Le meilleur pour la fin

Grand Opéra - Diana Damrau - Paris (Philharmonie)

Par Antoine Brunetto | mar 03 Octobre 2017 | Imprimer

Est-ce la crainte de faire fuir le public avec un spectacle consacré à un seul compositeur, qui plus est méconnu du grand public ? Le programme du concert de Diana Damrau ce soir à la Philharmonie est de fait un reflet imparfait de son superbe et récent album dédié à Meyerbeer. On retrouve un bon nombre d’extraits (tels « Ombre légère » de Dinorah ou Le pardon de Ploërmel, « Sulla rupe, triste sola » d’Emma di Resburgo, « Oh Schwester, find’ ich dich » d’Ein Feldlager in Schlesien, « Robert , toi que j’aime » de Robert le Diable ou encore en bis « Là-bas sous l’arbre » de L’Africaine) mais la chanteuse a également pioché ailleurs chez Meyerbeer (la cavatine d’Urbain « Nobles seigneurs, salut ! » extrait des Huguenots) et chez d’autres compositeurs, Massenet avec Manon et Verdi avec I Vespri siciliani. Le tout est entrelacé de pages instrumentales sans lien avec le programme vocal, si ce n’est leur (toute) relative contemporanéité, formant un ensemble quelque peu hétérogène.

Est-ce pour combler l'absence de mise en scène inhérente à l'exercice du récital ? La soprano fait l’effort louable d’animer les personnages, quitte à dépasser la mesure : son Urbain plein de facéties entre ainsi en scène une missive à la main et sa Dinorah joue et danse avec son ombre, tourne sur elle-même, s’adresse au public. L’approche atteint cependant ses limites avec une Manon caricaturale, tout en minauderies et en œillades. Cela aurait pu être sympathique si ces outrances ne contaminaient également le chant : les alanguissements, les imitations d’enrouement dans les vocalises et autres procédés auraient davantage leur place chez Olympia que chez la maîtresse de Des Grieux.

Quel dommage, car Diana Dmarau est dans une forme vocale splendide. Tout au long de la soirée, la virtuosité répond présent : longueur de souffle, trilles parfaitement battus, suraigus, maîtrise des dynamiques, rien ne freine la soprano, qui s’amuse visiblement avec les réponses de l’écho dans « Ombre légère ». On note également un grand soin dans la diction du français, parfaitement intelligible.

La preuve de l’inutilité de l’agitation scénique est donnée après l’entracte, où la cantatrice revient dans une robe noire (après la robe bleu électrique de la première partie) et à une sobriété de bon aloi. Cette seconde partie donne d’ailleurs un bel aperçu de l’éclectisme de Giacomo Meyerbeer en termes de langues (allemand, français et italien) ainsi que de styles.

Alors qu’Emma di Resburgo permet à Diana Damrau de faire démonstration de son bagage belcantiste, l’extrait d’Ein Feldlager in Schlesien, à l’écriture plus dramatique, met en avant un médium nourri et une belle intensité. Après un boléro d’I Vespri siciliani qui la voit renouer avec quelques coquetteries (au point de perdre le chef, Lukazs Borowicz, en chemin), le concert se termine de façon superbe avec « Robert toi que j’aime » d’une séduction vocale irrésistible, alliée à une grande intelligence dramatique, et en bis, « Là-bas sous l’arbre » extrait de L’Africaine, pour lequel la chanteuse avoue sa préférence. A raison, elle y est divine, son interprétation mezza voce, frémissante, déploie des sortilèges et fait enfin poindre l’émotion. On aurait rêvé que le concert se soit maintenu à ces sommets.

Les baisses de tension constatées ont également pour origine la construction même du programme, qui intercale systématiquement une ouverture (ou une pièce musicale) entre chaque air. La direction nerveuse de Lukazs Borowicz n’est pas en cause (le chef se montre par ailleurs très attentif à sa chanteuse, veillant à ne pas la couvrir), pas plus que l’Orchestre National de Lille (même si Verdi – ouverture de Un giorno di regno – semble mieux convenir au tempérament de l’orchestre que Rossini - le pas de six extrait de Guillaume Tell manque quelque peu d’allant et de précision rythmique). On est en revanche vite lassé du choix des pièces instrumentales, uniformément martiales ou pétaradantes (avec comme acmé l’ouverture de Zampa). Là encore, c’est vers la fin du concert, dans l’extrait de la Suite pastorale Chabrier (Idylle), plus apaisé, que l’on peut enfin apprécier pleinement les couleurs instrumentales et la délicatesse des vents.

 

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