Poétique et loufoque

Les Bains macabres - Paris (Athénée)

Par Brigitte Cormier | ven 31 Janvier 2020 | Imprimer

Pour sa première incursion dans le genre lyrique, le compositeur Guillaume Connesson – sur la proposition de l’écrivain Olivier Bleys 
– a voulu, nous dit-il, « oser le défi d'un véritable opéra-comique du XXIe siècle ». Créée à Compiègne le 24 janvier, l’œuvre arrive au Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet, haut lieu parisien de spectacles originaux où musique et chant occupent une grande place.

Hormis Maupassant qui l’a utilisé avec brio dans Mont-Oriol, son cinquième roman, l’univers du thermalisme a rarement inspiré la littérature. Cet opéra-polar a su en faire son miel. L'action se passe dans un établissement thermal au bord de la Méditerranée. Nous voici emportés dans un tourbillon sonore et visuel qui ira crescendo jusqu’à la fin. L’intrigue est résolument policière. À l’aide de panneaux translucides, coulissant de haut en bas aussi bien que de gauche à droite, l’espace scénique est totalement accessible. Quant aux nombreuses projections vidéo évoquant une nature tantôt paisible, tantôt en furie, elles suggèrent les états d’âmes des personnages.

Tout s’enchaîne comme par magie au rythme d’une musique colorée, expressive, moqueuse, parfois violente ou sentimentale qui force l’admiration par sa précision sinon par son originalité. Elle est entrecoupée de dialogues parlés et aussi de chant en solo, duo, trio ou chœur. Nombre de passages sont identifiables par de brèves réminiscences de compositeurs notamment comme Debussy, Satie, Prokofiev ou Chostakovitch... Chacun y trouvera les siennes. Sous la baguette inflexible mais sans raideur d'Arie Van Beek, les trente-sept musiciens de haut niveau de l’Orchestre des Frivolités Parisiennes, tassés dans la petite fosse, produisent un flot mélodique continu, d’une précision horlogère qui n’exclut pas une interprétation très inspirée. Quant aux douze artistes du chœur Les Éléments, dirigés par Joël Suhubiette, ils sont irréprochables.


© Nicolas Descoteaux

Dans ces conditions hétéroclites passant brusquement du burlesque à la romance, voire au style grand guignol, le scénario n’est pas des plus faciles à suivre, les personnages manquent d’attrait et suscitent au départ moins d’empathie qu’on le voudrait. Ces défauts s’atténuent durant la deuxième partie qui offre quelques très beaux moments de grâce entre la jeune première bien vivante et son amoureux trépassé. Le moment où, horrifié, celui-ci découvre que son corps de chair est en train de s'écouler en sable est particulièrement mémorable. Ils vont heureusement finir par trouver le moyen de s’unir que nous ne dévoilerons pas.

Sous la direction du metteur-en-scène Florent Siaud, les neuf chanteurs-acteurs assurent leurs rôles avec compétence. En tête de distribution, la soprano Sandrine Buendia charme par sa voix fraîche bien timbrée et sa sensibilité dramatique. Avec sa voix lumineuse et magnifiquement projetée, son fiancé, le séduisant baryton Romain Dayez est très convaincant dans un rôle exigeant autorité, finesse et tendresse.

L’enquête
 impliquant irruption dans les locaux des thermes, interrogatoire des défunts, garde à vue des accusés est menée tambour battant par Anna Destraël, Commandante de la Police des Bains et par son acolyte Geoffroy Buffière – balourd et comique, comme il se doit. 
Dans le rôle omniprésent mais peu sympathique du libidineux directeur, le solide ténor Fabien Hyon ne ménage pas sa peine. Il est sur tous les fronts. C’est à lui que reviendra l’étonnante conclusion sur la réouverture immédiate des Bains Terminus, une fois finie l’enquête policière qui va se poursuivre dans l’au-delà !

 

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