Esprit de communauté

Concert UNISSON, Paris (salle Favart) - Paris

Par Clément Demeure | mer 13 Octobre 2021 | Imprimer

Le Fonds Unisson n’a pas un an. On le sait, en 2020, les longs mois de fermeture des théâtres et d’éloignement du public ont fait bien des dégâts et mis beaucoup d’artistes en difficulté. Le ténor Philippe Do a donc fondé cet organisme de mécénat afin de promouvoir l’opéra et soutenir celles et ceux qui le font vivre. Au-delà de la solidarité et du souci de diversité, Unisson prône la transmission : entre l’opéra et le public, entre artistes confirmé·es et débutant·es, entre vedettes et voix moins connues…

C’était tout l’objet de ce premier concert caritatif visant bien sûr à collecter des fonds, mais aussi à illustrer et renforcer ces liens. En coulisse et sur scène, tout le monde était donc bénévole, pour un programme exclusivement composé d’ensembles. Ce n'était pas franchement jouer la facilité, car un septuor comme celui qui clôt le premier acte de L’Italiana in Algeri ne se met pas en place en un tournemain ! Autre gageure, associer des chanteurs dont l’expérience et le renom sont très divers. Chez les plus jeunes, le trac ou le manque d’assurance sont parfois perceptibles à la manière d’installer sa présence en scène, de placer son regard sur le public, de faire corps avec ses partenaires ou d’entrer vraiment dans l’interprétation. Pour ces artistes, c'était la parfaite occasion de gagner en métier et en visibilité sans trop s’exposer. Étant donné la bonne tenue de l'ensemble, on passera donc sur quelques voix mal projetées, ou trop claironnantes (surtout dans l’écrin de Favart), sur quelques mesures omises dans un trio… C’est bien un sentiment de partage et de bienveillance qui domine pendant deux heures filées à vive allure.

Impossible de commenter en détail les prestations de plus de quatre-vingts chanteurs et chanteuses. Si le quatuor de Don Carlo n’est pas un choix évident pour ouvrir la soirée, il permet à Nicolas Courjal de déployer d’emblée sa somptueuse basse. C’est aussi l’occasion de découvrir Nadège Meden, grand lyrique plein de potentiel – et d’aplomb, dans une Abigaille aux aigus percutants. Avec un format similaire, Cyrielle Ndjiki Nya fait très forte impression : soprano torrentiel et homogène, présence royale… On comprend que sa carrière décolle rapidement. Véritable choc de titans, son duo tiré de La Gioconda est un des clous du concert, face à Clémentine Margaine – dont il faut voir la superbe Sphinge en ce moment à Bastille dans Œdipe (avec Nicolas Cavallier et Éric Huchet, également venus prêter main forte ce soir). Les clés de fa se font remarquer par leur métier, notamment Yoann Dubruque, Damien Pass, Pierre Bessière, Anas Séguin… Chez Verdi, le fort ténor Jérémie Schütz s'impose par le volume, et quelques phrases suffisent à Marie-Andrée Bouchard-Lesieur pour saisir en Azucena.


Concert UNISSON © Forumopera

Autres moments appréciés du public, le trio d'Ô mon bel inconnu, où l’on distingue Gaëlle Mallada, solide et beau mezzo. Triomphe pour Aurore Ugolin et Adriana Bignani Lesca dans Scandalize my name, magistral de chant et de style, et vrai moment de théâtre (à la manière de Jessye Norman et Kathleen Battle). Beau succès aussi pour le septuor masculin de La Veuve joyeuse – chorégraphie incluse –, le piquant « Life is happiness indeed » de Bernstein, le Fascinating rhythm impeccable de l’ensemble Perspectives, le lyrisme de La Rondine (brillant Borras), la mécanique de L’Italiana restituée sans bavure… Julie Fuchs et Stanislas de Barbeyrac ne font qu’une bouchée de « Tea for two » (in French, et avec goût) et semblent beaucoup s’amuser.

Il faut aussi souligner la beauté d’un Britten qui conjugue opportunément les voix mûres de Robard-Gendre et Ndjiki Nya et les instruments plus verts d’Anne-Marine Suire et Heather Newhouse. La musique du Britannique souffre un peu de la réduction pour piano, mais globalement l'accompagnement ne génère aucune frustration, et Selim Mazari, Cécile Restier et Emmanuel Olivier, qui se succèdent au clavier, méritent tous les éloges. C'est à quatre mains qu'est même accompagnée une chevauchée des walkyries assez émouvante, tant il émane de la réunion de ces huit femmes au métier, à l’âge et au parcours divers une énergie communicative, autour du bonheur de chanter. C'est tout l'esprit de ce concert, premier que l'on espère d'une longue série.

Pour en savoir plus et contribuer : https://www.fondsunisson.net

 

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