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	<title>Giasone - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Giasone - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>Sélection CD pour un week-end au coin du feu</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/selection-cd-pour-un-week-end-au-coin-du-feu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 Nov 2014 08:51:19 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Novembre incite à ne pas mettre le nez dehors, à combattre le gris du ciel et les jours qui raccourcissent à grands coups de musique, dans le confort de son salon, au coin du feu si l&rsquo;on a une cheminée. Pour accompagner cet état d&rsquo;hibernation, somme toute pas si désagréable, les récentes rééditions Sony Classical s’imposent. Ainsi <em>Rigoletto </em>dirigé « <em>avec entrain</em> » par <strong>Renato Cellini </strong>en 1950, qui fut la première intégrale d’opéra de RCA Victor. Cette version  figure encore parmi les grandes, ne serait-ce que par la présence « <em>étonnamment inquiétante, menaçante même</em> » de <strong>Leonard Warren </strong>dans le rôle-titre (à lire « <a href="http://www.forumopera.com/cd/rigoletto-des-bossus-warren-est-le-boss">Des bossus Warren est le boss</a> » par Sylvain Fort).</p>
<p>Dans la même collection, ne pas faire l’impasse, si l’on est un tant soit peu straussien, sur le « <em>sulfureux</em> » <em>Rosenkavalier</em> enregistré par <strong>Léonard Bernstein</strong> à Vienne en 1971. Il s’agit d’une des directions « <em>les plus personnelles et passionnantes de la discographie</em> » relevée qui plus est par « <em>quelques incarnations majeures</em> ». (à lire « <a href="http://www.forumopera.com/cd/le-chevalier-a-la-rose-des-pataugas-chez-marie-therese">Des pataugas chez Marie-Thérèse</a> » par Julien Marion)</p>
<p>Autre réédition incontournable à l’heure où, sous l’impulsion d’<a href="http://www.forumopera.com/actu/eritrea-sauvee-des-eaux-venitiennes">Olivier Lexa</a>, l’on redécouvre Cavalli, la gravure « <em>pionnière</em> » de <em>Giasone</em>. Dès 1988, date de l’enregistrement, <strong>René Jacobs</strong> développait « <em>une compréhension très intime du théâtre vénitien</em> » et plus particulièrement de cet opéra composé en 1649 à la « <em>dynamique sophistiquée</em> » et aux « <em>équilibres, plus subtils qu’il n’y paraît de prime abord, entre bouffe et tragique</em> ». (à lire « <a href="http://www.forumopera.com/cd/giasone-retour-a-prix-doux-dun-best-seller-venitien">Retour, à prix doux, d’un best-seller vénitien</a> » par Bernard Schreuders).</p>
<p>Dans le même rayon baroque, les amateurs de raretés se précipiteront sur <em>La concordia de&rsquo; pianeti</em>, l’un des 89 opéras d’Antonio Caldara, que vient de tirer de l’oubli <strong>Andrea Marcon</strong>. A leurs risques et périls car desservie par un livret « <em>dont le but est d’affirmer que l’impératrice d’Autriche Elisabeth mérite sa place sur l’Olympe</em> », l’œuvre consiste en une succession laborieuse d’arias que « <em>Caldara n’a pas pu rendre palpitante</em> » (à lire « <a href="http://www.forumopera.com/cd/la-concordia-de-pianeti-lazare-recouche-toi">Lazare, recouche-toi </a>» par Laurent Bury).</p>
<p>Cette courte sélection ne saurait omettre le répertoire de la mélodie, adapté mieux qu’un autre à l’intimité crépitante du feu de bois. Les versions de la <em>Belle Magelone</em> de Brahms ne courant pas les rues, on espérait beaucoup du disque réunissant <strong>Christopher Maltman</strong> et <strong>Graham Johnson</strong>. Malheureusement, « <em>chaque épisode chevaleresque</em> » du cycle « <em>sent l’effort</em> » et seules « <em>les pages davantage rêveuses permettent au baryton de retrouver pour un temps le charme qu’on lui connaît</em> ». A la « <em>raideur</em> » du chant s’oppose la « <em>souplesse</em> » du piano, donnant presqu’à penser que « <em>les deux artistes œuvrent sur deux plans différents</em> ».  Bref, « <em>une rencontre manquée</em> » qui ne saurait gâcher un week-end que nous vous souhaitons excellent (à lire « <a href="http://www.forumopera.com/cd/the-songs-of-brahms-5-la-triste-magelone">La triste Magelone</a> » par Hélène Mante).</p>
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		<item>
		<title>Giasone</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/giasone-retour-a-prix-doux-dun-best-seller-venitien/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Schreuders]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 Nov 2014 07:03:43 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Certes, Olivier Lexa, son nouveau biographe chez Actes Sud/Classica, ne manie pas la litote lorsqu’il s’agit de défendre Cavalli, mais les chiffres parlent d’eux-mêmes : avec pas moins de 29 productions différentes pour la seule péninsule italienne et 61 éditions au cours du Seicento, Giasone (1649) constitue bel et bien un des « premiers best-sellers lyriques » de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Certes, Olivier Lexa, son nouveau biographe chez Actes Sud/Classica, ne manie pas la litote lorsqu’il s’agit de défendre Cavalli, mais les chiffres parlent d’eux-mêmes : avec pas moins de 29 productions différentes pour la seule péninsule italienne et 61 éditions au cours du Seicento, <em>Giasone </em>(1649) constitue bel et bien un des « premiers best-sellers lyriques » de l’Histoire. Quelques mois après la parution, chez Bongiovanni, en première mondiale, d’un <em>live </em>d’<em>Il Novello Giasone</em> (1671), une version du chef-d’œuvre de Cavalli remaniée par Stradella qui témoigne là encore de son immense popularité, Harmonia Mundi réédite dans sa collection « Héritage » la gravure pionnière de <strong>René Jacobs</strong> (1988).</p>
<p>Contrairement au spectacle monté par l’Opéra des Flandres en 2010 (disponible en CD et DVD chez Dynamic) et surtout à celui programmé l’année dernière au Pinchgut Opera, qui le mutile sans vergogne, l’opéra nous est ici présenté dans son intégralité. Enregistré quelques semaines avant sa recréation au Festival d’Innsbruck dans une mise en scène de Christian Gangneron, ce <em>Giasone </em>a fort bien vieilli et demeure hautement recommandable. René Jacobs, qui a fait ses débuts scéniques à la Monnaie, en 1974, dans l’<em>Erismena </em>dirigée par Alan Curtis, n’en était pas à son coup d’essai et avait déjà réalisé un travail remarquable sur <em>Xerse</em>, en concert et pour les micros d’Harmonia Mundi en 1985.  </p>
<p>Le chef belge a développé une compréhension très intime du théâtre vénitien et singulièrement de <em>Giasone</em>, de sa dynamique sophistiquée et de ses équilibres, plus subtils qu’il n’y paraît de prime abord, entre bouffe et tragique. L’impérieuse, l’ardente Médée de <strong>Gloria Banditelli </strong>domine la distribution et son extraordinaire scène d’invocation infernale reste l’une des plus saisissantes qu’il nous ait été donné d’entendre. Si le Jason de <strong>Michael Chance </strong>n’a pas toute la sensualité requise (« Delizie contente »), son ultime plainte (« Ovunque il piè rivolgo »), rehaussée d’accents vigoureux, est un modèle de caractérisation et de construction dramatique de même que celle de <strong>Catherine Dubosc</strong>, Hypsipyle, hélas, desservie par un timbre acide et un italien informe, mais qui sait trouver le ton juste dans ses différents <em>lamenti</em>.</p>
<p>Parmi les nombreux seconds rôles, tous bien tenus, <strong>Agnès Mellon </strong>a un charme fou en joyeuse servante de la reine (Alinda) alors que <strong>Dominique Visse</strong> et <strong>Gian Paolo Fagotto</strong> rivalisent de verve en nourrice (Delfa) et en nain bossu et bègue (Demo). Seul véritable bémol : le coffret ne comprend pas le livret, lacune rédhibitoire dans ce répertoire plus que dans tout autre.  « Giasone<em>, observe Olivier Lexa, doit surtout son triomphe à une forme d’érotisme incroyablement nouvelle, à un véritable accouchement, prémédité par les Incogniti, de la pensée libertine vénitienne. </em>» Même si, « <em>ineffablement sensuelle, languide, irrésistible, la musique traduit intimement les visées libertines de l’opéra</em> », l’auditeur a besoin du texte pour les apprécier pleinement. Voilà qui relève sans doute du truisme, mais a pourtant échappé à l’éditeur.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>CAVALLI, Giasone — Gand</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lopera-ou-la-defaite-des-hommes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Schreuders]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 30 Apr 2010 14:55:45 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Francesco CAVALLI (1602-1676)   Giasone     Nouvelle production   Mise en scène : Mariame Clément Décors et costumes : Julia Hansen Lumières : Philippe Bertomé   Giasone : Christophe Dumaux Medea : Katarina Bradić Isilfe: Robin Johannsen Ercole/Oreste: Andrew Ashwin Demo: Filippo Adami Giove/Besso: Josef Wagner Amore/Alinda: Angélique Noldus Delfa: Yaniv d’Or Egeo/Sole : Emilio Pons   Symfonisch Orkest van &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>          <strong>Francesco CAVALLI</strong> (1602-1676)</p>
<p> </p>
<p><strong>Giasone</strong></p>
<p><strong>  </strong></p>
<p><strong></strong></p>
<p>  </p>
<p><strong></strong></p>
<p>Nouvelle production</p>
<p> </p>
<p>Mise en scène : Mariame Clément</p>
<p>Décors et costumes : Julia Hansen</p>
<p>Lumières : Philippe Bertomé</p>
<p> </p>
<p>Giasone : Christophe Dumaux</p>
<p>Medea : Katarina Bradić</p>
<p>Isilfe: Robin Johannsen</p>
<p>Ercole/Oreste: Andrew Ashwin</p>
<p>Demo: Filippo Adami</p>
<p>Giove/Besso: Josef Wagner</p>
<p>Amore/Alinda: Angélique Noldus</p>
<p>Delfa: Yaniv d’Or</p>
<p>Egeo/Sole : Emilio Pons</p>
<p> </p>
<p>Symfonisch Orkest van de Vlaamse Opera</p>
<p>Direction musicale : Federico Maria Sardelli</p>
<p> </p>
<p>Vlaamse Opera Gent, 30 avril 2010</p>
<p>Prochaines représentations : Vlaamse Opera Antwerpen – 12, 14, 16*, 18 et 20 mai à 19h30 (* 15h00)</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong>   </strong></p>
<p><strong>L’opéra ou la défaite des hommes </strong></p>
<p><strong> </strong> </p>
<p>Héros de la mythologie grecque et des péplums hollywoodiens, Jason fut aussi, au XVIIe siècle, l’antihéros du plus populaire des opéras vénitiens. Le livret de Giacinto Andrea Cicognini s’inspire très librement d’Apollonios de Rhodes et néglige les aventures qui ont forgé la légende du fier Argonaute pour nous révéler la duplicité d’un macho singulièrement lâche et frivole. Les reines trahies de Lemnos (Hypsipyle) et de Crète (Médée) sont en fait les véritables héroïnes de ce <em>Giasone</em> créé au Théâtre San Cassiano en janvier 1648 ou 1649 sur une musique de Francesco Cavalli. La fidélité et l’abnégation de la première, le pardon de la seconde et leur commune détermination esquissent une autre histoire de l’opéra, où les femmes ne sont pas interdites de bonheur et ne meurent pas tragiquement, mais forcent l’admiration et tiennent la dragée haute aux hommes. Bien sûr, Catherine Clément nous rétorquerait que cette lecture eût été impensable à l’époque, foncièrement patriarcale, et qu’elle ne peut guère expliquer le succès durable de <em>Giasone. </em>Du reste, des figures secondaires (Ægeus, Besso) rachètent en partie l’honneur des hommes et la tragicomédie impose un <em>lieto fine </em>où les couples légitimes se reforment (Médée/Æegeus ; Jason/ Hypsipyle), l’indulgence des compagnes bafouées à l’endroit de Jason autorisant des interprétations flatteuses pour son ego comme, d’ailleurs, pour celui des spectateurs qui se seraient identifiés à l’irrésistible don juan. </p>
<p> </p>
<p>L’intrigue ne nous fournit pas les raisons du triomphe de cet opéra ; elles sont plutôt à rechercher dans sa construction et sa facture originales.   Giasone<em> représente un bref moment d’équilibre dans l’histoire de l’opéra : c’est en même temps le point final du processus de maturation d’un genre, </em>écrit Ellen Rosand<em>, et le début d’une nouvelle forme de théâtre dans lequelle, pleinement légitimée et soutenue par l’influence croissante du chanteur, la </em>musica<em> pourrait finalement assujettir le </em>drama1. Grâce à l’étroite collaboration du poète et du musicien, l’air se distingue enfin clairement du récitatif et ses fonctions dramatiques se précisent, le musicien s’émancipe et ose jouer la séduction, mais sans jamais mettre en péril la balance subtile du chant et du discours. Dans <em>Giasone</em>, toutes les conventions du théâtre musical vénitien concourent à ce miracle rarement reproduit au cours de l’histoire de l’opéra, des airs comiques aux sommeils, en passant par les duos amoureux, qui rivalisent de volupté, les <em>lamenti</em>, où Cavalli demeure inégalé, ou encore l’invocation des Esprits Infernaux par Médée, d’une exceptionnelle puissance dramatique, et dans laquelle Ellen Rosand voit le prototype des scènes d’incantation à venir2. Le mélange des genres, si prisé des Vénitiens, n’est pas non plus étranger à la réussite de l’entreprise: comique, tragique et surnaturel se côtoient et s’interpénètrent avec un naturel déconcertant, opposant à une galerie de personnages extrêmement typés et proches de la <em>commedia dell’arte</em>, unidimensionnels mais très efficaces, la figure plus dense et crédible de la reine de Lemnos, une Hypsipyle tendre et combative, dont le dernier <em>lamento</em> représente le climax de l’opéra. </p>
<p> </p>
<p><strong>Federico Maria Sardelli</strong> et <strong>Mariame Clément</strong> ont choisi la version de <em>Giasone</em> conservée dans le manuscrit de Vienne, le plus complet des neuf qui nous sont parvenus. Ils ont procédé à quelques coupures pour la réduire à des proportions acceptables par le public actuel – la jardinière Rosmina et ses deux airs passent ainsi à la trappe –, bien qu’elle dure encore près de trois heures et demie ! Ces interventions ne semblent en tout cas pas affecter sa lisibilité ni sa cohérence. Comme toutes les partitions italiennes de cette période, celle de <em>Giasone </em>n’offre qu’un canevas : plusieurs parties instrumentales ne sont pas notées, il manque des <em>sinfonie </em>et <em>ritornelli</em> et, pour reprendre l’image de <strong>Federico Maria Sardelli</strong>, elle nécessite un délicat travail de restauration. Devant ces lacunes, les musiciens empruntent généralement à d’autres ouvrages du même compositeur (Christophe Rousset) ou à ses contemporains (René Jacobs). <strong>Sardelli</strong> a opté pour une troisième voie, plus aventureuse: il a écrit lui-même des morceaux <em>alla </em>Cavalli, convaincu que ces pages s’intégreront d’autant mieux à la partition qu’elles serviront la même dramaturgie. Le chef affirme qu’il est impossible de distinguer ses ajouts de l’original cavallien. Une oreille experte pourrait sans doute le contredire, la nôtre n’a relevé aucune disparité. </p>
<p> </p>
<p>Si <em>Jason est une figure burlesque et n’a plus rien de mythique</em>, comme le note <strong>Mariame Clément,</strong> gommer ses origines héroïques et toute référence à la mythologie constituerait un appauvrissement considérable. La tentation est grande, pourtant, car ces éléments, bien que constitutifs de l’opéra, posent un réel défi aux metteurs en scène. La réponse de <strong>Mariame Clément</strong> est plurielle et féconde : <em>Nous avons créé une mythologie propre. Quelque chose entre le grandiose, le banal et le pitoyable.</em> Le décor unique, entre champ de fouilles archéologiques et paysage industriel, semble au premier regard plutôt trivial avec son hangar, ses placards, ses bouches d’égout et son escalier en colimaçon, mais il se révèle très vite un formidable espace modulable, propice aux surprises en tout genre. Impossible de ne pas mentionner l’entrée de Jason, premier et mémorable tableau de l’opéra : le panneau coulissant d’un placard dévoile le bourreau des cœurs endormi, le torse nu dépassant de draps immaculés, lorsque une, deux, puis trois et bientôt six mains inconnues jaillissent du fond du lit, l’enlacent et le caresse alors qu’il chante en rêvant les délices de l’amour (« Delizie contente », un bijou dont s’est notamment éprise Cecilia Bartoli). Autre image forte, éminemment poétique: Hypsipyle apparaît dans une niche géante, telle une madone sculpturale sur fond d’azur, ses jumeaux sur les genoux. <strong>Mariame Clément</strong> assume pleinement la charge comique de <em>Giasone</em> et joue habilement des codes, entre clins d’œil à la machinerie baroque et dérision. Elle signe un travail inventif et coloré, ludique, rythmé et sans la moindre baisse de régime – un exploit pour un spectacle d’une telle longueur ! Bien sûr, rien n’est aussi personnel que l’humour, sinon le rapport au corps et au sexe… La scénographie suscite, dès l’entracte, des commentaires contrastés. Les héros sont fatigués mais ivres de désirs, Cicognini et Cavalli l’ont voulu ainsi, certes, d’aucuns font pourtant la moue devant <em>Le Choc des Tétons</em> chorégraphié par <strong>Mariame Clément</strong>: poitrail maigre et juvénile (Jason) ou charnu et velu (Ægeus), musculeux et moulé sous un maillot de footballeur américain (Hercule), obus gorgés de lait (Hypsipyle) ou seins flasques et pendants, agités comme d’improbables appâts (Delfa), c’est le triomphe de la poitrine !</p>
<p> </p>
<p></p>
<p> </p>
<p><strong>Federico Maria Sardelli</strong> et <strong>Mariame Clément</strong> disposent d’un plateau idéal: les jeunes chanteurs rassemblés par le Vlaamse Opera non seulement savent jouer et se donnent sans compter, mais ils débutent également tous dans leurs rôles, un atout inestimable pour fédérer les artistes autour d’une même vision et développer un véritable esprit de troupe. <strong>Christophe Dumaux</strong>, qui ne cesse de bonifier, incarne un Giasone cabotin à souhait, à la fois séduisant et détestable, et se tire avec panache d’une tessiture périlleuse pour un contre-ténor. Tout oppose la sombre Medea de <strong>Katarina Bradić</strong>, vamp au port de reine et aux regards incendiaires, et la douce, l’aérienne Isilfe (Hypsipyle) de <strong>Robin Johannsen</strong>, si touchante dans ses <em>lamenti</em>. Si sa partie est la plus gratifiante vocalement parlant, sur le plan théâtral, Demo, le bègue bossu et affublé ici d’oreilles de lapin, est un rôle fabuleux dont <strong>Filipo Adami</strong> exploite avec génie tout le potentiel drolatique. La nourrice de service (Delfa), campée par <strong>Yaniv d’Or</strong>, inquiète autant qu’elle amuse : le jeune contre-ténor possède  un grain de voix corsé et le grimage étrange imaginé par <strong>Jul</strong><strong>ia Hansen</strong> l’apparente aux créatures hybrides du plasticien et vidéaste Matthew Barney (<em>Cremaster</em>). Il n’y a pas de seconds couteaux ni le moindre maillon faible chez leurs partenaires: <strong>Angélique Noldus</strong> (Alinda), <strong>Emilio Pons</strong> (Egeo/Sole), <strong>Andrew Ashwin </strong>(Ercole/Oreste) et <strong>Josef Wagner</strong> (Giove/Besso), tous, sans exception, sont parfaitement distribués et convaincants. Dans la fosse, à des années lumières de ses Vivaldi fougueux et débridés, <strong>Federico Maria Sardelli</strong> réalise un travail d’orfèvre et dirige, la flûte au bec dans les <strong>ritornelli, </strong>une phalange mixte où des continuistes chevronnés (deux luths, deux clavecins et une gambe) côtoient une petite quinzaine d’instrumentistes issus de l’orchestre maison. Si l’intonation et le style ne sont pas irréprochables, l’émulation est bien réelle et les chanteurs bénéficient, dans l’ensemble, d’un excellent soutien. </p>
<p> </p>
<p><em>Giasone </em>n’avait encore jamais été monté en Belgique et on ne peut que se réjouir de voir le Vlaamse Opera impliquer directement ses musiciens dans un tel projet. La saison prochaine affiche une nouvelle production d’<em>Il Ritorno d’Ulisse in Patria</em> confiée à Michael Hampe et <strong>Federico Maria Sardelli</strong>. Gageons que les théâtres de Gand et d’Anvers accueilleront d’autres ouvrages de Cavalli dans les années à venir. Après <em>La</em> <em>Calisto</em>, <em>La Didone</em> ou <em>Eliogabalo</em>, <em>Giasone</em> démontre que les opéras du Vénitien peuvent aujourd’hui encore plaire et toucher.   </p>
<p> </p>
<p><strong>Bernard SCHREUDERS</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>1 Ellen Rosand, <em>Opera in Seventeenth-Century Venice, the Creation of a Genre. </em>University of California Press, 1991, p. 276. </p>
<p>2 <em>Op. cit.</em>, p. 325 et sqq.</p>
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