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	<title>Alexander VON ZEMLINSKY - Compositeur - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Mon, 27 Apr 2026 19:55:59 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Alexander VON ZEMLINSKY - Compositeur - Forum Opéra</title>
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		<title>ZEMLINSKY, Der Zwerg – Lausanne</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Apr 2026 04:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est un conte cruel. Aussi cruel qu&#8217;un conte pour enfants. De surcroît, le jour de la première, autre cruauté, celle du destin : un virus s’est abattu sur Adrian Dwyer, l’interprète du Nain, qui est dans l’incapacité de chanter. Mais s’il n’y a pas de bonne fée dans l’opéra de Zemlinsky, il y en a &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est un conte cruel. Aussi cruel qu&rsquo;un conte pour enfants. De surcroît, le jour de la première, autre cruauté, celle du destin : un virus s’est abattu sur <strong>Adrian Dwyer</strong>, l’interprète du Nain, qui est dans l’incapacité de chanter. Mais s’il n’y a pas de bonne fée dans l’opéra de Zemlinsky, il y en a une qui veille sur les directeurs d’opéra. Un coup de fil et <strong>Mathias Vidal</strong> vient sauver la situation.<br />Il connaît le rôle, il l’a chanté il y a cinq ans à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/le-nain-rennes-poetique-de-letrangete/">Rennes</a> et quatre ans auparavant à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/le-nain-lille-handicap-vertical-mais-pas-musical/">Lille</a>. Il arrive à midi. À 17 heures, quand le rideau se lève, il est dans une loge, côté cour, l’œil sur la cheffe, un autre sur Adrian Dwyer, qui mimera son rôle, le troisième œil sur la partition, éclairée par une loupiote. Ce doublage ajoutera un enjeu supplémentaire à une production aussi réussie théâtralement que musicalement.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="2048" height="1151" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LE-NAIN-@Carole-Parodi-OPL-20-edited.jpeg" alt="" class="wp-image-212539"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Le problème de l’opéra de Zemlinsky (l’un des…), c’est sa brièveté : 1h20. C’est court pour une soirée. Avec quoi l’assembler ? Genève autrefois monta un tandem <em>Le nain-Une tragédie florentine</em>, plutôt au détriment de cette dernière si nous nous fions à nos souvenirs, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/enfant-mechant-cruelle-infante/">Lyon</a> et <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/der-zwerg-lenfant-et-les-sortileges-paris-garnier-nest-ce-pas-cest-amusant/">Paris</a> essayèrent de marier <em>Der Zwerg</em> à <em>L’Enfant et les Sortilèges</em>, deux œuvres qui hormis leur brièveté n’ont pas grand chose en commun.</p>
<p>Lausanne fait le pari qu’il y a suffisamment de musique (ô combien !) et de drame (mais pas seulement) dans cet opéra. Le spectacle est court, davantage que certains actes de Wagner, mais d’une telle profusion visuelle et sonore, qu’on en sort enchanté.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LE-NAIN-@Carole-Parodi-OPL-9-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-212462"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Tamara Bounazou, Adrian Dwyer © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Le drame de Zemlinsky</strong></h4>
<p>Tout commence par l’apparition d’un petit bonhomme contrefait, c’est Zemlinsky lui-même (joué par un comédien et, grâce à une perruque et un faux nez, d’une ressemblance extraordinaire avec les photos du compositeur). Car c’est bien de lui-même qu’il parle dans cet opéra, et c’est sans doute pour cela qu’il est d’une telle violence. On sait que Zemlinsky tomba amoureux de son élève, Alma Mahler, laquelle écrit dans ses souvenirs qu’il avait « l’aspect d’un ignoble gnome, petit, dépourvu de menton, édenté, puant le vin, jamais lavé… et pourtant incroyablement fascinant par l’extrême acuité de son intelligence ». Il semble qu’à son tour elle l’aima un peu, et sans doute pas longtemps.</p>
<p>Zemlinsky demanda à Georg C. Klaren de lui écrire un livret sur « la tragédie de l’homme laid ». Klaren, qui n’avait guère plus de vingt ans, s’intéressait aux théories de Freud sur la sexualité, mais on ne sait si c’est lui ou le compositeur qui eut l’idée d’adapter la nouvelle d’Oscar Wilde <em>The Birthday of the Infanta</em>, l’histoire d’une jeune princesse écervelée à qui on offre pour son anniversaire un affreux nain qui ne sait rien de sa laideur, et qui évidemment s’enflamme pour elle dès qu’il la voit.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="2048" height="1151" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LE-NAIN-@Carole-Parodi-OPL-2-edited.jpeg" alt="" class="wp-image-212570"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Tamara Bounazou,  Christian Immler © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Visuellement le spectacle est extrêmement séduisant. <strong>Rudy Sabounghi</strong>, auteur du décor et des costumes, a dessiné une serre envahie par les fleurs (plus de soixante-dix sortes différentes, nous dit-on), les panneaux du fond s’écartent pour révéler une prairie très verte et un ciel toujours bleu. Tout a la fraîcheur d’un livre pour enfants. Et les huit compagnes de l’Infante jouent au croquet ou au badminton en robes de soie aux couleurs de berlingots, d’un style très Balmain 1965. L’Infante elle-même sera dans une robe fuchsia au bustier brodé de perles et de strass, très Sylvie Vartan ou France Gall de ces années-là, avec coupe au carré assortie. Ghita est en corsage noir et jupe bleu canard qui lui donnent l’allure d’une duègne ; quant aux caméristes, en noir et blanc, elles semblent sortir de la <em>Mélodie du bonheur</em>.</p>
<h4><strong>La tragédie de la désillusion</strong></h4>
<p>La mise en scène de <strong>Jean Liermier</strong> est à l’image de la partition qui est elle aussi toute de détails, d’abord papillonnante et légère, pour mieux plonger ensuite dans le tragique. L’apparente futilité, l’espièglerie des premières scènes n’en rendront que plus poignante la désillusion. <br />Car, que raconte cet opéra en manière de fable ? La violence de l’irruption du réel. On croit que c’est une comédie, mais c’est un drame. Le drame de la révélation de la vérité. L’illusion aux couleurs de bonbons anglais est douce, mais éphémère.</p>
<p>Autre paradoxe : tout cela a l’air d’être extraordinairement facile, aérien, chic et champagne – du moins au début. Alors que cette partition de 1922, mais dont l’esthétique renvoie plutôt à l’esprit des années 1900-1910, est terriblement exigeante pour les interprètes : on pense constamment à Richard Strauss (et d’ailleurs comme <em>Salomé</em>, <em>Der Zwerg</em> s’inspire d’Oscar Wilde).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LE-NAIN-@Carole-Parodi-OPL-4-1-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-212580"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Linsey Coppens, Tamara Bounazou © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Chambrisme</strong></h4>
<p>Toutes les voix sont à découvert, notamment pour l’orchestre. C’est ici la version de chambre écrite par <strong>Jan-Benjamin Homolka</strong> : onze cordes, un instrumentiste pour chacun des bois et des cuivres, mais deux cors et deux percussions, une harpe, un piano, un harmonium et un célesta. Un instrumentarium qui se rapproche de celui de Schoenberg (beau-frère de Zemlinsky) pour ses célèbres transcriptions des valses de Johann Strauss. On sent l’<strong>Orchestre de chambre de Lausanne</strong> aux aguets sous la direction d’une précision extrême de <strong>Sora Elisabeth Lee</strong>, qui donne tous les départs, mais qui saura faire chanter les pages les plus lyriques. <br />Non moins essentiel, le rôle de Pascal Mayer dirigeant les huit voix féminines du <strong>Chœur de l’Opéra de Lausanne</strong> (Hannah Blaser, Jeanne Bousquet, Vibe Rouvet, Naïma Wanshe, Zoé Cassard, Marie Hamard, Solène Nancy, Lauriane Paillet) auxquelles Jean Liermier demande de jouer la comédie (elles le font très bien) en même temps qu’elles maîtrisent des lignes compliquées.</p>
<p>C’est <strong>Tamara Bounazou</strong>, qui dessine une Infante mutine et saugrenue, avant de jouer les méchantes avec conviction, qui nous confiera la difficulté retorse de l’écriture de Zemlinsky, elle qui est familière des partitions contemporaines. Elle est parfaite de netteté et de projection, le timbre est d’une santé formidable, sans parler de sa présence délurée, de ses regards noirs, de ses danses serpentines, de ses attitudes cocasses et son instinct du coq-à-l’âne. Son talent est autant de comédienne que de chanteuse (on se souvient de son <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/gluck-iphigenie-en-tauride-paris-opera-comique/">Iphigénie de Gluck à l’Opéra Comique</a>, tout aussi convaincante dans un genre plutôt différent…)</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="2048" height="1151" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LE-NAIN-@Carole-Parodi-OPL-1-edited.jpeg" alt="" class="wp-image-212571"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Tamara Bounazou © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Autre voix saisissante, celle de <strong>Linsey Coppens</strong>, pour qui c’est aussi une prise de rôle, et qui est impressionnante d’assurance, de puissance, de ligne. Derrière sa raideur, le personnage n’a pas le cœur sec ; dès la première scène, dialoguant avec les trois caméristes, elle affirme : « Je comblerai par mon amour ceux qui sont laids et malheureux », et de fait, elle n’osera pas présenter au Nain un miroir qui lui révèlerait sa laideur.</p>
<p>En revanche, le majordome, Don Estoban, n’est que rigueur. <strong>Christian Immler</strong> lui prête sa prestance, l’ampleur de son timbre de baryton, son impeccable allemand de <em>liedersänger</em>, un phrasé souverain, une perfection de style.</p>
<h4><strong>Un carrefour d’inspirations</strong></h4>
<p>Lancée par un petit thème ironique de quatre notes qui reviendra (une croche, deux doubles, une blanche), la partition est d’abord, malgré l’orchestre restreint, d’une rutilance bigarrée, puis à l’apparition des jeunes filles se teinte de merveilleux arpèges de célesta et de piano ; quand elles chanteront on se croira parfois dans le jardin des Filles-Fleurs. <br /> Cette partition semble fusionner toutes les influences possibles, de Wagner à Mahler et Strauss (et même Debussy fugitivement). Le coloris d’orchestre est irrésistible, dans un flux continu qui emporte, mais où se détachent une infinité de détails solistes précieux, tel le solo de violon sur l’ouverture de la boîte aux dentelles, l’un des cadeaux, une rose en or, une robe ornée de perles, un diadème, offerts par le Pape, l’Empereur ou le Roi… Le plus beau des cadeaux étant affreux, celui offert par le Sultan : un nain qui ne sait rien de sa laideur. Une imitation par la trompette bouchée de canards cancanant montera de la fosse à son apparition…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LE-NAIN-@Carole-Parodi-OPL-13-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-212466"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Adrian Dwyer, Tamara Bounazou, Christian Immler © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Mais très vite l’orchestre se fera d’une extrême douceur pour accompagner ses premiers mots. Dans le costume de cour gris perle, avec collerette tuyautée à l’espagnole, que lui a apporté le compositeur lui-même, <strong>Adrian Dwyer</strong> fait son entrée, marchant sur ses genoux : il dessine un Nain lunaire et doux, une manière de clown triste, tandis que <strong>Mathias Vidal</strong> commence <em>mezza voce,</em> peut-être à cause d’un trac compréhensible, mais aussi parce que la partition demande ici un pianissimo. Le doublage fonctionnera à la perfection, l’un mimant les mots, l’autre les chantant. Très vite Mathias Vidal se laissera prendre au jeu et par le personnage qu’il retrouvera, il montera en puissance et en expression dans un long crescendo qui ira jusqu’au cri, un cri déchirant et magnifique.</p>
<p>On n’en est là et pour l’heure cette sale gamine d’Infante lui demande où il apprit l’espagnol (sur un bateau où il a longtemps voyagé, dit-il) et s’il a une patrie, à quoi il répond joliment : « Aucune, ma seule patrie est mon enfance évanouie… » Ensuite, puisqu’on dit qu’il a la voix d’Apollon sinon son physique, elle lui demande de chanter. « Jeune fille prends cette orange qui a mûri dans mon jardin… », dit la chanson qu’il accompagne au luth (des arpèges de harpe en l’occurrence).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LE-NAIN-@Carole-Parodi-OPL-12-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-212465"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Adrian Dwyer © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Une formidable performance de Mathias Vidal</strong></h4>
<p>Mathias Vidal y met tout son art et toute sa sensibilité, avec de beaux passages en voix mixte. Non moins superbe, son grand envol lyrique sur « ich wähle dich, Prinzessin » ! On a demandé au Nain de choisir parmi ces dames, et c’est bien sûr l’Infante qu’il choisit. Il s’ensuivra un grand ensemble à quatorze (!) puis un duo faut-il dire d’amour entre une Tamara Bounazou déployant ses grands moyens, avec un panache, un sens de la ligne ébouriffants et un Mathias Vidal éperdument effusif et douloureux, sur un tissu orchestral de plus en plus dense. Sora Elisabeth Lee parvient, tout en mettant en place une instrumentation particulièrement foisonnante, à construire un grand crescendo d’intensité et de fièvre.</p>
<p>Du côté du texte et des sentiments, l’ambiguïté est à son comble. <br /> « Elle : – Sache que je t’aime.<br />    Lui : – Je ne sais pas ce qu’est l’amour, je t’aime.<br />    Elle : – Si tu m’aimes, tu dois chasser avec moi et combattre en tournoi Don Alvarez… Tu dois être très beau si tu m’aimes… Il se peut pourtant que je te haïsse si tu es laid….etc »<br />    Lui : – Comment je suis, je l’ignore, dis-le moi ! »</p>
<p>La direction d’acteurs très tendue de Jean Liermier porte à incandescence cette scène haletante et cruelle, la désinvolture de l’Infante contrastant avec l’aspiration éperdue du Nain à être aimé. La performance de Adrian Dwyer est étonnante, si l’on songe qu’il se borne à bouger les lèvres, alors que la voix qui devrait le soulever sort du corps d’un autre.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LE-NAIN-@Carole-Parodi-OPL-17-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-212470"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Tamara Bounazou, Adrian Dwyer © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Jusqu’au cri</strong></h4>
<p>On dira encore combien Linsey Coppens est vocalement magnifique de puissance et de ligne musicale dans la longue scène où elle comprend que le Nain ne sait pas ce qu’est un miroir, et qu’il ne s’y est jamais vu. Il évoque une épée ou un verre où il a vu une silhouette, mais son image vraie, jamais. Et Ghita, troublée par sa candeur et sa bonté, n’ose pas lui donner le petit miroir qui fait partie des cadeaux de l’infante.</p>
<p>Il faudrait dire aussi la délicatesse de l’orchestration (violon solo, flûte, célesta) de la longue méditation solitaire du Nain, où Mathias Vidal est à nouveau extraordinaire (et Sora Elisabeth Lee le suit pas à pas), jusqu’au cri de bête terrassée qu’il pousse quand il découvre son image dans le grand miroir à cadre doré que des filles ont apporté. Il y voit les objets autour de lui, les reconnaît, il est donc ce monstre. Grand déchaînement de l’Orchestre de chambre de Lausanne, décidément formidable.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LE-NAIN-@Carole-Parodi-OPL-19-1-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-212574"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Adrian Dwyer, Tamara Bounazou © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>On ne peut pas ici ne pas penser à Richard Strauss, aux grands déferlements de fureur de <em>Salomé</em>. Dans ces dernières minutes de l‘œuvre, où le tragique de la situation prend à la gorge, la lecture de Jean Liermier prend tout son sens. Il fallait que les scènes du début soient aussi pimpantes pour que le désespoir des scènes ultimes soit aussi noir. <br />« Alle Not der Welt ist in mein Herz geprasselt, ich erfriere. – Toute la douleur du monde s&rsquo;est déversée dans mon cœur, je suis transi de froid », chante le Nain.<br />Qui montera jusqu’à un autre sommet de douleur en criant : « Ich bin ein Zwerg und ich liebe dich », avant de mourir. Sur son corps, Zemlinsky, ou son double, viendra déposer sa partition.</p>
<p>Puissant spectacle, admirablement chanté, dirigé et mis en scène. Mention toute particulière pour Mathias Vidal, qui non seulement a sauvé la soirée, mais a offert une interprétation superbe et vécu, on imagine, un moment qui marquera sa mémoire.</p>
<p>Il reste trois représentations, on espère de tout cœur que Adrian Dwyer pourra les assurer !</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/zemlinsky-der-zwerg-lausanne/">ZEMLINSKY, Der Zwerg – Lausanne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>Récital Andrè Schuen et Daniel Heide &#8211; Schwarzenberg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-andre-schuen-et-daniel-heide-schwarzenberg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 Aug 2025 07:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Schwarzenberg est un village de montagne dans le Vorarlberg autrichien, niché dans un paysage superbe et que rien ne distinguerait des autres s’il ne bénéficiait pas d’une salle de concert de 600 places, rénovée en 2001, infrastructure précieuse qui justifie la présence ici depuis 1976 d’un festival de grande qualité. La programmation, centrée autour de &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Schwarzenberg est un village de montagne dans le Vorarlberg autrichien, niché dans un paysage superbe et que rien ne distinguerait des autres s’il ne bénéficiait pas d’une salle de concert de 600 places, rénovée en 2001, infrastructure précieuse qui justifie la présence ici depuis 1976 d’un festival de grande qualité. La programmation, centrée autour de l’œuvre de Schubert, fait alterner concerts de musique de chambre et récitals de Lieder. Cette belle salle tout en bois, déguisée en chalet alpin, présente une acoustique idéale pour le répertoire qu’elle entend servir, et attire depuis près de 50 ans un public tant local qu’international, nous sommes ici au cœur de l’Europe, à deux pas des frontières suisse et allemande.</p>
<p>La session d’août s’ouvrait hier par un récital d’<strong>Andrè Schuen</strong>, baryton né lui aussi dans les Alpes, mais du côté italien, pur produit du Mozarteum de Salzbourg. Ce tout jeune quadra, repéré par les Schubertiades en 2015 déjà, s’est depuis lors produit sur les plus grandes scènes internationales, fut un Guglielmo inoubliable à Salzbourg en 2020 et enregistre en exclusivité pour Deutsche Grammophon, c’est dire s’il a fait du chemin. Il proposait un programme intitulé « Rêves / Cauchemars » constitué de Lieder de Strauss, Wagner et Zemlinsky, accompagné de son fidèle pianiste <strong>Daniel Heide</strong>, remarquablement attentif, inventif et efficace, tout en restant discret, le rêve pour tout chanteur !</p>
<p>Depuis ses débuts, Schuen a mis un peu d’ordre dans sa chevelure, conservé son allure fière et élancée, avec un rien de nonchalance, beaucoup de décontraction et un charme fou, qui vous conquiert une salle avant même d’émettre un son. L’allure athlétique, vêtu d’un simple Tshirt sous son costume bleu nuit, il entame son récital par Strauss, sans aucun artifice, avec une voix naturellement belle, nourrie, gouleyante, quasiment aussi libre qu’une voix parlée. En récitaliste accompli, il met le texte, la poésie tout à l’avant plan, n’hésite pas à s’exposer dans des nuances pianissimo, avec une intériorité riche de mille nuances et sans aucune affectation. Nous sommes ici au cœur de la tradition germanique, une civilisation qui place musique et poésie au-dessus de tout, le Lied au sommet de la pyramide, à l’opposé de ceux qui le considèrent comme un art d’agrément. Variant les couleurs avec spontanéité, une sincérité très communicative, parfois au détriment de la précision, il parcourt l’œuvre de Strauss en poète, avec un lyrisme discret, sans guimauve ni mauvais goût.</p>
<p>Un baryton est-il autorisé à chanter les <em>Wesendonck-Lieder</em> ? Il est certain que Wagner pensait à une voix de femme pour ces cinq mélodies dédiées à sa bien aimée, mais le texte peut bien s’entendre avec une voix d’homme, à l’heure où les frontières de genre sont sans cesse questionnées. Il existe d’ailleurs quelques exemples illustres de chanteurs qui s’y sont confrontés, plutôt avec succès, dont <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/matthias-goerne-et-lorchestre-national-de-france-paris-tce-les-tableaux-crepusculaires-dun-maitre/">Matthias Goerne en mars 2022 au Théâtre des Champs Elysées</a>,  ou au disque chez DGG, ainsi qu’une version ténor de Michael Spyres à Strasbourg en janvier 2024, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://archive.org/details/michael-spyres-wagner-wesendonck-lieder-strasbourg-26.01.2024">disponible sur le net</a> . Mais la plupart du temps, ce répertoire reste malgré tout l’apanage des voix féminines. Si Daniel Heide s’efforce de transformer son piano en orchestre symphonique, et réussit même à lui donner des couleurs…brahmsiennes (!), Schuen n’a pas tout à fait le legato qu’on attend ici, même si sur le plan poétique, le rendu des atmosphères et le sens du texte, il rend justice à ces mélodies. Le lyrisme, le souffle wagnérien fait un peu défaut au début, mais le climat dramatique de <em>Traüme</em>, préfiguration de Tristan et Isolde, lui convient assez bien.</p>
<p>En seconde partie de programme, ce sont quatre mélodies peu connues de Zemlinsky, son opus 8 sur des textes anti-militaristes composées vers 1900 et du plus grand intérêt. Les deux dernières en particulier, sur des textes de Detlev von Leliencron font songer au <em>Dormeur du val</em> d’Arthur Rimbaud. Dans une veine musicale ironiquement héroïque, qui convient magnifiquement à notre baryton, ces mélodies qui évoquent les misères du soldat sonnent encore aujourd’hui comme un salutaire appel à la paix, bien loin donc de la musique de salon ! Merci pour cette découverte.</p>
<p>Retour à Richard Strauss pour la dernière partie du récital qui s’achève par les quatre magnifiques mélodies de l’opus 27, dont <em>Ruhe, meine Seele</em> et <em>Morgen !, </em>des chefs-d’œuvre absolus interprétés ici avec tout le soin nécessaire, des aigus très brillants dans <em>Heimliche Aufforderung</em>, et une fragilité confondante dans <em>Morgen !</em>. Du grand art, incontestablement.</p>
<p>Deux bis viendront récompenser l’ardeur du public<em>, Zueignung</em> de Strauss sur un texte de Hermann von Gilm et <em>Tragödie</em> de Robert Schumann sur un texte de Heinrich Heine.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/recital-andre-schuen-et-daniel-heide-schwarzenberg/">Récital Andrè Schuen et Daniel Heide &#8211; Schwarzenberg</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Zemlinsky : Der König Kandaules (Capriccio)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/zemlinsky-der-konig-kandaules-capriccio-a-quoi-bon-reediter/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Jamar]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 09 Oct 2021 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Capriccio entame une réédition des opéras de Zemlinsky. L&#8217;initiative est louable, puisque la discographie actuelle consacrée au compositeur reste trop maigre. Ce manque est-il cependant suffisant pour nous faire avaler tout et n&#8217;importe quoi ? Der König Kandaules (d&#8217;après le Roi Candaule d&#8217;André Gide) est le dernier opéra de Zemlinsky, et le seul que le compositeur &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Capriccio entame une réédition des opéras de Zemlinsky. L&rsquo;initiative est louable, puisque la discographie actuelle consacrée au compositeur reste trop maigre. Ce manque est-il cependant suffisant pour nous faire avaler tout et n&rsquo;importe quoi ?</p>
<p><em>Der König Kandaules</em> (d&rsquo;après <em>le Roi Candaule</em> d&rsquo;André Gide) est le dernier opéra de Zemlinsky, et le seul que le compositeur nous ait laissé inachevé. Il a fallu le travail titanesque d&rsquo;Antony Beaumont pour reconstituer et compléter la partition d&rsquo;orchestre à partir des esquisses plus ou moins détaillées. L&rsquo;ouvrage n&rsquo;est donc créé qu&rsquo;en 1996 à l&rsquo;Opéra de Hambourg, sous la direction de Gerd Albrecht.</p>
<p>Difficile de juger la musique de <em>Kandaules</em> en regard du reste de la production du compositeur, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un travail à quatre mains. Malgré une sensibilité orchestrale manifeste, et un souffle lyrique qui emporte certaines scènes, on demeure un cran en dessous des chefs-d&rsquo;œuvre que sont la <em>Symphonie lyrique</em> ou les <em>Gesänge nach Maeterlinck</em>. Engoncé dans un livret un peu maladroit et pas très #metoo, Zemlinsky peine à donner du relief à certaines scènes (l&rsquo;acte I passe sans réel éclat). On savoure tout de même un duo Kandaules/Nyssia à l&rsquo;acte II, et les quelques emportements du III.</p>
<p>C&rsquo;est une captation publique de cette création hambourgeoise que Capriccio a choisi de rééditer. On y retrouve les avantages et les inconvénients des distributions « maison ». Le Philebos chantant de <strong>Simon Yang</strong> et la noblesse du Phedros de <strong>Klaus Hager</strong> sont des heureuses surprises, tout comme la présence amusante d&rsquo;un certain <strong>Mariusz Kwiecien</strong> en Nicomedes. A l&rsquo;inverse, on se demande si d&rsquo;autres rôles secondaires ont eu accès à la partition avant de monter sur scène.</p>
<p>En Gyges, <strong>Monte Pederson</strong> défend un personnage ambigu et torturé, certainement la prestation musicale la plus intéressante de cet enregistrement. La Nyssia de <strong>Nina Warren</strong> a de l&rsquo;aigu à revendre, mais souvent au détriment de la musique et du texte. <strong>James O&rsquo;Neal</strong> possède tous les moyens vocaux pour venir à bout des difficultés d&rsquo;endurance du rôle-titre. Quel dommage que sa prestation se résume à un chant monolithique, entre le mezzo-forte et le forte, et sans aucune intention musicale.</p>
<p>Il est difficile de se prononcer sur la prestation de <strong>Gerd Albrecht</strong>. Certaines pages sonnent bien compte tenu des conditions (enregistrement live), mais il serait hasardeux d&rsquo;affirmer quoi que ce soit sur base d&rsquo;un travail d&rsquo;édition qui frise la malhonnêteté intellectuelle. Points de mixage anarchiques, (dés)équilibres utopiques, distorsion épouvantable quand il faut corriger une nuance : faire payer de naïfs mélomanes pour un tel travail est une véritable arnaque.</p>
<p>Face à une telle débâcle, à quoi bon rééditer ? Certes, l&rsquo;opéra est peu connu, mais on se consolera facilement avec la version de Nagano, qui, outre un cast de première catégorie, a le mérite de ne pas être mixée avec les pieds.</p>
<p> </p>
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		<title>VON ZEMLINSKY, Der Zwerg — Bucarest</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/der-zwerg-bucarest-le-nain-cest-geant/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Andre Peyregne]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Sep 2021 21:59:01 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En composant le Nain, le compositeur Zemlinsky avait vu grand : il souhaitait disposer d’un orchestre symphonique et d&#8217;un chœur à la Mahler. Il faut venir au Festival Enesco à Bucarest pour l’entendre avec cet effectif. Car généralement, lorsqu’on donne cette œuvre – ce qui est rare – c’est dans une version orchestrale réduite. Ce fut &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En composant <em>le Nain</em>, le compositeur Zemlinsky avait vu grand : il souhaitait disposer d’un orchestre symphonique et d&rsquo;un chœur à la Mahler. Il faut venir au Festival Enesco à Bucarest pour l’entendre avec cet effectif. Car généralement, lorsqu’on donne cette œuvre – ce qui est rare – c’est dans une version orchestrale réduite. Ce fut le cas il y a quelques années, lors des représentations scéniques à Lille et à Rennes.</p>
<p>Ici, l’œuvre a été donnée en version de concert, avec projections vidéo.</p>
<p>Inspirée d’une nouvelle d’Oscar Wilde, l’histoire est celle, cruelle, d’un nain qui a été offert comme… cadeau d’anniversaire à une infante d’Espagne. Traité par elle comme un jouet, il n’en tombe pas moins amoureux. Elle finit par le délaisser en lui faisant découvrir son visage dans un miroir. Prenant conscience de sa laideur, il meurt de désespoir.</p>
<p>Il y a une part d’autodérision dans cette œuvre car, selon les témoignages, Zemlinsky était petit et laid. Il n’avait pas su retenir son élève Alma Schindler dont il était amoureux, qui alla épouser Gustav Mahler.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/thumbnail_1.jpg?itok=uKdg7nQR" title="L'orchestre et le choeur de la Radio roumaine dans un environnement d'images vidéo. (Photo A.P.)" width="468" /><br />
	L&rsquo;orchestre et le choeur de la Radio roumaine dans un environnement d&rsquo;images vidéo. (Photo A.P.)</p>
<p>Cette œuvre recèle une double force musicale et dramatique. Schönberg disait : « Je ne connais aucun compositeur postwagnérien qui a su satisfaire avec autant de noblesse que Zemlinsky aux exigences du théâtre ».</p>
<p>A Bucarest pas de mise en scène, donc, mais un tournoiement d’images vidéo qui balayaient la scène sur le fond et les côtés. Elles nous faisaient voir ici des caricatures de personnages, là des fleurs en train d’éclore, ailleurs des nageuses plongeant dans une piscine. Parfois, on se demandait ce que ces images avaient à voir avec l’histoire, mais elles donnaient du panache au spectacle. De temps à autres apparaissait un fragment de texte en lettres géantes – comme un « Ich liebe dich » qu’on n’aurait pas renié dans Tristan et Isolde. Visiblement, l’artiste vidéaste débordait d’imagination !</p>
<p>Du côté vocal c’est, si l&rsquo;on peut dire, le nain qui domina la distribution – en l’occurrence le ténor américain <strong>Rodrick Dixon</strong> : voix corsée, chaleureuses inflexions sur toute la longueur de la tessiture, belle conduite du chant. Pour ce qui est des autres solistes, impossible de les juger car le festival avait eu en effet la mauvaise idée de sonoriser les voix. Celles-ci apparurent distordues – à part, précisément, celle du ténor qui bénéficia de la clémence des micros. L’interprète du principal rôle féminin,<strong> Lucia Cesaroni</strong>, a été, elle, pénalisée.</p>
<p>La baguette était tenue avec autorité par le remarquable <strong>Oleg Caetani</strong>, fils du légendaire chef d’orchestre Igor Markévitch – qui fut lui-même un contemporain de Zemlinsky. Oleg Caetani donna tout le poids qui convenait à cette musique post romantique. C&rsquo;est le mérite du Festival Enesco de nous l’avoir fait découvrir ainsi. Car lorsqu’on voit la grande scène de l’Auditorium de Bucarest couverte par quelque deux cents musiciens et choristes, on ne peut que constater : <em>le Nain</em> c’est géant !</p>
<p> </p>
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		<title>VON ZEMLINSKY, Der Traumgörge — Dijon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/der-traumgorge-dijon-les-contes-de-fees-doivent-prendre-vie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 19 Oct 2020 04:20:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Yannick Boussaert assistait récemment pour Forumopera à la création nancéienne du Traumgörge [Görge le rêveur] de Zemlinsky. L’ouvrage est maintenant donné à l’Opéra de Dijon, coproducteur. La distribution est inchangée, avec les mêmes musiciens et, évidemment, la même direction pour une mise en scène identique, mais élargie au vaste plateau de l’auditorium. Au sortir de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Yannick Boussaert assistait récemment pour <em>Forumopera</em> à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/der-traumgorge-nancy-le-bel-endormi">la création nancéienne du <em>Traumgörge</em> [Görge le rêveur] </a>de Zemlinsky. L’ouvrage est maintenant donné à l’Opéra de Dijon, coproducteur. La distribution est inchangée, avec les mêmes musiciens et, évidemment, la même direction pour une mise en scène identique, mais élargie au vaste plateau de l’auditorium. Au sortir de la première, encore fasciné par cette fin proprement cosmique, suspendue, on s’interroge : comment un tel chef-d’œuvre a-t-il pu rester si longtemps caché, malgré sa création avortée, que devait diriger Mahler en 1907 ? Quarante ans après la première (Nürnberg, 1980) la découverte n’est pas anecdotique, mais majeure. Plus encore que les autres ouvrages de Zemlinsky, il faut voir et écouter <em>Der Traumgörge</em> pour trouver une émotion, une force et un raffinement exceptionnels, liés à une écriture magistrale, qui synthétise tout ce que la Vienne du début du siècle dernier était capable d’offrir.</p>
<p>« Opéra d’adultes que l’on peut voir avec des yeux d’enfant » nous dit <strong>Laurent Delvert</strong>, qui signe la mise en scène. Personnage central, rôle écrasant, Görge, fils de pasteur, a gardé justement une âme d’enfant, se réfugiant dans la lecture de récits merveilleux, qui lui permettent d’échapper à son environnement, mais soulignent sa singularité. Il décide ainsi de renoncer à ses fiançailles arrangées avec Grete, et quitte son village. Livré à l’errance et à la déchéance, dans son nouveau cadre, il est choisi pour conduire une révolte paysanne. Il y renonce pour prendre la défense de Gertraud, marginale comme lui, méprisée, accusée de sorcellerie. Son courage face à la foule, lui vaudra de reconnaître en la jeune femme la princesse de ses rêves. De retour à son village, ils trouveront la paix, le bonheur en apportant la prospérité et l’instruction à une population qui leur en saura gré. L’amour aura triomphé. Roman d’apprentissage, conte initiatique, la présence permanente de la nature, du rêve attestent des racines germaniques du premier romantisme. La fin heureuse, la moralité feraient sourire en d’autres contextes. Ici, elles prennent toute leur valeur et participent à cette sérénité apaisée et rayonnante qui aura succédé à la souffrance et à l’injustice.</p>
<p>La traduction dramatique et musicale que donne Zemlinsky de ce riche livret s’accorde idéalement à l’histoire. L’orchestre, acteur essentiel, traduit avec fidélité tous les ressorts de l’action, soulignant les personnalités, les états d’âme. Bien que différente, originale, magistrale et raffinée, l’écriture est aussi aboutie que chez Strauss, Mahler, ou Debussy, pour n’évoquer que les grands contemporains. La pandémie a conduit à la réduction des effectifs orchestraux, pléthoriques, liés au post-romantisme. Faut-il s’en plaindre ? Seule une page pourrait en souffrir, au second acte, qui appelle une puissance paroxystique. Par contre, les textures diaphanes, chambristes, associées à la douceur des figures féminines comme aux passages oniriques, sont magnifiées par un orchestre coloré, ductile, sous la direction inspirée de <strong>Marta Gardolinska</strong>, familière du langage du compositeur. Le lyrisme raffiné comme puissant est au rendez-vous.</p>
<p>Pour être réduits à un cadre unique, dont quelques éléments mobiles et des éclairages judicieux permettront les changements ou les transitions, les décors de <strong>Philippine Ordinaire</strong>, simples, permettent de focaliser l’attention sur les solistes ou les groupes. La mise en scène et la direction d’acteurs de Laurent Delvert s’avèrent efficaces. A signaler que le refus des effusions et des contacts, certainement lié aux mesures de distanciation, n’ôte rien à la force expressive des acteurs pour ce récit où le rêve éveillé se mêle au réalisme. Les costumes traditionnels autrichiens, sans ostentation, se marient bien à la palette colorée des éclairages. Les silhouettes se découpant sur le fond clair renvoient, elles aussi, à cet univers suranné.</p>
<p>Même s’il est le plus affecté par des coupures, le premier acte séduit d’emblée par la justesse de ton, la vérité de ses personnages. Le second tourne vite au cauchemar, de la scène de l’auberge à la révolte conduite par Kaspar, la dénonciation de Gertraud « la sorcière » à la vindicte de la foule, son appel au lynchage par Marei, jalouse, et l’incendie allumé par les porteurs de torches. L’épilogue, heureux, marque l’aboutissement de cette quête d’amour, où rêve et réalité se rejoignent pour se confondre dans une rayonnante fin, nocturne, sous la voûte étoilée.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/gorge_1.jpg?itok=1kkHaLmN" title="Görge (Daniel Brenna) et Grete (Susanna Hurrell) © Gilles Abegg - Opéra de Dijon" width="468" /><br />
	Görge (Daniel Brenna) et Grete (Susanna Hurrell) © Gilles Abegg &#8211; Opéra de Dijon</p>
<p>Le rôle de Görge est d’une rare exigence. Pouvait-on trouver meilleur chanteur pour l’ incarner ? <strong>Daniel Brenna</strong>, <em>heldentenor</em>, que Dijon a apprécié à plusieurs reprises, est Görge. L’émission est puissante, aux aigus clairs, parfaitement articulée, le chanteur sait user de tous les registres, de toutes les colorations, du mezza voce, pour traduire l’humanité et la complexité du personnage. Son jeu, toujours juste, participe à cette vérité dramatique et musicale qui nous émeut. <strong>Helena Juntunen</strong>, tour-à-tour Gertraud et la Princesse, est familière des rôles dramatiques du postromantisme et de l’expressionisme germanique. La voix est sonore, égale dans tout son large ambitus, et elle en use de façon éblouissante. La plénitude de son chant est extraordinaire, qu’il s’agisse d’exprimer sa révolte contre l’oppression sociale qu’elle subit ou la chatoyante magie de la nature. Son long monologue (scène 5 du second acte) est une pièce qui se hisse au niveau des plus belles pages vocales de cette période. Là encore, l’humanité lumineuse de cette proscrite nous interpelle. Grete, jeune et superficielle, est fort bien servie par <strong>Susanna Harrell</strong>. <strong>Wieland Satter</strong> donne au meneur toute l’énergie impressionnante, farouche qu’il déploie pour entraîner ses troupes. On retrouve en Hans <strong>Allen Boxer</strong>, dont on se souvient de l’extraordinaire Georg (des <em>Châtiments</em>, de Brice Pauset) qu’il créa ici même. Ses qualités sont intactes et il traduit bien l’assurance frivole du personnage. Aucun second rôle ne dépare cette distribution particulièrement harmonieuse. Quant aux interventions des chœurs, complexes, dans des registres très différenciés, elles s’avèrent exemplaires d’engagement et de précision.</p>
<p>Une réalisation d’une qualité rare pour une œuvre majeure, dont il faut souhaiter qu’elle intègre prochainement les productions de nos scènes. <em>France Musique</em>, présent à Dijon, retransmettra sa captation le 7 novembre, dans le cadre de « Samedi à l’Opéra » qu’anime Judith Chaine.</p>
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		<title>VON ZEMLINSKY, Der Traumgörge — Nancy</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/der-traumgorge-nancy-le-bel-endormi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 02 Oct 2020 03:56:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Mener à terme une nouvelle production lyrique relève déjà de l’exploit dans les temps présents – l’annulation à Reims nous l’a cruellement rappelé – et c’est peut-être encore plus vrai quand on se donne pour projet de monter la première française d’un opéra longtemps oublié dans un carton des archives viennoises. Der Traumgörge  d’Alexander von Zemlinsky, commandé &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Mener à terme une nouvelle production lyrique relève déjà de l’exploit dans les temps présents – l’annulation à Reims nous l’a cruellement rappelé – et c’est peut-être encore plus vrai quand on se donne pour projet de monter la première française d’un opéra longtemps oublié dans un carton des archives viennoises. <em>Der Traumgörge </em> d’Alexander von Zemlinsky, commandé par Mahler alors directeur de l’Opéra de Vienne, livré en 1905 et rangé soigneusement avec le départ de ce dernier de l’Opéra, ne sera redécouvert que soixante-quinze ans plus tard, pour connaître une création posthume à Nuremberg en 1980. Depuis, l’œuvre n’a retrouvé la scène qu’à quelques reprises en Allemagne. C’était donc la première française de cet opus d’un compositeur charnière que le nouveau directeur de l’Opéra de Nancy Matthieu Dussouillez se proposait de mettre à la scène quand fut annoncée la saison. Un certain virus passé par là, il aura fallu adapter les ambitions. Belle anticipation que de commander à <strong>Jan-Benjamin Homolka</strong> une adaptation pour orchestre de chambre et satisfaire ainsi aux règles de distance physique qui régissent jusqu’à nouvel ordre nos vies sociales.</p>
<p>	Voici donc l’orchestre de l’Opéra national de Lorraine réduit peu ou prou au tiers de ses effectifs et surtout de ceux exigés par le compositeur. La jeune <strong>Marta Gardolinska</strong>, élève de Gustavo Dudamel à Los Angeles, se sort avec brio de cette situation étrange. L’œuvre, un roman picaresque (<em>Bildungsroman</em>) évoque aussi bien Siegfried et les murmures de la forêt – le côté antipathique du héros en moins – que les affres d’Alvaro dans <em>Die Gezeichneten</em> de Schreker. En temps normal, le défi pour le chef est d’organiser des masses orchestrales pléthoriques, de travailler sans relâche couleurs, ambiances et contrastes pour assaisonner au plus juste la trame dramatique d&rsquo;un récit qui se ménage des transitions et des climax gargantuesques. Bien évidemment, avec des vents cantonnés à un instrument par pupitre, des cordes réduites de deux tiers etc., les codas et interludes tombent à plat malgré une sonorisation discrète. Pourtant la cheffe polonaise scande d’une battue précise le récit tout en mettant en musique, tel un DJ devant plusieurs platines, un ensemble de sonates pour instruments solistes afin de rendre justice à la suavité vénéneuse de cette partition. Le succès de la soirée lui revient en très large partie.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/gorge-le-reveurcjean-louis-fernandez-3.jpg?itok=-XunPEES" title="© Louis Fernandez" width="468" /><br />
	© Louis Fernandez<br />
	 </p>
<p>Le plateau vocal défend l’œuvre et ses nombreuses chausse-trappes. Musique post-wagnérienne, expressionniste si l’on veut forcer le trait, elle exige tout comme chez Strauss, de survoler des écarts redoutables et d’assoir sa ligne vocale sur un souffle robuste. La taille de l’orchestre exige enfin des formats vocaux conséquents. Les<strong> Chœurs de l’Opéra national de Lorraine</strong> et de celui de Dijon délivrent une prestation millimétrée qui épouse la versatilité dévolue aux foules par le livret : tantôt hargneuses tantôt dans la douceur et l’empathie. Les seconds rôles s’insèrent dans ce dispositif avec la même réussite. On notera tout particulièrement <strong>Wieland Satter</strong> qui fait de Kaspar une sorte de Hagen révolutionnaire, la puissance du stentor avec ; <strong>Aurélie Jarjaye </strong>qui croque Marei en véritable harpie ; ou encore <strong>Andrew Greenan</strong> dont le Meunier irascible rend parfaitement lisible tout le conflit familial larvé qui se joue au premier acte. Seul <strong>Allen Boxer</strong> manque de puissance vocale pour affirmer Hans, fat personnage évoquant Belcore dans les chausses vocales d&rsquo;un Tambour Major version baryton. La partition réserve surtout trois rôles principaux ardus. Grete, la fiancée que Görge abandonnera à Hans, dont le soprano plus léger épouse les facilités et la douceur de timbre de <strong>Susanna Hurrel</strong>. Piani et demi-teintes accompagnent la verve comique de la chanteuse dans un portrait attendrissant de jeune-fille à fort caractère. <strong>Helena Juntunen</strong> incarne avec métier Gertraud, « la sorcière » qui deviendra princesse : longueur du souffle et aigu cristallin pour le personnage de lumière s’opposent aux couleurs fauves et la diction acérée qu’elle réserve à la prétendue sorcière ostracisée. <strong>Daniel Brenna</strong> enfin joue à se faire peur pendant le premier acte, celui qui rapproche le plus son personnage de Siegfried, rôle autrement plus lourd et long que le ténor américain défend souvent. Aucune difficulté dans les passages élégiaques où son timbre clair assis sur une projection remarquable lui permettent de très belles nuances et couleurs qui viennent enluminer les récits de Görge le rêveur conteur : le chat Murr, les murmures de la rivière. Pourtant deux envolées le conduisent à l’accident où l’aigu se charge de graillon. La deuxième partie le trouve plus à son aise tant dans les scènes solitaires que dans les longs duos avec Gertraud.</p>
<p>	A la mise en scène, <strong>Laurent Delvert</strong> fait le choix d’un dispositif unique : un plan incliné sur lequel s’écoule assez bruyamment une petite rivière et des praticables amovibles qui vont délimiter les espaces intimes : la maison du meunier, l’auberge etc. Le tout est élégamment surpiqué par des éclairages (<strong>Nathalie Perrier</strong>) et quelques pyrotechnies au deuxième acte. Malgré les références à Napoléon, c’est plutôt un conte intemporel qui nous est présenté. Las, le livret pas toujours très bien ficelé (Görge passe d’idéaliste à ivrogne désabusé d’un acte à un autre, refuse de s’engager avec la jacquerie pour une raison obscure etc.) ne trouve guère plus de réponse dans l’illustration proposée. A tout le moins celle-ci réussit à construire le merveilleux, ressort principal du livret et support de Zemlinsky pour déployer des trésors de composition.</p>
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		<title>Der Traumgörge</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/der-traumgorge-reveil-emerveille-du-reveur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2020 15:17:50 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Si incroyable que cela puisse paraître, il existe deux intégrales de Der Traumgörge de Zemlinsky. Pour un opéra qui ne fut jamais créé du vivant de son compositeur, et qui n’a pu être entendu qu’en 1980, ce n’est pas mal, vraiment ! Le troisième opus scénique de l’amoureux transi d’Alma Mahler aurait dû voir la scène &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Si incroyable que cela puisse paraître, il existe deux intégrales de <em>Der Traumgörge</em> de Zemlinsky. Pour un opéra qui ne fut jamais créé du vivant de son compositeur, et qui n’a pu être entendu qu’en 1980, ce n’est pas mal, vraiment ! Le troisième opus scénique de l’amoureux transi d’Alma Mahler aurait dû voir la scène en 1907 grâce à la protection du mari de celle-ci, mais Gustav Mahler ayant démissionné, <em>Georges le rêveur</em> fut abandonné alors qu’il était en répétition, et c’est seulement dans les années 1970 que le matériel en fut retrouvé dans les archives de l’Opéra de Vienne. Près de quarante ans après la mort du compositeur, l’œuvre a enfin connu sa première scénique à Nuremberg en 1980. Seule la frilosité du public et des programmateurs explique qu’on ne voie pas plus souvent cet opéra… écrivions-nous il y a quelques jours, quand est tombée l’excellente nouvelle : une <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/en-2020-21-dijon-boucle-lere-joyeux-avec-panache">coproduction entre Nancy et Dijon</a> sera présentée la saison prochaine !</p>
<p>… qu’on ne voie pas plus souvent cet opéra dont le livret très solidement bâti repose sur deux personnages centraux. Le fameux rêveur du titre, qui se révèle en fait un meneur d’hommes, un leader révolutionnaire, est vite déçu par la cupidité égoïste de ses frères humains mais trouve un équilibre dans une vie de famille heureuse et bienfaisante, avec une femme qu’il a toujours défendue contre ceux qui la traitaient comme une sorcière et en qui il reconnaît la princesse de ses rêves. Musicalement, on se situe dans une mouvance post-wagnérienne, entre Mahler et un Richard Strauss « apaisé » qui ne s’était pas encore vraiment manifesté à l’opéra, le grand duo final de Görge et de Gertraud semblant presque préfigurer celui d’<em>Ariane à Naxos</em>.</p>
<p>Donc, déjà deux intégrales : l’une, parue chez Capriccio en 1988, écho d’un concert donné à Francfort l’année précédente ; l’autre, chez EMI, enregistrée en studio et sortie en 2003, à l’époque – bénie ? – où James Conlon avait persuadé le label de publier toute une série d’œuvres de Zemlinsky. Sans parler de l’opposition entre <em>live</em> et studio, on remarque une différence de taille entre ces deux versions : leur durée. 1h50 pour Capriccio contre 2h30 pour EMI ! Certes, Conlon affirme donner la partition sans aucune coupure, mais il semble que ce soit surtout la lenteur de ses tempos qui explique ce différentiel de temps. On avouera une préférence pour la version dirigée par l’excellent <strong>Gerd Albrecht</strong>, qui instaure d’emblée un climat plus poétique, grâce à la transparence des textures orchestrales, avec des tempos pourtant plus rapides.</p>
<p>La version de concert a aussi l’avantage d’insuffler aux chanteurs une vie qu’il est toujours malaisé de recréer en studio, et l’on sent une complicité entre les différents membres de la distribution. <strong>Josef Protschka</strong>, que Capriccio nous avait permis d’entendre dans <em>Turandot</em> de Busoni ou <em>Der Schatzgräber </em>de Schreker, trouve dans le rôle-titre un personnage à sa mesure, qui ne l’oblige pas à des excès de vaillance, mais s’accommode parfaitement de la demi-teinte, adéquate pour un rêveur. Décédée en 2014, <strong>Janis Martin</strong> chantait Wagner en haut lieu dans les années 1980 ; de fait, le rôle de Gertraud appelle une voix assez héroïque, et un timbre sulfureux pour caractériser cette femme rejetée par la société. <strong>Pamela Coburn </strong>est l’un des quatre noms retenus pour la couverture du disque : le rôle assez mineur de Grete, auquel elle prête une admirable fraîcheur, n’appelait peut-être tant d’honneur puisque la demoiselle disparaît après le premier acte, mais c’est qu’elle était, dans ces même années 1980, une mozartienne de référence en Autriche et en Allemagne. <strong>Gabriele Maria Ronge</strong> n’est pas loin d’avoir autant à chanter et le fait fort bien. Du côté des messieurs, le monde germanique avait apporté ce qu’il avait de mieux à offrir : un ténor qui fut Siegfried à Paris au début des années 1990, <strong>Heinz Kruse</strong>, un baryton très wagnéro-straussien, <strong>Hartmut Welker, </strong>et deux superbes basses, <strong>Victor von Halem</strong> et <strong>Martin Blasius</strong>.</p>
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		<title>Der Einsiedler</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/der-einsiedler-en-profiter-un-max/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 27 Dec 2019 21:10:02 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Max Reger (1873-1916) n’est pas le plus attractif des compositeurs : son nom est inconnu du grand public, son physique n’a rien qui puisse faire rêver (mieux vaut éviter de reproduire son portrait sur la pochette du disque), et sa mort prématurée, d’une crise cardiaque, ne lui a pas permis de s’imposer au sein de sa &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Max Reger (1873-1916) n’est pas le plus attractif des compositeurs : son nom est inconnu du grand public, son physique n’a rien qui puisse faire rêver (mieux vaut éviter de reproduire son portrait sur la pochette du disque), et sa mort prématurée, d’une crise cardiaque, ne lui a pas permis de s’imposer au sein de sa génération. Aucune de ses œuvres symphoniques ne s’est durablement inscrite au répertoire des orchestres, et sa musique peut sembler d’une modernité moins flagrante que celle de ses contemporains. Ce n’est pas non plus l’admiration qu’il inspira à Hindemith et Honegger qui contribuera à le rapprocher de nous. Pas d’opéra pour Reger, mais de la musique vocale tout de même, notamment une quantité très respectable de lieder. Le centenaire de sa mort en 2016 n’a pas vraiment permis une réhabilitation, et <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd/songs-by-max-reger-inchantables-et-invendables">certains disques</a> faisaient même douter qu’elle soit possible.</p>
<p>Mais voici que le label Solo Musica fait paraître un CD (enregistré en public en 2016, mais dont la publication s’est fait attendre) où la musique de Reger est présente aux deux extrémités du programme, défendue avec tant d’art que l’on se prend d’admiration pour le compositeur et que l’on a soudain envie d’en entendre davantage. Par une petite bizarrerie qui a sûrement une explication, les textes chantés sont présentés dans le désordre dans le livret d’accompagnement, mais peu importe. Le disque s’ouvre sur un <em>Requiem</em> d’un gros quart d’heure, qui ne doit à peu près rien à la liturgie chrétienne. Le texte est l’œuvre du poète et dramaturge Friedrich Hebbel, et il invite l’âme à ne pas oublier les morts qui flottent autour de nous. A l’autre extrémité du parcours, <em>Der Einsiedler</em>, « L’Ermite », d’une durée sensiblement identique, sur un poème d’Eichendorff déjà mis en musique par Schumann, Max Bruch et Hugo Wolf, entre autres. Ces deux œuvres forment pendants, ayant été publiées ensemble, à titre posthume en 1916, et Reger les considérait, avec raison peut-être, comme ce qu’il avait écrit de plus beau.</p>
<p>La version commercialisée par Solo Musica est un arrangement pour ensemble de chambre, ce qui évite aux voix de devoir lutter contre la masse sonore d’un grand orchestre. La <strong>Camerata Vocale Freiburg</strong> y allie transparence et ferveur, avec une articulation nette du texte, et traduit admirablement toute la force de cette partition pour baryton solo et chœur à cinq voix. La surprise vient du soliste, qui n’est autre que <strong>Christoph Prégardien</strong>. Après avoir été un ténor fort apprécié dans le répertoire baroque et dans le lied, cet artiste a pris, l’âge venant, un tournant dont on connaît d’autres exemples très en vue : la chose semble s’être faite assez récemment, entre la fin de l’année 2017 et le début de l’année 2018, à en croire l’intitulé de certains disques. Evidemment, Christoph Prégardien ne s’est pas métamorphosé en baryton verdien, et son timbre est d’une couleur agréablement claire, et la voix a conservé une belle souplesse.</p>
<p>Le disque propose comme unique œuvre familière des mélomanes une version des <em>Rücker Lieder</em> de Mahler, également transcrits pour formation de chambre par le compositeur, chef et enseignant Gerd Müller-Hornbach. Soutenu par une trame instrumentale allégée, le ténor peut s’autoriser des phrasés sans effort, et l’on croirait qu’il chante Mahler comme il respire.</p>
<p>Revenant à la religiosité du <em>Requiem</em> initial, le <em>Psaume 23</em> composé en 1910 par Zemlinsky, pour chœur et orchestre de chambre, sera sans doute également une belle découverte, par sa hauteur d&rsquo;inspiration et par la sérénité qu&rsquo;elle traduit. Mais c&rsquo;est la totalité de ce disque qui semble envelopper l&rsquo;auditeur dans sa chaleur apaisante et bienfaisante.</p>
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		<title>Rennes aime Zemlinsky</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/rennes-aime-zemlinsky/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 30 Mar 2018 07:36:45 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Alors que s&#8217;achèvent les magnifiques représentations du Nain de Zemlinsky à l&#8217;Opéra de Rennes, explorant avec brio le stade du miroir, le Théâtre National de Bretagne (TNB) s&#8217;est associé à l&#8217;hommage au grand compositeur allemand. Arthur Nauzyciel, son directeur, a travaillé avec les artistes en résidence à Royaumont autour d&#8217;une tragédie florentine. La restitution de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Alors que s&rsquo;achèvent les magnifiques représentations du <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/le-nain-rennes-poetique-de-letrangete"><em>Nain</em> de Zemlinsky à l&rsquo;Opéra</a> de Rennes, explorant avec brio le stade du miroir, le Théâtre National de Bretagne (TNB) s&rsquo;est associé à l&rsquo;hommage au grand compositeur allemand. Arthur Nauzyciel, son directeur, a travaillé avec les artistes en <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://youtu.be/vNi5gPNXAU8">résidence à Royaumont</a> autour d&rsquo;<em>une tragédie florentine</em>. La restitution de cet atelier, sans décor ni costumes, s&rsquo;est enrichi d&rsquo;une lecture fine du livret et de la partition avec des coupes pertinentes pour aboutir à une représentation d&rsquo;une heure habitée par le talent de jeunes interprètes à l&rsquo;allemand limpide : <strong>Analia Téléga</strong>, <strong>Soumaya Hallak</strong>, <strong>Daniel Witte </strong>et <strong>Tim Solte</strong>, tous quatre dirigés par <strong>Jean-Paul Pruna</strong> et accompagnés au piano par <strong>Florent Mourier</strong>. Le partenariat entre deux structures culturelles majeures comme une maison d&rsquo;opéra et une scène nationale est assez rare pour être souligné. Il est représentatif de la volonté de mutualisation, de travail en réseau cher au maillage culturel breton. Un exemple que d&rsquo;autres régions auraient raison de suivre.</p>
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		<title>VON ZEMLINSKY, Der Zwerg — Rennes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/le-nain-rennes-poetique-de-letrangete/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 25 Mar 2018 08:03:43 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’an passé, les spectateurs du Théâtre National de Bretagne avaient eu le bonheur d’applaudir une très belle version de la Ménagerie de Verre, mise en scène par Daniel Jeanneteau, directeur du T2G, le théâtre de Gennevilliers. Ce dernier fait à nouveau mouche avec Le Nain, spectacle créé à Lille en novembre dernier, conte lyrique âpre &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’an passé, les spectateurs du Théâtre National de Bretagne avaient eu le bonheur d’applaudir une très belle version de la <em>Ménagerie de Verre</em>, mise en scène par <strong>Daniel Jeanneteau</strong>, directeur du T2G, le théâtre de Gennevilliers. Ce dernier fait à nouveau mouche avec <em>Le Nain</em>, spectacle <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/le-nain-lille-handicap-vertical-mais-pas-musical">créé à Lille en novembre dernier</a>, conte lyrique âpre et cruel, résonnant de l’imaginaire percutant d’Oscar Wilde ainsi que de la biographie de son compositeur, amoureux éconduit d’Alma (avant son mariage avec Gustav Mahler) et douloureusement conscient de son manque de séduction.</p>
<p>Offert en cadeau à l’Infante pour son anniversaire, le Nain – qui n’a aucune idée de son apparence – tombe amoureux d’elle. Elle se joue de lui avant de tendre un miroir à cet être pur qui n’a jamais vu son reflet. Confronté pour la première fois à son apparence, il meurt de la violente prise de conscience de sa laideur et de la cruauté du monde.</p>
<p>Le metteur en scène est également scénographe de formation et sa proposition est une réussite totale. Très graphique, elle joue du manichéisme d’un décor en noir et blanc. Une arche lumineuse occupe le centre du plateau. A l’arrière, un jardin de copeaux noircis interdit toute tentative d’évocation pastorale. Le château n’est suggéré que par le début d’un couloir recouvert de feuilles d’or. Ainsi, l’action est placée dans un entre-deux, un lieu de passage, un temps suspendu qui voit un destin se nouer.</p>
<p>L’onirisme étrange qui se dégage de cette scénographie est renforcée par de magnifiques idées de mises en scène comme la sensualité brutaliste des cadeaux de la princesse (peaux de bêtes, ramures de cerfs, poupée de chiffon) ou encore cet immense ballon blanc, écho dénaturé du soleil que cite le texte, que les courtisanes se renvoient au bout d’immenses bâtons. Tout cela nous transporte dans un univers assez wagnérien, médiéval et fantastique à la fois, enrichissant puissamment la représentation.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="301" src="/sites/default/files/styles/large/public/01_1.jpg?itok=Cf2kuLnw" title="© Frederic Iovino" width="468" /><br />
	© Frederic Iovino</p>
<p>Daniel Jeanneteau est également un directeur d’acteur précis qui offre à chacun, y compris aux huit choristes, une partition rigoureuse de regards et d’émotions qui les individualisent. Il utilise toutes les ressources à sa disposition pour enrichir sa lecture du livret. Le jeu sur les tailles des protagonistes, par exemple, est un impératif de crédibilité scénique qu’il emploie comme matériau pour suggérer visuellement leurs relations, leurs émotions  : les chaussures à plate-formes portées par l’ensemble des protagonistes, font paraître le nain plus petit, par contraste. La jeune femme les enlève symboliquement lorsqu’elle entre en empathie avec lui, mais les chausse à nouveau, intraitable lorsqu’elle oublie son humanité pour ne plus le considérer que comme un jouet. De même Ghita, le personnage le plus humain de cette Cour malsaine, chante courbée lorsqu’elle est touchée par le destin tragique du Nain. Elle voit le monde à sa hauteur, s’identifie à lui par un effet de miroir qui est celui de la compassion et s’oppose à la psyché destructrice à laquelle il sera confronté à la fin de l’opéra.</p>
<p>Les costumes sont également signifiants : les serviteurs, corsetés par l’étiquette de Cour, arborent des tailleurs noirs à tabliers de cuirs. Rigidité des matières, dureté des couleurs à l’opposé de la robe vaporeuse de Donna Clara qui revêt les oripeaux d’une Daenerys Targaryen dotée de la même grâce glacée. Par contraste, la tenue banalement banlieusarde du Nain, en sweat-jean-basket, dit son décalage avec les codes d’un monde qui le rejette et le moque et sa proximité avec nous, spectateurs.</p>
<p><strong>Mathias Vidal</strong> incarne magnifiquement le drame intime de cet homme se découvrant repoussant. Il allie à des talents de comédien qui ne sont plus à démontre une, projection percutante et l’allemand le plus compréhensible du cast. La ligne vocale est remarquable d’élégance, de nuances, même si les aigus dont parfois éteints dans les pianissimi. Jouet « tout juste offert et déjà cassé », il ne peut résister au charme de fée de<strong> Jennifer Courcier</strong>, gracieuse et légère, dont le timbre fruité appelle Richard Strauss. A l’égocentrisme de l’Infante répond l’empathie de sa suivante, Ghita, que <strong>Julie Robard-Gendre</strong> colore de toute la palette de son art. Velouté, sensualité d’une voix d’or sombre, franchise de l’émission, justesse de l’incarnation, elle complète magnifiquement le trio des protagonistes du drame. <strong>Christian Helmer, Laura Holm, Marielou Jacquard, Fiona McGown</strong> parachèvent avantageusement le plateau vocal.</p>
<p>Dans la fosse, la phalange pléthorique de 90 musiciens prévue par la partition est réduite à 18 avec beaucoup d’intelligence par <strong>Jan-Benjamin Homolka</strong>. Sensuelle, expressionniste, elle impose aux membres de l’<strong>Orchestre Symphonique de Bretagne</strong> un travail de chambristes qui les fait se dépasser sous la direction limpide et puissamment émotionnelle de <strong>Franck Ollu</strong>.</p>
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