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	<title>Myeczysław WEINBERG - Compositeur - Forum Opéra</title>
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	<title>Myeczysław WEINBERG - Compositeur - Forum Opéra</title>
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		<title>WEINBERG, Die Passagierin (La Passagère) &#8211; Toulouse</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 Jan 2026 09:47:21 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Première française attendue à Toulouse pour Die Passagierin (La Passagère), opéra en deux actes achevé en 1968 par Mieczysław Weinberg (mais qu’il n’a jamais pu entendre), livret d’Alexandre Medvedev d’après le roman Pasażerka, datant de 1962, écrit par la Polonaise Zofia Posmys (1923-2022) et dont, à notre connaissance, il n’existe pas de traduction française (les &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Première française attendue à Toulouse pour <em>Die Passagierin</em> (<em>La Passagère)</em>, opéra en deux actes achevé en 1968 par Mieczysław Weinberg (mais qu’il n’a jamais pu entendre), livret d’Alexandre Medvedev d’après le roman <em>Pasażerka</em>, datant de 1962, écrit par la Polonaise Zofia Posmys (1923-2022) et dont, à notre connaissance, il n’existe pas de traduction française (les non-polonisants germanistes s’intéresseront à <em>Die Passagierin</em> dans la traduction de Peter Ball datant de 1969). L’œuvre fut créée en version de concert au Théâtre de musique de Moscou Stanislavski et Nemirovich-Danchenko le 25 décembre 2006 et connut sa première scénique au festival de Bregenz en 2010, dans la mise en scène de <strong>David Pountney</strong> et sous la direction de <strong>Teodor Currentzis</strong>.<br />
Weinberg (1919-1996) était un compositeur polonais ; on lui doit des musiques de film, de la musique de chambre, une vingtaine de symphonies, d’autres opéras dont <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lidiot-moscou-lidiot-en-cours/"><em>L’Idiot</em></a> avec toujours Medvedev comme librettiste. Réfugié en URSS pendant la Seconde guerre mondiale, il eut une amitié durable avec Dimitri Chostakovitch, qui lui fit du reste connaître Medvedev.<br />
L’œuvre présentée ce soir a déjà été reprise à Varsovie, Francfort, Chicago, Houston, Detroit, Graz, Innsbruck (qui coproduit le spectacle), Bregenz mais n’avait donc encore jamais été donnée dans l’hexagone. A noter qu’il existe de <em>La Passagère</em> une captation en <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/the-passenger-pouvoirs-de-labjection/">DVD enregistré en 2016</a> ainsi qu’un enregistrement audio datant de 2021, chez Capriccio, avec les Grazer Philharmoniker, sous la direction de <strong>Roland Kluttig</strong>.<br />
Un mot sur Zofia Posmysz, auteur du roman à l’origine du livret, et qui a son importance pour la genèse de l’opéra : elle fut elle-même prisonnière des camps d’Auschwitz et Ravensbrück, puis devint journaliste et écrivaine. En 1962, son récit <em>Pasażerka</em>, remarqué par Chostakovitch, fit l’objet d’adaptations radiophonique et cinématographique.<br />
<em>La Passagère</em> se déroule tantôt en 1960 sur un paquebot transatlantique, tantôt en 1943 dans le camp d’Auschwitz. Au premier acte, un couple d’Allemands, Lisa et son mari le diplomate Walter, traversent l’Atlantique pour gagner le Brésil. Le voyage prend cependant un tournant inattendu lorsque Lisa croit reconnaitre en une passagère une certaine Marta, femme polonaise qu’elle a jadis connue dans des circonstances particulièrement terribles : on apprend en effet que Lisa est une ancienne gardienne SS dans le camp de concentration d’Auschwitz. Marta serait, pense-t-elle, l’une des femmes qu’elle était alors chargée de surveiller… une prisonnière qui avait suscité son irritation en raison de l’extrême dignité dont elle ne se départait jamais. Lorsque Walter apprend le passé nazi de son épouse, une dispute éclate : la carrière du diplomate ne risque-t-elle pas d’être compromise ? Un membre du personnel, cependant, les rassure en leur apprenant que la passagère ne serait pas polonaise, mais britannique. Mais Lisa est peu à peu envahie par une vague de souvenirs liés à la guerre et au rôle qu’elle joua dans le camp d’Auschwitz.<br />
Au second acte,  un concert se prépare dans le camp, au cours duquel Tadeusz, un prisonnier, devra jouer au commandant sa valse préférée. Or il se trouve que Tadeusz est fiancé à Marta, qu’il retrouve dans le camp. Lisa propose au couple de se revoir régulièrement en secret, espérant ainsi s’assurer une domination psychologique sur les deux amoureux. Mais Tadeusz refuse, préférant renoncer à voir Marta plutôt que se soumettre. Dans le tableau suivant qui se déroule à nouveau sur le paquebot, le steward dit à Lisa et Walter s’être trompé: la mystérieuse passagère est en fait bien polonaise et non britannique. Au cours de la soirée dansante, cette mystérieuse passagère demande que soit jouée une valse, et ce sera précisément la valse préférée du commandant du camp d’Auschwitz. Mais à Auschwitz, Tadeusz avait refusé de jouer cette valse sur son violon, il lui avait préféré la fameuse chaconne de la partita BWV 1004 de Bach, ce qui lui a coûté la vie.  Les derniers mots reviennent à Marta, qui dans un poignant monologue évoque le devoir de mémoire :  « Si un jour vos voix se taisent, alors nous sombrerons tous ».<br />
A noter que dans le roman de Posmysz, l’épilogue est différent ; Lisa veut en finir avec ses doutes sur l’identité de la passagère et choisit, au grand dam de son mari, de s’expliquer avec elle au moment du débarquement au Brésil. Les deux femmes se fixent des yeux et se dirigent l’une vers l’autre, mais la mystérieuse passagère, à l’ultime moment, contourne Lisa et poursuit son chemin. L’hypothèque ne sera jamais levée.<br />
Chaque personnage, dans le livret, s’exprime dans sa propre langue, on entend ainsi aussi bien du yiddish que de l’allemand, de l’anglais, du français, du polonais, et du russe.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSC_0854-1-1294x600.jpg" />© Mirco Magliocca</pre>
<p>Salle comble pour la première, c’est dire que les attentes étaient fortes. La découverte de la musique de Weinberg tout d’abord ; on retrouve, tout au long de la partition, des influences multiples du XXe siècle, Stravinsky, Zemlinski et surtout Chostakovitch ainsi que quelques touches de jazz mais aussi de puissants accents personnels avec des rythmes marqués par des percussions omniprésentes, une utilisation habile du <em>Sprechgesang</em>, particulièrement au premier acte. On note justement une césure complète à l’issue de la première partie, le second acte dépassant nettement le premier en intensité dramatique et lyrique (monologue de Marta et chanson <em>a cappella</em> de Katja). La mise en scène ensuite : comment rendre l’horreur du quotidien d’un camp de concentration, sans verser ni dans la caricature, ni dans le misérabilisme ? Le metteur en scène allemand <strong>Johannes Reitmeier</strong> qui a dirigé pendant onze ans le Tiroler Landestheater d’Innsbruck, a su éviter ce double écueil. Grâce à un habile décor en bois figurant d’un côté le pont supérieur du paquebot et la cabine de Walter et Lisa et, de l’autre côté, les baraquements du camp d’Auschwitz, on passe d’une ambiance à l’autre par simple rotation du plateau, les tableaux s’enchaînant ainsi sans interruption. Ces rotations fréquentes illustrent judicieusement la confusion dans l’esprit de Lisa qui, en évoquant devant son mari un passé qu’elle lui avait toujours caché, revit instantanément ces scènes qu’elle aurait voulu enfouir à jamais. La direction d’acteurs montre de très beaux moments, comme ces prisonniers qui s’avancent en chœur (remarquable travail à nouveau de <strong>Gabriel Bourgoin</strong> à la tête des voix d’hommes et de femmes) jusqu’à l’avant-scène pour dévoiler leurs avant-bras marqués à jamais de l’horreur. Très poignantes aussi les retrouvailles entre Tadeusz et Marta qui, dans un premier temps, ne se reconnaissent pas. Certes tout n’est pas réussi, les trois officiers SS ne sont guère effrayants, Lisa elle-même ne semble pas une surveillante bien redoutable, mais Reitmeier, avec une délicatesse qu’il faut louer, rend scrupuleusement l’ambiance des camps et, pour le dire autrement, sait transcender l’horreur pour la rendre visible à nos yeux de contemporains.<br />
Plateau irréprochable dominé par la Lisa omniprésente d’<strong>Anaïk</strong> <strong>Morel</strong> ; son allemand est quasi parfait, l’ampleur de la voix et sa vraie-fausse dureté font merveille même si, nous l’avons dit, la femme déchirée entre son passé et son amour pour Walter nous semble plus convaincante que la vicieuse Kapo d’antan. <strong>Nadja</strong> <strong>Stefanoff</strong> est une merveilleuse découverte : elle est une Marta sans concession, sa scène au début du II (« Würde er mich rufen, Gott der Herr » ) est soufflée avec les tripes et elle sait entretenir le mystère sur sa vraie identité. Plaisir de retrouver en <strong>Céline</strong> <strong>Laborie</strong> une Katja solide : elle délivre un « Du, mein Teil », chanson de son enfance, <em>a cappella</em> et à haut risque avec une belle maîtrise dans les notes perchées. Plateau féminin parfaitement complété par <strong>Victor Bunel</strong> (Krystina), <strong>Anne-Lise Polchlopek</strong> (Vlasta), <strong>Sarah Laulan</strong> (Hannah), <strong>Julie Goussot</strong> (Yvette), <strong>Janina Baechle</strong> (Bronka), <strong>Ingrid Perruche</strong> en vieille femme et <strong>Manuela Schütte</strong> en Kapo. Casting réussi également pour les deux rôles masculins principaux : <strong>Mikhail Timoshenko</strong> déploie un baryton somptueux et qui ne demande qu’à chanter, quant à <strong>Airam Hernández</strong>, il est un Walter puissant, sûr de lui, mais que Lisa réussit à faire vaciller.<br />
Ce soir c’est le sicilien <strong>Francesco Angelico</strong> qui est dans la fosse devant les musiciens de l’orchestre national du Capitole, qu’il avait déjà conduits dans <em>Mefistofele</em> en 2023. Direction soignée, précise. Il le faut car la partition est complexe avec de multiples changements d’ambiance.<br />
Justice est donc enfin rendue à une partition qui doit désormais trouver sa place sur les affiches françaises.</p>
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		<title>The Passenger</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/the-passenger-pouvoirs-de-labjection/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 13 May 2018 09:36:41 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Confrontée à l’horreur du camp de Ravensbrück, Germaine Tillion conçut en 1944 une sorte d’opérette, Le Verfügbar aux enfers, qui fut notamment présentée au Châtelet en 2007. Egalement enfermée à Ravensbrück ainsi qu’à Auschwitz, la résistante polonaise Zofia Posmysz (née en 1923 et toujours de ce monde) attendit 1959 pour rédiger une dramatique radiophonique, La &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Confrontée à l’horreur du camp de Ravensbrück, Germaine Tillion conçut en 1944 une sorte d’opérette, <em>Le Verfügbar aux enfers</em>, qui fut notamment présentée au Châtelet en 2007. Egalement enfermée à Ravensbrück ainsi qu’à Auschwitz, la résistante polonaise Zofia Posmysz (née en 1923 et toujours de ce monde) attendit 1959 pour rédiger une dramatique radiophonique, <em>La Passagère de la cabine 45</em>, qu’elle adapta peu après pour la télévision, puis pour le cinéma. Elle en tira aussi un roman, paru en 1962, <em>La Passagère</em>. Et en 1968, le Bolchoï aurait dû présenter <em>Passajirka</em>, le premier opéra de Mieczysław (ou Moïse Samuelovitch) Weinberg, né à Varsovie en 1919, dont l’histoire est un condensé de toutes les horreurs de la barbarie nazie et de la dictature stalinienne. Après cette annulation de dernière minute, Weinberg n’en continua pas moins à écrire des opéras, rarement montés de son vivant, comme <em>Le Portrait</em> d’après Gogol (1980, présenté à Nancy en 2011) et <em>L’Idiot</em>, d’après Dostoïevski (1985, créé à Mannheim en 2013). Dix ans après sa mort en 1996, <em>La Passagère</em> fut créé lors d’un concert semi-scénique à Moscou, et c’est seulement en 2010, à Bregenz, qu’il connut sa première scénique mais, curieusement, dans un mélange de langues variées. Autrement dit, la première scénique russe de la version originale en russe n’a eu lieu qu’en 2016, à Iekaterinbourg, dans un spectacle aujourd’hui diffusé en DVD.</p>
<p><em>La Passagère</em> a ceci de commun avec <em>Dialogues des carmélites</em> que l’aspect global du spectacle est imposé par le livret : sauf à s’appeler Dmitri Tcherniakov, difficile d’habiller les religieuses autrement qu’en religieuses, et difficile d’habiller les détenues d’Auschwitz autrement qu’en détenues d’Auschwitz. L’action est partagée entre les scènes se déroulant pendant la guerre, dans le camp, et celles qui ont lieu plusieurs années après, à bord d’un paquebot : on se sentirait scandaleusement frivole en trouvant le navire moins joli à Iekaterinbourg qu’à Bregenz, et l’essentiel se situe véritablement ailleurs que dans les décors et les costumes. On passe rapidement d’un lieu à l’autre, comme le veut le livret, et la direction d’acteurs est efficace, sans histrionisme.</p>
<p>La musique de Weinberg se situe quelque part entre Chostakovitch, son mentor (en particulier pour la « valse du commandant »), Prokofiev et Britten, et <strong>Oliver von Dohnányi </strong>en fait ressortir toute la force à travers cette modernité tempérée. Sur le plateau, l’œuvre est servie par de belles et opulentes voix slaves, en particulier par des voix féminines aux graves impressionnants. <strong>Natalia Karlova </strong>a la générosité nécessaire à camper Marta, « la Madone du camp », comme elle est surnommée ironiquement par les gardiens. <strong>Nadejda Babintseva </strong>est aussi convaincante en femme rattrapée par son passé qu’en <em>Aufseherin</em> ayant conservé une part d’humanité. Les rôles masculins sont un peu moins lourds, qu’il s’agisse du ténor <strong>Vladimir Tcheberyak</strong> ou du baryton <strong>Dmitri Starodoubov</strong>. A côté des quatre personnages principaux s’affaire toute une équipe de rôles secondaires, à commencer par Katia, qui a supplanté Marta dans le cœur de son ancien fiancé Tadeusz, ici interprétée avec beaucoup de sensibilité par <strong>Olga Tenyakova</strong>. On remarque aussi les interventions de <strong>Natalia Mokeeva</strong> dans le rôle d’Yvette, prisonnière française au timbre argentin.</p>
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		<item>
		<title>WEINBERG, L&#039;Idiot — Moscou (Bolchoï)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lidiot-moscou-lidiot-en-cours/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 08 Jul 2017 03:55:03 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>« Pour moi, il était essentiel de mettre en scène Dostoïevski avec la musique de Weinberg », explique Evgeny Aryeh à propos des représentations au Bolchoi de  L&#8217;Idiot, un opéra composé dans les années 1980 mais créé seulement en 2013 en Allemagne (et enregistré à cette occasion). Pourquoi ? Quelle(s) correspondance(s) entre un monument de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« <em>Pour moi, il était essentiel de mettre en scène Dostoïevski avec la musique de Weinberg</em> », explique Evgeny Aryeh à propos des représentations au Bolchoi de  <em>L&rsquo;Idiot</em>, un opéra composé dans les années 1980 mais créé seulement en 2013 en Allemagne (et enregistré à cette occasion). Pourquoi ? Quelle(s) correspondance(s) entre un monument de la littérature russe et un compositeur né en Pologne, victime première des violences d&rsquo;un siècle déchiré par deux des régimes totalitaires les plus barbares que l&rsquo;humanité ait engendrés (Les nazis exterminèrent sa sœur et ses parents lors de l’invasion de la Pologne par l’Allemagne, puis la police secrète bolchévique assassina son beau-père en 1948, avant que lui-même ne soit arrêté sous un prétexte fallacieux en 1953 et ne doive son salut qu&rsquo;à la mort de Staline) ?</p>
<p>Il faut attendre la deuxième partie de l&rsquo;ouvrage pour que la réponse se dessine. Auparavant, la partition apparaît en décalage avec l&rsquo;époque de sa composition,  plus années 50 que 80, à cheval entre Prokofiev et Shostakovich – dont Weinberg était l&rsquo;ami et se disait l&rsquo;élève spirituel – mais dépourvue de l&rsquo;ardeur du premier et de l&rsquo;ironie grinçante du second. Privé des contrastes nécessaires au théâtre lyrique –  ce ressac sonore qui perfuse les chefs d&rsquo;œuvre du genre –, asséné par un orchestre catégorique, ni tonal, ni atonal, le discours musical peut alors paraître uniforme. La connaissance intime qu&rsquo;a <strong>Michal Klauza</strong> du compositeur n&rsquo;est pas sans influer sur ce ressenti. Pour le chef d&rsquo;orchestre, la musique de Weinberg reflète le peu de confiance qu&rsquo;il s&rsquo;accordait. À peine survenues puis développées, les idées sont abandonnées comme s&rsquo;il avait douté de leur valeur. D&rsquo;où cette impression de brassage d&rsquo;émotions dont aucune ne parvient vraiment à éclore. Après l&rsquo;entracte, à travers l&rsquo;usage détourné de mélodies populaires et l&#8217;emploi de teintes moins tranchées dont certaines, subtiles, semblent empruntées à Britten, la partition gagne en éloquence. Porté par un livret d&rsquo;une efficacité irréprochable – un tour de force compte tenu de la matière abondante du roman –, l&rsquo;on assiste à l&rsquo;alignement des planètes, cette conjonction toujours sensationnelle des mots, de la musique et du mouvement.</p>
<p>La typologie vocale ne s&rsquo;aventure pourtant pas au-delà des limites fixées par l&rsquo;opéra romantique. Ténor (Myshkin) et baryton (Rogozhin) se disputent les faveurs de la soprano (Nastassya Filippovna), contrariés dans leur dessein par une mezzo (Aglaya) et un père noble (Yepanchin) confié comme il se doit à une basse profonde. Seul Lebedev, le trublion de service, pourrait selon la convention échoir à un ténor de caractère plutôt qu&rsquo;à un baryton. Avant même de souligner l&rsquo;adéquation linguistique et vocale de chacun, il convient de relever le travail réalisé par les maquilleurs et costumiers pour obtenir une ressemblance quasi idéale avec les personnages du roman. Un simple coup d&rsquo;œil sur les portraits officiels reproduits dans le programme aide à réaliser la justesse stupéfiante de la transformation.</p>
<p>On connaît <strong>Bogdan Volkov</strong> depuis son premier prix aux Paris Compétition Awards en 2015. Son ténor pâle, d&rsquo;une puissance inférieure à celle de ses partenaires, dispose de l&rsquo;égalité requise sur toute la tessiture pour que son interprétation fragile du Prince Myshkin ne souffre d&rsquo;aucun contresens. Tout aussi convaincant, <strong>Pyotr Migunov</strong> prête à Rogozhin un chant inflexible, aux accents tendres et sauvages à la fois, conforme aux élans complexes d&rsquo;un tempérament passionné. D&rsquo;une beauté saisissante, <strong>Ekaterina Morozova</strong> (Nastassya Filippovna) est ce grand  soprano lyrique exigé par la partition, au timbre envoûtant, au médium solide et à l&rsquo;aigu péremptoire, sans que rien d&rsquo;épais ou d&rsquo;excessif ne compromette une ligne orgueilleuse. A Ayala reviennent les plus belles mélodies de la partition. D&rsquo;une couleur claire, richement dotée d&rsquo;harmoniques, la voix de <strong>Yulia Mazurova </strong>n&rsquo;a pour seul défaut que de se distinguer insuffisamment de celle de sa rivale. Du Ganya presque trop noble d&rsquo;<strong>Ivan Maximeyko </strong>à la Varya acrimonieuse d&rsquo;<strong>Oksana Gorchakovskaya</strong> en passant par le général de <strong>Valery Gilmanov</strong>, digne héritier d&rsquo;une haute lignée de basses russes, tous collent exactement à la peau du rôle, avec une mention pour <strong>Konstantin Shushakov</strong>, dont la silhouette souple autant que les glapissements épousent sans un pli les contours serviles et visqueux de Lebedev.</p>
<p>Retour pour conclure à <strong>Evgeny Arie</strong> dont l&rsquo;intelligence de la mise en scène montre qu&rsquo;il existe une alternative tant aux représentations poussiéreuses qu&rsquo;aux démarches irrespectueuses. D&rsquo;une fidélité scrupuleuse au livret, son approche use cependant de la stylisation pour donner à comprendre la complexité des sentiments en jeu. Il y a bien sûr un travail sur le geste qui révèle l&rsquo;homme de théâtre (et contredit ceux qui déplorent que ces derniers aient aujourd&rsquo;hui envahi les scènes d&rsquo;opéra). Il y a aussi l&rsquo;insertion judicieuse d&rsquo;accessoires – les roses rouges de la soirée chez Nastassya Filippovna par exemple – et l&rsquo;utilisation mesurée de la vidéo – notamment pour figurer les crises d&rsquo;épilepsie du Prince. Il y a enfin un dispositif scénique simple mais efficace, paroi pivotante percée de portes qui balayant le plateau latéralement tel un essuie-glace permet de passer instantanément d&rsquo;un tableau à l&rsquo;autre. A l&rsquo;artisan premier d&rsquo;une telle réussite le mot de la fin : « L&rsquo;Idiot <em>ne s&rsquo;écoule pas. Son langage musical n&rsquo;est pas legato mais au contraire fracturé et contient des virages serrés. C&rsquo;est la musique de Weinberg </em>».</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Weinberg &#8211; L&#039;Idiot</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/weinberg-lidiot-attention-au-colosse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Jamar]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 Feb 2016 06:59:45 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il est tout à fait réjouissant de voir la musique de Mieczysław Weinberg sortir de l’oubli. Après un Portrait à Nancy et Bregenz et avant une splendide Passagère à Francfort, c’était à l’Opéra de Mannheim d’apporter sa pierre à l’édifice en créant le dernier opéra du compositeur polonais L’Idiot. Etant donné le succès de cette &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il est tout à fait réjouissant de voir la musique de Mieczysław Weinberg sortir de l’oubli. Après un <em>Portrait</em> à Nancy et Bregenz et avant une splendide <em>Passagère</em> à Francfort, c’était à l’Opéra de Mannheim d’apporter sa pierre à l’édifice en créant le dernier opéra du compositeur polonais <em>L’Idiot</em>. Etant donné le succès de cette production de 2013, il est tout aussi réjouissant de voir que la reprise de janvier 2014 a fait l’objet d’un enregistrement paru fin 2015 chez PanClassics (attention, première mondiale !).</p>
<p>Il est extrêmement difficile de parler de la musique de Weinberg sans évoquer celle de son mentor et ami Chostakovitch. En effet, les similitudes (tant stylistiques que biographiques) entre les deux compositeurs sont tellement évidentes qu’ils sont souvent programmés côte à côte dans les salles de concert. L’un comme l’autre furent anéantis par le régime soviétique, rescapèrent in extremis des purges orchestrées par Beria et trouvèrent un amer refuge dans une collaboration forcée avec les autorités politiques. Chostakovitch voyait dans le compositeur polonais un ami partageant la même sensibilité musicale que lui, et Weinberg n’hésitait pas à se proclamer élève spirituel du premier.<br />Néanmoins, si les influences du vieux lion Chostakovitch se laissent sentir chez son cadet, il serait trop hasardeux de réduire ce dernier à une réplique de l’autre. En effet, Weinberg ne partage pas cette obsession du contrepoint le plus strict, ou cet intérêt pour les fanfares sordides qui caractérisent souvent les pages de son ainé. Il ira davantage puiser ses ressources chez Berg, en se souvenant à la fois de Wagner (par l’utilisation de leitmotive) mais en lorgnant également du côté de la musique de cabaret.</p>
<p>Faut-il attendre de cet <em>Idiot</em> d’après Dostoïevski l’opéra du siècle, un chef d’œuvre englouti qui sera désormais repris dans les plus grandes maisons du monde ? Probablement pas. Est-ce pour autant un opéra qui aurait mieux fait d’être oublié, ne présentant pas de réel intérêt musical et scénique ? Certainement pas non plus. Ce qui peut rebuter lors de la première écoute de l’œuvre, c’est tout d’abord sa dimension : trois heures et demie de musique, un livret complexe et un orchestre fourni. Les tempi sont souvent lents et la musique est austère et dépouillée, malgré une orchestration plutôt massive. Et pourtant, l’auditeur sera certainement séduit par l’écriture alternant ironie acerbe et coups de poings expressionnistes.</p>
<p>Pour remédier au problème posé par l’intrigue de Dostoïevski, Weinberg et son librettiste Alexander Medvedev n’hésitent pas à alterner brusquement les lieux et personnages et à simplifier quelque peu les traits de caractère sans que personne n’y perde de sa particularité. Ce qui peut au départ dérouter s’avère être un bon moyen de relancer l’action musicale et dramaturgique.</p>
<p>Pour servir un opéra aussi dense, il fallait de grands moyens et surtout de grandes (grosses ?) voix. Le défi est partiellement relevé par l’Opéra de Mannheim. Saluons tout d’abord la performance de<strong> Juhan Tralla</strong> dans le rôle du Prince Myshkin. La partie est extrêmement exigeante, sollicitant beaucoup l’aigu et le forte. Rien de cela n’effraie le ténor estonien qui offre, soutenu par une technique constante, une interprétation très musicale. Sans jamais céder à un vérisme exacerbé, il incarne idéalement ce prince à l’esprit fin et perspicace mais incapable de prendre sa vie en main. Le Rogozhin du bariton <strong>Steven Scheschareg</strong> est aussi à sa place. La voix est moins belle, mais elle colle au personnage rugueux de l’alcoolique aux pulsions meurtrières.<br />A la tête du duo féminin, on retrouve deux voix « russes ». <strong>Ludmila Slepneva</strong> est une sulfureuse Nastassia Filippovna qui évoque presque volontairement la Lady Macbeth de Chostakovitch. Le timbre est sombre mais chaud et présent, très volumineux dans l’aigu, ce qui n’est pas du tout un inconvénient dans un rôle comme celui-ci. Le mezzo ultra-lyrique d’<strong>Anne-Theresa Møller</strong> dans le rôle d’Aglaya est ici une réplique idéale, illustrant bien la rivalité des deux femmes. Attention tout de même aux aigus qui vibrent parfois un peu trop. Le sournois Lebedjev est incarné par <strong>Lars Møller</strong>, un baryton dont la voix n’est pas dans la meilleure des formes, mais qui défend honorablement les couleurs de son personnage. Pour conclure la liste des protagonistes, le couple aristocratique Epantchine est confié aux voix de <strong>Bartosz Urbanowicz</strong> et <strong>Elzbieta Ardam</strong>, toutes deux très puissantes mais manquant par conséquent de finesse et de retenue dans le piano. Saluons enfin la discrète mais jolie performance de <strong>Tamara Banješević</strong> qui apporte avec son Alexandra Epanchina une touche de fraîcheur et de légèreté au casting vocal un peu sombre.</p>
<p>L’<strong>orchestre de l’Opéra de Mannheim</strong> se voit confronté à une écriture assez peu habituelle. Comme dit précédemment, l’instrumentation de Weinberg est très massive, les contours mélodiques sont anguleux (amateurs de septièmes majeures, bonsoir) et les registres souvent tendus. De plus, une prise de son particulièrement ingrate (tant pour l’orchestre que pour les voix) souligne les imprécisions d’intonation et plaque souvent les chanteurs derrière cet orchestre-mastodonte. Heureusement que la tête froide de <strong>Thomas Sanderling</strong> assure une direction très précise, ce qui permet de réparer les imperfections traînant çà et là.</p>
<p>Comme nous l’avions déjà évoqué, c’est la prise de son qui déçoit le plus dans cet enregistrement, réalisé à partir de deux directs depuis l’Opéra de Mannheim. L’acoustique de la salle doit être extrêmement sèche, puisque voix et orchestre se mélangent à peine. Les chanteurs sont ainsi trop souvent en retrait pour que l’on puisse pleinement apprécier les tuttis.</p>
<p>Voyons donc cet enregistrement comme un coup d’essai pour la musique de Weinberg. Il est idéal pour ceux qui rêvent de la découvrir, mais on attend avec impatience davantage de reprises à l’opéra et au disque, servant l’œuvre du compositeur polonais comme il se doit.</p>
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		<title>Mieczyslaw Weinberg, la redécouverte continue</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/mieczyslaw-weinberg-la-redecouverte-continue/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 26 Apr 2013 15:49:13 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>           </p>
<p>			La création mondiale posthume en 2010 de <em>La Passagère</em> au festival de Bregenz, dirigée par Teodor Currentzis, dans un spectacle mis en scène par David Pountney qu’on a ensuite pu voir à l’ENO, et qui sera repris le 13 mai prochain à Tel Aviv, avait fait figure d’événement (voir le DVD sorti chez Neos). On découvrait ainsi en Occident le compositeur russe Mieczyslaw Weinberg (1919-1996) dont la seule œuvre connue jusque-là était la bande son du film<em> Quand passent les cigognes</em>. Après <em>La Passagère</em> (1967-68), sa première incursion dans le genre, encouragée par Chostakovitch, Weinberg devait encore concevoir une poignée d’opéras, dont <em>La Madone et le soldat</em> (1970), <em>L’Amour de D’Artagnan</em> (1971), <em>Je tiens à féliciter</em> ou <em>Lady Magnesia</em> (1975). <em>Le Portrait</em>, d’après Gogol, créé à Brno en 1983, avait été donné à Nancy au printemps 2011, dans une production également due à David Pountney. Le 5 mai, le Nationaltheater de Mannheim programmera la dernière œuvre lyrique de Weinberg, <em>Der Idiot</em>, d’après Dostoïevski, opéra composé en 1985, auquel on souhaite le même succès que <em>The Passenger</em>. </p>
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