Encouragements et félicitations

Die Zauberflöte - Prague

Par Maurice Salles | sam 01 Juillet 2017 | Imprimer

Encouragements à la plupart et félicitations pour quelques-uns, c’est la formule qui nous semble la plus juste pour qualifier la prestation des interprètes de cette Zauberflöte donnée dans le cadre des Prague Summer Nights sous l’égide de la société Classical Movements qui produit le spectacle. Présenté dans l’église Saints Simon et Jude, lieu géré aujourd’hui par l’Orchestre Symphonique tchèque, il se déroule devant l’autel baroque chargé de dorures, le déambulatoire et de hautes plantes en pot favorisant d’autres dégagements que les entrées latérales tandis que les tribunes qui surplombent la croisée du transept permettent de créer des effets sonores bienvenus au deuxième acte. Joachim Schamberger, responsable de la mise en espace, opte sagement pour une animation aussi proche que possible du livret, mais il oublie qu’en l’absence d’une scène surélevée, tous les actions conçues au ras de la scène échappent à la vision dans une salle au sol horizontal, si bien que l’on peut croire que Monostatos viole effectivement Pamina. Le programme ne dit rien de l’auteur des costumes, eux aussi très classiques, hormis l'étole dorée manifestement catholique qui pare Sarastro - autre ambigüité - ni du réglage des lumières, dont l’intensité s’efforce d’épouser la tension dramatique.

Les interprètes sont, à trois exceptions près, ceux qui s’étaient produits en concert la veille. Est-ce parce qu’elle se réservait que la Gilda de Camille Chapron ne nous avait pas entièrement convaincu ? Sa Reine de la nuit manque de l’ampleur d’un soprano dramatique mais elle n’est pas la première et les notes sont là, mais l’application est manifeste, un peu trop peut-être car on ressent la prudence qui ralentit légèrement la vocalise et entache sa fluidité, ce qui nuit à l’expressivité.  Aux prises avec Sarastro, Bongani Ndhlalane révèle ses limites : la présence est réelle, le timbre est prenant, l’éclat impressionnant tant qu’il reste dans une zone médiane, mais les notes les plus graves, peu audibles dans son air de La calunnia la veille, le sont encore moins ici. Ilanna Starr confirme en Papagena l’abattage que nous lui avions trouvé dans le même rôle. Le charmant Tony de Nicholas Branson est un Monostatos très satisfaisant, qui pourrait gagner à s’inspirer de l’exemplaire Steven Cole. Dominic Veilleux, remarqué en Alfonso et en Dancaire, se révèle déjà un Papageno complet, aussi bien vocalement que théâtralement, et devrait rapidement paraître sur de grandes scènes. Il en sera probablement de même pour Ting Li, dont le Tamino sidère tant il exprime justement l’ardeur juvénile, à la fois virilité et grâce qui caractérise le personnage, avec un visage très expressif, une souplesse physique évidente et une voix à la fois longue, flexible, homogène, éclatante, qu’il sait moduler et adoucir opportunément. De quoi regretter que sa Pamina ne soit pas, pour nous, à la même hauteur. Anna Kozlakiewicz a l’étendue vocale et la sensibilité nécessaires pour une interprétation satisfaisante, mais le vibrato dont elle use en permanence finit, pour nous, par exprimer moins la force des émotions qu’un penchant à l’hystérie. (Cela peut s’admettre, cela se voit dans Cosi fan tutte, mais Mozart voulait-il faire sourire de Pamina ?) Tous les autres intervenants sont des plus satisfaisants, qu’il s’agisse des trois dames, des trois génies, des hommes d’armes et de l’orateur. Tous composent un chœur irréprochable.

Composé de quarante-trois jeunes instrumentistes stagiaires, l’orchestre se montre très discipliné sous la direction experte d’Arthur Fagen. Si l’ouverture fait craindre un moment une interprétation teintée de romantisme, avec effets de pathos grossissants, la conduite semble chercher – et parvenir à – un rythme aussi allant que possible, sans compromettre les chanteurs et au besoin en les aidant par un léger ralentissement dans les passages où l’agilité est très sollicitée, et sans sacrifier pour autant ni les accents collectifs ni les scansions dramatiques. L’acoustique se révèle favorable, sans la réverbération que nous redoutions, et le rendu sonore est très satisfaisant. Largement chenu, le public en avait probablement entendu d’autres, mais tenant compte de la jeunesse des interprètes il les a chaleureusement remerciés, mêlant comme nous encouragements et félicitations.

 

 

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