Il faut cultiver notre opéra

Voltaire à l'opéra

Par Laurent Bury | mer 28 Septembre 2011 | Imprimer
 
Alors que son théâtre a aujourd’hui sombré dans l’oubli, on a peine à imaginer que Voltaire fut l’un des auteurs dramatiques les plus joués en France jusqu’au milieu du XIXe siècle. A Paris, entre 1821 et 1830, ses pièces sont données plus souvent que celles de Racine ou de Corneille. Rien d’étonnant à ce qu’elles aient donc inspiré les compositeurs d’opéra. Fondé sur un cycle de conférences données à l’Institut de Musée Voltaire de Genève, le présent volume se subdivise en trois parties reflétant une certaine évidence chronologique : après une série de rendez-vous plus ou moins manqués en tant qu’aspirant librettiste (échec de sa collaboration avec Rameau pour un Samson, puis avec Grétry pour des opéras-comiques), Voltaire devient post-mortem une valeur sûre, et ses tragédies une réserve de sujets d’opéra, avant que le XXe siècle ne délaisse son théâtre pour mettre en musique ses contes, Candide en priorité.
 
Comme le montre admirablement l’excellent article d’Olivier Bara sur l’Olympie de Spontini (1819-1826), Voltaire fournissait aux compositeurs un théâtre riche en moments spectaculaires : conflits religieux, défilés solennels et cérémonies pompeuses qui font de lui le « complice involontaire » de la naissance du Grand Opéra, apparition du spectre de Ninus qui vaut à Sémiramis d’être adaptée une dizaine de fois avant la Semiramide rossinienne (dont on s’étonne quand même de lire, sous la plume de François Jacob, que ce n’est « pas l’une des plus grandes réussites du compostieur »). Zaïre (1732) inspira notamment Bellini, et Pierre Brunel revient ici sur les questions abordées dans son livre Vincenzo Bellini, paru en 1981 (dommage que les citations en italien soient criblées d’erreurs) ; Philippe Martin-Horie se penche, lui, sur la dernière adaptation opératique de cette œuvre, due à Paul Véronge de la Nux (1890). En fin de volume, le désormais célèbre Candide de Bernstein côtoie celui, plus confidentiel, de Jean-Marie Curti (1994), et le Micromégas de Paul Méfano (1982), en attendant le Voltaire/Rousseau commandé à Philippe Fénelon qui doit être créé à Genève à l’automne 2012.
 
Bien entendu, comme dans tout recueil, on trouve ici certains articles qui ne se raccrochent au thème que par les liens les plus ténus. Le texte consacré aux représentations de Samson et Dalila et d’Hérodiade au Grand Théâtre de Genève dans les années 1880 à 1900 est presque totalement hors-sujet. De même, l’article rédigé par un fanatique de Samuel Ramey a très peu à dire sur Voltaire, mais fait du moderne interprète d’Assur la réincarnation de Filippo Galli, non sans quelques approximations et erreurs factuelles (la production Lavelli des Noces de Figaro à Aix-en-Provence est attribuée à Giorgio Strehler, et l’on est bien surpris d’apprendre que Robert Carsen aurait monté Attila avec Ramey).Fort heureusement, ce ne sont là que des accidents de parcours, ce volume apparaissant surtout comme un bouquet de textes éclairants et inspirés. Et l’on aspire, au terme de sa lecture, à pouvoir écouter quelques-uns des opéras inspirés par Voltaire, sur la centaine (!) inventoriés en appendice.
 

 

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