Le meilleur est pour la fin

Daphné - Dresde

Par Yannick Boussaert | sam 15 Novembre 2014 | Imprimer

Soirée de répertoire certes au Semperoper de Dresde, mais aussi festivalière. A l’occasion des 150 ans de la naissance du compositeur « maison » Richard Strauss, l’institution saxonne met à l’affiche Daphne, qui connait plusieurs créations heureuses ces derniers mois ( à Toulouse et à Bruxelles) servi par la troupe et un soliste invité en la personne de Lance Ryan, le Siegfried du festival de Bayreuth.

Le lever du rideau sur cette reprise laisse quelque peu perplexe. Sur scène, un plateau incliné noir et nu voit évoluer des personnages non plus mythologiques mais bien historiques, dans ce qui semble être une transposition de l’action à l'époque de la composition de l'opéra, dans l’Allemagne des années brunes. D’entrée, le laurier n’est plus le symbole final de l’héroïsme de Leucippe, celui qui s’opposera à Apollon par amour. Il est détourné : l’arbre déraciné, porté par la foule des paysans qui prépare la fête de Dionysos, est dépecé de ses branches et les couronnes tressées de son feuillage serviront aux saluts sans équivoque des sbires d’Apollon, grimé en nouveau dictateur.

C’en est fait des questions esthétiques (l’apollinien, le dionysiaque) qui irriguent l’œuvre. Il n’y a plus de héros, juste des victimes de la barbarie. Le dieu n’est plus cette figure de l’ordre olympien un temps perdu par la beauté de Daphné dans les désirs dionysiaques. Il est une simple brute pulsionnelle qui se sert de la menace des armes pour parvenir à ses fins. A ce tableau peu réjouissant, le metteur en scène Torsten Fischer propose une direction d’acteur sommaire. Seule l’image finale peut séduire à condition de ne pas regarder dans le détail la gestuelle risible du chœur réduit à l’état de figurant. Un grand miroir fait face au public (procédé éculé) et reflète les paysans passés par les armes, disposés sur l’autre versant du plateau incliné. Ils s’allongent pour former un arbre en haut duquel vient se placer Daphné aux cotés de Leucippe. C’est là qu’elle chantera sa transformation en laurier.

En fosse le travail est plus soigné. La Staatskapelle de Dresde est ici dans son répertoire de prédilection et sonne d’une rondeur toute straussienne. Omer Meir Wellber dirige avec un sens prononcé du théâtre et travaille la pâte orchestrale avec soin, sans parfois réussir à organiser distinctement la profusion de cette partition. A l’image du reste de la soirée, le tout s’améliore au fil de la soirée.

Il n’y a rien à redire au Pénée de Georg Zeppenfeld puissant et charismatique. Ses interventions sont assez courtes mais de celles qui marquent une représentation. Sa compagne à la scène Géa, trouve en la mezzo-soprano Christa Mayer une bonne interprète, assise sur des graves solides et des registres bien équilibrés. Elle aussi s’approprie l’espace scénique aisément. Leucippe malheureusement est une erreur de casting : le timbre sombre et la voix dans la gorge de Ladislav Elgr ne conviennent pas à l’ardeur juvénile que le berger est censé clamer.

Lance Ryan en Apollon est surprenant. Celui qui connait des soirs mitigés à Bayreuth (lire les compte-rendus de Roselyne Bachelot et de Maurice Salles) est ce soir particulièrement vaillant dans l’aigu, notamment dans sa dernière intervention. Seul un médium mouvant entraine des problèmes de justesse notamment dans les attaques. Le timbre enfin, est irrémédiablement aigre. Il faudra toute la durée de l’œuvre pour que Marjorie Owens convainque pleinement. En première partie la voix prosaïque et monocorde peine à rendre crédible le personnage. Après un passage à vide lors du duo avec Apollon, elle se reprend complètement. Emission retrouvée et timbre cristallin offrent une manière de transfiguration vocale dans les dernières vocalises. 

 

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