Le vrai maître de musique

Singer and teacher

Par Jean-Philippe Thiellay | jeu 30 Juin 2011 | Imprimer
On connaît les appétences lointaines de José Van Dam pour l’enseignement, qu’il met en pratique depuis quelques années au sein de la Chapelle musicale Reine Elisabeth à Bruxelles. Il était tout naturel que la nouvelle collection Harmonia Mundi, reposant en partie sur des films tournés par La sept puis Arte entre 1987 et 1991, le mette en scène dans une des « Leçons particulières » d’un peu moins de deux heures.
 
Dans la première partie (« Construire une voix »), tournée à Liège, José Van Dam y prodigue des conseils à de jeunes chanteurs se frottant à un air du répertoire, à un Lied ou une mélodie, ou encore réalisant des exercices vocaux. La deuxième (« Construire un rôle »), tournée à Lyon, est l’écho de séances de travail avec des professionnels (Jean-Louis Soumagnas d’abord, Vincent Le Texier et Hélène Perraguin ensuite) à qui le baryton-basse belge apporte sa vision des rôles en construction, Filippo II et Golaud notamment. Le dernier rôle évoqué par le film est Jokanaan, dans la version française donnée à Lyon en 1990, que Van Dam prépare seul au piano, avec l’orchestre ensuite, avant de se retrouver en scène.
 
Ici et là, on glane quelques pépites techniques, en particulier dans les commentaires sur les vocalises des jeunes chanteurs. Le lien entre la position haute de la voix et l’appui de plus en plus profond au fur et à mesure que les notes deviennent aigues ; l’importance de la prononciation, y compris pour que la voix soit placée là où elle doit être ; le poids du mot et la réflexion qui doit préparer toute interprétation. Cette dimension technique, on l’aurait souhaitée davantage développée dans le film. La mise en miroir d’exercices ratés et de passages réussis, disséqués par le maître aurait pu être enrichissante pour comprendre la complexité extrême de l’apprentissage du chant. Les longues minutes où les jeunes chanteurs démontrent leur inexpérience, voire leur timidité face à l’œuvre (« Non più andrai… » des Noces, cavatine de Rosina du Barbier…), sont franchement peu passionnantes - la flamme de Caroline Fevre en Susanna fait exception -, même si l’on sent le maître à l’écoute de ses élèves qu’il veut pousser dans la bonne direction.
 
L’exposé de la vision des rôles précités par José Van Dam et surtout de sa lecture de la partition, avec et pour des chanteurs professionnels amis, est lui, d’un tout autre intérêt. L’intensité qu’il met dans l’air de Philippe II au IVe acte de Don Carlo et la facilité apparente avec laquelle il reprend telle ou telle phrase au piano, sont impressionnantes et on devine le bénéfice qu’un artiste peut tirer de ses échanges.
 
Le film confirme donc quelques éléments bien connus : José Van Dam, dont la personnalité est si attachante, aime enseigner et transmettre ; José Van Dam a marqué certains des rôles qu’il a assumés sur scène et sur lesquels il a beaucoup à dire. Soit. Mais pour donner au spectateur de ce DVD le sentiment privilégié d’assister à une vraie leçon particulière et d’en retirer un plus grand profit, le film aurait dû aller beaucoup plus loin, en particulier dans le domaine de la pure technique vocale. On rêve d’une leçon de ce genre qui appuierait les exemples vocaux sur une partition visible à l’écran, le maître décortiquant véritablement tel ou tel phrasé, en montrant au téléspectateur telle ou telle note sur la portée comme il le fait avec l’élève. Avec le développement des nouvelles technologies, un tel film n’est pas difficile à concevoir. Pourquoi n’existe-t-il pas ? Ce film très traditionnel se regarde agréablement, sans plus. Dommage.
 
Jean-Philippe Thiellay
 
Douze DVD composent la collection Harmonia Mundi, avec des films consacrés, entre autres à René Jacobs, Marek Janowski ou Scott Ross.
 
 

 

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