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	<title>Il mondo della luna - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Il mondo della luna - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>HAYDN, Il mondo della luna — Metz</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 29 Jan 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il y aura bientôt quarante ans, Metz offrait à son public un petit bijou de Haydn, qui préfigurait Cosi fan tutte, Le Pescatrici, sur un livret de Goldoni. On s’explique mal pourquoi, depuis sa redécouverte en 1978, par Antal Dorati (*), le troisième et dernier opéra de Haydn lui aussi sur un livret adapté de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il y aura bientôt quarante ans, Metz offrait à son public un petit bijou de Haydn, qui préfigurait <em>Cosi fan tutte</em>, <em>Le Pescatrici</em>, sur un livret de Goldoni. On s’explique mal pourquoi, depuis sa redécouverte en 1978, par Antal Dorati (*), le troisième et dernier opéra de Haydn lui aussi sur un livret adapté de notre Italien, <em>Il  mondo della luna</em> n’est pas davantage programmé. Pour ce qui est de l’histoire de sa création, le lecteur retrouvera avec bonheur la page que notre confrère Cédric Manuel lui consacrait <a href="/video/un-jour-une-creation-3-aout-1777-haydn-completement-dans-la-lune">Un jour, une création : 3 août 1777, Haydn complètement dans la lune</a>. Malgré deux faiblesses qu’il semble aisé de corriger (la longueur, et un troisième acte dont on pourrait faire l’économie, bien qu’il comporte un magnifique duo **), la qualité de l’intrigue, la musique superbe dont la pare Haydn sont propres à séduire tous les publics, du plus exigeant au plus humble. Saluons donc la proposition courageuse que Metz et Clermont-Ferrand nous offrent. <strong>Pierre Thirion-Vallet</strong>, qui en signe la mise en scène, s’est entouré de ses collaborateurs les plus familiers, qu’il s’agisse des décors (<strong>Frank Aracil</strong>), des costumes (<strong>Véronique Henriot</strong>) ou des lumières (<strong>Véronique Marsy</strong>), pour une réalisation séduisante, bondissante, où l’œil se régale autant que l’oreille. Le livret original était simple. Un père monomaniaque, Buonafede, oublie tous ses devoirs pour sa passion lunaire. Ses proches, ses deux filles et leurs amants, son valet et sa servante, dont les projets sont contrariés, vont exploiter sa faiblesse pour le conduire à retrouver la raison et consentir à ce que les trois couples soient enfin réunis. Une sorte de mixage entre la féérie grave de <em>la Flûte</em> (de 14 ans postérieure) et de <em>la Serva padrona</em>. Ce soir, si la lune est toujours au cœur du spectacle, il ne s’agit plus d’observer notre satellite à partir d’un télescope truqué, mais de sa conquête, à la fin des années soixante. La proposition du metteur en scène-librettiste transpose en effet l’action en une parodie totalement déjantée des séries d’espionnage de l’époque. Ecclitico est un professeur d’université, tignasse et moustache à la Einstein, espion russe bénéficiant de l’asile politique aux States. Buonafede (appelé dorénavant Goodfaith) est l’Américain naïf – mi Inspecteur Gadget, mi James Bond – manipulé par les siens pour déjouer les plans de conquête de notre satellite par Moscou. Cecco, son serviteur, et Ernesto sont des agents du KGB…C’est bien fait, jusqu’au troisième acte où les couples réunis, mais tous bernés, vont demander l’asile politique en France. Le spectateur qui découvre l’ouvrage a bien des raisons d’en sortir ravi : coloré, animé à souhait, riche en clins d’œil, assorti de dialogues adaptés, en français, c’est frais, divertissant, mais plus proche de Meilhac et Halévy / Offenbach que du théâtre de Goldoni. Passée la surprise, le haydnien adhérera sans trop de réserves, la principale résidant dans la substitution de dialogues en français à tous les récitatifs secco. Mais tous les airs et ensembles sont respectés, enchaînés dans l’ordre. A signaler aussi le jeu des filles de Buonafede et de leurs soupirants, ceux-ci motivés ici par l’espionnage et non par l’amour. Le parti pris de la mise en scène, s’il nous prive quelque peu de la dimension sensible de chacun des personnages, nous vaut un rythme digne de la comédie musicale. La direction d’acteurs comme la composition des tableaux atteignent une qualité exceptionnelle.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/230121n345.jpg?itok=3of1RJFs" title="L'empereur de la lune (Enguerrand de Hys) © Luc Bertau - Opéra-Théâtre Eurométropole de Metz" width="468" /><br />
	L&#8217;empereur de la lune (Enguerrand de Hys) © Luc Bertau &#8211; Opéra-Théâtre Eurométropole de Metz</p>
<p>La distribution se signale par son unité comme son total engagement. L’action repose déjà sur les deux premiers rôles, masculins, deux compères aussi bons comédiens que chanteurs. Mais il n‘est pas pour autant de rôle secondaire, ou qui soit moins bien servi que les autres. Chacun aura son aria aux deux premiers actes, sans compter les duos et les grands finales. Ecclitico le ténor <strong>Sébastien Droy</strong>, a tout l’abattage attendu pour mener la danse. Ses deux airs sont bien conduits, mais c’est dans son dernier duo avec Clarice qu’il donne le meilleur de lui-même. Le baryton <strong>Romain Dayez</strong>, athlétique Buonafede, est irrésistible au finale du I, lorsqu’il croit s’envoler. La voix est ample, longue et bien timbrée, toujours intelligible. Au II, l’<em>aria con balletto </em>« Che mondo amabile », avec les vents, est une réussite. Le troisième larron, <strong>Enguerrand de Hys</strong>, Cecco, valet de comédie, donne toute sa verve à l’Empereur de la lune (« Un avara suda e pena ») après un remarquable « Mi fano ridere », à l’acte précédent. Dans le livret, Ernesto est quelque peu privé d’humanité. Haydn lui donne vie, c’est déjà une sorte d’Ottavio. Ce soir, <strong>Mireille Lebel</strong>, mezzo canadienne trop rare chez nous, nous vaut une composition de grande qualité, vocale comme scénique, dès son « Begli occhi vezzosi ». Flaminia, <strong>Catherine Trottmann, </strong>est vocalement le plus intéressant des personnages féminins. On attendait ses coloratures du « Ragion nell’ alma siede », grand air digne de l’<em>opera seria</em>, et l’on n’est pas déçu. Peut-être un supplément de passion qu’elle trouvera sans peine au cours des prochaines représentations, et nous serons proches de l’idéal.  Sa sœur, Clarice, est confiée à <strong>Déborah Salazar-Sanfeld</strong>. Son « Son fanciulla da marito » était prometteur. L’aria suivant « Quanta gente che sospira », mais surtout son ultime duo avec Ecclitico nous ravissent. La Lisetta de <strong>Pauline Claes </strong>ne s’en laisse pas compter, particulièrement par Buonafede. Les couleurs, l’expression et le soutien séduisent. L’ambiguïté malicieuse du « Una donna come me » lui va à ravir, tout comme « Se lo comanda, ci veniro ». Exemplaires de vie, de précision et d’équilibre, les finales de chacun des trois actes – particulièrement du deuxième, magistral – réunissant les 7 solistes, annoncent ceux des <em>Nozze di Figaro</em>. Eux seuls suffiraient à justifier que Haydn soit enfin reconnu comme un grand compositeur lyrique.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/230121n140.jpg?itok=sufp7yzC" title="Sébastien Droy (Ecclitico) et Romain Dayez (Buonafede) © Luc Bertau - Opéra-Théâtre Eurométropole de Metz" width="468" /><br />
	Sébastien Droy (Ecclitico) et Romain Dayez (Buonafede) © Luc Bertau &#8211; Opéra-Théâtre Eurométropole de Metz</p>
<p>A la tête de l’Orchestre national de Metz Grand Est, David Reiland, qui devait assurer la direction musicale, souffrant, a été remplacé au pied-levé par <strong>Victor Rouanet</strong>, très jeune chef, disciple d’Alain Altinoglu, assistant à l’Orchestre national de Lille<strong>. </strong>Il faut lui savoir gré d’avoir sauvé la production. Le temps imparti ne lui a pas permis d’imposer sa marque à l’orchestre, et nous restons quelque peu sur notre faim : le sourire, l’humour – marque de Haydn – mais aussi le caractère dramatique de telle scène sont effleurés. C’est propre, appliqué et en place. Le souffle fait défaut. Personne n’a démérité. Le chœur, bien préparé, vocalement comme scéniquement, n’appelle que des éloges.  </p>
<p>Un spectacle tonique, séduisant, abouti, qui pourrait et devrait tourner davantage qu’entre Metz et Clermont-Ferrand. Qui osera maintenant la trilogie Haydn-Goldoni (***) ?</p>
<p>(*) Giulini l’avait donnée dès 1959, dans une version maintenant dépassée.<br />
(**) « un certo ruscelletto » entre Buonafede et Clarice, qu’aurait pu signer Mozart, où les cordes fluides tissent une merveilleuse trame.<br />
(***) <em>Lo Speziale</em>, 1768 ; <em>Le Pescatrice</em>, 1770 ; <em>Il mondo della luna</em>, 1777</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Il Mondo della Luna</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/il-mondo-della-luna-une-revelation-les-musiciens-du-tage-a-lisbonne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marcel Quillevere]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 04 Feb 2021 05:54:51 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Une belle surprise que ce CD qui est une première mondiale !  Il nous fait découvrir un Mondo della Luna inconnu qui a précédé de 12 ans l’opéra de Joseph Haydn. Il a été composé sur le même texte de Goldoni, par Pedro António Avondano, un musicien plein d’esprit, qui fut célèbre au Portugal et &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Une belle surprise que ce CD qui est une première mondiale !  Il nous fait découvrir un <em>Mondo della Luna</em> inconnu qui a précédé de 12 ans l’opéra de Joseph Haydn. Il a été composé sur le même texte de Goldoni, par <strong>Pedro António Avondano</strong>, un musicien plein d’esprit, qui fut célèbre au Portugal et au Brésil. Il est interprété ici par un jeune ensemble baroque de Lisbonne, <strong>Os Músicos do Tejo</strong><em> (Les Musiciens du Tage),</em> remarquable.</p>
<p>Déjà, en 1650, Cyrano de Bergerac avait relaté, dans son autofiction <em>L’Histoire des Empires de la Lune</em>, un voyage sur cette planète, réalisé à l’aide de fioles magiques et d’une fusée, pour mieux fustiger son époque. Un siècle plus tard, le monde mirifique de la lune est aussi le cadre d’un opéra bouffe de Carlo Goldoni et du compositeur Baldassare Galuppi, créé en janvier 1750 à Venise. Or cette année-là, au Portugal, un nouveau roi, José Ier, monte sur le trône. C’est un souverain éclairé, protecteur des arts et passionné d’opéra italien, fondateur de plusieurs théâtres dont le premier opéra du Portugal (détruit lors du tremblement de terre de Lisbonne en 1755). José Ier entretient une correspondance assidue avec Goldoni et ce dernier lui envoie des livrets pour les compositeurs portugais, dont son <em>Mondo della Luna</em> que le souverain propose au premier violon de l’orchestre, Pedro António Avondano (1714-1782) qui a déjà composé de magnifiques ballets. Cet unique opéra du compositeur portugais est créé en 1765 au Théâtre Royal de Salvaterra avec un grand succès. Avondano a un sens inné du théâtre, sa musique pétille, son orchestration est flamboyante, le rythme est soutenu et les récitatifs sont singulièrement vivants. Pour cet enregistrement, le chef d’orchestre portugais <strong>Marcos Magalhães</strong> s’est inspiré de ceux des opéras italiens de l’époque, tels que décrits par le Français Michel Corette. Les dialogues passent ainsi du parlé au chanté sans arrêt et le théâtre est gagnant, d’autant que le continuo tenu par la claveciniste <strong>Martha Araujo</strong>, et Magalhães lui-même, suit le texte au plus près, avec agilité, humour et poésie. L’Orchestre <em>Os Músicos do Tejo  </em>est d’une belle couleur et très homogène. Les instrumentistes s’amusent et le pupitre des vents est particulièrement habile et facétieux. Marcos Magalhães dirige avec verve et précision. Il ne manque jamais d’imagination pour accompagner les scènes burlesques. Goldoni a imaginé là une fourberie spectaculaire pour railler, selon son habitude, les mœurs de son temps et défendre les femmes qui veulent s’émanciper.</p>
<p>Les chanteurs portugais sont tous excellents et leur italien très soigné. Le ténor <strong>Fernando Guimarães</strong>, au timbre  léger et séduisant, interprète le « professeur» Ecclitico.  Il fait croire au barbon Buona Fede (chanté par l&rsquo;excellent <strong>Luís Rodrigues</strong>, basse ) qu’il a inventé un télescope avec lequel on peut voir ce qui se passe dans la Lune. Il manipule en réalité une sorte de lanterne magique avec ses complices, le chevalier Ernesto (<strong>João Pedro Cabral,</strong> ténor issu de l’Ecole de l’Opéra de Paris) et son serviteur Cecco (<strong>João Fernandes</strong>, inénarrable, comme en 2002 dans les <em>Indes Galantes</em> à l’Opéra Garnier). Tous les trois veulent épouser les filles de Buona Fede et sa servante Lisetta. Et c’est là qu’intervient le télescope : le vieillard y voit une scène où une jeune femme tombe amoureuse d&rsquo;un vieillard et une autre où un mari bat son épouse infidèle. Il n’en faut pas plus pour qu’il accepte de s’envoler avec Ecclitico vers la Lune, en ingurgitant une potion qui doit le faire passer dans une autre dimension. Evidemment il s’endort et se réveille dans le jardin du pseudo-astronome transformé en espace lunaire. C’est le décor du deuxième acte, loufoque et irrésistible. L’auditeur du CD a l’impression d’être au milieu du public au Théâtre Thalia de Lisbonne où l’enregistrement a été réalisé. La scène finale du mariage impérial est digne de la scène du Mamamouchi de Molière. Lisetta épouse son Cecco, déguisé en Empereur de la Lune et ce dernier scelle l’union des deux autres couples. Les trois sopranos sont excellentes. <strong>Carla Caramujo</strong>, formée en Allemagne est parfaite dans le rôle de Flaminia. Le timbre et le phrasé de <strong>Susana Gaspar</strong> conviennent parfaitement à Clarice, plus prima donna que sa sœur. <strong>Carla Simões</strong> possède une technique solide qui lui permet de passer de la musique baroque à la comédie musicale américaine. D’où sa faconde et sa volubilité dans le rôle de la malicieuse et pétillante servante. Elle parvient même à nous toucher dans l’air de l’Impératrice de la Lune ! Ce deuxième acte est un vrai régal. Au final, c’est sur un ensemble bien enlevé que tous se réconcilient.</p>
<p>Une musique portugaise trop inconnue que nous révèle ce merveilleux voyage.</p>
<p>(Un bémol : livret en anglais et portugais seulement. Le livret de Goldoni est heureusement sur le WEB)</p>
<p> </p>
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		<item>
		<title>HAYDN, Il mondo della luna — Baden-Baden</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/il-mondo-della-luna-baden-baden-objectif-lune-non-atteint/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 20 Mar 2016 07:22:46 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Comme chaque année, à côté de la superproduction du festival de Pâques, initié la veille avec un très attendu Tristan und Isolde à la distribution prestigieuse donné dans l’immense Festspielhaus de Baden-Baden, un opéra de chambre est proposé dans le ravissant petit théâtre à l’italienne de la ville, celui-là même où Hector Berlioz créa Béatrice et &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Comme chaque année, à côté de la superproduction du festival de Pâques, initié la veille avec un très attendu <a href="http://www.forumopera.com/tristan-und-isolde-lame-de-fond"><em>Tristan und Isolde</em></a> à la distribution prestigieuse donné dans l’immense Festspielhaus de Baden-Baden, un opéra de chambre est proposé dans le ravissant petit théâtre à l’italienne de la ville, celui-là même où Hector Berlioz créa <em>Béatrice et Bénédict </em>en 1862<em>. </em>Et comme par le passé, ce sont les jeunes solistes du Berliner Philharmoniker qui officient.</p>
<p>À peine remis des émotions de la veille et de l’excellence du plateau vocal, difficile de passer en moins de 24h de l’univers de Wagner servi par des interprètes chevronnés à celui de Haydn revu et corrigé pour de jeunes professionnels, avec des moyens limités tant en effectifs (20 musiciens, 5 chanteurs et une comédienne) qu’en moyens (le décor est plus que minimaliste). Il serait pourtant facile de s’adapter à cette œuvre à la musique si charmante et maîtrisée si le spectacle tenait ses promesses. Or, le délicat et poétique opéra de Haydn est simplifié à l’extrême, dans une version édulcorée où, entre autres, deux rôles sont sacrifiés. Le barbon Bonafede qui avait deux filles à marier n’en a plus qu’une et seuls deux couples s’unissent au lieu des trois initialement prévus. Rien de bien gênant en soi, a priori, mais le parti pris de mise en scène et de traitement de l’ouvrage en souffrent. Si des coupes ont été opérées, le spectacle n’en est pas plus court pour autant et c’est là où le bât blesse, car les airs sont trop nombreux, entrecoupés de récitatifs et scènes silencieuses qui ralentissent considérablement l’action.</p>
<p>Les airs sont chantés en italien mais les récitatifs ont été traduits en allemand et un rôle parlé a été ajouté, celui de l’épouse décédée de Bonafede. Cette idée est plutôt bien trouvée et la comédienne <strong>Birgit Bücker</strong> impressionne de justesse dans ce beau personnage qui nous vaut quelques-uns des purs moments d’émotion de l’œuvre, le fantôme officiant comme catalyseur entre le père et sa fille Clarice qui vient de le berner pour réussir à s’unir à celui qu’elle aime. Bonafede rêve de la lune et un faux astronome, Ecclitico, amoureux de Clarice, lui organise le voyage, avec la complicité active de la servante Lisetta et de son galant Cecco. Dans un décor de fantaisie que les quatre amoureux font passer pour la lune au barbon, on profite de la crédulité de Bonafede pour lui faire cautionner les deux mariages et le délester de son argent. Après une colère homérique du père floué, tout finit évidemment par s’arranger. De cette histoire pour le moins tarabiscotée et invraisemblable, le metteur en scène <strong>Jörg Behr</strong> et sa dramaturge <strong>Sylvia Roth</strong> se tirent plutôt bien ; la direction d’acteurs est bonne, les accessoires judicieusement employés, mais quelque chose dans le rythme ne fonctionne pas bien et la mayonnaise ne prend pas car l’ambiance hésite entre drame et comédie. On finit par s’ennuyer, ce qui est un comble.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/160318_mondo_gp_087_frei_klein.jpg?itok=oMniHcZs" title="© Jochen Klenk" width="468" /><br />
	© Jochen Klenk</p>
<p>Le plateau vocal est sympathiquement investi et ne démérite pas. <strong>Patrick Zielke</strong> a été gâté par la nature d’un puissant organe à faire s’effondrer le petit théâtre ; le chant manque encore un peu de nuances, mais la jeune basse est prometteuse. Ses qualités de comédien sont remarquables et son jeu de jambes excellent, ce qui tombe à pic pour interpréter le barbon Bonafede. Il entraîne à sa suite avec une frénésie débridée le reste de la troupe. Également remarquable, dotée d’un sourire ravageur, la soprano allemande <strong>Victoria Kunze</strong> est une Clarice idéale, très à l’aise dans les vocalises et les aigus. <strong>Moritz Kallenberg</strong> ne manque pas de panache dans le faussement cynique Ecclitico et son acolyte Cecco est incarné avec fraîcheur et charme par <strong>Nikolaus Pfannkuch</strong>. En revanche, la Lisetta de <strong>Joyce De Souza</strong> peine à convaincre, bien trop sage et manquant de piquant et de relief.</p>
<p>Dans la fosse, <strong>Stanley Dodds </strong>semble diriger sans grand enthousiasme – cela ne lui ressemble pas – la jeune formation de l’Orchester-Akademie du Berliner Philharmoniker. Le tout est propre mais trop lisse, très en deçà de la belle performance empreinte de fougue et d’énergie qu’avaient offerte les jeunes interprètes berlinois l’année passée avec <a href="http://www.forumopera.com/la-princesse-de-trebizonde-baden-baden-de-quoi-se-mettre-sous-la-dent"><em>La Princesse de Trébizonde</em></a>. Une déception, donc, celle de ne pas avoir eu droit à l’intégralité (ou ce qu’il en reste) de la partition et de découvrir un spectacle visiblement en rodage. On attend de découvrir ces jeunes interprètes d’ici quelque temps, quand ils auront acquis une maturité dont on ne doute pas qu’ils parviennent à l’atteindre. </p>
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			</item>
		<item>
		<title>HAYDN, Il mondo della luna — Monte-Carlo</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/il-mondo-della-luna-monte-carlo-faisons-un-reve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Mar 2014 18:42:22 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>  En écrivant Il mondo della Luna (sous le pseudonyme de Polisseno Fegejo Pastor Arcade) Goldoni reprenait le flambeau de Molière dans Le Bourgeois gentilhomme. Comme M. Jourdain, Buonafede est un maniaque ; l’un et l’autre, dupés qui par la turquerie, qui par un voyage dans la lune, retrouvent une réalité quotidienne modifiée &#8211; leur(s) &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>           </p>
<p>			En écrivant <em>Il mondo della Luna</em> (sous le pseudonyme de Polisseno Fegejo Pastor Arcade) Goldoni reprenait le flambeau de Molière dans <em>Le Bourgeois gentilhomme</em>. Comme M. Jourdain, Buonafede est un maniaque ; l’un et l’autre, dupés qui par la turquerie, qui par un voyage dans la lune, retrouvent une réalité quotidienne modifiée &#8211; leur(s) fille(s) mariée(s) malgré eux &#8211; et ils doivent en prendre acte. M. Jourdain rêve de haute noblesse, Buonafede rêve de la Lune. Las, la Lune aujourd’hui n’est plus ce qu’elle était au XVIIIe siècle. Depuis que des hommes y sont réellement allés, impossible de se la représenter comme autrefois. Telle est du moins la conviction d’<strong>Emilio Sagi</strong>, le maître d’ouvrage de cette coproduction récompensée en décembre dernier par le prix Campoamor. Il remplace donc le jardin fantastique au menu du deuxième acte par une boite de nuit où costumes, lumières et attractions provocantes sont censées créer le monde différent dont rêve Buonafede. Mais si la Lune a perdu l’aura poétique et fantastique dont l’humanité la dotait, comment ce bourgeois rassis présenté comme notre contemporain a-t-il pu croire y voir ce que le télescope lui montre ? Est-il si hors du monde qu’à défaut de les fréquenter il ignore ce qu’est une boîte de nuit ? On perçoit les limites de cette option « logique », néanmoins développée avec une cohérence impeccable.</p>
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			L’œuvre est-elle un pur divertissement ? Si les personnages sont des types issus de la comédie, ils n’y sont pas tous réductibles, en particulier le père, ses filles et la servante. Celle-ci semble délurée et désinvolte, voire cynique, mais l’amertume de Despina n’est pas loin, et celles-là évoquent pour nous les deux sœurs de <em>Cosi</em>, mais leurs déclarations relatives au mariage recèlent des convictions étrangères à la futilité. Quant à leur père, ses rêves d’alliances prestigieuses et ses sentiments devant les images du télescope trahissent bien des frustrations ! Ces nuances, que l’écriture de Haydn, par le choix et les variations de tonalité et de timbre, ne cesse de faire chanter, ne sont guère valorisées par la mise en scène, dont la priorité est l’efficacité comique. Ainsi au deuxième tableau du premier acte, panaché d’Almodovar et de Konwitschny (décor de <strong>Daniel Bianco</strong>), même si le jeu des cheveux peignés vient en aide à l’interprète, le gag détourne du sens d’un air dont la musique suggère le sérieux qu’y met le personnage. Le deuxième acte est traité dans un esprit de revue au cabaret, mélange de Crazy Horse pour les lumières et le duo de danseuses, de Folies Bergère pour l’escalier, de Casino de Paris pour les boys, et de lieux indéterminés où passent les échos du film <em>Cabaret </em>et le souvenir de Freddy Mercury. Faut-il s’étonner si l’accumulation des références finit par donner l’impression de déjà vu ? Les costumes et les coiffures de <strong>Pepa Ojanguren</strong> contribuent aux évocations citées avec la fantaisie colorée qu’on lui connaît. Quant aux lumières d’<strong>Albert Faura</strong>, elles accompagnent les situations, de la terrasse vouée à l’observation nocturne du ciel à la boite de nuit où elles brillent dans le noir du décor. Redisons-le : cette option ne nous comble pas, mais elle fonctionne parfaitement.</p>
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<p>			Si Emilio Sagi n’a pas voulu jouer le jeu de la tradition, est-ce dans le même esprit que <strong>Jérémie Rhorer</strong> a abordé la partition ? On sait qu’il n’en subsiste aucune de complète, du fait de l’incendie de 1779 à Esterhaza. Si l’édition Barenreiter mentionnée dans le programme est celle pour piano/chant de 2009, a-t-il réalisé l’instrumentation ? Cette version, légèrement plus courte que celle, devenue classique, d’Antal Dorati, en diffère aussi par des choix qui modifient le climat de certaines scènes. Ainsi le chœur d’entrée à mi-voix suggère chez l’aîné une atmosphère quasi mystique qui fait des disciples d’Ecclitico les adeptes convaincus de son enseignement ; avec Jérémie Rhorer ils deviennent les complices d’une supercherie à laquelle ils participent activement, à en juger par leur énergie sonore. Par bonheur, cette option s’accorde étroitement avec celle de la mise en scène, et lui apporte une justification essentielle. La musique n’est plus dès lors un support, un commentaire ou un ornement mais devient l’âme de la machination. Le chef, dont l’attention semble inépuisable, est secondé sans faille par les musiciens du <strong>Cercle de l’Harmonie</strong>, qui répondent avec une souplesse nerveuse mais jamais brutale et déploient un festival de couleurs en mesure de rendre justice au raffinement mélodique et harmonique de la composition.<br />
			Le plateau est presque idéal. Si les aigus, les vocalises et les trilles d’<strong>Hélène Le Corre</strong> étaient moins parfaits on ne remarquerait pas que ceux d’<strong>Alessandra Marianelli</strong> le sont légèrement moins, dans le redoutable « Ragion nell’alma siede », mais l’une et l’autre sont pétillantes en filles insoumises. <strong>Annalisa Stroppa</strong> fait son miel du personnage de Lisetta, la servante futée ; loin de la fausse innocence de Frederica Von Stade, elle s’impose par l’aplomb scénique et la désinvolture vocale, qui culmine dans son air « Se lo comanda ci veniro ». Leurs amoureux ne sont pas en reste. <strong>Philippe Do</strong> a une présence physique évidente et dans la voix la détermination de qui s’est résolu cyniquement à employer les grands moyens, même détournés, pour parvenir à ses fins. Ernesto, qui est son complice, pourrait avoir plus de poids vocal que n’en démontre <strong>Giuseppina Bridelli</strong>, mais pas plus de musicalité ni de grâce malicieuse. Dernier acteur de la machination, et non des moindres, Cecco, à qui <strong>Mathias Vidal</strong> prête un physique à la Scapin et une <em>vis comica</em> certaine, ainsi qu’une maîtrise accomplie d’une voix souple et sonore. Le rôle du dindon de la farce échoit à <strong>Roberto de Candia</strong> ; ce baryton dont la mise en scène exploite abondamment le physique épanoui promène une voix désormais à maturité dans les hauts et les bas de l’écriture avec une apparente facilité et un brio scénique qui emporte l’adhésion. Toutes ces voix se marient admirablement dans un final qui vient presque trop tôt, tant est forte la séduction de papa Haydn qu’elle a agi, on l’entendait à l’entracte, même sur ceux qui ne s’y attendaient pas. La salle Garnier est à peine plus grande que l’opéra d’Esterhaza. A ce niveau de qualité, comment ne pas rêver d’y voir, sinon l’intérieur de la Lune, un cycle d’opéras de Haydn ?</p>
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