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	<title>Ariane et Bacchus - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Ariane et Bacchus - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>MARAIS, Ariane et Bacchus</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Clement Demeure]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 04 May 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Hervé Niquet est infatigable, et fidèle. Il faut saluer son insatiable curiosité à redonner vie à d’innombrables partitions lyriques françaises, de Lully à Massenet en passant par Boismortier, Catel, Halévy ou Gounod. Le chef d’orchestre est également fidèle à Marin Marais (1656- 1728), dont il avait déjà exhumé Sémélé (1709) il y a plus de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Hervé Niquet est infatigable, et fidèle. Il faut saluer son insatiable curiosité à redonner vie à d’innombrables partitions lyriques françaises, de Lully à Massenet en passant par Boismortier, Catel, Halévy ou Gounod. Le chef d’orchestre est également fidèle à Marin Marais (1656- 1728), dont il avait déjà exhumé <em>Sémélé</em> (1709) il y a plus de quinze ans, en 2006 !</p>
<p>Si Marais reste surtout connu pour son <em>Alcione</em> (1706), <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/alcione-paris-opera-comique-tempete-de-lumiere-pour-rouvrir-favart/">rejoué à Favart</a> en 2017, c’est aujourd’hui à l’opéra d’<em>Ariane et Bacchus</em> que revient l’honneur de la découverte, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/ariane-et-bacchus-paris-declats-en-raffinement/">un concert ayant précédé ce disque</a>. En 1696, année de la création, le grand Lully est mort depuis neuf ans et l’Académie royale de musique tâtonne. Si une myriade de nouveaux musiciens s’en voient enfin ouvrir les portes, Pascal Colasse, Louis Lully, Charpentier, Desmarest ou Élisabeth Jacquet de La Guerre peinent d’abord à trouver le succès. Le début de cette période d’interrègne entre Lully et Rameau est néanmoins particulièrement intéressant, et voit l’émergence d’un nouveau genre aujourd’hui appelé opéra-ballet : la reprise du <em>Ballet des saisons</em> de Colasse concurrence d&rsquo;ailleurs la création d’<em>Ariane et Bacchus</em>, et annonce le succès retentissant de <em>L’Europe galante</em> de Campra l’année suivante. En 1697 toujours, <em>Issé</em> de Destouches déclenchera l&rsquo;engouement du public pour une autre formule nouvelle, la pastorale. Dans une époque tiraillée entre innovation et continuité, <em>Ariane et Bacchus</em> s’inscrit nettement dans la tradition de la tragédie en musique tout en proposant une dramaturgie singulière.</p>
<p>Las, cet opéra ne réussit guère mieux que ses contemporains. Dans sa correspondance, Louis-François Ladvocat commente les deux premiers actes : « On a répété dans mon cabinet les airs de violon qui m&rsquo;ont paru des meilleurs, les chœurs en sont très beaux. Pour les rôles, on n’est pas si content ». Quant au drame, « rien ne s’y fait que par les dieux ». Les remarques de ce conseiller du roi ont de la pertinence. Voyons un peu l’intrigue : après un prologue situé sur les rives de la Seine, nous voici à Naxos où Ariane abandonnée fulmine contre Thésée et sa sœur Phèdre. Elle trouve en Adraste un nouveau prétendant, qui délaisse pour elle la princesse Dircée. Ariane n’est point séduite, mais est plus troublée par les avances de Bacchus, débarqué au II. À l’acte suivant, Adraste en appelle à Junon, ennemie de Bacchus. Elle présente un songe trompeur à Ariane, mais l’Amour déjoue le stratagème. Acte IV, nouvelle stratégie d’Adraste : il demande au magicien Géralde d’invoquer les forces infernales. Alecton attise la jalousie d’Ariane, qui manque de tuer Bacchus au V ; c’est néanmoins Adraste qui succombe sous l’épée du dieu. Mercure apaise la princesse et le nouveau couple est célébré par Jupiter et une Junon soudain mieux disposée.</p>
<p>Les ingrédients sont familiers : sommeil et songes, cérémonie interrompue par une divinité, invocation infernale, matelots dansants et chantants, héroïne hésitante poignard en main… Le livret signé Saint-Jean, dont ne connaît rien d&rsquo;autre que ce drame, a une saveur presque méta-théâtrale dans l&rsquo;accumulation de ces topos, et désamorce lui-même les accidents qui font généralement l’intérêt de l’action. Ainsi, Ariane n’a pas le temps d’affronter Bacchus après le songe invoqué par Junon, car l’Amour vient immédiatement rétablir la vérité. Le mage Géralde annonce avant même d’invoquer les démons qu’ils refuseront sans doute d’attaquer Bacchus. La furie d’Ariane est sans conséquence, tandis qu’Atys poignarde son amante Sangaride (chez Lully et Quinault), et Idoménée son fils Idamant (chez Campra et Danchet). L’union même d’Ariane à Bacchus semble contrainte : « L’Amour ordonne, obéissez » scelle l’affaire peu tendrement à la fin du III. L’ensemble a de quoi déconcerter, et les nombreux personnages ont peu d’espace pour exister, à l’exception d’Ariane, voire Adraste. Pourtant, cette tragédie qui n’en est peut-être pas une a sa poésie propre, et cette héroïne prise dans une mécanique un peu vaine a quelque chose de touchant. Autre atout, il n’y a aucun temps mort et les divertissements sont parfaitement intégrés et calibrés. D’une constante beauté musicale, <em>Ariane et Bacchus</em> s’écoute donc sans émotions fortes, mais avec intérêt.</p>
<p><strong>Hervé Niquet</strong> mène l’ensemble avec énergie ainsi qu’un excellent sens de la ligne et des plans orchestraux. Brefs, les numéros filent promptement – y compris le prologue. Il faut attendre la chaconne du II pour s’arrêter plus longuement sur un même numéro musical, et le sommeil de l’acte suivant pour trouver des accents plus doux. Cette impression tient sans doute autant à la partition qu’à la personnalité du chef, qui, ici comme ailleurs, se distingue superbement dans les divertissements et par son instinct dans les danses, au détriment du tendre.</p>
<p>Niquet et l’équipe scientifique (au CMBV s’est associé un groupe de recherche brésilien) ont également tenu à se rapprocher de l’orchestre de Marais. Ils annoncent sans ambages : « Ni traverso, ni guitare, ni orgue, ni double clavecin, ni contrebasse, autant de colifichets recréant un “pittoresque baroque” très en vogue actuellement mais sans fondement musicologique. »  En revanche, le « petit chœur » chargé du continuo est particulièrement riche, et ses sept instrumentistes s’ajoutent à la trentaine du « grand chœur », dont les fameux 24 violons du roi. Cette réalisation favorise nettement les chaudes couleurs des cordes, çà et là pimentées d’irrésistibles percussions, les vents se faisant discrets. L’orchestre du <strong>Concert spirituel</strong> est impeccable et se plie aux entrelacs d’une écriture exigeante. Du superbe ensemble choral, qui mêle <strong>Concert spirituel et Chantres du Centre de la musique baroque de Versailles</strong>, louons une parfaite intelligibilité et la fine caractérisation des différents groupes figurés.</p>
<p>Avouons-le, <strong>Judith van Wanroij</strong> ne nous avait pas toujours pleinement convaincu. Elle s’affirme aujourd’hui brillamment en Ariane, rôle conçu à la mesure de Marie Le Rochois. La soprano néerlandaise a parfait sa diction et, surtout, récite son rôle avec éloquence. Une belle palette de couleurs et d’accents traduisent le parcours d’une femme oscillant entre amertume, agitation, colère et timide résignation. Tout d’une pièce, Bacchus n’a pas cet intérêt. Est-ce pour nuancer ou en raison de la tessiture tendue que la ligne de <strong>Mathias Vidal</strong> est plutôt hachée ? Il en résulte une certaine affectation, sans grande conséquence ici, la beauté du timbre donnant le change dans ce registre uniment amoureux. Adraste est plus développé, et le baryton <strong>David Witczak</strong> lui prête tout le relief nécessaire. <strong>Matthieu Lécroart</strong> n’est pas en reste et campe un magicien plein de caractère. Roi de Naxos bien chantant, <strong>Tomislav Lavoie</strong> est moins à l’aise avec les graves du sacrificateur. Dernière clé de fa, <strong>Philippe Estèphe</strong> réussit idéalement ses petits rôles, tandis que la haute-contre <strong>David Tricou</strong> se joue de la tessiture aiguë de ses brèves mais charmantes interventions. Rôle assez ingrat, Dircée peine à exister, mais <strong>Hélène Carpentier</strong> s’en acquitte avec sensibilité. Toujours évidente dans ce répertoire, <strong>Véronique Gens</strong> réussit une Junon haute en couleurs, après avoir été la nymphe de la Seine. <strong>Marie Perbost</strong> l’accompagne en Gloire dans le prologue, et caractérise habilement Corcine, confidente d’Ariane. <strong>Marine Lafdal-Franc</strong> enfin est un Amour efficace. Il convient de souligner la qualité de la diction et l’expression de toute l’équipe.</p>
<p>Avec la sortie de la <em>Circé</em> de Desmarest (1693) et avant celle de <em>Céphale et Procris</em> de Jacquet de La Guerre (1694), <em>Ariane et Bacchus</em> vient joliment contribuer à notre connaissance des années 1690 à l’Académie royale de musique, et confirmer la vitalité actuelle de l’interprétation ce répertoire.</p>
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		<title>MARAIS, Ariane et Bacchus — Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/ariane-et-bacchus-paris-declats-en-raffinement/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Brigitte Maroillat]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 Apr 2022 04:02:00 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a des œuvres qui s’égarent dans les couloirs du temps et se trouvent effacée de la postérité sans que l’on sache vraiment pourquoi. Tel est le cas d’<em>Ariane et Bacchus</em> de Marin Marais qu’<strong>Hervé Niquet</strong> qualifie de « comédie musicale à la française »<em>. </em>Comment Marais, instrumentiste et maitre de la musique de chambre, a-t-il composé cet opéra? D’abord par un sens aigu de la tragédie lyrique et ensuite par envie de composer une œuvre plus ambitieuse mais sur le mode chambriste, en faisant naître un tissu orchestral ciselé pour chaque instrument. Livret riche en personnages et en situations contrastés, partition dense et dramatique regorgeant de beautés, cette œuvre est incontestablement une pièce notable de la musique du 17<sup>e</sup> siècle et dont on doit la renaissance, à l’instar d’<em>Armide 1778</em>, au Centre de  Musique Baroque de Versailles sous l’égide de Benoît Dratwicki. Un enregistrement fera d’ailleurs suite à la représentation de ce soir en version concertante au TCE.</p>
<p>L’intérêt de cette ressurection est donc celui de la découverte d’une œuvre portée par un chef habité et une interprétation aguerrie dans ce répertoire : <strong>Judith van Wanroij, Veronique Gens, </strong>et <strong>Mathias Vidal</strong>, respectivement Ariane, Junon et Bacchus, entourés, comme dans tous les drames lyrique du 17e siècle, par une pléthore de solistes qui impulsent la mécanique théâtrale de ces péripéties mythologiques. La trame de l’histoire respecte les codes de l’époque, offrant de belles scènes tragiques, mais le spectateur peut être facilement désarçonné par la multitude des personnages, un foisonnement qui ne permet pas vraiment de caractériser les emplois de second plan. A cet égard, une version scénique se prêterait mieux qu’une représentation concertante pour donner corps à cette galerie de figures diverses. Sur le plan musical, l’œuvre brille de mille éclats, porté par la mélodie, l’harmonie, et une orchestration dédiée à chaque instrument et non à l&rsquo;orchestre dans son ensemble. Ici la musique prend le pas sur le théâtre, et à cet égard, cette œuvre trouve dès lors en version concertante un écrin idéal. La qualité prosodique  et l’expressivité des grands récitatifs accompagnés, notamment ceux d’Ariane et de Dircée, sont remarquables.</p>
<p>Au plus près des chanteurs et du chef, on mesure l&rsquo;intensité de la prestation des artistes, qui se jettent tout entier dans une texture musicale et vocale inédite. Comme à son habitude, Hervé Niquet se lance avec un enthousiasme communicatif dans cette mission de redécouverte avec son ensemble du Concert Spirituel, d&rsquo;une cohérence et précision à toute épreuve, répondant à la moindre des sollicitations du chef, tant dans les éclats allègres de la partition que dans les raffinements les plus subtils de celle-ci. On atteint après l&rsquo;entracte une plénitude dans l’acte IV et V très riches au plan harmonique. Chaque intervention du Chœur du Concert Spirituel et des Chantres du Centre de la Musique Baroque de Versailles est un ravissement et place, tout comme l’orchestre, la barre très haut, à la hauteur de laquelle doivent se hisser sans cesse les solistes. Dans un ouvrage qui brille par sa finesse, le chef tire le meilleur de sa formation dans les parties les plus enlevées tout en s’attachant aux moindre motifs sublimant la subtilité de l&rsquo;écriture musicale laquelle est parfaitement servie par les chanteurs ici réunis. </p>
<p>Pour les besoins d’une telle résurrection, la distribution est en effet de qualité et surtout d’un équilibre idéal. Elle offre une belle homogénéité à l’ensemble du travail accompli avec enthousiasme et envie. On soulignera d&#8217;emblée la remarquable diction de l&rsquo;ensemble des chanteurs, portant les mots du livret de Saint-Jean avec clarté et élégance. Dans une somptueuse robe rouge <strong>Véronique Gens</strong> joue les <em>guest</em> de luxe dans le rôle éclair de Junon, et tire à merveille partie d’un noble phrasé. Si le chant de <strong>Judith van Wanroij </strong>se veut aussi d’une belle finesse avec ce timbre léger, naturellement lumineux, la voix ne brille pas par sa puissance, et il lui manque la vaillance et l’aisance dans la projection. Mais on ne perd absolument rien des mots qu’elle distille grâce à une diction parfaite, ce qui mérite d’autant plus d’être souligné qu’elle est néerlandaise. <strong>Marie</strong> <strong>Perbost,</strong> au phrasé impeccable, offre une incarnation très convaincante dans les rôles de La Gloire et Corcine et on est d’emblée séduit par la sensualité de son chant exprimé avec naturel et élégance. La jeune soprano se fait ici tragédienne au chant subtilement stylé. <strong>Hélène Carpentier</strong> est un soprano gracieux mais elle ne rend pas toujours compréhensible ce qu’elle chante. Une fréquentation soutenue du répertoire français l’aidera sans doute à gagner en assurance et en clarté. Côté voix masculines, Bacchus est incarné par une figure bien connue du répertoire baroque, <strong>Mathias Vidal</strong>. Autant comédien que chanteur, il s’empare du rôle avec une belle présence et une voix au timbre épanoui dans un spectre étendue de couleurs et de nuances. Le ténor donne ici une leçon de chant notamment dans son somptueux duo avec Judith van Wanroij, « Que de si belles flammes ne finissent jamais ». Tout autant à l’aise en Jupiter qu’en Géralde, <strong>Matthieu</strong> <strong>Lécroart</strong> est irrésistible d’autorité, avec une voix à l’aigu bien assuré et un texte parlé remarquablement expressif. <strong>David</strong> <strong>Witzcak</strong> donne une noble parure vocale à  Adraste et  semble se fondre avec bonheur dans ce répertoire.  Plus en retrait dans l’action, mais néanmoins d’une belle présence vocale, le solide  baryton <strong>Tomislav Lavoie</strong>  aux belles couleurs, à la déclamation assurée conférant noblesse et prestance à sa double incarnation du Roi et du Sacrificateur. <strong>Philippe Estèphe</strong>, excellent acteur et donne corps avec aisance à sa galerie de personnages éclairs. <strong>Marine Lafdal-Franc</strong> à la belle générosité vocale et <strong>David Tricou</strong> au timbre chaleureux, viennent compléter la distribution avec des interventions brèves mais parfaitement exécutées.</p>
<p>Cette soirée est un pari réussi grâce à la synergie des talents réunis autour d’un projet à l’intérêt musicologique évident et dont la cohérence est portée avec conviction par le Centre de Musique baroque de Versailles et Benoît Dratwicki. Il eut été donc dommage de se priver d&rsquo;une œuvre inédite, écrin de beautés, faite d’éclats et de raffinement, servie par des artistes superbes, et un Hervé Niquet ultra motivé, autant passeur que chef d’orchestre. Une très belle soirée qui fait de rives anciennes autant d’horizons nouveaux.</p>
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