Damnation sous les ors de Versailles

La Damnation de Faust

Par Jean-Marcel Humbert | ven 14 Juin 2019 | Imprimer

La captation vidéo modifie-t-elle notre perception par rapport à la présence in loco ? Oui, très certainement, on l’a souvent constaté. par exemple pour le Moïse de Bregenz, saccagé par la vidéo. Ici, alors que l’avis de Guillaume Saintagne sur le concert était plutôt mitigé, on est au contraire subjugué par la qualité du DVD, fluidité de l’image, beauté du son, équilibre des pupitres, proximité avec les solistes. Mais bien évidemment, les partis pris musicaux restent les mêmes, que l’on peut aimer ou rejeter. Pour déroutants qu’ils soient parfois par rapport aux interprétations tonitruantes que l’on nous sert à l’envi, ils créent ici une unité de style incomparable. Et si l’on avait ici la version de référence, celle qui serait la plus proche de la création ? En tous cas, rien n’autorise à la rejeter, encore moins à la dévaloriser.


Anna Caterina Antonacci et Mathias Vidal © Photo DR

Une autre œuvre qu’à l’habitude, certes. La clarté de lecture, la musicalité des vents, la finesse d’interprétation de tous les instrumentistes de l’orchestre Les Siècles, alors qu’ailleurs la partition est souvent noyée dans une masse orchestrale surdimensionnée, nous font découvrir des moments intenses et ineffables à la fois. D’infinies retenues à l’orchestre, sous la baguette magistrale de François-Xavier Roth, donnent aussi une autre dimension à l’œuvre, plus intériorisée, peut-on même dire intravertie, avec des ruptures soudaines d’autant plus frappantes, et quand même des moments brillants qui paraissent d’autant plus singuliers. Le chœur Marguerite Louise, parfaitement dimensionné pour répondre à la volonté du chef, est lui aussi parfois un peu retenu, mais bien à l’unisson, avec des colorations vocales adaptées.