Un concert trop arrosé

Sommernachts Konzert 2013

Par Yvan Beuvard | jeu 11 Juillet 2013 | Imprimer
 
Pour la dixième année, Le parc baroque de Schönbrunn offrait en mai dernier un pendant estival au Concert du Nouvel-an. Bicentenaire oblige : les œuvres au programme étaient de Verdi et de Wagner.
Dirigés par Lorin Maazel, les Wiener Philharmoniker sont parfaitement rodés à cet exercice, les cordes toujours aussi soyeuses, les bois caressants, dans une mise en place exemplaire.
Malgré les contraintes du plein-air, la prise de son est une réussite, tout comme le montage, intelligent, d’une qualité visuelle séduisante.
De manière générale, les tempi adoptés par le chef sont lents, ce qui peut aboutir au pire (une poussive chevauchée des Walkyries) comme au meilleur (le Liebestod de Tristan, d’une profonde beauté). L’ouverture des Maîtres chanteurs est toute en retenue, désertée par la joie, oublieuse de la nature de l’ouvrage. Maazel a-t-il confondu avec Parsifal ? Ce parti pris de lenteur est indistinctement appliqué à toutes les pièces figurant au programme. Seule la beauté de la pâte sonore permet d’éviter l’ennui qui se dégage du ballet d’Otello et de l’ouverture de La Force du destin. Crépuscule émouvant d’un grand chef : il pleure dans mon cœur comme il pleut sur Schönbrunn. Car il fait un temps de chien. Malgré le froid et la pluie, le public, majoritairement jeune, n’a pas renoncé, et les places vides sont rares.
Michael Schade, le grand ténor d’origine canadienne, après vingt ans d’opéra et davantage d’oratorio et de cantates, a su préserver sa voix dont le modelé est intact. S’il est difficile d’apprécier la projection compte-tenu des circonstances, le phrasé, la couleur et l’articulation sont d’une grande beauté. L’air « La mia letizia infondere » de I Lombardi alla prima crociata lui permet de camper un Oronte crédible. De Lohengrin, le célèbre «In fernem Land » atteint une dimension poignante. La simplicité grave du chant est un modèle, et l’orchestre n’est pas en reste.
Le bis habituel, Sang viennois, subit dès son introduction la retenue soulignée plus haut : elle prend des airs de l’homonyme auteur des Métamorphoses, et c’est effectivement très beau. La polka « rapide » Eljen a Magyar a perdu son qualificatif. Cependant, même avec ces tempi, cela reste les Wiener Philharmoniker.
Le riche livret est en français et en anglais, mais les textes chantés ont oublié leur traduction dans notre langue.
 

 

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