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	<title>Elektra - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<title>Elektra - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>STRAUSS, Elektra &#8211; Düsseldorf</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-elektra-dusseldorf/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 31 May 2026 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le Deutsche Oper am Rhein réunit depuis 1956 deux maisons : Duisburg et Düsseldorf. C’est à Düsseldorf, la capitale du land de Rhénanie-Westphalie que se trouve la principale institution lyrique, dont une statue de Felix Mendelssohn Bartholdy, située à quelques mètres de l’entrée, dans la Heinrich-Heine-Allee, nous rappelle que l&#8217;auteur d&#8217;Elias en fut le directeur &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le Deutsche Oper am Rhein réunit depuis 1956 deux maisons : Duisburg et Düsseldorf. C’est à Düsseldorf, la capitale du land de Rhénanie-Westphalie que se trouve la principale institution lyrique, dont une statue de Felix Mendelssohn Bartholdy, située à quelques mètres de l’entrée, dans la Heinrich-Heine-Allee, nous rappelle que l&rsquo;auteur d&rsquo;<em>Elias</em> en fut le directeur musical de 1833 à 1835. Une quarantaine d’opéras sont à l’affiche chaque année, et en cette saison nous découvrons <em>Elektra</em>, nouvelle production montée par <strong>Stephan Krimmig</strong>. Né à Stuttgart, et bien connu Outre-Rhin pour ses quelque 120 mises en scène du grand répertoire de théâtre, Krimmig explore depuis quelques années le monde de l’opéra à petits pas : on lui connait un <em>Don Giovanni</em> au Bayerische Staatsoper de Munich en 2009, un <em>King Arthur</em> à Bâle en 2018, <em>Das Rheingold</em> et <em>La petite renarde rusée</em> à Stuttgart en 2021 et 2024, <em>Le Coq d’or </em>à Weimar en 2022 et, en 2026, <em>Luisa Miller</em> à Linz et <em>Elektra </em>donc à Düsseldorf.</p>
<p>Que la famille des Atrides l’intéresse, qu’elle le hante même, nous le voyons au nombre de pièces de théâtre qu’il a montées autour de la fille d’Agamemnon : <em>Thyeste</em> de Claus, <em>Trauer muss Elektra</em> <em>tragen</em> d’Eugene O’Neill, <em>Orest, Elektra, Frauen von Troja</em> de Rüffel, sans parler d’autres pièces ayant trait à la mythologie.<br />
Les notes d’intention qu’il délivre démontrent cette passion pour la famille maudite, mais sa proposition de ce soir démontre aussi son impuissance à en maîtriser toutes les facettes. Pour nous rendre plus proche du drame que vit Elektra, il transpose l’action de nos jours, mais sans jamais parvenir à nous entraîner authentiquement dans la spirale infernale.</p>
<p>Décor unique : une sorte de patio avec un arbre planté en son milieu. Au fond à droite, une vieille Mercédès montée sur crics qu’Elektra nettoie (ou répare ?). Du coffre, elle sortira la fameuse hache qu’utilisera Orest pour accomplir son funeste dessein. Elektra portera une salopette, sorte de bleu de travail, jusqu’à l’assassinat d’Aegisth, suite à quoi elle aura revêtu une tenue blanche immaculée. Les servantes sont ici plutôt des soubrettes, Aegisth un fanfaron qui ne sait sur quel pied danser (au sens propre du terme) et Klytämnestra en habit de lumière, comme sortie d’une troupe de music-hall. Faire apparaître (en songe pour Elektra ?), son père Agamemnon, n’est en soi pas une mauvaise idée, mais on aura du mal à saisir pourquoi celui-ci se déguise en clown acrobate au fil de ses apparitions. De même que le personnage de vidéaste filmant en direct Elektra avec son caméscope demeurera une énigme non résolue. Quant à la survenue, à la toute fin, de Klytämnestra dans son cercueil ouvert, afin que ses trois enfants lui délivrent une toilette mortuaire, on peut certes y voir une tentative de réconciliation post-mortem, mais cela nous prive de la danse finale extatique d’Elektra et met à plat le climax attendu.</p>
<p style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ele_6466-1_foto_sandra_then-1294x600.jpg" />© Sandra Then</p>
<p>Les Düsseldorfer Symphoniker sont dirigés par <strong>Vitali Alekseenok</strong>, entendu cette saison à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/moussorgski-boris-godounov-lyon/">Lyon</a>. Le jeune chef biélorusse tire fort bien parti de sa phalange, restant en permanence à l’écoute de la scène et s’assurant que tout reste audible. On aurait attendu ici et là davantage de mordant et de brillance, mais nous mettrons cette retenue sur le compte de l’équilibre recherché entre les voix et les instruments.</p>
<p>La plateau vocal est très satisfaisant dans l’ensemble. Nous commencerons toutefois par les quelques réserves concernant la Chrysothemis de <strong>Liana Aleksanyan</strong> qui semble ne pas s’être départie d’un travers remarqué déjà en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-chute-dune-icone/">2012</a>. Certes la voix est surpuissante, mais les aigus <em>forte </em>sont trop souvent criés, et surtout ils obèrent quasiment systématiquement la justesse de la note, avec des effets tout à fait regrettables, notamment dans les duos avec Elektra.<br />
Le rôle-titre est tenu par <strong>Magdalena Anna Hofmann</strong> qui avait été une Marie (Wozzeck) remarquée à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/berg-wozzeck-anvers/">Anvers l’automne dernier</a>. La soprano polonaise possède parfaitement la voix qui convient pour ce rôle. Les aigus extrêmes sont vaillamment conquis, la puissance est là, le timbre séduisant. Que nous manque-t-il alors ? Outre peut-être une présence sur scène qu’appelle l’héroïne de la pièce, ce sont les nuances dans le tableau dramatique que Strauss peint de ce personnage si complexe.  Non, Elektra n’est pas uniquement un bloc de frustration et de vengeance, il y a bien d’autres sentiments qui affleurent et qui doivent trouver, dans le jeu et dans le chant, leur expression.<br />
L’Orest de <strong>Richard Sveda</strong> convainc : le grave bien bronzé en impose et le jeu rend bien la volonté de vengeance du frère retrouvé. Aegisth est un <strong>Peter Marsch</strong> pimpant ! Et pourquoi pas ? Il introduit une sorte de légèreté dans le jeu, de cantabile dans le chant, qui ne sont pas déplaisants. Mention particulière pour les cinq servantes qui se sortent admirablement de l’entrée en matière de la pièce, riche en difficultés.<br />
Et enfin nous voulons nous arrêter sur la Klytämnestra de <strong>Linda Watson</strong>. Ce nom est bien connu et depuis longtemps des amateurs de Wagner car elle fut de 2006 à 2010 la triple Brünnhilde de la tétralogie à Bayreuth. Elle avait inauguré sa collaboration avec le Festival en 1998 avec Kundry (rôle qu’elle reprendra an 2003 au Met) avant de chanter Ortrud de 2000 à 2005. La soprano américaine a fait pratiquement toute sa carrière en Europe et essentiellement en Allemagne. Elle a été faite Kammersängerin en Allemagne en 2004  et en Autriche en 2020 et, fait très inhabituel, c’est pour entamer la fin de sa carrière qu’elle a intégré une troupe, à savoir celle de l’Oper am Rhein en 2013. Nous tairons son âge (et du reste les informations à ce sujet divergent selon les sources…) mais nous devons tirer notre révérence devant la qualité de sa prestation ce soir encore, ou aucun des travers que l’on  peut connaitre chez certains chanteurs ayant connu une longue carrière ne s’est fait jour. Le vibrato est maîtrisé, la technique permet de se sortir des pièges tendues par une partition ô combien périlleuse. Alors, oui les médiums et les graves sont parfois un peu courts, oui le souffle n’a sans doute plus la longueur d’antan, mais quel engagement, quelle envie de jouer et de chanter, et de chanter si bien.</p>
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		<title>STRAUSS, Elektra &#8211; Hambourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-elektra-hambourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 02 May 2026 08:02:49 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Aušrinė Stundytė a intégré il y a peu le cercle restreint des Elektra qui comptent sur le circuit. Sa prestation à Salzbourg en 2020 avait été remarquée et on comprend que Dmitri Tcherniakov ait jeté son dévolu sur la cantatrice lituanienne. Le triomphe que lui réserve fort justement le public hambourgeois à l’issue de cette &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Aušrinė Stundytė</strong> a intégré il y a peu le cercle restreint des Elektra qui comptent sur le circuit. Sa prestation à Salzbourg en 2020 avait été remarquée et on comprend que <strong>Dmitri Tcherniakov</strong> ait jeté son dévolu sur la cantatrice lituanienne. Le triomphe que lui réserve fort justement le public hambourgeois à l’issue de cette reprise d’<em>Elektra</em> dit la force d’attraction qu’exerce sur l’auditeur et le spectateur la prestation (que ce soit la voix ou le jeu) qu’elle livre ; elle est décidément entrée dans la cour des grandes Elektra du moment. Comme toujours chez le metteur en scène russe, l’exigence et la précision dans la direction d’acteurs sont de mise. Et Aušrinė Stundytė se plie aux innombrables sollicitations de Tcherniakov. Comme celle la conduisant par deux fois à reconstituer le corps de son père Agamemnon grâce à des vêtements et des polochons, à « entreprendre » sa sœur dans le duo juste avant l’arrivée d’Oreste, et l’on pourrait multiplier les exemples.<br />
Elle incarne une Elektra frêle, blessée (on devine qu’elle a pu être violentée dans sa jeunesse), se cherchant, y compris dans son identité (aux allures de garçon, elle semble trahir auprès de sa sœur un penchant lesbien), le tout dans la maîtrise d’un chant dont on connaît les exigences. La voix est splendide dans les aigus, qu’elle arrache parfois dans la douleur, mais sans aucune défaillance. Nous serons davantage réservé sur les médiums et les graves, parfois peu audibles du cinquième rang (mais après tout on pourra nous objecter que Strauss, dans sa fosse d’orchestre, avait lui-même fixé comme objectif à ses musiciens de surpasser en puissance « ces dames là-haut » !)</p>
<p>Autour de Aušrinė Stundytė, on retrouve <strong>Violeta Urmana</strong> en Klytämnestra ; elle aussi a été choisie délibérément par Tcherniakov qui avait tenu ensuite à ce qu’elle incarne Herodiade dans <em>Salome</em>. Le rôle est maîtrisé du début à la fin ; aujourd’hui les graves ont gagné en intensité, on « lit » véritablement le drame qui se déroule dans l’esprit de la mère d’Elektra. Mention aussi toute particulière pour la Chrysothemis de <strong>Jennifer Holloway</strong>. Sieglinde <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-walkure-bayreuth/">remarquée à Bayreuth</a> l’été dernier, la soprano américaine débute son monologue lors de son entrée prudemment, puis gagne en assurance et en présence jusqu’à la scène finale. Toutefois un peu trop dépendante visuellement de la cheffe, elle déploie des aigus puissants et ses derniers mots (« Orest ! Orest ! ») auront glacé l’assistance. Magnifique <strong>Kyle Ketelsen</strong> qui campe un Orest trouble (on comprendra pourquoi à la toute fin). La basse est bien posée, percutante, laissant transparaître aussi la douceur qui sied à l’incarnation d’un frère retrouvant sa sœur. Aegisth est un maitre de maison bien craintif et <strong>Wolfgang Ablinger-Sperrhacke</strong> donne authentique vie à ce personnage.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Elektra-4c-Monika-Rittershaus-1294x600.jpg" />© Monika Rittershaus</pre>
<p>La <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/elektra-hambourg-musee-ou-parc-dattraction/">mise en scène d’<strong>August</strong> <strong>Everding</strong></a> était restée près d’un demi-siècle au répertoire de l’Opéra d’État de Hambourg, et c’est en 2021 (le Covid avait reporté la nouvelle production prévue initialement en 2020) que Dmitri Tcherniakov a proposé cette nouvelle vision d’<em>Elektra</em>. Il s’agit là du premier volet de ce que l’on a appelé sa trilogie hambourgeoise des opéras de Strauss, <em>Salome</em> (2023) puis <em>Ariadne auf Naxos </em>(2025) complétant le trio.<br />
Plus encore que dans <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-salome-hambourg/"><em>Salome</em></a>, la transposition à laquelle opère Tcherniakov est frappante. Nous sommes, comme dans <em>Salome</em> (les décors sont presque interchangeables), dans un appartement bourgeois du XXe siècle : Orest sortira en effet de la bibliothèque un vinyle d’<em>Elektra</em>, l’enregistrement de 1966 (Solti, Nilsson, Resnik) ! Possiblement à  Vienne (bustes de Mozart et Beethoven dans les étagères).</p>
<p>C’est à un drame familial que nous sommes conviés. Au début de la pièce, Klytämnestra, atteinte de sénilité, réunit autour d’une tasse de thé ses amies qui médisent sur Elektra. Celle-ci est une femme-enfant qui n’a jamais pu mûrir, passant brutalement de l’enfance à l’âge adulte. Elle reste un être pour ainsi dire asexué, aux allures de garçon, qui, à travers des actes compulsifs répétés de manière rituelle, invoque le passé, c’est-à-dire ramène dans sa vie son père assassiné par sa mère et son amant. Elle sort les vêtements de son père d’un carton et les assemble sur la table à manger, tel un fétiche, pour reconstituer sa silhouette d’autrefois. Puis elle dispose en grand nombre sur cet autel les petits chevaux et les petits chiens de son enfance. C’est lorsqu’elle se couvre le visage de couleur sang, que l’on suppose qu’elle a été abusée dans son enfance.<br />
Chrysothemis est bien la sœur sage jusqu’au bout des ongles, dans l’incapacité de comprendre les souffrances d&rsquo;Elektra. Quant à Orest, sa mine patibulaire laisse soupçonner qu’il a plus d’un mauvais tour dans son sac, mais nul n’aurait pu imaginer qu’il s’agissait d’un tueur en série ! Après avoir trucidé sa mère et son beau-père, il pousse le vice jusqu’à ramener leurs cadavres à la table de la salle à manger, avant d’y asseoir une Elektra déjà morte dans son extase finale et même sa sœur Chrysothemis qu’il poignardera, peut-être pour s’assurer que ses forfaits n’auront eu nul témoin. Ces outrances ultimes étaient certainement dispensables.</p>
<p>C’est <strong>Anja Bihlmaier</strong> qui dirige d’une main de maître l’orchestre de l’Opéra de Hambourg en grande forme. Capable de rendre justice à la surpuissance demandée par la partition, capable aussi de laisser le plateau respirer, la cheffe allemande a délivré elle aussi une partition de toute beauté.</p>
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		<title>Discothèque idéale : Strauss – Elektra (Tate, Claves – 1990)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/discotheque-ideale-strauss-elektra-tate-claves-1990/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 16 Mar 2026 17:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Inge Borkh, Astrid Varnay ou Birgit Nilsson, pour n’en citer que trois, ont livré chacune plusieurs enregistrements de l’Atride qui forcent l’admiration et la stupeur. Plus que dans la (trop) célèbre version de Solti en 1965 pour Decca, on s’est sans doute approché de l’idéal absolu dans le live de Mitropoulos à Salzbourg en 1957 &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Inge Borkh, Astrid Varnay ou Birgit Nilsson, pour n’en citer que trois, ont livré chacune plusieurs enregistrements de l’Atride qui forcent l’admiration et la stupeur. Plus que dans la (trop) célèbre version de Solti en 1965 pour Decca, on s’est sans doute approché de l’idéal absolu dans le live de Mitropoulos à Salzbourg en 1957 avec Inge Borkh, Lisa Della Casa et Jean Madeira (et une ribambelle de stars jusque dans les cinq servantes) – un enregistrement exceptionnel à tous les égards.</p>
<p>Qu’on ne nous soupçonne pas de vouloir gratuitement déboulonner les idoles en préférant à ces versions d’anthologie la captation du live de <strong>Jeffrey Tate</strong> de 1990 au Grand Théâtre de Genève. Mais <strong>Gwyneth Jones</strong> et <strong>Leonie Rysanek</strong>, deux monstres sacrés, des immensités en ruines qui conservent toute leur autorité et leur magnétisme, chantant pendant tout l’opéra au bord du gouffre, avec des tripes de métal à la place des cordes vocales, faisant de leurs moyens abîmés et pourtant incommensurables un autodafé terrifiant, ça ne s’oublie pas. Dès son monologue, Jones choisit un expressionnisme forcené et miasmatique qui connaît une exception à vous clouer sur place, au moment de la reconnaissance d’Oreste, nimbée de l’amour et de l’incrédulité d’un personnage à bout de force. Rysanek livre un récit de Clytemnestre inoubliable dans son genre (celui de la soprano wagnérienne défraîchie, plutôt que celui de l’alto rugissante) : la voix est délabrée, monstrueuse, à la fois terrible et terrifiée, presque un brame, déjà un cadavre désarticulé, qui monte progressivement en intensité. C&rsquo;est presque pour elle seule qu&rsquo;on a préféré cette version à celle de Mitropoulos déjà citée (Orfeo, 1957).</p>
<p><strong>Tate</strong> s’avère un excellent straussien, à la lecture parfaitement atroce, sauvage, incandescente, et néanmoins soignée et intelligente. Il accompagne ses chanteuses dans la voie d’une interprétation qu’on qualifierait à bon droit d’inconsciente tant elle se consume elle-même avec une fureur inouïe, retrouvant quelque chose du dionysiaque qui est au fondement du chef d’œuvre de Strauss et d’Hofmannsthal.</p>
<p><strong>Anne Evans</strong>, sans doute pas la plus marquante des Chrysothemis, est une très belle voix, émouvante et au tempérament approprié ; <strong>Ronald Hamilton</strong> esquisse en quelques interventions un Égisthe lâche et méprisable tandis que <strong>Wolfgang Schöne</strong> est une présence marmoréenne efficace mais pas inoubliable en Oreste. Le quintette des servantes est très bien servi, notamment en raison de la cinquième servante rayonnante d&rsquo;<strong>Antoinette</strong> <strong>Faes</strong> (qui est aussi la porteuse de traîne de Clytemnestre).</p>
<p><em>Gwyneth Jones (Elektra), Leonie Rysanek (Klytämnestra), Anne Evans (Chrysothemis), Wolfgang Schöne (Orest), Ronald Hamilton (Aegisth), Michael Pavlu (le tuteur), Janeen Franz (la confidente), Antoinette Faes (la porteuse de traîne), Evangelia Antonini (la surveillante et la cinquième servante), Jacalyn Bower (la première servante), Vesselina Zorova (la deuxième servante), Ursual Weber (la troisième servante), Marit Sauramo (la quatrième servante), Neil Jenkins (un jeune serviteur), Leonard Graus (un vieux serviteur). Andrew Tate (direction musicale), orchestre de la Suisse romande, chœurs du Grand Théâtre de Genève. </em></p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><a href="https://www.forumopera.com/dossier/la-discotheque-ideale-de-lart-lyrique/"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="355" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vers-la-discotheque-ideale-2-1024x355.png" alt="" class="wp-image-207785"/></a></figure>
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		<item>
		<title>STRAUSS, Elektra – Metz</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-elektra-metz/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Nov 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Puisque l’Opéra-Théâtre de Metz est fermé pour travaux de rénovation, toute la saison se déroule hors-les-murs, dans différents lieux de la métropole. Après une Aida donnée au stade de la ville en juin dernier, c’est dans le plus académique, quoique moderne, Arsenal, la salle symphonique de la ville, qu’est proposée une version concertante d’Elektra sur &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Puisque l’Opéra-Théâtre de Metz est fermé pour travaux de rénovation, toute la saison se déroule hors-les-murs, dans différents lieux de la métropole. Après une <em>Aida</em> donnée au <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-aida-metz/">stade</a> de la ville en juin dernier, c’est dans le plus académique, quoique moderne, Arsenal, la salle symphonique de la ville, qu’est proposée une version concertante d’<em>Elektra</em> sur deux dates.</p>
<p>Dommage que, pour le deuxième et dernier spectacle auquel nous avons assisté, la salle n’ait pas été tout à fait pleine, car l’expérience vécue par les privilégiés présents a été exceptionnelle. Des interprètes en roue libre, un orchestre survitaminé pour un opéra coup de poing d’une heure et quarante minutes, voilà qui a laissé le public groggy, mais des souvenirs incroyables pleins la tête et les oreilles. Pas de mise en scène pour cette tragédie fin-de-siècle aussi bien qu’intemporelle, mais un subtil travail sur la lumière de <strong>Patrick Méeüs</strong>, qui permet de souligner les volumes sobres et classiques de l’Arsenal, tout en sublimant les chanteurs et les musiciens, voilà qui suffit à enrober efficacement le drame, terrifiant et cathartique à souhait.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Elektra-82-1294x600.jpg" alt="" />
© Philippe Gisselbrecht – Opéra-Théâtre de l'Eurométropole de Metz</pre>
<p>Tout, dans cette œuvre hors norme, peut susciter l’admiration, mais c’est avant tout au rôle-titre que vont les louanges. <strong>Elena Pankratova</strong> se donne sans retenue aucune dans son rôle plus grand que nature. Son Elektra est jusqu’au-boutiste, sans concession ni hésitations. Haineuse jusqu’au bout des cheveux, les yeux exorbités de fureur non contenue, danseuse presque statique mais exaltée comme jamais, hystérique juste ce qu’il faut, mais intensément vengeresse, le personnage vibre, palpite, vocifère, se délecte de l’irréparable et finit par exulter, extatique et en transe, sous nos yeux ébahis et médusés, face à notre conscience à la fois sidérée et repue. Paradoxalement, la performance surhumaine voire inhumaine de la soprano russe la rend profondément féminine. Quand bien même elle est mise à mal par l’orchestre qui donne tout ce qu’il peut, son instrument hors du commun parvient presque systématiquement à prendre le dessus. Se détournant du pupitre et de la partition dont elle n’a nul besoin, la jeune femme se dirige elle-même et incarne avec force et conviction un personnage des plus complexes avec un brio et une intensité qui emportent l’adhésion bien mieux que nombre de directeurs d’acteurs auraient pu obtenir. À ses côtés, <strong>Hedvig Haugerud</strong> est une Chrysothemis faussement douce et effacée. La soprano norvégienne donne à son personnage une force bienvenue et terrifiante. Ses hurlements de bête blessée transpercent l’auditeur, en parfait contraste avec une sorte de placidité tranquille qu’elle transfigure sans cesse, en particulier dans un mémorable « Oreste, Oreste ». <strong>Ana Ibarra</strong> est un peu moins impressionnante en Clytemnestre, dont elle fait une reine plus tourmentée et fragile que fière et impérieuse. La voix de la mezzo a tendance à se laisser submerger par les déferlantes orchestrales. Les servantes sont tout à fait convaincantes, sauf pour quelques phrases prononcées avec un accent très peu germanique par certaines d’entre elles. Peu aidé par son rôle pour le moins ingrat d’anti-héros pleutre jusqu’au pitoyable, le ténor lituanien <strong>Kristian Benedikt</strong> n’a guère l’occasion de nous donner à entendre l’étendue de ses moyens mais excelle lors de sa courte apparition. Bien plus séduisant et remarquable, <strong>Birger Radde</strong> est un Oreste à la prestance héroïque qui rend mieux que crédible le noble justicier qu’il incarne avec naturel et panache, de son beau bronze d’une grande flexibilité. Avec l’impériale Elena Pankratova, le fringuant baryton est l’un des grands triomphateurs de cette journée.</p>
<p>Davantage encore que les solistes, ceux qui véritablement se surpassent sont les membres de l’<strong>Orchestre national de Metz Grand Est</strong>. Galvanisés par la battue empreinte de griserie mais d’une netteté irréprochable du chef <strong>David Reiland</strong>, les musiciens déploient des trésors de sonorités à la fois martiales et subtiles. Les trompettes sont extraordinaires, mais l’ensemble des pupitres offrent leur meilleur.</p>
<p>Cela dit, on se surprend à se sentir frustrés d’avoir pâti d’une des qualités qui est également un défaut de la salle : placés très près des solistes et de l’orchestre, l’expérience est immersive et jouissive, à ceci près que les voix sont parfois absorbées par les instruments. Problème que ne ressentent pas ceux qui étaient installés plus haut, au fond de la salle, bénéficiant, selon leurs dires, d’une acoustique parfaite. Qu’à cela ne tienne, on se souviendra longtemps de cette <em>Elektra</em> qui nous a laissée totalement vidée émotionnellement et physiquement, ce qui n’est pas le moindre des compliments qu’on puisse lui faire.</p>
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		<title>STRAUSS, Elektra</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/strauss-elektra/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On se frotte les yeux en découvrant ce coffret. Une nouvelle Elektra de Richard Strauss ? La discographie est pourtant pléthorique, et ne manque pas de références indiscutables, de Karl Böhm à Giuseppe Sinopoli (tous deux chez DG) à Georg Solti (Decca). Un enregistrement fait en studio ? Même si le livret d&#8217;accompagnement est très &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On se frotte les yeux en découvrant ce coffret. Une nouvelle <em>Elektra</em> de Richard Strauss ? La discographie est pourtant pléthorique, et ne manque pas de références indiscutables, de Karl Böhm à Giuseppe Sinopoli (tous deux chez DG) à Georg Solti (Decca). Un enregistrement fait en studio ? Même si le livret d&rsquo;accompagnement est très avare en explications, il semble bien que ce soit le cas. Il existe donc encore des endroits où il est possible de réunir les 150 musiciens requis par la partition, et de les faire travailler plusieurs jours de suite pour obtenir un produit final qui réponde à une idée claire du chef. Cela fait chaud au cœur. Reste à savoir si les objectifs sont atteints.</p>
<p>Commençons par les réussites, qui sont réelles. Sachant que ses concurrents ont pour nom Vienne, Berlin ou Dresde, <strong>Julien Salemkour</strong> évite la confrontation directe. Plutôt que d&rsquo;essayer vainement d&rsquo;égaler ces phalanges en termes de rutilance, de décibels et de couleur, il va tenter de nous montrer qu&rsquo;on peut diriger <em>Elektra</em> autrement. En limitant les déflagrations de puissance et en tentant de serrer le texte déclamé par les chanteurs au plus près possible. Une <em>Elektra</em> vue de l&rsquo;intérieur en quelque sorte, avec un tissu orchestral qui sonne dense, compact, presque sobre, alors que l&rsquo;habitude des chefs est d&rsquo;y éparpiller la matière sonore, et de faire briller ces bijoux étalés sous les oreilles de l&rsquo;auditeur. Tout est mat, presque gris. Ce qui nous oblige à changer nos habitudes d&rsquo;écoute mais se révèle finalement intéressant, et permet surtout de prêter une nouvelle attention au magnifique texte d&rsquo;Hoffmannstahl, puisque notre oreille est moins sollicitée par une multitude de détails. Vu la minceur du travail éditorial, on ne sait pas très bien qui constitue <strong>l&rsquo;orchestre Experience</strong>, et même Google ne peut nous en apprendre davantage. Mais ses membres semblent convaincus par leur chef, et épousent ses convictions avec beaucoup de naturel et d&rsquo;aisance. On soulignera particulièrement le travail des cuivres, qui parviennent à un camaïeu de gradation dans les nuances qui mérite un coup de chapeau. La prise de son, très globale, concourt à l&rsquo;esthétique du projet.</p>
<p>Du côté des chanteurs, il y a aussi pas mal de choses à glaner. Dans la veine de <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/brahms-ein-deutsches-requiem/">son récent Requiem de Brahms avec Mazaaki Suzuki,</a> <strong>Jochen Kupfer</strong> campe un Oreste calme, résolu dans sa vengeance, dont la force tranquille s&rsquo;exprime dans un dialogue avec les trombones de toute beauté. On aime aussi beaucoup l&rsquo;Egisthe de <strong>Sothiris Charalampous</strong>. Le ténor parvient à en rendre le ridicule et la vanité du personnage par d&rsquo;autres moyens que les criailleries habituelles. Il joue d&rsquo;un timbre léger et séduisant pour portraiturer un homme qui doit être suffisamment attirant pour avoir brisé l&rsquo;union des Atrides. Bravo pour la trouvaille ! La Clytemnestre de <strong>Sanja Anastasia</strong> (Est-ce bien elle ? Le livret n&rsquo;est pas clair) intéresse, sans vraiment convaincre. Une belle projection, une façon très intelligente de dire le texte, un grave voluptueux. Mais le matériau vocal est vraiment trop pauvre lorsqu&rsquo;on compare à Regina Resnik ou Hannah Schwarz.</p>
<p>Il y aussi de graves faiblesses dans cette <em>Elektra</em>. D&rsquo;abord un chœur dispersé et faux, dont on ne connait d&rsquo;ailleurs pas l&rsquo;identité, et une Chrysothémis indigne. <strong>Astrid Weber</strong> n&rsquo;a tout simplement pas les moyens du rôle. Ce qui l&rsquo;amène à gonfler sa voix et à sombrer dans les hurlements dès que son registre aigu est sollicité. C&rsquo;est pénible, et cela déséquilibre l&rsquo;ensemble de l&rsquo;architecture, parce que la sœur d&rsquo;Elektra est justement supposée apporter de l&rsquo;apaisement et du lyrisme face à la soif de sang du rôle-titre. Pour l&rsquo;apaisement, on repassera. En plus, ces sons poussés empêchent de comprendre un traître mot de ce qui se chante.</p>
<p>Reste la protagoniste principale : <strong>Barbara Krieger</strong> est-elle à la hauteur des attentes ? Hélas, pas vraiment, même si on sent un vrai travail de préparation et un souci de bien faire. L&rsquo;effort est justement trop perceptible, et chacun de ses monologues la montre à la limite de la rupture. Rupture qui ne se produit jamais, mais dont l&rsquo;éventualité pèse comme une épée de Damoclès et empêche l&rsquo;auditeur de plonger dans l&rsquo;œuvre. Même le finale ne la trouve pas davantage à son aise, et on est presque soulagé qu&rsquo;elle s&rsquo;effondre. Certes, il y a de la logique à vouloir faire le portrait d&rsquo;une Elektra faible et désemparée, et c&rsquo;est à mettre en parallèle avec la direction très « underplayed » de Julien Salemkour. Mais c&rsquo;est trop peu pour s&rsquo;imposer face aux monstres vocaux qui ont précédé, de Birgitt Nilsson à Alessandra Marc, en passant par Inge Borkh ou Eva Marton. On regrette donc de l&rsquo;écrire, mais la discographie de l&rsquo;œuvre reste inchangée.</p>
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		<title>Wolfgang Sawallisch, Complete Opera Recordings</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/wolfgang-sawallisch-complete-opera-recordings/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Sep 2024 03:44:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Warner Classics poursuit son édition de l’intégrale des enregistrements de Wolfgang Sawallisch – «&#160;un des plus grands évangélisateurs modernes de la musique allemande et de la meilleure manière de la faire&#160;», écrivait Sylvain Fort dans son hommage nécrologique en 2013. Après l’œuvre symphonique, mélodique et chorale en juin dernier, quinze opéras – trente-et-un CD – &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Warner Classics poursuit son édition de l’intégrale des enregistrements de Wolfgang Sawallisch – «&nbsp;un des plus grands évangélisateurs modernes de la musique allemande et de la meilleure manière de la faire&nbsp;», écrivait Sylvain Fort dans <a href="https://www.forumopera.com/wolfgang-sawallisch-le-survivant/">son hommage nécrologique en 2013</a>.</p>
<p>Après l’œuvre symphonique, mélodique et chorale en juin dernier, quinze opéras – trente-et-un CD – sont réunies en un seul coffret luxueux, de <em>Die Zauberflöte</em> qui n’est pas la meilleure des versions car desservi par une distribution un cran en dessous d’autres (Moll, Schreier, Moser, Rothenberger), à <em>Die Kluge</em> et <em>Der Mond</em>, deux ouvrages en un acte de Carl Orff peu enregistrés – le second bénéficie de la présence lumineuse d’Elisabeth Schwarzkopf.</p>
<p>Entre cet alpha et ces omégas voulus par l’éditeur&nbsp;: Wagner et Strauss, deux monuments dont Sawallisch se pose en gardien d’une tradition musicale au cœur de laquelle il a grandi. En découlent une précision et une fidélité sans faille aux intentions des compositeurs. Ce respect de la lettre n’est pas synonyme d’un quelconque académisme, ou pire, d’une absence de vision. Au contraire, quelle que soit la partition, sa direction se caractérise par une clarté exceptionnelle, une attention méticuleuse aux détails orchestraux, et une capacité à révéler la profondeur émotionnelle de l’œuvre interprétée.</p>
<p>Derrière le chef symphonique, derrière l’homme de théâtre soucieux d’équilibre entre la fosse et la scène, il y a aussi le pianiste et accompagnateur de grands <em>Liedersänger</em> tels Dietrich Fischer-Dieskau, Margaret Price, Lucia Popp, entre autres. Le sens du mot, si essentiel dans la conversation en musique straussienne, pose en référence l’enregistrement de <em>Capriccio</em> en 1959 où rayonne Elisabeth Schwarzkopf en Comtesse partagée entre Nicolaï Gedda et Dietrich Fischer-Dieskau. Auréolés de distributions non moins prestigieuses, <em>Intermezzo</em> (Popp, Fischer-Dieskau, Moll), <em>Die Frau ohne Schatten</em> (Kollo, Studer, Schwarz) et <em>Elektra </em>(Marton, Studer) renvoient à la période munichoise de Sawallisch lorsque sous sa direction, musicale entre 1971 et 1982, puis générale jusqu’en 1992, le Bayerische Staatsoper retrouvait son éclat d’antan.</p>
<p>Invité à Bayreuth de 1957 à 1962, Sawallisch entretient avec l’œuvre de Wagner un rapport d’abord orchestral. Captée <em>live</em> à Munich en 1989, sa Tétralogie aligne quelques grands chanteurs – Waltraud Meier, Julia Varady, Hildegard Behrens, René Kollo, Kurt Moll… – mais c’est dans la fosse que se noue le drame. Les maîtres-mots en restent clarté et précision. L’enregistrement des <em>Maîtres chanteurs</em> (Heppner, Studer, Moll) coïncide avec la décision du chef d’abandonner l’opéra en 1992.</p>
<p>Moins essentiels mais non moins intéressants car rarement enregistrées, <em>Abu Hassan</em> de Weber (Moser, Gedda, Moll) et <em>Die Zwillingsbrüder</em> de Schubert (Gedda, Moll encore), deux <em>singspiel</em> en un acte, complètent la collection.</p>
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		<title>STRAUSS, Elektra &#8211; Munich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-elektra-munich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Jul 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Bien que connue et souvent contée, l’anecdote est de circonstance. Lors des répétitions d’Elektra, peu de jours avant sa création au Königliches Opernhaus de Dresde en 1909, Richard Strauss admonesta le chef d’orchestre, Ernst von Schuch : « Plus fort ! J’entends encore Madame Heink » – la créatrice du rôle de Clytemnestre. A Munich, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Bien que connue et souvent contée, l’anecdote est de circonstance. Lors des répétitions d’<em>Elektra,</em> peu de jours avant sa création au Königliches Opernhaus de Dresde en 1909, Richard Strauss admonesta le chef d’orchestre, Ernst von Schuch : « Plus fort ! J’entends encore Madame Heink » – la créatrice du rôle de Clytemnestre.</p>
<p>A Munich, dans cette reprise de la mise en scène de <strong>Herbert Wernicke</strong>, mort en 2002, <strong>Vladimir Jurowski</strong> applique la consigne à la lettre. L’orchestre est le premier des protagonistes d’un drame implacable d’où toute trace de lyrisme a été écartée. Impitoyable, dominatrice, la direction musicale s’infiltre au plus profond de la partition, la transperce, l’analyse, la déchiquète, la déstructure presque, au détriment d’élans mélodiques avortés, brisés, démantelés avant même de s’être déployés. L’âpreté de l’écriture straussienne, sa violence, et par voie de conséquence sa modernité, ne font plus de doute mais ainsi asséchée de sa substance compassionnelle,<em> Elektra</em> peut sembler aride, d’autant que l’absence – inexpliquée – de surtitres dans la salle n’aide pas à pénétrer les arcanes de la tragédie, sauf à suffisamment maîtriser la langue allemande.</p>
<p>Cette approche met en valeur un orchestre dont l’excellence n’est plus à démontrer. L’acuité, le foisonnement des détails, la netteté avec laquelle chaque pupitre apporte sa pierre à l’architecture sonore provoquent l’admiration à défaut de l’émotion.</p>
<p>Les chanteurs, eux, ne sont qu’instruments parmi d’autres, voix contraintes de franchir le mur dressé face à eux, ou de se taire. De tous les rôles du répertoire le plus inhumain peut-être, Elektra met à rude épreuve <strong>Elena Pankratova</strong>. L’aigu seul surnage à la surface de cette mer déchaînée de sons mais la soprano reste remarquable de résistance et de volonté, inaudible parfois, monolithique souvent face à un orchestre qui lui laisse peu de marge d’expression, mais héroïque.</p>
<p>Héroïque aussi, <strong>Vida Miknevičiūtė</strong> semble d’abord taillée dans un bois trop tendre pour Chrysothemis mais emporte finalement l’adhésion par la limpidité, la musicalité, la lumière, la fraîcheur aussi avec laquelle elle traverse l’opéra pour le conclure par deux « Orest ! » lancés vaillamment, comme deux fusées de détresse.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Elektra_2022_c_W.Hoesl__2_-1294x600.jpg" />© Wilfried Hösl</pre>
<p>Aux portes de la légende se dresse <strong>Violeta Urmana</strong>, Clytemnestre à la stature impressionnante, seule parmi toutes à projeter ses notes graves par-dessus l’orchestre, chantante dans un rôle qu’ont pour usage de s’approprier les disantes – ces chanteuses plus ou moins en fin de carrière dont le tempérament transcende l’insuffisance – n’usant ni de <em>schpregesang</em>, ni de rupture de registre mais au contraire d’une émission encore homogène pour imposer une reine tourmentée, impérieuse et glacée.</p>
<p>Tapi dans une loge latérale – un des artifices judicieux de la mise en scène –Oreste attend son heure pour gagner la scène au moyen d’un escalier aménagé sur le côté. <strong>Károly Szemerédy</strong> caparaçonne le frère d’Elektra dans un baryton d’airain, d’une noblesse et d’une dignité que rien ne semble pouvoir fendre, pas même les accès de tendresse dans la grande scène de reconnaissance.</p>
<p>Désormais rompu aux rôles de caractère, straussien notamment – son Herode dans <em>Salome</em> est actuellement incontournable –, ténor au trait précis et incisif dans les deux courtes scènes que lui concède l’opéra, <strong>John Daszak</strong> est l’Egisthe pitoyable et glapissant consacré par une certaine tradition.</p>
<p>Avec son immense carré noir qui ferme le cadre de scène et qui, en pivotant, laisse entrevoir les marches du palais, la réalisation scénique de Hubert Wernicke pourrait n’être qu’esthétique. Les jeux de lumière calés sur la partition, la fluidité et l’intelligence des entrées et sorties, la position d’Elektra emprisonnée dans un cercle lumineux devant ledit carré, comme cloitrée dans sa psychose, le manteau de Clytemnestre, réplique du rideau du Staatsoper, qu’Oreste revêtira à la fin de l’opéra pour se figer dans une position d’empereur romain : nombreux sont les détails qui affirment une compréhension affûtée de l’œuvre. Une direction musicale moins omnipotente aurait pu en rendre la représentation plus mémorable.</p>
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		<title>La boîte à pépites : le cri primal de Chrysothemis dans Elektra</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/la-boite-a-pepites-le-cri-primal-de-chrysothemis-dans-elektra/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christine Ducq]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 29 Jun 2024 03:42:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On sait que l&#8217;opéra et en particulier les voix déclenchent jouissance ou crispation chez les uns et les autres, selon qu&#8217;ils soient amateurs ou ennemis (deux groupes irréconciliables) de l&#8217;art lyrique. Les Opernfreunde straussiens n&#8217;ont cependant jamais oublié le cri extraordinaire lancé par Marie Collier quand elle apprend la (fausse) nouvelle de la mort de &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>On sait que l&rsquo;opéra et en particulier les voix déclenchent jouissance ou crispation chez les uns et les autres, selon qu&rsquo;ils soient amateurs ou ennemis (deux groupes irréconciliables) de l&rsquo;art lyrique. Les <em>Opernfreunde</em> straussiens n&rsquo;ont cependant jamais oublié le cri extraordinaire lancé par <strong>Marie Collier</strong> quand elle apprend la (fausse) nouvelle de la mort de leur frère, Oreste, à Elektra (<strong>Birgit</strong> <strong>Nilsson), </strong>cette dernière comptant sur lui pour venger la mort de leur père, Agamemnon. Dans l&rsquo;enregistrement légendaire de 1966 chez Decca de l&rsquo;opéra de Richard Strauss par <strong>Sir Georg Solti</strong> avec l&rsquo;Orchestre philharmonique de Vienne, sans doute saisie par l&rsquo;énergie sauvage du chef hongrois (de son vrai nom György Stern), la soprano australienne nous offre un des plus beaux (ou des plus étranges selon les goûts) cris de l&rsquo;histoire de l&rsquo;opéra. Un peu comme si sa Chrysothemis s&rsquo;était soudain retrouvée dans un film d&rsquo;horreur de Dario Argento. Il est vrai que la partition indique qu&rsquo;elle surgit sur la scène « wie ein verwundenes Tier » (comme une bête blessée) et qu&rsquo;elle doit bel et bien crier (« schreiend »). Toutes ses collègues n&rsquo;arrivent cependant pas à en poitriner un semblable&#8230; pour le meilleur ou pour le pire ? </p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="R. Strauss: Elektra, Op. 58, TrV 223 - &quot;Orest! Orest ist tot!&quot;" width="1200" height="900" src="https://www.youtube.com/embed/64jYSfGMxGQ?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>STRAUSS, Elektra &#8211; Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-elektra-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christine Ducq]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 May 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A Mycènes, dans la cour du palais une princesse sale, l&#8217;imprécation à la bouche, mange avec les chiens et terrifie toute la maison des Atrides. Prisonnière avec sa sœur Chrysothemis d&#8217;une demeure maudite dans laquelle sa mère, la Reine Clytemnestre a assassiné à la hache son époux Agamemnon avec la complicité de son amant, Egisthe, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>A Mycènes, dans la cour du palais une princesse sale, l&rsquo;imprécation à la bouche, mange avec les chiens et terrifie toute la maison des Atrides. Prisonnière avec sa sœur Chrysothemis d&rsquo;une demeure maudite dans laquelle sa mère, la Reine Clytemnestre a assassiné à la hache son époux Agamemnon avec la complicité de son amant, Egisthe, Elektra attend le retour d&rsquo;Oreste, son frère, pour venger son père. Chacun connaît l&rsquo;intrigue du chef-d&rsquo;œuvre radical de Richard Strauss posant comme jamais les règles modernes de la tragédie (jamais égalée à ce jour), inférée tant du théâtre grec revu par Nietzsche que du post-wagnérisme et des avant-gardes au mitan des XIXe et XXe siècles. Pouvoir écouter à Paris cet ouvrage admirable, dont le livret d&rsquo;Hofmannsthal, complice de Strauss pour vingt ans, sert avec une rare efficacité une musique d&rsquo;une violence jouissive, est une joie qui ne se refuse pas –&nbsp;y compris quand l&rsquo;opéra est donné sans mise en scène au Théâtre des Champs-Elysées.&nbsp;</p>
<p>Dans cet opéra paré des prestiges de la barbarie dionysiaque, <strong>Iréne Theorin</strong> et <strong>Violeta Urmana</strong> étaient de surcroît très attendues mais il faut bien reconnaître qu&rsquo;une petite déception domine à l&rsquo;issue de la soirée.&nbsp; En cause entre autres, l&rsquo;impression qu&rsquo;ont laissé la soprano suédoise quelque peu fatiguée, ou soucieuse de se ménager, et la mezzo lituanienne plus tout à fait au faîte de ses moyens malgré un charisme intact. <strong>Cornelius Meister</strong> prend d&rsquo;ailleurs soin de museler le plus souvent l&rsquo;orchestre, accompagnant parfois sagement le chant, quand on aurait rêvé d&rsquo;une direction plus sauvage, telle que voulu par Strauss. Après les trois coups grandioses du motif ternaire du début, l&rsquo;orchestre ne parvient à retranscrire que rarement l&rsquo;allégresse ou le choc barbare attendus, si ce n&rsquo;est au finale fortissimo bouclant alors avec grandeur au son des « Oreste, Oreste » lancés par Chrysothemis (magnifique <strong>Simone</strong> <strong>Schneider</strong>) une soirée à laquelle aura manqué la force tellurique d&rsquo;une noire cérémonie sans concession. Le directeur musical de l&rsquo;Opéra de Stuttgart se montre plus convaincant dans les passages lyriques préfigurant les œuvres straussiennes à venir, livrant peut-être une <em>Elektra</em> façon conversation en musique plutôt que brûlot expressionniste. Certes, la scène du TCE ne permet pas de réunir les 140 musiciens prévus par les meilleures productions, mais même avec sa centaine d&rsquo;interprètes l&rsquo;orchestre semble parfois manquer d&rsquo;assise grave, un comble pour un orchestre germanique.&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="678" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/JPR_2072-1024x678.jpg" alt="" class="wp-image-161743"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Elektra @Jean-Philippe Raibaud</sup></figcaption></figure>


<p>Que reste-t-il donc sans la profondeur abyssale du drame ? De très beaux moments, avec une première scène d&rsquo;exposition où se défend avec alacrité une jeune garde de chanteuses convaincantes (les Servantes dont <strong>Stine Marie Fischer</strong>, <strong>Ida Ränzlöv</strong> et <strong>Maria Theresa Ullrich</strong>, entre autres), malgré une entrée un peu décevante d&rsquo;<strong>Iréne Theorin</strong> (dont les « Agamemnon » semblent bien fades dans son air liminaire « Allein ! Weh, ganz allein ! » pour l&rsquo;évocation du meurtre paternel). Certes, la soprano danoise a du métier et parvient souvent à servir la flamme intraitable du personnage (avec sa note tenue dans son évocation de l&rsquo;absence d&rsquo;Oreste « Wo bist du ? », le contre-ut non évité pour évoquer la danse sur la tombe royale ou plus loin dans ses imprécations à Clytemnestre avec quelques aigus triomphants) mais ce ne sera pas sa soirée d&rsquo;anthologie pour ce rôle. Les nombreux pianissimi entendus ici ne conviennent pas à la fureur de ce personnage. <strong>Violeta Urmana</strong> en Clytemnestre frappe par son autorité tout en noblesse douloureuse mais peine à offrir un mezzo inoubliable, faute d&rsquo;une déclamation un peu en-deçà des attentes avec des graves peu projetés. Excellente actrice, elle compense une certaine monotonie vocale, cherchant à gommer quelques aspérités de ce rôle « horrible » (selon sa créatrice même, Ernestine Schumann-Heink). Les entrées de Chrysothemis et Oreste&nbsp; enthousiasment a contrario.</p>
<p><strong>Simone Schneider</strong> offre une superbe Chrysothemis, qui vole la vedette à l&rsquo;héroïne éponyme. Son soprano rayonnant et puissant impressionne de bout en bout. La chanteuse communique admirablement « le feu intérieur » de la jeune fille frustrée mais indomptable dans son genre (« Ich kann nicht setzen und ins Dunkel starren »). Une puissance que ne pourra jamais vraiment faire entendre l&rsquo;Elektra d&rsquo;<strong>Iréne Theorin</strong>. L&rsquo;Oreste du baryton polonais <strong>Pawel Konik,&nbsp;</strong>en troupe à l&rsquo;Opéra de Stuttgart, a la majestueuse noblesse princière attendue, doté d&rsquo;une voix richement timbrée et bien projetée. Après un intermède pleinement wagnérien, ses retrouvailles avec Elektra bouleversent, malgré un orchestre un peu trop alangui. <strong>Iréne Theorin</strong> ouvrage alors avec talent le chant de sa vision de rêve (« O lass deine Augen mich sehn, Traumbild &#8230; »). Après l&rsquo;exécution des meurtres de la Reine et d&rsquo;Egisthe au son d&rsquo;une chasse orchestrale à la sauvagerie idoine, une bacchanale finale très réussie grâce à un chef lâchant enfin sa meute viendra clôturer une soirée inégale.&nbsp;</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-elektra-paris-tce/">STRAUSS, Elektra &#8211; Paris (TCE)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>STRAUSS, Elektra – Baden-Baden</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-elektra-baden-baden/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 Mar 2024 02:35:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après sa formidable Frau ohne Schatten proposée l’année passée, le Festspielhaus de Baden-Baden continue d’explorer le répertoire de Richard Strauss dans le cadre de son Festival de Pâques avec une Elektra d’exception. Le public a été une nouvelle fois au rendez-vous, dans une salle pleine comme un œuf, malgré des tarifs conséquents (de 59 à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après sa formidable <em>Frau ohne Schatten</em> proposée <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-die-frau-ohne-schatten-baden-baden/">l’année passée</a>, le Festspielhaus de Baden-Baden continue d’explorer le répertoire de Richard Strauss dans le cadre de son Festival de Pâques avec une <em>Elektra</em> d’exception. Le public a été une nouvelle fois au rendez-vous, dans une salle pleine comme un œuf, malgré des tarifs conséquents (de 59 à 360€ la place, tout de même…). Les quelque 2500 spectateurs, totalement électrisés, se sont levés comme un seul homme pour ovationner tout particulièrement <strong>Nina Stemme</strong> mais aussi <strong>Kirill Petrenko</strong> et son <strong>Berliner Philharmoniker</strong> à l’issue de la Première.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20240323_Elektra_Stemme_c-Monika-Rittershaus-3-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-158834" width="910" height="606"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>Il faut dire que l’expérience de cette <em>Elektra</em> est plus qu’intense. Outre la déferlante sonore offerte par le Berliner Philharmoniker, qui met admirablement en valeur la partition, les deux metteurs en scène <strong>Philipp M. Krenn</strong> et <strong>Philipp Stölzl</strong> ont visiblement voulu mettre en exergue la pièce originelle d’Hugo von Hofmannsthal dont est tiré l’opéra. Pour ce faire, ils nous plongent à leur manière dans des ténèbres violemment mises en lumière, dans une tension quasi schizophrénique éprouvante et fascinante. L’immense scène du Festspielhaus est entièrement fermée à partir de sa rampe par un mur qui s’ouvre sur une fenêtre de format 16/9<sup>e</sup>. Dans cette structure en forme de cage, une succession de plateaux superposés comme des tiroirs à coulisses avancent ou reculent et évoquent alternativement les étages d’une demeure sinistre et nue, les bas-fonds d’une usine ou encore un vaste escalier cyclopéen. Les personnages évoluent dans une lugubre maison de poupée qui se transforme en prison mentale surdimensionnée ou en potentielle machine à broyer quand l’espace dévolu aux protagonistes rétrécit pour se réduire à la hauteur d’une marche.</p>
<p>Hofmannsthal voulait pour sa pièce un décor exigu donnant une impression d’enfermement sans possibilité de fuite&nbsp;: nous sommes ici largement servis. Par ailleurs, si l’on avait pu oublier que le texte est contemporain de Freud et de ses études sur l’hystérie, le propos nous remet ici au centre de la psychanalyse et de l’un de ses moteurs&nbsp;: le rapport entre la représentation des mots et des choses. Chaque mot du livret est ainsi projeté sur les chanteurs ou sur les marches dont les arêtes évoquent alors autant un cahier ligné que du papier à musique. Si ces projections logorrhéiques à la typographie recherchée dessinent des motifs très photogéniques, se superposant, s’enchevêtrant ou se télescopant habilement, ils enfoncent le clou avec beaucoup d’insistance, pour ne pas dire qu’ils plombent l’ambiance. On s’y noie. Il y a déjà tant à faire avec la richesse de la partition dans cet opéra de la démence mise en musique, où la complexité des sentiments est exacerbée par la violence du propos, que la représentation concrète des mots met le spectateur/auditeur à rude épreuve et l’on se sent à deux doigts de disjoncter en essayant d’interpréter et de démêler les signifiants de ces projections. Ces mots ne devraient pas être plus encombrants que les phrases qui défilent en surtitres, quand on y réfléchit. Et pourtant… Cela dit, le procédé reste passionnant&nbsp;; les excès de cet opéra de la démesure sont parfaitement restitués. Et surtout, la réduction de l’espace et son confinement permettent aux sonorités de s’épanouir comme rarement dans l’immense volume de la salle. On aura peu souvent entendu avec autant de clarté la moindre nuance sonore d’une partition à la richesse et aux couleurs hors du commun. Ce que le Berliner nous a donné à entendre sous la direction de <strong>Kirill Petrenko</strong> relève du miracle.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20240323_Elektra_Reut_vdHeev_Abl-Sp_Schuster_Stemme_c-Monika-Rittershaus-9-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-158826"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>Quand on pense que les chanteurs doivent lutter contre cent onze musiciens pour se faire entendre et incarner des personnages à la psychologie à la fois primitive et jusqu’au-boutiste, s’investir dans leur rôle jusqu’aux hurlements d’une sauvagerie barbare et hallucinée, on se dit que la distribution du jour est impeccable, tant la complexité de leurs âmes tourmentées nous inonde. Nina Stemme est fabuleuse en Elektra à la chevelure en boucles serpentines enflammées, chantant dans des conditions par endroits extrêmes, pliée en deux dans les anfractuosités du décor où elle est obligée à des gesticulations en guise de transe finale qui forcent le respect face à son chant héroïque et halluciné. Certaines notes lui sont inaccessibles mais qu’importe, l’incarnation est là. Il s’agirait de l’une des dernières Elektra sur scène de la soprano suédoise, comme elle <a href="https://www.forumopera.com/nina-stemme-quel-plaisir-detre-de-retour-a-lopera-de-paris/">le confiait en entretien</a>, avant de passer au rôle de Clytemnestre, ce qu’on attend avec impatience. Dans le rôle de la reine, justement, la mezzo bavaroise <strong>Michaela Schuster</strong> met en valeur les tourments et les terreurs nocturnes de la souveraine, dans une noirceur de timbre en correspondance avec son apparence spectrale et effrayante. En parfait contraste, <strong>Elza van den Heever</strong>, magnifique Chrysothemis, nous subjugue par la luminosité, la beauté et les qualités humaines, voire trop humaines, de son interprétation. Tout en elle respire la résilience, la volonté de vivre et la recherche du bonheur, ce qui illumine son chant. En Oreste,<strong> Johan Reuter</strong> offre une palette ample de sentiments nuancés, tout en noble retenue mais avec une belle santé vocale. Les autres interprètes équilibrent harmonieusement cette distribution de haut vol.</p>
<p>Pour se faire une opinion, outre les deux représentations scéniques supplémentaires prévues au cours de la semaine sainte, <em>Elektra </em>passera sur les ondes de la chaîne de radio allemande ARD le 20 avril 2024 à 20h. Et une diffusion filmée est prévue sur Arte prochainement.</p>


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