Les hommes qui n'aimaient pas les femmes

L'Inimico delle donne

Par Laurent Bury | mar 31 Janvier 2012 | Imprimer
Longtemps négligés, les opéras de Galuppi nous reviennent peu à peu. Après la magnifique Olimpiade captée par Dynamic à Venise en 2006, ce n’est plus le côté serio mais le versant bouffon qui est illustré par cet Inimico delle donne. Mais cet « homme qui n’aimait pas les femmes » n’a rien à voir avec les protagonistes de Millenium : on est ici plus proche de ces comédies américaines où deux protagonistes qui ne pouvaient d’abord pas se sentir finiront nécessairement dans les bras l’un de l’autre. Loin des sombres intrigues métastasiennes, avec enfants volés et amantes délaissées, nous sommes dans une Chine purement imaginaire, au royaume de Kibinchinka, que vient troubler l’arrivée de la belle Agnesina, naufragée avec son oncle Geminiano : ces deux personnages sont les ancêtres d’Isabella et de Taddeo, et c’est un peu L’italiana a Pechino qui se joue ici.
    
La mise en scène joue franchement la carte de la bouffonnerie. Les superbes costumes de Frédéric Pineau misent à fond sur la chinoiserie, et l’on croit voir s’animer les figures des tapisseries de Boucher ou du pavillon rococo de Sanssouci. Le décor est en revanche d’une sobriété toute japonaise ; quelques éléments mobiles permettent de passer d’un lieu à un autre, et les ombres – chinoises – sont habilement exploitées en fond de scène. C’est plutôt musicalement que le bât blesse : Rinaldo Alessandrini a beau se démener, sautiller, danser à son pupitre, l’orchestre de l’Opéra royal de Wallonie reste ce soir-là une formation de deuxième zone, voire de troisième. Les cordes ne sont pas très ensemble, ça couine et ça grince à qui-mieux-mieux, et l’on ne parle pas des vents… Les instrumentistes ont à défendre un grand ensemble à la fin des deux premiers actes, d’abord une scène d’ivrognerie générale – où l’on se bombarde à coup de nouilles chinoises, dans cette production, puis une cérémonie religieuse qui tourne mal.
 
On découvre en premier lieu la voix extrêmement mince de Youri Gorodetski ; heureusement, son complice Daniele Zanfardino, l’autre ministre du roi Zon-Zon, est un ténor nettement moins acide. Priscille Laplace n’a qu’un filet de voix, contrairement à sa compatriote Liesbeth Devos, qui interprète avec brio son bel air de colère au dernier acte, et à l’Italienne Federica Carnevale qui complète le trio des prétendantes. Au point où il en est de sa longue carrière, Alberto Rinaldi parle désormais plus qu’il ne chante, mais il parle fort bien. Filippo Adami n’a sans doute pas la voix la plus charmeuse qui soit, mais il défend son rôle avec une belle assurance (il était beaucoup plus sollicité dans L’Olimpiade de 2006, où il interprétait le serviteur Aminta). Habituée aux héroïnes maléfiques ou éplorées, Anna-Maria Panzarella prend un plaisir manifeste à jouer un rôle comique, et s’en donne à cœur joie en matière de grimaces et de mimiques. Les arias écrites pour ce personnage, relativement courtes et simples, ne lui permettent pourtant guère d’exister, et l’on préférerait retrouver la soprano dans un opéra séria de Galuppi pour qu’elle puisse s’y investir plus pleinement. Heureusement, un beau duo, un peu plus développé, l’unit finalement à Zon-Zon. Comme cela avait été signalé lors des représentations liégeoises (voir recension), cette œuvre n’est certes pas majeure dans la production de Galuppi, mais on peut espérer qu’elle incitera d’autres directeurs de théâtre à remonter d’autres titres du compositeur vénitien.
  

 
 

 

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