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	<title>Hypermnestre - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<title>Hypermnestre - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>Hypermnestre</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/hypermnestre-avant-que-les-danaides-remplissent-le-tonneau/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 29 Nov 2019 11:07:25 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On connait l’extraordinaire succès des livrets de Metastasio. Son <em>Ipermestra</em> , postérieur à l&rsquo;ouvrage de Cavalli  (1658) – <a href="/cd/lipermestra-94-cavalli-per-cavalli">94 cavalli per Cavalli</a> –  fut illustré par une trentaine de compositeurs jusque Carnicer (1843). En dehors des <em>Danaïdes</em> de Salieri, la seule déclinaison lyrique française du mythe, due à la plume de Joseph de La Font, ne pouvait ignorer les œuvres ultramontaines. Charles-Hubert Gervais – qui succédera à Lalande – avait été un temps collaborateur de Marc-Antoine Charpentier, et appréciait autant les styles italien et français, le premier réservé aux ariettes, le second à l’écriture orchestrale et aux récits, de caractère plus dramatique. </p>
<p>Le mythe grec, repris par Sophocle, rapporte que Danaüs, roi d’Argos, accepte de son frère jumeau, Egitto, qui l’a chassé de Libye, la proposition que ses cinquante filles, les Danaïdes, épousent les cinquante fils de ce dernier. Hypermnestre doit ainsi épouser Lyncée. Comme Danaüs veut contrarier l’oracle qui prédisait sa mort causée par un de ses neveux, il demande à sa fille de le tuer durant sa nuit de noces, comme ses sœurs le feront de leur promis. Ainsi Hypermnestre est-elle déchirée entre son affection filiale et son amour pour Lyncée. Trois personnages concentrent ainsi l’intrigue : le père (Danaüs), la fille (Hypermnestre) et son amant (Lyncée). S’y ajoute l’ancien roi d’Argos, détrôné par Danaüs, dont l’apparition fantomatique nous vaut une splendide scène à la fin du premier acte « Tout fuit…le tombeau s’ouvre […] Ne crois pas expiée ta sacrilège audace ». Sans oublier les figures allégoriques du prologue, d’Isis tout particulièrement, que nous retrouverons au finale de 1716, ni une dizaine de personnages épisodiques.</p>
<p>Le Centre de Musique Baroque de Versailles, une fois encore, a fait un choix judicieux en nous proposant la redécouverte de cette tragédie en musique. Le démenti le plus convaincant est apporté maintenant à l’affirmation de Pierre Clément, qui écrivait dans son <em>Dictionnaire lyrique ou histoire des opéras</em>, de1881 : « La mise en scène [d’Hypermnestre] contribua plus que la valeur du poëme et de la musique au succès de cet ouvrage, qui fut repris quatre fois de 1716 à 1746… ». Jean-Paul Montagnier, auquel la notice de <strong>Benoît Dratwicki</strong> rend hommage, a ainsi vu ses travaux poursuivis par <strong>Julien Dubruque</strong> et <strong>Thomas Lecomte</strong>, à qui nous devons cette restitution. Laurent Bury assistait à la redécouverte, et il faut relire son excellent compte-rendu (<a href="/hypermnestre-budapest-gervais-jen-veux">Gervais, j’en veux !</a>).</p>
<p>La composition, comme il est alors l’usage, fait respirer les passages tourmentés, sombres, par l’introduction de divertissements plaisants, danses nombreuses et variées, ariettes, qui en éclairent le contenu. Le prologue est tout sauf ennuyeux : toujours ça avance, avec de beaux phrasés, des équilibres subtils, des couleurs séduisantes.  L’ouverture, puissante, sans sécheresse, est pleine et ductile. L’orchestre donne toute sa force à la scène dans laquelle s’ouvre le tombeau de Gélanor (roi d’Argos détrôné par Danaüs), l’un des sommets de l’ouvrage. Le II est un constant bonheur, avec la rencontre d’Hypermnestre et de Lyncée, après que son bateau ait accosté (chœurs des marins). Le 3e acte, celui du mariage de Lyncée et Hypermnestre, puis des mutins, spectaculaire à souhait, martial, festif, pompeux, n’est pas dépourvu pour autant de sensibilité comme d’inquiétude. Il nous fait passer de la fête au drame. La scène la plus pathétique est certainement celle où Danaüs, tremblant pour ses jours, donne un poignard à Hypermnestre lui ordonnant de tuer son amant. L’acte suivant, où la cérémonie nuptiale se prépare nous offre l’ample passacaille pour les jeunes gens, une réussite accomplie, avec les interventions des Coryphées et du petit chœur. Le tonnerre introduit la révélation à Lyncée du meurtre de ses frères par les Danaïdes, page d’une force dramatique peu commune. Deux fins, radicalement différentes, nous sont offertes. Celle de 1717, sur le texte de Pellegrin, éminemment tragique, mais aussi celle de la première version, plus sereine. La première nous montre Lyncée voulant venger ses frères, avec Hypermnestre le suppliant de fuir, lorsque Danaüs surgit. Les dieux accompliront l’oracle : « …tu règnes…et je meurs », fin abrupte s’il en est. La première l’était moins, malgré le combat des Argiens opposés aux Egyptiens : Danaüs pardonne, et l’intervention d’Isis qui proclame Lyncée son successeur autorise une fin apaisée.</p>
<p>Après Mondonville et Rameau, le Hongrois <strong>György Vashegyi</strong> défend brillamment, une fois de plus, notre répertoire du Grand siècle. Toujours il impose une dynamique bienvenue, avec d’élégants phrasés, une articulation subtile, des équilibres et des couleurs séduisantes. Son <em>Orfeo Orchestra</em> répond idéalement à ses vœux comme à notre attente : rondeur, puissance et légèreté, cela chante toujours. Cordes agiles, bois fruités comme on les aime (les flûtes qui introduisent le trio « mais quelle lumière éclatante… », la sarabande pour les peuples argiens, l’air d’Hypermnestre « Mais un calme soudain »…), fanfares éclatantes, tout nous réjouit.</p>
<p><strong>Katherine Watson</strong>, Hypermnestre, traduit remarquablement le passage de la promise, aimante, à celle qui prend la résolution d’épargner celui qu’elle aime. « Ô nuit ! à quels forfaits vas-tu prêter tes ombres » est poignant d’émotion. La voix sait se faire tendre comme résolue. Lyncée – son amant – est campé par <strong>Mathias Vidal</strong>, exemplaire, héroïque, à la voix plus épanouie que jamais. <strong>Thomas Dollié</strong>, traduit bien la complexité de Danaüs, dès sa première intervention. La voix est solide, noble. Son inquiétude, ses tourments, comme sa tendresse et son désir de vengeance en font un personnage fort émouvant.  <strong>Chantal Santon Jeffery</strong>, tour à tour une Egyptienne, une Naïade, une Argienne, une Bergère, un Coryphée, nous comble comme à l&rsquo;ordinaire par son émission ronde, chaude, avec une diction et un style irréprochables. Autre chanteur en charge de « petits » rôles, <strong>Manuel Nuň</strong><strong>ez-Camelino</strong> use d’une voix bien timbrée, lumineuse et agile. Ravissante est <strong>Juliette Mars</strong>, Isis, puis une Matelote (« Doux objet du plus tendre amour »), timbre corsé, frais, jeune, pour un soutien constant assorti d’une grande souplesse. <strong>Philippe Nicolas Martin</strong> – le Nil, Arcas, l’Ombre de Gélanor – possède l’autorité requise comme la chaleur. Le <em>Purcell Choir</em> s’affirme au fil de ses interventions comme un ensemble de premier plan. Parfois lointain (placé en fond de scène ?) s’il perd rarement en intelligibilité, celle-ci est d’autant plus remarquable que les chanteurs sont hongrois. Leur projection, leur cohésion, dans les expressions les plus variées sont un bonheur renouvelé. A découvrir, absolument !</p>
<p>La notice d’accompagnement, signée Benoît Dratwicki, est un modèle. L’œuvre y est présentée avec talent, le livret reproduit dans son intégralité, en trois langues.</p>
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		<title>Hypermnestre — Budapest</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/hypermnestre-budapest-gervais-jen-veux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Sep 2018 06:23:14 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est comme ça : pour redécouvrir de vraies raretés du patrimoine musical français, il faut parfois franchir beaucoup de frontières, quand ce n’est pas des océans entiers. Budapest est ainsi la seule ville qui accueillera la résurrection d’Hypermnestre (1716), de Charles-Hubert Gervais. Vous n’avez jamais entendu parler de ce compositeur ? Ce n’est pas très étonnant, car &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est comme ça : pour redécouvrir de vraies raretés du patrimoine musical français, il faut parfois franchir beaucoup de frontières, quand ce n’est pas des océans entiers. Budapest est ainsi la seule ville qui accueillera la résurrection d’<em>Hypermnestre</em> (1716), de Charles-Hubert Gervais. Vous n’avez jamais entendu parler de ce compositeur ? Ce n’est pas très étonnant, car on ne l’a plus guère joué depuis 1765, mais son deuxième opéra (après <em>Méduse</em>, 1697) fut pourtant plusieurs fois remonté par l’Académie royale de musique, pendant un demi-siècle, ce qui prouve que sa musique avait su résister aux caprices des modes lyriques. De dix ans l’aîné de Rameau, Gervais l’annonce pourtant par bien des côtés, même si sa partition ne s’affranchit pas toujours entièrement du modèle lullyste. <em>Hypermnestre </em>ne propose sans doute rien d’aussi inouï qu’<em>Hippolyte et Aricie </em>(1733), mais on y discerne malgré tout certaines des orientations que devaient prendre l’opéra sous Louis XV. Par ailleurs, Gervais disposait d’un livret remarquable, dont l’intérêt théâtral repose moins sur l’héroïne éponyme que sur le père de celle-ci, le terrible Danaüs, déchiré entre son intérêt politique, la crainte éveillé par un oracle et son amour paternel. Et la musique relève avec brio le défi de ce dramatisme, dans des récitatifs aussi tourmentés que les personnages.</p>
<p>Un obstacle à la recréation d’<em>Hypermnestre</em> était jusqu’ici l’état lacunaire de la partition : pour les trois premiers actes, on ne dispose en effet que de la version imprimée avant la création, qui ne donne que la ligne de chant des solistes, celle des dessus et celle des basses pour le chœur, et les deux extrêmes des cinq parties pour l’orchestre. C’est là que sont intervenus deux musicologues sollicités par le Centre de musique baroque de Versailles, grâce auquel cette résurrection s’est faite : Julien Dubruque a établi une partition en tenant compte de toutes les variantes disponibles et en s’efforçant de reconstituer l’œuvre telle qu’elle avait réellement été donnée en 1716 (aussitôt après la création, Gervais dut modifier son dernier acte, il rajouta en 1728 une ariette au quatrième acte, et les reprises programmées après sa mort apportèrent elles aussi quelques remaniements) ; Thomas Leconte, lui, a « restitué » les parties intermédiaires manquantes, c’est-à-dire qu’il s’est mis à la place du compositeur pour tâcher d’imaginer ce que chantaient les hautes-contres et les tailles du chœur, et ce que jouait une bonne partie de l’orchestre. Le résultat est tout à fait réussi, et sonne de façon fort convaincante, telle qu’elle a pu être interprétée  et telle qu’elle sera enregistrée.</p>
<p>Au chef <strong>György Vashegyi</strong> il convient de rendre hommage pour le dévouement avec lequel il sert depuis quelques années le répertoire français, comme il l’avait admirablement montré lorsqu’il était venu à Versailles en 2016 avec son <strong>Orfeo Orchestra</strong> et son <strong>Purcell Choir</strong>. Une fois de plus, les instrumentistes hongrois excellent à faire revivre cette musique, dont ils respectent les divers caractères au gré des grands divertissements qui, comme il se doit, émaillent la tragédie, du moins pendant ses quatre premiers actes. Et grâce au travail accompli sous l’égide du CMBV, notre langue n’a plus de secrets pour le chœur, condition sine qua non pour ce genre d’entreprise.</p>
<p>Dans la distribution, on retrouve des artistes rompus à cette musique. A tout seigneur tout honneur : on citera en premier l’impressionnante prestation de <strong>Thomas Dolié</strong>, qui prête au roi d’Argos un timbre toujours plus noir et dont l’incarnation est d’autant plus remarquable pour une version de concert, privée des artifices de la scène. Le baryton français est aujourd’hui sans égal dans ces rôles, comme il l’avait notamment prouvé, à Budapest déjà, en Huascar des <em>Indes galantes</em>. A ses côtés, <strong>Katherine Watson</strong> est une Hypermnestre pleine de douceur, mais que la musique de Gervais oblige à sortir de sa réserve à mesure que l’on avance dans le drame. Son interprétation pudique est également  secouée, à la fin du deuxième acte, par l’arrivée de <strong>Mathias Vidal</strong>, dont l’énergie débordante donne tout son relief à un « héros » bien peu gâté par le livret, qui limite ses apparitions à la portion congrue. <strong>Philippe-Nicolas Martin</strong> chante avec goût et noblesse les trois petits rôles qui lui sont confiés, le confident Arcas mais aussi, plus majestueux, le Nil en personne et surtout l’ombre de Gélanor dont la terrible apparition servira de modèle à bien d’autres spectres au cours du XVIII<sup>e</sup> siècle. <strong>Juliette Mars</strong>, remarquée dans <em>Le Tribut de Zamora </em>de Gounod en janvier dernier, apporte dans ce répertoire tout autre une présence vibrante et un tempérament bienvenu, même si quelques attaques gagneraient ici et là être plus nettes. Très familière de Rameau, <strong>Chantal Santon-Jeffery</strong> fait merveille dans la série d’airs virtuoses qu’elle enfile du prologue jusqu’au quatrième acte. <strong>Manuel Nu</strong><strong>ñez Camelino</strong>, pour sa part, écope d’airs qui sollicitent au maximum ses notes les plus aiguës.</p>
<p>Maintenant, il n’y a plus qu’à s&rsquo;armer de patience en attendant le disque, qui convaincra peut-être les directeurs de théâtre français de remonter en version scénique ces <em>Danaïdes</em> antérieures de presque soixante-dix ans à celles de Salieri.</p>
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