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	<title>Écho et Narcisse - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Écho et Narcisse - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>GLUCK, Écho et Narcisse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/gluck-echo-et-narcisse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clement Demeure]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 08 Oct 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le bide. Un camouflet pour celui qui pouvait s’enorgueillir d’avoir donné une nouvelle impulsion à l’opéra français. Pensez donc : <em>Iphigénie en Aulide</em> et <em>Orphée</em> (1774), <em>Alceste</em> (1776), <em>Armide</em> (1777) puis <em>Iphigénie en Tauride</em> (1779) avaient fait les délices d’une grande partie d’un public fatigué des manières anciennes. Et pourtant, quelques mois à la suite de la seconde Iphigénie, <em>Écho et Narcisse</em> disparaissait de l’affiche après seulement 12 soirs, unanimement boudé par toutes les factions.</p>
<p>Gluck s’est pris les pieds dans des ambitions peu en phase avec son temps. Après avoir brillé dans la tragédie, il s’attaque à la pastorale. Ce genre, comme l’opéra-ballet, n’est plus que la survivance d’une époque – d’un régime – en train de s’achever. Les années 1780 allaient d’ailleurs confirmer le goût français pour le grand tragique, illustré par Salieri, Piccinni, Sacchini, Gossec ou encore Lemoyne.</p>
<p>Quelle idée, aussi, d’inventer d’improbables amours entre Écho et le beau Narcisse ? Chez Ovide, la nymphe, condamnée par Junon à ne pouvoir que répéter quelques mots, dépérit et meurt après avoir essuyé le rejet de Narcisse. Ce dernier tombe bientôt sous le charme de son propre reflet dans l’eau et, comprenant que son amour est inaccessible, disparaît à son tour. « Les Dryades pleurèrent ; Écho répercuta leurs gémissements. Déjà elles préparaient le bûcher, les torches et le brancard funèbres : le corps ne se trouvait nulle part ; au lieu d&rsquo;un corps, elles trouvent une fleur au cœur couleur de safran, entourée de pétales blancs. »<sup>*</sup></p>
<p>Bien mal inspiré, le librettiste Jean-Baptiste de Tschudi rebat ces cartes : Écho n’est frappée d’aucune malédiction, et Narcisse lui accorde ses faveurs avant qu’un sort d’Apollon ne le fixe à son reflet – où, bienséance oblige, il croit voir une femme. Dans un joli prologue, l’Amour se jure donc de réunir les amants. L&rsquo;acte I démarre lentement. Églé et Aglaé attendent Écho qui apparaît enfin, tourmentée par l’indifférence nouvelle de Narcisse. Le voici : il chante son amour à son reflet avant de repartir sans avoir communiqué avec Écho, qui termine l’acte dans l’exaltation. L’acte II débute sur l’attente de la mort de la nymphe, désormais résignée. Narcisse est enfin dessillé par son ami Cynire, mais trop tard : le cortège funèbre d’Écho passe. Le troisième acte file rapidement ; Narcisse exprime sa peine et ses regrets auxquels répondent les échos de la nymphe. L’Amour débarque <em>ex machina</em> pour réunir le couple. Écho et Narcisse se réjouissent de concert, mais c’est un peu tard pour nous toucher, puisqu’ils ne s’étaient jamais parlé auparavant… Dans une <a href="http://www.bruzanemediabase.com/fre/Parutions-scientifiques-en-ligne/Articles/Garde-Julien-Echo-et-Narcisse-de-Gluck-la-derniere-reforme-dramatique">passionnante analyse</a> de l’opéra, Julien Garde résume fort justement : « La construction du drame s’avère de toute façon quasi impossible puisqu’elle se fonde sur un mythe dont les personnages sont bien trop centrés sur eux-mêmes pour permettre le déroulement d’une action. Le livret prend alors l’aspect d’un catalogue d’états d’âme ressassant sans cesse les mêmes impressions : “pas d’action, pas de mouvement ; tout se passe en confidences, en rêveries et en plaintes.” »</p>
<p>On ne peut nier pourtant que la belle musique coule à flots. Gluck mobilise tout son métier – et le vivier mélodique de ses œuvres italiennes – pour enchaîner sans s’appesantir des pages élégantes et séduisantes. L’orchestre délicatement coloré par les vents, la qualité d’un récitatif mouvant et raffiné, la science harmonique témoignent de sa pleine maturité musicale. Danses et chœurs charment continument dans leur variété. Aux rôles accessoires, des motifs d’<em>opera seria</em> remontant parfois aux années 1750 (<em>Ezio</em>, <em>La Danza</em>&#8230;), certes acclimatés au genre français, tandis que le couple principal épouse des accents tragiques. En dépit de moments d’une grande beauté, mal épaulée par le mouvement du drame, la musique semble parfois pleine d’« effets sans causes », selon le reproche injustement adressé à Meyerbeer.</p>
<p>À la tête d’un <strong>Concert spirituel</strong> sensible (chœur admirable de clarté, notamment), <strong>Hervé Niquet</strong> relève le défi de redresser la réputation de l&rsquo;ouvrage. Il privilégie fluidité et cohérence pour ne pas accentuer ce que les moments plus véhéments peuvent avoir d’incongrus. Impeccable de style, <strong>Adriana Gonz</strong><strong>ález</strong> ne laisse pas deviner ses origines guatémaltèques et habille Écho d’un sombre manteau tragique. La nymphe n’en demandait peut-être pas tant, mais c’est bien la partition qui le suggère. L’espoir plaintif de son air « Peut-être d’un injuste effroi » se situe dans la meilleure veine du musicien, et les pudiques adieux de l’acte II sont touchants. Seule réserve, de beaux accents alternent avec des moments plus flous. Le défaut ne guette pas <strong>Cyrille Dubois</strong>, toujours fascinant dans la façon de modeler le chant sur le texte. Suave et mordant, son Narcisse éveille l’intérêt à chaque apparition. Cynire est musicalement bien servi : c’était le rôle de Legros. Hélas, il n’a d’autre épaisseur que celle d’intercesseur fidèle. <strong>Sahy Ratia</strong> ne semble pas toujours très à l’aise au début, mais s’acquitte de sa partie avec mérite. On louera en particulier une diction très nette et les interventions du dernier acte, qui le trouvent à son meilleur.</p>
<p>Les autres rôles offrent peu pour exister : <strong>Lucie Edel</strong> et <strong>Laura Jarrell</strong> ne sortent du chœur que pour participer à un quatuor animé. Elles secondent <strong>Cécile Achille</strong> et <strong>Adèle Carlier</strong>, qui ont beaucoup plus d’occasions de faire valeur de jolies voix ; cette dernière se distingue par un surcroît d’incisivité, notamment dans une belle scène au III. Seule à animer le prologue, <strong>Myriam Leblanc</strong> est un Amour pimpant dont on attendrait néanmoins un peu plus de caractère.</p>
<p>Fallait-il enregistrer <em>Écho et Narcisse</em> ? Sans aucun doute, ne serait-ce que pour compléter notre connaissance de Gluck, l’édition Jacobs de 1987 avec Sophie Boulin et Kurt Streit n’étant plus éditée. L’intérêt n’est pas que documentaire : au fil de reprises plus intimistes, l’opéra sut séduire davantage en son temps. Gageons que dans un cadre idoine, cet opéra étrange, bancal assurément mais gorgé de superbe musique, saurait offrir une belle soirée.</p>
<pre>* Traduction A.-M. Boxus et J. Poucet, Bruxelles, 2006</pre>
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		<title>GLUCK, Écho et Narcisse — Versailles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gluck-echo-et-narcisse-versailles-echo-et-narcisse-metamorphoses/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Oct 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Paris (et sa région) connaît en ce début d’automne une véritable folie gluckiste : après Orfeo ed Euridice et le plus rare Iphigénie en Aulide au Théâtre des Champs-Élysées, et avant Armide à l’Opéra Comique, c’est Écho et Narcisse qui a été donné à l’Opéra royal du Château de Versailles vendredi dernier. Il s’agit de la dernière œuvre que Gluck composa et c’est probablement &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Paris (et sa région) connaît en ce début d’automne une véritable folie gluckiste : après <em><a href="https://www.forumopera.com/orfeo-ed-euridice-paris-tce-epure-et-emotions">Orfeo ed Euridice</a> </em>et le plus rare <em>Iphigénie en Aulide</em> au Théâtre des Champs-Élysées, et avant <em>Armide</em> à l’Opéra Comique, c’est <em>Écho et Narcisse</em> qui a été donné à l’Opéra royal du Château de Versailles vendredi dernier. Il s’agit de la dernière œuvre que Gluck composa et c’est probablement son œuvre parisienne la moins connue – ce n’est pourtant pas une adaptation d’une pièce antérieure mise au goût du public parisien, comme <em>Orphée et Eurydice</em>, mais bien une commande de l’Académie royale de musique, dans le sillon de l’immense succès public d’<em>Iphigénie en Tauride. </em></p>
<p>Néanmoins, à l’époque, l’œuvre fut un véritable four, et son échec contribua au retour de Gluck à Vienne, qui renonça ensuite à la composition. Le seul témoignage audio qui pouvait jusqu’à présent nous permettre d’entendre l’œuvre, un enregistrement réalisé par René Jacobs dans la foulée d’une série de représentations en 1987, donnait plutôt raison aux spécialistes de Gluck, qui considèrent pour la plupart que l’échec de l’œuvre était justifié, même s’il était principalement lié à des cabales menées contre le compositeur allemand. Piotr Kaminski, dans ses <em>1001 opéras</em>, n’est pas très tendre non plus avec cette pastorale. Mais ce concert versaillais, et l’enregistrement qui paraîtra bientôt, redonnent à cette pièce sa chance, avec beaucoup d’art et de conviction.</p>
<p>Accordons d’abord aux détracteurs de l’œuvre que le livret met en scène de manière assez statique et convenue les amours contrariés de la nymphe Écho et du berger Narcisse. Puisant la trame de son livret dans les <em>Métamorphoses </em>d’Ovide, Jean-Baptiste-Louis-Théodore de Tschudi en modifie l’issue finale : ici, l’Amour ramène Écho à la vie pour que Narcisse puisse enfin la retrouver (et ils vécurent heureux, etc.). Le prologue a des dimensions gigantesques : alors même que trois actes lui succèdent, il occupe près d’un tiers de l’œuvre. Il met très conventionnellement en scène l’Amour au milieu des Zéphirs et des Plaisirs, évoquant les deux amants qui donnent leur nom à la pièce qui suivra. Cependant, les accents héroïques des récitatifs et des airs de l’Amour, les teintes plutôt sombres de l’orchestration (ce sont parfois les timbres des bassons, des cordes graves et des cors qui dominent) et la tournure anxieuse de certaines danses confèrent à ce prologue de convention un caractère plutôt singulier. </p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/echonarcissecpascal_le_mee_14.jpg?itok=k3RMBbZY" title="© Pascal Le Mée" width="468" /><br />
	© Pascal Le Mée</p>
<p>La suite de l’opéra est plus inégale, avec de beaux moments (le chœur du début du premier acte, très mozartien ; l’air d’Écho « Ah ! rends-lui ton amour », au beau dessin mélodique ; le quatuor virtuose et virevoltant entre les quatre suivantes d’Écho ; le finale de l’acte II, ensemble de déploration poignant), mais d’autres assez peu inspirés, qui tiennent malgré tout sur le plan dramatique et musical grâce à l’interprétation habitée des artistes en présence. Mentionnons tout d’abord l’incarnation exceptionnelle de <strong>Cyrille Dubois</strong>, Narcisse tourmenté et nuancé. Le chanteur, qui avait déjà ébloui en Achille dans la récente version de concert d<em>’Iphigénie en Aulide</em> au TCE est ici encore au sommet de ses moyens vocaux et dramatiques. Chaque phrase claque avec justesse, ciselée dans le moelleux d’un timbre délicat qui peut à l’occasion se charger d’un mordant plus héroïque. Du très, très grand art. En Écho, <strong>Adriana González </strong>fait montre d’un tempérament tragique et d’une intensité musicale remarquables. La voix est peut-être trop opulente et puissante pour un rôle de nymphe, mais cela confère au personnage une aura d’héroïne de grand drame. Cependant, la richesse et la rondeur de la voix sont obtenues au détriment de la clarté du texte, seule petite réserve qu’on pourrait adresser à cette jeune chanteuse extrêmement prometteuse et touchante. </p>
<p>Dans le rôle secondaire de l’Amour, qui occupe néanmoins une part importante de l’œuvre, puisque c’est celui qui domine tout le prologue, <strong>Caroline Jestaedt</strong> fait merveille. Les teintes acidulées de son timbre de soprano apporte quelque chose de juvénile à ses airs et récitatifs très héroïques et déclamatoires. <strong>Sahy Ratia</strong> est un Cyrine de haut lignage, vocalisant adroitement et chantant à fleur de lèvres, avec une précision musicale et verbale rare. Première des nymphes de la suite d’Écho à faire son apparition, Aglaé est interprétée par <strong>Adèle Carlier</strong>, qui fait forte impression. L’artiste est jeune, mais la densité vocale et dramatique est déjà saisissante. <strong>Cécile Achille</strong> est quant à elle une Églé frémissante, au verbe haut et à la ligne musicale soignée. Faisant toutes deux une très courte apparition dans le quatuor féminin de l’acte II, <strong>Laura Jarrell</strong> et <strong>Lucie Edel</strong> s’extraient du chœur pour incarner respectivement Thanaïs et Sylphie. Lucie Edel ne chante jamais seule, mais son timbre de soprano aux couleurs sombres est mis adroitement au service d’une belle science musicale. De son côté, on sent que Laura Jerrell tient à montrer ce qu’elle vaut au moyen des quelques phrases solistes qui lui sont accordées, lancées de manière quelque peu véhémente, mais on doit avouer avoir été justement très impressionné par la présence dramatique et l’engagement vocal de cette très jeune artiste, qu’on aimerait assurément entendre dans un rôle plus long et consistant !</p>
<p>En fosse – fait rare pour une version de concert, mais qui permet heureusement de placer les chanteurs au bord de la scène, sans que le son de l&rsquo;orchestre n&rsquo;écrase leur voix –<strong> Le Concert Spirituel</strong> effraie d&rsquo;abord quelque peu. L&rsquo;ouverture est dirigée de manière pesante par <strong>Hervé Niquet</strong> et les problèmes d&rsquo;intonation sont nombreux. On retrouve cependant par la suite les qualités de timbres et d&rsquo;engagement de cette formation orchestrale et les musiciens exaltent la musique de Gluck, parvenant à un alliage idéal entre la densité dramatique, rendue par l&rsquo;implication des cordes et la profondeur de leur son, et la grâce du dessin mélodique, relevé par les vents en particulier. Le chœur est quant à lui toujours proche de l&rsquo;idéal, joignant la verve musicale à la cohésion sonore, et contribue pleinement à la réussite de cette réhabilitation d&rsquo;<em>Écho et Narcisse</em>, qui n&rsquo;est certes pas un chef-d&rsquo;œuvre, mais pas non plus l&rsquo;opéra indigne de son compositeur qu&rsquo;on évoque souvent.</p>
<p> </p>
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