Chanter dans les tranchées ?

Mon violon m'a sauvé la vie

Par Laurent Bury | mer 02 Septembre 2015 | Imprimer

Nous vous l’avions annoncé, depuis le 20 juin et jusqu’au 31 décembre, le musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux accueille une exposition intitulée « Mon violon m’a sauvé la vie – Destins de musiciens dans la Grande Guerre ». On s’en doute, l’opéra ne tint pas une place immense lors du premier conflit mondial, mais l’ouvrage qui accompagne cette manifestation n’en inclut pas moins de nombreuses références à la musique vocale.

D’abord, à travers l’évocation des mois qui précédèrent le déclenchement des hostilités : dans beaucoup de pays, et notamment en France, janvier 1914 fut marqué par la création longtemps retardée de Parsifal (voir notre dossier 1914). Le même mois, Pierrot lunaire aurait dû être créé à Paris, aux côtés de pièces vocales de Ravel et de Stravinsky, mais l’œuvre de Schoenberg fut finalement remplacée par les Poèmes hindous de Delage.

C’est aussi le parcours d’André Caplet, qui aurait dû devenir chef d’orchestre de l’Opéra de Paris. Ce sont aussi les efforts de Nadia et Lili Boulanger, qui publient vaillamment leur Gazette des classes du conservatoire. C’est Ravel qui compose entre décembre 1914 et février 1915 ses Trois chansons pour chœur mixte sans accompagnement, dont la deuxième s’intitule « Mon ami, z’il est à la guerre ». C’est Reynaldo Hahn qui se met au piano pour chanter ses mélodies pour animer les soirées des officiers de l’état-major, et qui en compose bien d’autres (dont « A Chloris », 1917), et même des fragments d’opéras, Le Marchand de Venise et surtout Nausicaa. C’est Jean Cras, qui travaille à son opéra Polyphème de 1910 à 1920. C’est Jacques de la Presle, qui crée un orchestre dans son régiment et monte des spectacles de music-hall dont il compose la musique. C’est Saint-Saëns qui compose La Française, chant héroïque de la Grande Guerre. Debussy et son Noël des enfants qui n’ont plus de maisons. C’est un Poulenc de 18 ans qui livre sa Rapsodie nègre en 1917.

En novembre 1915, Henri Goublier fils crée l’opérette La Cocarde de Mimi Pinson. Le 30 novembre 1917, Caplet organise en la cathédrale de Noyon un concert de Noël auquel participent des chanteurs de l’Opéra de Paris et de l’Opéra-Comique (Rose Féart, Rodolphe Plamondon, Félix Vieulle).

Autant d’éléments qui prouvent que l’art lyrique ne s’est pas éteint en août 1914, et qu’il reste encore beaucoup à explorer dans ce domaine. Même si ce n’est pas sa vocation première, le présent volume (accompagné d’un disque réunissant des œuvres chambristes de Rudi Stephan, Louis Vierne et Lucien Durosoir) y apporte sa contribution.

 

 

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