Avec un peu d'Espagne autour

L'Instant Lyrique de Sophie Koch et Joan Martín-Royo - Paris (Elephant Paname)

Par Marcel Quillévéré | jeu 25 Janvier 2018 | Imprimer

L’Eléphant-Paname ? Un beau nom à la Kipling que porte souverainement ce  centre culturel, consacré en permanence à l’Art plastique et à la Danse, qui accueille aussi la saison de récitals de l’Instant Lyrique. Quand on passe le seuil du 10 de la rue Volney, nichée entre le Palais Garnier et l’Olympia, on est en plein merveilleux. L’immeuble  a beaucoup souffert d’avoir été  longtemps « oblitéré » par une banque, avant que deux jeunes gens, le peintre et designer  Laurent Fiat et sa sœur, la danseuse Fanny, lui redonnent vie. Le peintre a mis à découvert les murs d’origine et en a rehaussé la beauté avec beaucoup de sensibilité, tout en évitant judicieusement de cacher les stigmates du passé. C’est dans ce cadre magnifique qu’on peut prendre un verre avant le concert en regardant les danseurs répéter dans plusieurs studios alentour (2000 danseurs y travaillent chaque mois).

Il fallait bien qu’un jour l’art lyrique complète le tableau.  Le projet présenté par Richard Plaza a immédiatement séduit le peintre et la danseuse. Et le succès est au rendez-vous. C’est la quatrième saison, et pour le 3e concert, ce 25 janvier, près de 170 personnes ont pris place dans la Salle du Dôme, sous un ciel étoilé électrique qui fait penser au décor de Schinkel pour la Flûte Enchantée de Mozart.  L’Instant Lyrique a gagné le pari de rendre si actuel le salon musical d’autrefois, grâce à un mécénat privé d’autant plus motivé qu’à chaque concert sont invités des personnes secourues par des associations caritatives.

Le concert du 25 mai a été exceptionnellement donné au profit du Fonds de Dotation du refuge Kol près de Phnom-Penh au Cambodge, qui accueille des enfants abandonnés, et dont la Sophie Koch est la marraine. La mezzo française est sur scène en compagnie du pianiste Pierre Réach et du baryton espagnol Joan Martín-Royo qui fait une brillante carrière dans son pays notamment au Liceo de Barcelone et surtout au Teatro Real de Madrid, dans les brillantes saisons du directeur Joan Matabosch, ardent défenseur des artistes de son pays.

Le programme très original incluait notamment des airs de Zarzuelas couplés avec du Saint-Saëns. Superbe idée car le compositeur français avait bien connu Ruperto Chapí en Espagne et avait beaucoup aimé ses zarzuelas, en particulier La Revoltosa, au programme de ce concert.

On ne présente plus notre mezzo-soprano nationale qui a chanté les plus grands rôles sur les scènes du monde entier. La voix est puissante et les aigus cinglent dans un programme où on ne l’attend pas forcément. Après Brahms elle se lance pour la première fois avec passion dans la zarzuela espagnole. Le théâtre a repris ses droits et c’est curieusement là qu’on la sent le plus à son aise. Dans ces airs, où Berganza avant elle a connu tant de succès, son espagnol est impeccable. Dans l’ensemble, cependant, on n’a pas retrouvé la grande Sophie Koch qu’on admire. Dans ce programme, le médium et le grave, très sollicités, n’étaient pas suffisamment soutenus par le souffle et l’intonation devenait alors hasardeuse.

La découverte – et elle est de taille – c’est le baryton Joan Martín-Royo. Un chanteur de grande classe, au timbre velouté, qui allie maîtrise absolue du souffle et légato, égalité des registres et souplesse. Son interprétation de Duparc est  exemplaire (on songe à Panzéra). Rosemonde  chantée avec une telle  intériorité donne toute sa force à la mélodie. C’est la même pudeur, qui convient si bien à Schubert, qui bouleverse dans la Ständchen. Pas de concession, juste « chanter vrai », comme disait un auditeur à la fin du récital en évoquant Michel Dens. Il est devenu rare d’entendre un récitaliste distiller de la sorte avec précision et élégance toutes les langues qu’il chante. Outre l’espagnol, on ne perd pas un mot en français, en allemand ou en anglais où il rappelle les plus grands chanteurs d’opéras à Broadway. Dans les extraits de comédie musicale,  il donne sa vraie noblesse aux airs de L’Homme de la Manche ou des Misérables. Au piano, Pierre Réach est le complice fidèle du bayton notamment en Espagne où il enseigne.

On attend avec impatience le prochain rendez-vous de l’Instant Lyrique avec Elsa Dreisig le 6 mars prochain. Attention ça risque de se presser au portillon. Il faut donc réserver.

 

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