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	<title>Eve - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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		<title>Eve</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/une-eve-plutot-humaine-que-premiere-femme-fatale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yonel Buldrini]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 14 Mar 2010 12:19:45 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>          Le mystère en trois parties de <strong>Jules Massenet</strong> intitulé <em><strong>Eve</strong></em>, date de 1875 alors que seuls deux opéras comiques avaient vu le jour sous la plume du compositeur, <em>La Grand&rsquo;Tante</em> (1867) et <em>Don César de Bazan</em> (1872). L&rsquo;année suivante devait voir la création de l&rsquo;oratorio mieux connu <em>Marie-Magdeleine</em>, puis diverses compositions devaient se succéder (dont des musiques de scènes pour des drames bien connus, <em>Notre-Dame de Paris </em>et<em> La Vie de bohème</em>) avant le prochain opéra, <em>Le Roi de Lahore </em>en 1877. <em>Eve</em> semble à mi-chemin entre l&rsquo;oratorio et l&rsquo;opéra, offrant une musique exquise d&rsquo;équilibre entre la grandeur un peu glacée du premier genre, la chaleur expressive du second, et une certaine sensualité (liée au sujet) discrètement insinuante.<br />
<br />
L&rsquo;Association culturelle <strong><em>Ab Harmoniae</em></strong> (1) vit le jour sur la volonté du soprano <strong>Denia Mazzola Gavazzeni </strong>et l&rsquo;abrégé « onlus » suivant son nom signifie : « Organizzazione non lucrativa di utilità sociale », expression se passant de traduction française. Il s&rsquo;agit, selon les termes de la présentation contenue dans le site, “d&rsquo;entreprendre un cheminement culturel-humanitaire particulièrement destiné aux communautés « recluses » sinon oubliées”, comme les maisons de retraite, les centres d&rsquo;accueil pour jeunes en difficulté, les milieux carcéraux. “Les Membres fondateurs s&rsquo;investissent dans l&rsquo;organisation et la promotion d&rsquo;événements musicaux”, poursuit la description, auprès de ces institutions, sachant que “la voix qui chante —la voix d&rsquo;art lyrique— produit en fait dans l&rsquo;entourage un champ vibrationnel tel, qu&rsquo;il est capable d&rsquo;apporter un soulagement même au sujet le plus « replié » sur lui-même”. Ces événements musicaux concerneront les publics indiqués non seulement en tant que spectateurs mais, comme le souhaite le projet, en tant qu&rsquo;acteurs.<br />
Le président d&rsquo;honneur est le romancier <strong>Andrea Camilleri</strong>, inventeur d&rsquo;un célèbre officier de police sicilien, passé depuis sur petit écran, et répondant au beau nom de Commissario Montalbano. Parmi les Membres honoraires, on relève les noms du prestigieux soprano <strong>Magda Olivero</strong>, de Sabino Lenoci, estimé directeur de la plus luxueuse revue dédiée à l&rsquo;opéra et précisément nommée : <em>L&rsquo;Opera,</em> et bien sûr du soprano Denia Mazzola, à l&rsquo;origine du projet.</p>
<p>Précisément, en interprétant Eve, <strong>Denia Mazzola Gavazzeni</strong> unit délicatesse à puissance expressive, dans un chant formé aussi bien au Romantisme dramatique d&rsquo;un sien concitoyen qu&rsquo;elle interpréta beaucoup — du nom de Gaetano Donizetti ! — mais aussi à des parties lourdes à soutenir comme celle de <em>Risurrezione</em> de Franco Alfano ou de l&rsquo;impressionniste <em>Parisina</em> de Pietro Mascagni. Il faut dire aussi que l&rsquo;Artiste eut le privilège de travailler avec l&rsquo;aristocratique « Maestro concertatore » qui devint son époux. La tendance du timbre à autrefois « s&rsquo;étrangler » quelque peu dans les aigus, s&rsquo;est muée en une attaque plus brûlante, parfois coupante, de ceux-ci, épais et riches en couleurs.<br />
Constituant un joli pendant « opératique » à l&rsquo;oratorio <em>Eve</em>, l&rsquo;air célèbre « Pleurez, mes yeux ! » est rendu de manière poignante et intense, mais toujours avec le même goût de la mesure et de l&rsquo;Art du chant.</p>
<p>Le baryton <strong>Massimiliano Fichera</strong> (Adam) séduit d&rsquo;autant plus que son timbre évoque curieusement, en « noirceur veloutée », celui de l&rsquo;admirable Renato Bruson. Il ne possède pas seulement couleur et velouté de timbre mais une belle délicatesse de phrasé, une élégance idéale pour ce qu&rsquo;il doit chanter, faite d&rsquo;exaltation contenue plaisamment française. Quelle belle maturation de voix depuis <em>La Romanziera e l&rsquo;Uomo Nero,</em> délicieuse et insolite partition donizettienne enregistrée en 2000. On aimerait connaître ses Lord Enrico Ashton (<em>Lucia di Lammermoor)</em>, Sir Riccardo Forth (<em>I Puritani</em>), Il Conte di Luna (<em>Il Trovatore</em>), Don Carlo (<em>Ernani</em>), et même le redoutable Barone Vitellio Scarpia  de <em>Tosca</em>&#8230; Ainsi que de beaux rôles de barytons donizettiens qu&rsquo;il possède et qu&rsquo;on lui souhaite d&rsquo;exécuter bientôt sur scène, tirés de <em>La Favorita, Roberto Devereux, Maria di Rohan</em>&#8230;</p>
<p>Le ténor <strong>Giuseppe Veneziano</strong>, « Récitant » forcément en retrait, à la voix légère mais bien timbrée, souple et chaleureuse, remplit pourtant sa charge en s&rsquo;intégrant à l&rsquo;exécution, si bien qu&rsquo;il semble personnage.<br />
On apprécie d&rsquo;autre part l&rsquo;efficace prestation du Choeur de l' »<strong>Ensemble Corale Ab Harmoniae</strong>« . Onctueux à souhait pour une telle musique souvent suave, l&rsquo; « Orchestra Sinfonica Ab Harmoniae » habite joliment cette partition, grâce au « Maestro Concertatore » <strong>Daniele Agiman</strong>. Ce dernier équilibre les sonorités et les effets, jamais oublieux du fait qu&rsquo;il ne concerte pas un opéra mais bien un oratorio avec ce je-ne-sais-quoi de retenu, de « figé-rêveur », pour ainsi dire, attaché au genre. Il se révèle aussi à l&rsquo;aise dans l&rsquo;atmosphère bien différente dessinée par Massenet dans la pièce symphonique Devant la Madone qui, en accord avec le sous-tire Souvenir de la campagne de Rome, nuit de Noël 1864, évoque un sentiment bucolique avec le cor anglais imageant peut-être les fifres de pastoureaux, et la clarinette l&rsquo;onde tranquille de ruisseaux. Un tableau baigné d&rsquo;un clair-obscur où passe une ombre de préoccupation déjà « moderne-fin-de-siècle ».</p>
<p>La démarche commune atteignant à un recueillement et à une dramatisation juste ce qu&rsquo;il faut pour rendre les personnages humains, aboutit ainsi à une belle réussite, faisant espérer que soit également enregistré le drame sacré <em>Marie-Magdeleine</em> du même Massenet, que  vient de reprendre l&rsquo;Association Ab Harmoniae.</p>
<p> <br />
<strong>Yonel Buldrini</strong></p>
<p>(1) <a href="http://www.abharmoniaeonlus.eu/home.html" target="_blank" rel="noopener">http://www.abharmoniaeonlus.eu</a></p>
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