Norma, la BD qui chante

Norma [Si l'opéra m'était dessiné...]

Par Yvan Beuvard | mar 16 Novembre 2021 | Imprimer

Née de la volonté conjointe de Guy Delvaux, scénariste et auteur des textes, et d’Antonio Ferrara, dessinateur, cette Norma en BD s’ajoute à Thaïs, et à Alcina, qui ouvraient une collection singulière. Sous-titré « mélodrame graphique traduit, versifié et adapté de l’opéra », l’album se distingue de tout ce que nous avons lu jusqu’à présent. L’ouvrage s’ouvre sur une galerie de présentation des personnages. Celle-ci est l’occasion de nous plonger déjà dans l’histoire. La couleur n’apparaîtra qu’au lever de rideau. Les attitudes, l’expression des visages (quels regards !) traduisent une connaissance approfondie de chacun des protagonistes et de son caractère. Ainsi, Clotilde protégeant les deux enfants de Norma, est-elle particulièrement éloquente.

Le scénario suit scrupuleusement le livret et va à l’essentiel – contrainte du genre – sans réduire la poésie de la langue, d’une grande fidélité. L’étonnante versification du texte traduit en français est bienvenue : elle est déjà musique par sa métrique et ses rythmes. La lecture des phylactères associés à des images évocatrices nous fait entendre les solistes comme le chœur. Le trouble de Norma, qui appelle secrètement Pollione à revenir à elle est superbement rendu. La confession d’Adalgisa confirme cette extraordinaire qualité à traduire avec justesse et concision des psychologies fouillées. Malgré sa nature graphique, la puissance dramatique de la scène finale du premier acte renvoie à celle de l’opéra, ce qui constitue une prouesse. La fin est bouleversante de vérité, avec des moyens insoupçonnés. Au graphisme puissant, le rythme du texte associé traduit parfaitement l’émotion que nous offrent les chanteurs en scène.

L’écriture est résolument vigoureuse, moderne : la vraisemblance historique s’y marie à notre monde contemporain. La personnalité du dessinateur s’y exprime avec un art consommé. Une production scénique pourrait faire appel à son talent pour ce qui relève des costumes comme des décors. La surprise du graphisme passée, l’appel d’Orovese aux druides rassemblés nous plonge dans l’action. Nous ne quitterons plus l’ouvrage jusqu’à son terme, connu, mais dont l’émotion est n’est pas moins forte.

Les cadrages, le découpage de chaque page, la variété des cases, appropriées à chaque situation, participent à la dynamique générale. Les phylactères, le graphisme des textes, le coloriage, tout concourt à nous empoigner et à nous émouvoir. Réalisée avec un soin extrême, dans une présentation luxueuse, la collection s’adresse évidemment aux mélomanes, mais vise à atteindre les personnes désireuses de se familiariser aux ouvrages lyriques les plus célèbres, de façon originale. A consommer sans modération.

Nous emprunterons la conclusion aux auteurs, faisant nôtre leur vœu : « Puisse ce projet éditorial accompagner une écoute musicale domestique ou mieux encore, encourager tout un chacun à pousser les portes d’un théâtre lyrique… »

 

 

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