J'irai cracher sur Maria

"Maria Callas"

Par Sylvain Fort | lun 12 Octobre 2009 | Imprimer
Cet opuscule est paru voici quelques mois, et longtemps il ne nous a pas semblé utile d’en produire le compte rendu, par révérence pour l’auteur et par égard pour l’éditeur. On n’ose croire en effet qu’un écrivain et italianiste aussi fin que Monsieur de Ceccatty ait pu se commettre à un tel ouvrage ; ni que l’excellente collection Folio-Biographies, qui compte de Monsieur de Ceccatty déjà un Pasolini très recommandable, et dont avons lu, çà et là, d’autres titres réussis (un Michel Ange fort bien fait de Nadine Sautel, un Balzac profond de François Tallandier, entre autres), ait pu se laisser aller à publier ce livre ajoutant l’aridité à la vacuité.
Car en fait de biographie, ce livre est une compilation de tout ce que l’on a pu lire d’inquisiteur, de nauséabond, de graveleux, de fantaisistes, mais aussi de complaisant, de pseudo-psychologique sur cette chanteuse et sa légende.
Le ton adopté est celui de la dissection objective, concédant ici un compliment, réservant là un reproche. Le moindre fait, le geste le plus insignifiant, l’articulet d’époque du dernier des journaleux, est examiné et pris en compte avec une froideur clinique qui glace les sangs.
Nulle admiration ici qui ne fût compensée par des constats de psychiatre atterré, nulle impression artistique qui ne s’accommode du rappel de circonstances médiocres, enfin nul éloge qui n’aille de pair avec le détail de coulisses putrides.
Les amateurs de coupures de presse jaunies et de digestions difficiles trouveront là leur bonheur. Pour nous, nous ne voyons pas l’intérêt de choisir pour thème une figure manifestement si peu aimée, ou plutôt : si mal aimée, par celui qui en fait le portrait. On admet la distance, la critique, les réserves, les reproches, tout ce que l’on voudra sur Maria Callas, mais pourquoi s’y montrer si vétilleux qu’à la fin on se demande si en somme cette chanteuse mérite davantage sa place dans une série de biographies que Chantal Goya ou Madame de Fontenay ? On ne supporte plus, à la lecture de cet opus, l’accumulation ad nauseam de petits faits, de micro-événements, de coups de griffe et cette façon si précautionneuse de distribuer les mérites. Plus indulgents peut-être, mais plus aimant, ô combien, les ouvrages de Pierre-Jean Rémy ou d’André Tubeuf sur Callas ne vous mettent pas dans la bouche cette amertume.
La seule revanche que prenne Maria Callas sur son biographe, c’est que son profil exact se noie sous la pluie de détails insignifiants et de souvenirs frelatés. L’on n’a plus alors qu’une seule envie, au sortir de cette lecture aussi inutile qu’incommodante : écouter la voix de la diva, et laisser couler au caniveau ce que son talent unique lui valut, hélas ! de bassesses.
 
Sylvain Fort

 

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