Spécialité morave et nouvelle cuisine

Katia Kabanova

Par Nicolas Derny | mar 08 Mars 2011 | Imprimer
C’est, paraît-il, dans les vieilles casseroles que l’on fait les meilleures soupes. Mais que penser d’une vieille soupe réchauffée dans une casserole neuve ? Bien sûr, en mitonnant la nouvelle mouture de son numéro consacré à Kát’a Kabanová, la rédaction de l’Avant-Scène Opéra a choisi de nous resservir les articles et analyses de la première édition -si ce n’est qu’avant d’envoyer, la maquette a été rafraîchie, la bibliographie quelque peu émulsionnée, une vidéographie incorporée, l’argument d’Alain Duault remplacé par celui, al dente, de Chantal Cazaux et une contribution originale commandée au plus étoilé de la brigade, Harry Halbreich.
 
Malgré une bonne vingtaine d’années passées au congélateur, le brillant commentaire musical d’André Lischke a conservé toute sa saveur et constitue un plat principal de choix (l’introduction ayant été découpée en différentes sections). Des documents « d’époque », les extraits de correspondance entre Janáček et Kamila Stösslova et les bonnes feuilles de la monographie consacrée au compositeur par Max Brod restent croustillants et l’on ne rechignera pas à les déguster une seconde fois. Enfin, tout comme la discographie commentée par Lischke, les marmitons ont rallongé la rubrique « l’œuvre à l’affiche » d’une juste dose de productions récentes et saupoudré le tout d’une pincée de photographies fraîches (en couleur, contrairement à la version antérieure). 
 
Seul ingrédient véritablement nouveau, l’article d’Halbreich tente de lier la Katia de Janáček à celle de Chostakovitch (Lady Macbeth de Mzensk). Parallèle intéressant que faisait très récemment Slavoj Žižek dans ses Variations Wagner,si ce n’est que le musicologue (contrairement au philosophe) occupe une (trop) grande partie de l’espace qui lui est dévolu en détaillant par le menu l’argument de Kat’a Kabanová qui n’a pourtant aucun secret pour quiconque a parcouru le volume jusque là. Preuve qu’il arrive aux plus grands maîtres queuxde diluer un peu trop leurs savantes préparations… Il reste qu’à trop faire réduire, on y perd, entre autres, le passionnant article d’Arièle Butaux (De l’œuvre au livret) et la contribution de Guy Erismann (Le syndrome du péché et la philosophie du paratonnerre). Ce n’est pas avoir les yeux plus gros que le ventre que de noter que ceux qui possèdent la version originale de ce numéro 114 de l’Avant-Scène Opéra acquérront peut-être cette mise à jourpar excès de gourmandise mais ne s’en repaîtront pas. Les autres n’y verront que du feu puisque tout ce qu’on nous (re)sert ici est néanmoins excellent.
 
Nicolas Derny
 

 

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