine comique, alors moins prisée, fut éliminé – alors même que ces scènes de demi-caractère constituaient tout le sel de la première version. Alexandre Dratwicki, directeur artistique du Palazzetto Bru Zane, a donc choisi de présenter la version originale avec dialogues, mais avec quelques-uns des ajouts de la deuxième version, notamment deux airs supplémentaires pour Psyché et la transposition du rôle de Mercure pour baryton aigu et vocalisant.</p>
<p>Jusqu&rsquo;à présent, on ne pouvait entendre des fragments de cette partition que via l&rsquo;enregistrement d&rsquo;une partie du deuxième acte sur <a href="http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2010/07/09/1556-ambroise-thomas-psyche-creation-premiere-mondiale-first-world-recording-jules-barbier-michel-carre">le précieux blog de David Le Marrec</a> ou via une plage de l&rsquo;album « Oh boy! » de Marianne Crebassa. Rappelons que cette résurrection de l&rsquo;œuvre aurait dû avoir lieu en 2020, avec dans le rôle-titre Jodie Devos, dont on pleure encore la disparition. On ne peut s&#8217;empêcher pendant la soirée de songer à celle qui fut une <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-montpellier-festival-etre-hamlet/">Ophélie</a> et une <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/thomas-mignon-liege-la-revanche-de-wilhelm-meister/">Philine</a> si idéales&#8230;</p>
<p>Disons-le sans détour : <em data-start="2179" data-end="2187">Psyché</em> est une véritable merveille. Comment expliquer que l’œuvre soit restée oubliée depuis le XIXe siècle ? L&rsquo;intrigue en est simple et reprend dans les grandes lignes le mythe antique, en ajoutant des éléments de comédie qui colorent l&rsquo;action d&rsquo;une mélancolie singulière. Éros s&rsquo;éprend de Psyché, seule mortelle qui puisse rivalité en beauté avec sa mère Vénus. Mercure est chargé par la déesse de rompre ce lien et de perdre Psyché, en imposant à Éros de ne pas se montrer à son amante. Mais Psyché, influencée par Mercure, transgresse l&rsquo;interdit en observant Éros dans son sommeil et meurt. Les sœurs de Psyché, lointaines cousines des belles-sœurs de Cendrillon, et deux prétendants grotesques, Antinoüs et Gorgias, complètent la nomenclature des personnages. Finalement, l&rsquo;action s&rsquo;achève sur un <em>lieto fine</em>, Jupiter accordant à Éros et Psyché de vivre leur amour au grand jour.</p>
<p>Sur ce livret de Jules Barbier et Michel Carré, qui relit le mythe antique avec beaucoup de malice, Ambroise Thomas compose une musique très hétéroclite, mais toujours pleine de charmes. L&rsquo;unité stylistique semble être le dernier des soucis du compositeur, qui ne se refuse rien et offre aux auditeurs des mélodies savoureuses et des morceaux qui relèvent de genres très différents, avec une inspiration toujours soutenue. On entend du Rossini dans des airs vocalisants, du Meyerbeer ou du Halévy dans des scènes d&rsquo;ensemble, du Auber ou du Offenbach dans des duos bouffes, du Gounod dans certains passages lyriques&#8230; <em>Psyché</em> apparaît comme un vaste catalogue de la production lyrique française et italienne de la première moitié du XIXe siècle (anticipant même des œuvres ultérieures !), où Ambroise Thomas montre tout son savoir-faire et son talent, sans jamais perdre de vue l&rsquo;adéquation entre le drame et la musique.</p>
<p>Après une ouverture contrastée et un hymne à Vénus plaintif, Psyché chante un air accompagné délicatement par des arpèges de pizzicatos de cordes et une flûte gracieuse. L&rsquo;entrée d&rsquo;Éros, avec chœur à bouche fermée, est particulièrement réussie, plongeant la scène dans une atmosphère onirique. Le premier acte s&rsquo;achève sur une tempête et un ensemble de stupeur qui rappellent l&rsquo;opéra italien ou les finales endiablés de <em>La Juive</em> d&rsquo;Halévy.</p>
<p>Après un solo de trompette mélancolique, Éros se voit attribué au deuxième acte une cavatine suivie d&rsquo;une cabalette avec chœur, dans la plus pure tradition belcantiste. Mercure évoque ensuite dans un air savoureux la colère de Vénus qui ne pensait pas « avoir un si grand garçon » et devenir si vite « grand-mère », avant que les amants se réunissent dans un des sommets de l&rsquo;œuvre, un duo d&rsquo;amour où le violon solo porte l&rsquo;élan amoureux des personnages. Le deuxième acte se poursuit avec un chœur sur tempo de valse et une chanson à boire de Mercure, dans la plus pure tradition du Grand Opéra ; il s&rsquo;achève avec une romance d&rsquo;Éros, qu&rsquo;il chante pour trouver le sommeil, et une scène où Psyché se retrouve seule, avec des éclats brefs de harpe dans les aigus, répondant à l&rsquo;angoisse du personnage.</p>
<p>Le dernier acte s&rsquo;ouvre sur un chœur qui semble réunir Verdi et Bach (!), avant le duo du philtre, durant lequel Antinoüs et Gorgias absorbent une potion d&rsquo;oubli : il vieillissent instantanément (le contrebasson souligne avec taquinerie leur démarche de vieillard) et oublient jusqu&rsquo;à leurs noms. Cette scène burlesque donnent par contraste une teinte encore plus tragique à la mort de Psyché, qui expire, comme Ruy Blas, sur un « merci » déchirant. Mais tout est bien qui finit bien : après avoir déchaîné sa colère dans des imprécations à la ligne escarpée, Éros obtient de Jupiter la résurrection de Psyché.</p>
<p>L&rsquo;ensemble de la distribution réunie pour cette version de concert porte avec bonheur cette merveilleuse partition. D&rsquo;abord, <strong>Hélène Guilmette</strong> est une Psyché frémissante et pénétrée. La voix a ce qu’il faut de fraîcheur et de densité pour permettre à la chanteuse de rendre toutes les facettes de ce personnage de jeune première accablée par un destin tragique. Quelques aigus sonnent un peu tirés, mais ces fragilités ne font que renforcer l’émotion puissante qui se dégage de son interprétation, poignante jusqu’aux larmes versées à la fin du deuxième acte et qui touchent en plein cœur.</p>
<p>Dans le rôle vertigineux d’Éros, qui demande à la fois une agilité ébouriffante et une puissance dramatique assurée dans les imprécations finales, <strong>Antoinette Dennefeld</strong> trouve un rôle à la mesure de ses moyens exceptionnels. La voix est d’une étoffe somptueuse et sa technique assurée permet à la chanteuse de ne jamais rater sa cible. L’air redoutable qui ouvre le deuxième acte, avec une cabalette accompagnée par le chœur, est particulièrement réussi, tout comme ses imprécations, qui foudroient par des graves profonds et des aigus dardés.<span class="Apple-converted-space"> Notons que les scènes parlées entre les deux chanteuses sont de véritables moments de théâtre. </span></p>
<p>Dans le rôle de Mercure, <strong>Tassis Christoyannis</strong> prend un malin plaisir à jouer toutes les facettes de ce dieu malicieux, voire démoniaque. Il plie son timbre charnu et sa diction incisive à des intentions très diverses avec une maestria caméléonesque, passant du bouffon à la vipère avec une délectation manifeste. Même lorsqu&rsquo;il ne chante pas, on voit combien il est habité par cette musique, qu&rsquo;il défend avec conviction, grâce et sensibilité.</p>
<p>Le quatuor de personnages bouffes est composé du côté féminin par <strong>Mercedes Arcuri</strong>, soprano au timbre plein de charme, et <strong>Anna Dowsley</strong>, mezzo au tempérament affirmée et à la voix capiteuse. Le duo masculin composé par <strong>Artavazd Sargsyan</strong> et <strong>Philippe Esthèphe</strong> est un plaisir de tous les instants : la voix moelleuse du ténor se marie avec bonheur avec la voix franche du baryton. Leur diction impeccable et leur engagement dramatique donnent au duo du philtre une saveur exquise.</p>
<p>On est presque désespéré de ne pas plus entendre <strong>Christian Helmer</strong>, qui ouvre l’œuvre par un récit plein de mordant et disparaît ensuite pour ne réapparaître que dans le final de l’opéra, délicieusement grandiose.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>À la tête d&rsquo;un <strong>Orchestre national philharmonique de Hongrie</strong> enthousiaste et appliqué, <strong>György Vashegyi</strong> révèle toutes les facettes de la partition, avec beaucoup de probité. Sans geste pesant, sans pompe excessive, il expose la saveur particulière de cette partition, pleine de raffinement et d&rsquo;élégance. À peine pourrait-on regretter un manque de tuilage répété entre les dialogues et les numéros musicaux, mais ces silences sont peut-être ménagés pour les ingénieurs du son qui régleront la gravure de cette soirée sur CD.</p>
<p>Le <strong>Chœur national de Hongrie</strong> est souvent sollicité dans l&rsquo;œuvre et on reste admiratif devant une telle homogénéité de timbre et une diction si nette du français. Cela dénote l&rsquo;intérêt que portent ces musiciens hongrois – les choristes, les instrumentistes et leur chef – pour la musique française : la collaboration avec le Palazzeto Bru Zane devrait d&rsquo;ailleurs se poursuivre et conduire à la récréation d&rsquo;autres œuvres rares dans les années à venir. En attendant que <em>Psyché</em> retrouve le chemin de la scène – c&rsquo;est une œuvre qui offrirait de nombreuses possibilités scéniques – on se délectera de tous les bijoux offert par Thomas lors de la parution prochaine du CD dans la si précieuse collection « Opéras français »&#8230;</p>
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		<title>Roberto Alagna 60</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/roberto-alagna-60/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 19 Sep 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour célébrer son soixantième anniversaire, conjointement à ses quarante ans de carrière, Roberto Alagna publie un nouvel album constitué en majorité de morceaux qu’il enregistre pour la première fois. Un récital au minutage généreux, 85’ de musique, et au programme ambitieux puisqu’il réunit des compositeurs et des répertoires extrêmement variés allant du baroque au début &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour célébrer son soixantième anniversaire, conjointement à ses quarante ans de carrière, Roberto Alagna publie un nouvel album constitué en majorité de morceaux qu’il enregistre pour la première fois. Un récital au minutage généreux, 85’ de musique, et au programme ambitieux puisqu’il réunit des compositeurs et des répertoires extrêmement variés allant du baroque au début du vingtième siècle et se décline en pas moins de huit langues si l’on compte le dialecte napolitain de l’air de Pergolèse. Dans ce programme, l’opéra français et l’opéra italien qui ont constitué le cœur du répertoire de notre ténor, tiennent une place de choix, mais l’on y trouve également des compositeurs allemands, russes et même polonais. Le crossover que Roberto Alagna a régulièrement pratiqué est illustré par des chansons en espagnol, en anglais, en l’occurrence le fameux « Be my love » en hommage à Mario Lanza, en français avec « L’Andalouse », une composition de ses frères et en italien avec « Sognare », chanson que le ténor avait écrite à l’âge de vingt ans, dont la musique évoque les « tubes » transalpins des années 70. Quelques cinéphiles avisés se souviendront que « La Spagnola », ritournelle de la Belle Époque, a été interprétée par Gina Lollobrigida dans le film <em>La Belle des belles</em> où elle incarnait la cantatrice Lina Cavalieri.</p>
<p><figure style="width: 800px" class="wp-caption alignnone"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Roberto-Alagna.-Ania-Fedisz.jpg" alt="" width="800" height="600" /><figcaption class="wp-caption-text">Roberto Alagna © Ania Sedisz</figcaption></figure></p>
<p>Ce qui frappe d’emblée l’auditeur à l’écoute de ce disque est l’insolence vocale du ténor au service d’une interprétation soignée, respectueuse du style musical de chaque compositeur. Le medium est riche et nourri, le grave sonore et l’aigu toujours présent comme en témoigne le contre-ré du <em>Postillon de Lonjumeau</em>. Seul le léger vibrato sur l’ut de la « Demeure chaste et pure » ainsi que quelques tensions dans le haut medium sur les dernières phrases de « In fernem Land », que la prise de son accentue en plaçant la voix au premier plan, trahissent le passage des ans. Mais ce ne sont que peccadilles au regard des splendeurs que comporte ce programme, le second air de Lohengrin « Mein lieber Schwan » tout en demi-teintes et chargé d’émotion, l’air de Lensky « Kuda, Kuda » absolument bouleversant tout comme celui d’Adorno dans <em>Simon Boccanegra</em> qui ouvre le récital ou le fameux « Ach ! so fromm » extrait de Martha, glorieux, dans son idiome original. Pour le répertoire français, citons les airs de Raoul (<em>Les</em> <em>Huguenots</em>) et de Wilhelm Meister (<em>Mignon</em>) chantés avec une grande sensibilité et une diction impeccable.</p>
<p>L’amateur de raretés trouvera son bonheur avec le magnifique extrait de <em>Halka</em>, un opéra du compositeur polonais Stanislaw Moniuszko et celui de Sadko « Les diamants chez nous sont innombrables » susurré en français avec une voix suave et caressante ainsi que la sérénade française de Leoncavallo « Au clair de la lune » tout empreinte de nostalgie. L’air « Nymphes attentives » tiré du <em>Polyeucte </em>de Gounod, moins souvent enregistré que « Source délicieuse » et les couplets d’Ascanio dans <em>Lo frate ‘nnamorato</em> de Pergolèse, l’une des rares incursions de Roberto Alagna dans la musique baroque, complètent judicieusement ce bouquet. De nombreuses pépites donc, dans un programme pour le moins électrisant.</p>
<p>Sous la baguette inspirée de <strong>Giorgio Croci</strong>, le Morphing Chamber Orchestra s’adapte avec aisance aux divers styles musicaux présents sur ce CD. Notons que la prise de son le place légèrement en retrait par rapport à la voix comme cela se faisait dans les enregistrements des années 50.</p>
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		<title>THOMAS, Hamlet &#8211; Salzbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/thomas-hamlet-salzbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 18 Aug 2024 10:05:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=170701</guid>

					<description><![CDATA[<p>Deuxième production française de la saison, cet Hamlet en version de concert fait ici un peu figure de rareté. L’œuvre ne jouit pas dans le monde germanique de la même popularité (retrouvée) dont elle bénéficie en France depuis une dizaine d’année, dans le cadre d’une redécouverte des grandes partitions oubliées du XIXe siècle. Est-ce cela &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Deuxième production française de la saison, cet Hamlet en version de concert fait ici un peu figure de rareté. L’œuvre ne jouit pas dans le monde germanique de la même popularité (retrouvée) dont elle bénéficie en France depuis une dizaine d’année, dans le cadre d’une redécouverte des grandes partitions oubliées du XIXe siècle. Est-ce cela qui explique qu’hier, jour de première, la salle n’était pas tout à fait pleine, fait très exceptionnel à Salzbourg ? Le public présent, qui était tout de même en nombre, n’aura pourtant pas regretté sa soirée, qui fut en tous points remarquable.</p>
<p>Profitant des dispositions de la salle du Felsenreitschule, et en particulier des loges de fond de scène taillées dans la roche du Mönchsberg, les organisateurs du concert ont tenté (et réussi) tout de même une certaine mise en espace. Le site est en effet irrésistible pour faire apparaitre le spectre du feu Roi…</p>
<p>Mais c’est bien entendu essentiellement au casting des voix qu’on juge une version de concert. Celui-ci ne comporte aucune faiblesse, tout au plus quelques chanteurs en début de carrière, distribués dans de plus petits rôles, ce qui est bien normal.</p>
<p>Un peu plus de 10 ans après sa prise de rôle au Théâtre An der Wien, dans la mise en scène d’Olivier Py, production qui <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/chapeau-bas-a-stephane-degout/">avait ensuite été reprise à Bruxelles</a>, revoici <strong>Stéphane Degout</strong> dans le rôle-titre, ce rôle qui lui va si bien, qui semble taillé pour lui tout exprès. Depuis dix ans, la voix a muri, l’artiste aussi, ce qui contribue à donner plus de densité, plus de dignité au personnage. La voix est splendide dans tous les registres, avec un timbre chaud, cuivré, et lumineux même dans sa partie la plus grave, la diction digne de tous les éloges, et l’expressivité du chanteur, qui explore ici des sentiments allant de la colère à la folie simulée, du remord à l’indignation, en passant par la tendresse ou la furie, fait preuve d’une exceptionnelle diversité. Il maintient cette belle énergie jusqu’au bout sans faillir et livre une prestation proprement époustouflante.</p>
<p>Pour lui donner la réplique, il fallait une Ophélie qui puisse affronter toutes les difficultés du rôle, qui semble écrit pour permettre à des chanteuses exceptionnelles de montrer toutes les facettes de leur talent. De plus, elle est familière du rôle pour l’avoir tenu – comme plusieurs autres protagonistes du concert de ce soir –&nbsp;encore en mars 2023 à l’opéra de Paris dans la mise en scène de Warlikowski. Virtuosité, légèreté, agilité, bien entendu, mais aussi couleurs dramatiques, endurance, et une grande facilité pour les vocalises, <strong>Lisette Oropesa</strong> possède tout cela et bien plus encore. Née et formée à la Nouvelle-Orléans en Louisiane, elle sera de retour à Paris dans <em>les Puritains</em> en janvier prochain. Son plaisir d’être en scène, très communicatif et stimulant pour ses partenaires, ajoute encore à sa popularité auprès du public, et c’est incontestablement elle qui, à la fin du spectacle, recueillera les plus spectaculaires faveurs de l’applaudimètre.</p>
<p>Troisième élément remarquable de la distribution, <strong>Eve-Maud Hubeaux,</strong> autre transfuge de la production parisienne, prête son physique de déesse grecque ainsi que son timbre corsé et presque glaçant de mezzo au peu sympathique personnage de la reine Gertrude. Ici aussi, diction française impeccable, grand sens du caractère théâtral et dramatique de l’œuvre, très grand professionnalisme dans la conduite du rôle.</p>
<p>Elle retrouve son comparse de Paris, <strong>Jean Teitgen</strong> pour lui donner la réplique en Claudius, le mauvais par excellence. Par comparaison avec la technique irréprochable de Degout, la voix de Teitgen, plus sombre, parait un peu moins bien contrôlée, son vibrato un peu large, mais il possède tout le volume requis pour proposer une composition impressionnante.</p>
<p><strong>Clive Bayley </strong>(le Spectre) peut se prévaloir d’une longue carrière de basse noble, au cours de laquelle il a abordé à peu près tous les rôles qui s’offrent à ce type de voix. Né à Manchester, il chante dans toutes les grandes maisons internationales, et était lui aussi de la production parisienne (décidément…)&nbsp;; il donne pleinement satisfaction, perché dans la petite loge qu’on a décrite plus haut. Le Polonais <strong>Jerzy Butryn</strong>, voix de basse noble lui aussi, se voit confié le rôle de Polonius.</p>
<p>Parmi les plus petits rôles, décochons une mention spéciale au ténor <strong>Julien Henric</strong> (Laërte), grande taille, physique idéal de jeune premier, voix particulièrement bien posée, puissante, pleine de couleurs, un jeune lyonnais qui semble bien parti pour une belle carrière. Quatre autres jeunes chanteurs se partagent les autres rôles secondaires de la pièce, la basse-baryton <strong>Liam James Karai</strong> en Horatio, fort élégant lui aussi, le ténor <strong>Raúl Gutiérrez </strong>en Marcellus, <strong>Ilya Silchk </strong>(bariton russe) et le ténor <strong>Seungwoo Simon Yang</strong>, sud-coréen, assumant les emplois de fossoyeurs d’Elseneur.</p>
<p>Nombreux, placés en fond de scène, le chœur Philharmonia de Vienne se bat avec la prononciation française comme il peut, mais il y met de l’enthousiasme.</p>
<p>C’est à l’orchestre du Mozarteum de Salzbourg qu’est revenu l’honneur d’accompagner cette très belle production. Il se trouve là face à un répertoire avec lequel il est peu familier mais qu’il semble prendre plaisir à jouer, et présente acte après acte des solistes de tout premier plan, successivement au saxophone (intervention exceptionnelle d’intensité musicale), au hautbois, au violoncelle (magnifiquement conduit) à la flûte ou au cor. A leur tête, le chef franco-suisse <strong>Bertrand de Billy</strong>, imperturbable face aux envolées faciles et au caractère parfois un peu excessif de la partition, mène son monde à bon port sans rien perdre de son flegme.</p>
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		<title>Benjamin Bernheim chantera Hoffman à Salzbourg en 2024</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/benjamin-bernheim-chantera-hoffman-a-salzbourg-en-2024/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Bouctot]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 Dec 2023 17:16:34 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La programmation du festival de Salzbourg en 2024 proposera pas moins de dix opéras dont la moitié en version concert. Autour des traditionnels Don Giovanni sous la baguette de Teodor Currentzis et Cosi Fan tutte illuminé par la présence de Cecilia Bartoli en Sesto, d’Alexandra Marcellier et Melissa Petit, culmineront les Contes d’Hoffman dans la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La programmation du festival de Salzbourg en 2024 proposera pas moins de dix opéras dont la moitié en version concert. Autour des traditionnels <em>Don Giovanni</em> sous la baguette de <strong>Teodor Currentzis</strong> et<em> Cosi Fan tutte</em> illuminé par la présence de <strong>Cecilia Bartoli</strong> en Sesto, <strong>d’Alexandra Marcellier</strong> et <strong>Melissa Petit</strong>, culmineront <em>les Contes d’Hoffman</em> dans la mise en scène de <strong>Mariame Clément</strong> et la direction de <strong>Marc Minkowski</strong>. <strong>Benjamin Bernheim</strong> y interprétera le rôle-titre .</p>
<p>La mezzo-soprano suisse <strong>Eve-Maud Hubeaux</strong> apparaîtra à la fois dans l’<em>Hamlet</em> d’Ambroise Thomas aux côtés de <strong>Lisette Oropesa</strong> et <strong>Stéphane Degout</strong> et dans <em>Capriccio</em> avec <strong>Elsa Dreisig</strong> sous la direction de <strong>Christian Thielemann</strong></p>
<p>A noter également les récitals <strong>d’Elina Garanca</strong> et <strong>Matthias Goerne</strong> ainsi que les <em>Vier Letzte Lieder</em> de Strauss avec la soprano <strong>Asmik Grigorian</strong> sous la direction de <strong>Gustavo Dudamel</strong></p>
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		<title>THOMAS, Hamlet &#8211; Paris (OnP)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/thomas-hamlet-paris-onp/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 12 Mar 2023 07:07:37 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Hamlet d’Ambroise Thomas n’avait plus été donné à l’Opéra national de Paris depuis les représentations de 1938 à Garnier. Le voici qui fait une entrée triomphale à l’Opéra Bastille. L’ensemble de la distribution a été longuement ovationné au rideau final à l’exception du metteur en scène et de son équipe qui ont dû essuyer une &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Hamlet</em> d’Ambroise Thomas n’avait plus été donné à l’Opéra national de Paris depuis les représentations de 1938 à Garnier. Le voici qui fait une entrée triomphale à l’Opéra Bastille. L’ensemble de la distribution a été longuement ovationné au rideau final à l’exception du metteur en scène et de son équipe qui ont dû essuyer une bordée de huées dès qu’ils sont apparus sur le plateau, réaction somme toute banale à l’Opéra dès que l’on assiste à une production qui bouscule un peu les traditions.</p>
<p>Pourtant le travail de <strong>Krzysztof Warlikowski</strong> n’a rien d’iconoclaste, en dépit du changement d’époque. Le déroulement de l’intrigue est parfaitement respecté, le caractère des personnages également. Les décors sont grandioses, d’immenses parois constituées de grilles en métal encadrent le plateau, enfermant les personnages dans ce qui pourrait être un hôpital psychiatrique si l’on en juge par la présence d’infirmiers en blouses blanches. L’idée n’est certes pas nouvelle, Lev Dodin l’avait déjà exploitée en 1999 pour sa <em>Dame de</em> <em>pique</em>, mais la manière dont Warlikowski l’utilise est tout à fait spectaculaire et conforme en fin de compte à l’esprit du grand opéra à la française. Sa production se révèle à la fois fascinante et déroutante. Déroutante, dès le lever du rideau où l’on voit Gertrude âgée, de dos dans un fauteuil roulant, regarder <em>Les Dames du bois de boulogne</em> de Bresson sur l’écran d’une vieille télévision tandis que des personnages en grand deuil pénètrent sur plateau. Déroutante parce que le spectre de Claudius apparaît vêtu en clown blanc tandis qu’au dernier acte Hamlet est en clown noir. Déroutante encore parce qu’Ophélie distribue des oranges et non des fleurs aux villageois ou parce qu’Hamlet, tel un enfant, joue avec une petite voiture téléguidée dans la scène qui l’oppose son oncle. Mais faut-il vraiment chercher une explication à toutes ces étrangetés ou doit-on simplement se laisser emporter dans un univers fantasmagorique peuplé de créatures bizarres comme ces danseurs barbus en tutus qui se mêlent à de vraies ballerines au cours du ballet ? Un univers hétéroclite et pour tout dire fascinant dans lequel on reconnaît la signature du metteur en scène polonais : le fauteuil roulant de Gertrude âgée, la baignoire dans laquelle Ophélie se noie, les projections vidéos comme dan <em>Don Carlos</em>.</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Hamlet-1-Bernd-Uhlig-Onp.jpg" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Hamlet-1-Bernd-Uhlig-Onp.jpg." /><br />
© Elisa Haberer / Opéra national de Paris</p>
<p>Quoi que l’on pense du spectacle on ne peut qu’admirer l’extraordinaire précision de la direction d’acteur, en particulier concernant le rôle-titre dans lequel <strong>Ludovic Tézier</strong> ajoute à sa performance vocale une véritable performance de comédien, car c’est lui le grand triomphateur de la soirée. Parvenu à l’apogée de son art, le baryton français campe un Hamlet halluciné, tourmenté par les trahisons des êtres qui lui sont le plus proches et animé par un désir de vengeance sans cesse différé. On demeure ébloui par l’ampleur de ses moyens, le volume, la projection et la longueur d’une voix saine et bien conduite dont il sait varier les couleurs et la dynamique à des fins expressives. Aucun affect de son personnage ne lui échappe. Il convient de citer son duo avec Ophélie où il se montre tendre et langoureux, sa chanson bachique « O vin, dissipe ma tristesse » lancée avec une voix claironnante, son monologue « être ou ne pas être », tout en émotion contenue et sa grande scène ave Gertrude, d’une violence impressionnante et inattendue chez ce chanteur habituellement sur la réserve. Une grande performance qui fera date.</p>
<p>A ses côtés, <strong>Lisette Oropesa</strong> campe une Ophélie tout en délicatesse avec une voix plus large que celles que l’on entend habituellement dans ce rôle, ce qui lui permet de remplir sans problème le grand espace de la Bastille. Le medium est corsé, l’aigu solide et bien projeté, la colorature irréprochable et la diction parfaitement intelligible. Sa scène de la folie, complète avec les reprises, lui a valu une ovation largement méritée.</p>
<p>Vieillie au début de la soirée,<strong> Eve-Maud Hubeaux</strong>, apparaît ensuite dans une superbe tenue années vingt et propose une Gertrude timorée et perpétuellement inquiète. La mezzo-soprano suisse qui possède une voix sonore et un timbre cuivré n’hésite pas à poitriner ses graves à des fins expressives. <strong>Jean Teitgen</strong> campe un Claudius convaincant avec une voix profonde au grave assuré, <strong>Julien Behr</strong> possède un timbre agréable qui capte l’attention dans son air « Pour mon pays en serviteur fidèle ». Dommage que sa projection soit un peu limitée – un handicap pour Bastille. Citons pour finir les autres personnages secondaires, tous dotés d’une belle diction ce qui est confortable pour un auditeur français : <strong>Clive Bayley</strong>, spectre impressionnant, <strong>Frédéric Caton</strong>, <strong>Julien Henric</strong> et <strong>Philippe Rouillon</strong>, tous trois impeccables, respectivement en Horatio, Marcellus et Polonius, ainsi que les deux fossoyeurs désabusés d’<strong>Alejandro Baliñas Vieites</strong> et<strong> Maciej Kwaśnikowski</strong>.</p>
<p>A la baguette le jeune chef <strong>Pierre Dumoussaud</strong> constitue une belle découverte. Sa direction souple et dynamique parvient à conférer une certaine unité à des scènes parfois disparates. Durant la première partie qui regroupe les actes un à trois, il maintient la tension dramatique pendant plus de deux heures sans faiblir. Au final le public l’a chaleureusement applaudi. L&rsquo;ouvrage est donné dans sa quasi totalité avec même deux numéros du ballet sur cinq.</p>
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