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	<title>Le Roi d&#039;Ys - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Le Roi d&#039;Ys - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>LALO, Le Roi d&#8217;Ys &#8211; Strasbourg</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 17:05:34 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]">L&rsquo;Opéra national du Rhin s&rsquo;est imposé depuis de nombreuses années comme l&rsquo;un des défenseurs les plus constants du répertoire lyrique français, notamment à travers une collaboration fidèle avec Olivier Py (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/penelope-faure-strasbourg-et-ca-fait-des-grands-floc/"><em>Pénélope</em> de Fauré</a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/ariane-et-barbe-bleue-strasbourg-scenes-de-chasse-en-foret/"><em>Ariane et Barbe-Bleue</em> de Dukas</a>). C&rsquo;était donc avec une grande excitation qu&rsquo;on se rendait à Strasbourg pour y voir <em>Le Roi d&rsquo;Ys</em> de Lalo, œuvre bien connue mais quasiment jamais représentée. L&rsquo;amateur lyrique en connaît sans doute l&rsquo;ouverture, l&rsquo;aubade de Mylio ou l&rsquo;air de Margared, mais l&rsquo;œuvre a subi le sort de tant de chefs-d&rsquo;œuvre du répertoire français de la fin du XIXe siècle : un lent et inexplicable engloutissement, après avoir été jouée dans toute la France de manière régulière pendant la première moitié du XXe siècle (<em>Le Roi d&rsquo;Ys</em> était par exemple tous les deux ans à l&rsquo;affiche de l&rsquo;Opéra du Rhin entre 1919 et les années 1950, un véritable tube au même titre que <em>La traviata</em> aujourd&rsquo;hui). Ceci est d&rsquo;autant plus inexplicable que le livret est fulgurant et l&rsquo;inspiration mélodique constante. L&rsquo;écriture orchestrale réalise une synthèse remarquable entre le wagnérisme et le grand opéra français, avec cette transparence et cette immédiateté dans les effets qui distinguent nettement Lalo d&rsquo;un Reyer, plus ouvertement germanisant, et le rapprochent de Gounod et Massenet.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]"><em>Le Roi d&rsquo;Ys</em> aurait pu s&rsquo;appeler <em>La Fille du roi d&rsquo;Ys</em>, puisque c&rsquo;est Margared qui en est le véritable cœur battant. Cousine de Médée et d&rsquo;Armide, elle est l&rsquo;un des personnages les plus radicaux et les plus fascinants du répertoire lyrique : animée par la seule pulsion de mort, consumée par une jalousie dévorante et folle, elle appelle fatalement la destruction de la cité. C&rsquo;est à partir d&rsquo;elle qu&rsquo;<strong>Olivier Py</strong> construit sa mise en scène, lui conférant une dimension quasi mystique : sur les murs du décor, elle inscrit un passage du Psaume 42 « abyssos abyssum invocat » (un abîme appelle un autre abîme), rappelant la manière dont elle scelle son destin à celui de la ville d&rsquo;Ys.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]">La scénographie monochromatique de <strong>Pierre-André Weitz</strong>, noire, blanche et argentée, défile sur une tournette à travers des espaces contrastés : façades, promontoires, un phare, un paquebot évoquant le Titanic, des grues portuaires, une citerne asséchée où Margared patauge dans ses boues mentales. L&rsquo;action est ancrée dans l&rsquo;époque de la composition plutôt que dans le Moyen Âge breton. Les Prussiens rôdent, incarnés par Karnac et sa suite : cette référence à la défaite de 1870, déjà présente en sous-texte dans l&rsquo;œuvre originale, est ici rendue pleinement visible. Des bandes de tôle s&rsquo;animent dès l&rsquo;ouverture, tissant un lien entre l&rsquo;industrialisation et la puissance aveugle des éléments : lames de mer sous lesquelles évolue un scaphandrier solitaire, elles remontent ensuite dans les cintres où elles demeurent suspendues comme une menace tout au long de l&rsquo;œuvre, avant de s&rsquo;abattre et de flotter sur le plateau pour représenter l&rsquo;engloutissement final. Sur les derniers accords, Py assume le kitsch du genre sans ciller : une pluie de confettis argentés submerge le plateau comme une grande vague. On peut d&rsquo;ailleurs y voir une réponse implicite à la sortie récente de Timothée Chalamet, qui déclarait que personne ne s&rsquo;intéresse plus à l&rsquo;opéra : c&rsquo;était le blockbuster du XIXe siècle, il faut l&rsquo;aimer pour ce qu&rsquo;il est, démesure comprise, et c&rsquo;est précisément pour cela qu&rsquo;on l&rsquo;aime.</p>
<figure id="attachment_210264" aria-describedby="caption-attachment-210264" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="wp-image-210264 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/center-4-2-1024x859.jpg" alt="" width="1024" height="859" /><figcaption id="caption-attachment-210264" class="wp-caption-text">© Klara Beck</figcaption></figure>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]">Le grand métier du metteur en scène se mesure aussi à la gestion des masses et des mouvements scéniques : l&rsquo;effet dans l&rsquo;ouverture, où le chœur se précipite comme une vague depuis l&rsquo;arrière d&rsquo;une tôle vers l&rsquo;avant-scène, est d&rsquo;une efficacité cinématographique et d&rsquo;une grande musicalité. L&rsquo;arrivée de Mylio depuis la salle et l&rsquo;engloutissement final chanté par le chœur en partie depuis les loges latérales intègrent le public dans le drame avec une intelligence dramaturgique rare et font déborder l&rsquo;espace scénique au-delà du cadre de scène. On retiendra par-dessus tout la scène de saint Corentin, l&rsquo;une des plus impressionnantes de la soirée, où, sur un plateau nu éclairé par les lumières mystérieuses de <strong>Bertrand Killy</strong>, la relique du saint est doublée par un évêque impassible, finalement poignardé par Karnac. Troublante irruption du réel dans une scène fantastique qui pourrait paraître naïve.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]">La distribution réunie par l&rsquo;Opéra du Rhin est remarquable, et en un sens plus équilibrée que celle du récent enregistrement du Palazzetto Bru Zane, et la diction est irréprochable pour l&rsquo;ensemble des solistes. <strong>Anaïk Morel</strong> campe une Margared d&rsquo;une intensité dévastatrice : le vibrato s&rsquo;élargit parfois un peu trop dans l&rsquo;aigu, mais le bas médium et les graves possède une noirceur d&rsquo;ébène dont la chanteuse tire des effets saisissants. Armée de son poignard, elle frappe comme une force hallucinée ; son rire dément devant saint Corentin glace le sang. Face à elle, <strong>Lauranne Oliva</strong> est une Rozenn d&rsquo;un parfait équilibre, vraie soprano lyrique rayonnante : voix ductile et franche, timbre fruité, diction savoureuse. Ce couple de sœurs ennemies, qui s&rsquo;aiment malgré tout, fonctionne à merveille, comme celui que forment, dans le registre masculin, Mylio et Karnac, dont l&rsquo;opposition de couleurs n&rsquo;est pas sans évoquer les couples Elsa/Lohengrin et Ortrud/Telramund.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]"><strong>Julien Henric</strong> est un Mylio de très grand style, à la voix trompetante et à la diction claire comme de l&rsquo;eau de roche. Il se permet dans son aubade des aigus filés d&rsquo;une délicatesse confondante et s&rsquo;impose avec la même autorité dans tous les registres, du lyrisme doux aux élans héroïques. La révélation de la soirée est peut-être <strong>Jean-Kristof Bouton</strong> en Karnac : voix qui fend l&rsquo;orchestre, noirceur mordante, présence de fauve – un interprète à suivre de très près. <strong>Patrick Bolleire</strong> est un roi d&rsquo;une noblesse intacte dans sa déchéance poisseuse, la voix en pleine santé. Les seconds rôles, issus pour la plupart du chœur, complètent idéalement la distribution : <strong>Jean-Noël Teyssier</strong> est un Jaël au timbre clair et beau diseur, <strong>Fabien Gaschy</strong> un saint Corentin solide, dont la scène avec Margared et Karnac laisse une impression durable. Le <strong>Chœur de l&rsquo;Opéra national du Rhin</strong> est d&rsquo;ailleurs impeccable de précision et d&rsquo;engagement.</p>
<figure id="attachment_210265" aria-describedby="caption-attachment-210265" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-210265 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/center-14-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-210265" class="wp-caption-text">Anaïk Morel (Margared) &amp; Jean-Kristof Bouton (Karnac) © Klara Beck</figcaption></figure>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]">L&rsquo;<strong>Orchestre National de Mulhouse</strong> est l&rsquo;un des atouts essentiels de la soirée. Pour <strong>Samy Rachid</strong>, c&rsquo;est une première direction d&rsquo;opéra et c&rsquo;est déjà un coup de maître. Le chef met admirablement en valeur l&rsquo;écriture de Lalo, qui privilégie les bois et les cuivres sur les cordes – déséquilibre que le critique <a href="https://www.bruzanemediabase.com/mediabase/documents/gazette-nationale-ou-moniteur-universel-18880514-roi-dys-lalo">Adolphe Jullien</a> relevait à la création même, et que Lalo reconnut, en rappelant la disproportion entre effectifs de fosse et effectifs symphoniques. Rachid résout le problème avec intelligence : dès l&rsquo;ouverture, la clarinette est savoureuse, les cordes d&rsquo;une transparence saisissante, et l&rsquo;orchestre n&rsquo;est jamais tonitruant. Il en résulte une verdeur, une franchise de timbres qui donnent à l&rsquo;ensemble de l&rsquo;œuvre une immédiateté saisissante, bien loin de tout moelleux englobant.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]">Cette merveilleuse production – une réussite indéniable, comme on en voit rarement – sera diffusée sur France Musique le 11 avril et a été captée pour Opéra Vision. Elle peut encore être vue à Strasbourg le 19 mars, puis à Mulhouse la semaine suivante. Après <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/korngold-le-miracle-dheliane-strasbourg/"><em>Le Miracle d&rsquo;Heliane</em> de Korngold</a>, l&rsquo;Opéra national du Rhin confirme une fois de plus son audace dans le choix des répertoires et son exigence dans la qualité des propositions artistiques. Puisse cette maison continuer de montrer le chemin !</p>
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		<title>LALO, Le Roi d&#8217;Ys</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/lalo-le-roi-dys/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Momal]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Inspiré de la légende bretonne de la ville engloutie d’Ys, Le Roi d’Ys, principale œuvre lyrique du français Édouard Lalo fait partie de ces opéras dont le mélomane a connaissance sans pour autant avoir eu l’occasion de les voir dans leur entièreté. Bien que l’œuvre soit rarement à l’affiche, l’air de ténor « Puisqu’on ne peut &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Inspiré de la légende bretonne de la ville engloutie d’Ys, <em>Le Roi d’Ys</em>, principale œuvre lyrique du français Édouard Lalo fait partie de ces opéras dont le mélomane a connaissance sans pour autant avoir eu l’occasion de les voir dans leur entièreté. Bien que l’œuvre soit rarement à l’affiche, l’air de ténor « Puisqu’on ne peut fléchir » reste régulièrement donné, Jonas Kaufmann s’offrait encore en 2017 le luxe inattendu de le graver sur son album d’opéra français, et l’air de mezzo « De tous côtés j’aperçois dans la plaine » n’a également pas tout à fait sombré dans l’oubli. Partition inspirée, avec de belles pages chorales, tentative intéressante de synthèse d’opéra français et d’influences wagnériennes, <em>Le Roi d’Ys</em> méritait bien un enregistrement chez Palazzetto Bru Zane, label dont on ne saluera jamais assez les services rendus au répertoire français.</p>
<p>Plus que l’histoire du souverain de la cité bretonne, <em>Le Roi d’Ys</em> est celle de ses deux filles, Rozenn, soprano angélique, et Margared, mezzo rebelle. Cette dernière est fiancée au prince Karnac, guerrier redoutable dont le roi s’assure ainsi de l’amitié, mais toutes deux sont éprises du preux chevalier Mylio. Passons les détails, compliqués, de quelques batailles et fêtes traditionnelles. Margared va d’abord attirer les foudres de Karnac sur Ys, en refusant de l’épouser. Puis, comprenant que Mylio lui préfère sa sœur, elle s’allie à Karnac pour ouvrir les écluses de la cité, provoquant ainsi son inondation.  Karnac est tué par Mylio et Margared se jette à la mer, rachetant sa faute par son sacrifice et arrêtant in extremis la submersion complète d’Ys.</p>
<p>Pour un tel récit, il faut des forces orchestrales et chorales capables de planter le décor et d’animer le drame, ce dont <strong>le C</strong><strong>hœur et l’Orchestre national philarmonique de Hongrie</strong> s’acquittent merveilleusement. Si la direction de <strong>György Vashegyi</strong> nous a paru un peu placide à l’acte I, où il faut reconnaître qu’il ne se passe encore que peu de chose par comparaison avec les deux actes suivants, elle gagne en nervosité et en théâtre par la suite. Le troisième acte, en particulier, est saisissant, avec un très beau contraste entre la tendresse de l’air de Mylio puis du trio du roi et ses filles et le dramatisme emporté de l’inondation de la cité.</p>
<p>La distribution vocale est d’une grande homogénéité, sans aucun maillon faible. <strong>Christian Helmer</strong> met un beau baryton au service d’un Saint Corentin hiératique à souhait. Karnac trouve en <strong>Jérôme Boutillier</strong> un interprète à la voix saine et sûre, à la diction impeccable, capable de tempêter avec autant de menace que nécessaire dans ses deux scènes avec Margared. Dommage que le rôle soit en fait assez peu valorisant, sans aucun air ni moment un peu plus apaisé qui lui permettent de développer d’autres qualités que déclamation et volume. Dans le rôle du Roi d’Ys, <strong>Nicolas Courjal</strong>, basse dont on ne signale plus l’excellence, peut quant à lui, dans le trio avec ses filles, développer de belles nuances, une ligne de chant douce et touchante qui complètent de manière bienvenue des récitatifs plus marmoréens et impérieux. Pierre angulaire de ce beau quatuor masculin, <strong>Cyrille Dubois</strong> prête son ténor souple au timbre un peu pincé au chevalier Mylio. Sans aucune surprise, l’air « Puisqu’on ne peut fléchir » lui convient si bien qu’on le croirait écrit pour lui. Ces quelques pages élégantes, espiègles, tout en nuances de piano et pianissimo, couronnées par un contre-la en voix de tête sont parfaitement servies par la voix claire, la diction impeccable et le style légèrement précieux de Dubois. De manière un peu moins attendue, les passages plus guerriers du rôle lui vont tout aussi bien. Son sens du mot fait merveille, en particulier dans le final du premier tableau de l’acte III. Du côté féminin, <strong>Judith van Wanroij</strong> met un soprano un peu nasal mais élégant et gagnant en fruité vers le haut de la tessiture au service de Rozenn. Très à son avantage dans le duo d’amour avec Mylio au dernier acte, elle fait montre d’un joli legato et d’aigus lumineux. Le tempérament fougueux de <strong>Kate Aldrich</strong>, enfin, donne toute son aura tragique à Margared. Si l’on pourrait souhaiter davantage de dégradé de couleurs, notamment dans sa scène de l’acte II, son sens du théâtre balaie toute réserve. « L’enfer écoute » dit Maragred à un Karnac désespéré de ne trouver de soutien ni du ciel ni du diable. Et en effet, quand Kate Aldrich chante, avec une telle maîtrise sur toute la longueur de la tessiture, d’aigus plein d’aplomb jusqu’à des graves poitrinés d’un beau métal sombre, il y a bien quelque chose de terrifiant.</p>
<p>Servi par une si belle distribution et des forces collectives si convaincantes, ce<em> Roi d’Ys</em> a tout pour séduire et captiver l’auditeur. À l’heure où l’Opéra national de Paris a dévoilé une saison 2025-26 si timide en ce qui concerne l’opéra français, cette intégrale nous rappelle tristement, mais magistralement, tout ce que nous manquons sur nos scènes !</p>
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		<title>LALO, Le roi d&#8217;Ys &#8211; Budapest</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lalo-le-roi-dys-budapest/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 Jan 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il y a des opéras que l’on connaît de loin, que l’on a vu, mais qui ne semblent refaire surface qu’à intervalles trop éloignés. Et, si l’on assume un très mauvais jeu de mot – ce qu’on s’autorise hélas trop peu –, le cas du Roi d’Ys semble paradigmatique. Refaire surface. Comment mieux aborder une &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a des opéras que l’on connaît de loin, que l’on a vu, mais qui ne semblent refaire surface qu’à intervalles trop éloignés. Et, si l’on assume un très mauvais jeu de mot – ce qu’on s’autorise hélas trop peu –, le cas du <em>Roi d’Ys</em> semble paradigmatique. Refaire surface. Comment mieux aborder une histoire de submersion&nbsp;? Dans la cité médiévale d’Ys, sur les côtes bretonnes, on s’apprête à célébrer les noces de Margared, fille du roi d’Ys, et du prince Karnac, scellant ainsi une paix longtemps désirée. Mariage politique, fille instrumentalisée&nbsp;: «&nbsp;Hélas&nbsp;! Je suis la rançon de la guerre&nbsp;». Car Margared en aime un autre, Mylio, que l’on croyait mort mais qui, lui aussi, refait surface. Problème&nbsp;: c’est Rozenn, la seconde fille du roi, qu’aime Mylio, et cet amour est réciproque. Tiraillée entre un devoir politique imposé (être une femme comme un objet d’échange) et un amour sincère mais voué au néant (Mylio ne l’aime pas), Margared n’avait d’autre issue qu’une voie sacrificielle. À défaut de se sacrifier elle-même, c’est la cité d’Ys, cause de ses malheurs, qui devra disparaître. Avec Karnac, dont les armées ont entre-temps été vaincues par celles de Mylio, elle projette d’ouvrir les écluses qui protègent la ville.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2024.01.11_Mupa@MNF_foto_Csibi-Szilvia-55-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-154192"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Müpa © MNF foto Csibi Szilvia</sup></figcaption></figure>


<p>Femme nécessairement ambiguë, douce, amoureuse, tourmentée, furieuse, jalouse, Maragred trouve en <strong>Kate Aldrich</strong> une interprète idéale. Si ses premières interventions peuvent frustrer l’impatient qui veut tout et tout de suite, le personnage évolue avec une justesse absolue. La jeune fille mélancolique et un peu lisse gagne rapidement en épaisseur dramatique. La voix prend la noirceur que requiert l’intrigue. Le résultat est magistral. La justesse est toujours parfaite, malgré une partition difficile pour la mezzo. Elle parvient à appréhender les nombreux sauts d’intervalles – qui peuvent évoquer Wagner – sans à-coups ou glissandos intempestifs. Si, dans le premier duo avec Rozenn, l’équilibre entre les chanteuses et l’orchestre était parfois délicat – le second couvrant souvent les premières –, le duo Karnac – Margared de l’acte III est d’une puissance et d’une intensité sombres mais éblouissantes. Faut-il préciser que la prononciation française de la chanteuse américaine est parfaite (n’est-elle pas une Carmen de tout premier plan ?) et que, malgré un surtitrage en hongrois, on a tout compris ?</p>
<p><strong>Judith van Wanroij </strong>est une Rozenn innocente. Malgré un personnage moins complexe que celui de sa sœur, la chanteuse parvient à trouver une réelle place dramatique dans l’intrigue. À cet égard, malgré l’absence de mise en scène, lors de l’entrée des deux chanteuses pour le premier duo, il n’est pas nécessaire d’attendre qu’elles commencent à chanter pour savoir qui est quelle sœur. Elles incarnent déjà, au sens le plus complet du terme, un personnage. Les voyelles sont remarquablement placées, ce qui confère à la voix une lumière particulière, et permet aux harmoniques d’apporter brillance et ampleur. Son dernier duo avec Mylio est bouleversant.</p>
<p>Le roi de <strong>Nicolas Courjal </strong>est un roi, c’est certain. Scéniquement comme vocalement, il en a la puissance, la présence, l’autorité. Un vibrato marqué – qui donne à la voix sa largeur – rend parfois la compréhension du texte plus fastidieuse. <strong>Jérôme Boutillier</strong> est un prince Karnac à la projection incisive, puissante, précise. L’excellente acoustique du Müpa lui rend particulièrement justice. Musicalement, il est exemplaire et offre, dans le duo démoniaque de l’acte III déjà évoqué, les émotions les plus vives de l’œuvre.</p>
<p>On salue tout particulièrement la prestation de <strong>Cyrille Dubois</strong> qui, en plus de qualités musicales incontestées et certainement incontestables, offre ici une réelle démonstration de technique au service de la musique. Couleur naturelle du timbre et travail de la projection, incluant une attention remarquable au placement du texte, lui permettent de toujours passer l’orchestre, y compris dans des moments de douceur intense. Son «&nbsp;Vainement, ma bien aimée&nbsp;», à l’acte III, est un moment suspendu et l’aubade un peu (en fait, très) niaise nous touche au plus profond. Un moment de simplicité et d’amour après lequel on pense pouvoir mourir même si, bien sûr, on voudra vivre. C’est le drame même du <em>Roi d’Ys</em>.</p>
<p><strong>Christian Helmer </strong>est, enfin, un Jahël et un saint Corentin à la voix claire et bien timbrée. Il peine à occuper l’espace sonore quand il est Jahël, avant de s’affirmer davantage, dans une partition certes plus lyrique, quand il devient saint Corentin.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2024.01.11_Mupa@MNF_foto_Csibi-Szilvia-59-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-154193" width="910" height="606"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Müpa © MNF foto Csibi Szilvia</sup></figcaption></figure>


<p>Sous la baguette de <strong>György Vashegyi</strong>, l’<strong>Orchestre national philharmonique de Hongrie </strong>sert la partition par une belle homogénéité et une précision à toute épreuve, particulièrement dans les pupitres de cuivres qui offrent, dans l’ouverture, des attaques mordantes suivies de courts crescendos parfaitement maîtrisés. L’effet est percutant. Dès les premières mesures, la submersion à venir est diffuse, l’effet de vagues que permet la partition est exploité mais pas caricaturé. Peut-être trop présent par moments (c’est un orchestre symphonique avant d’être un orchestre d’opéra), on retiendra néanmoins un art des contrastes singulièrement abouti. Le <strong>Chœur national de Hongrie</strong> – chœur qui occupe une place à part entière dans l’œuvre – éblouit par sa force d’émission et l’attention extrême à la qualité du texte français (poussant le souci du détail jusqu’à la prononciation «&nbsp;à la française&nbsp;» du latin dans les incantations mystiques du dernier acte). On regrette toutefois une homogénéité relative de nuances (<em>mf</em>), alors que la partition est faite d’aspérités.</p>
<p>Programmé par le Palazzetto Bru Zane (Centre de musique romantique française) dans le cadre du bicentenaire de la naissance d’Édouard Lalo (1823-1892), le concert a fait l’objet d’une captation pour la collection «&nbsp;Opéra français&nbsp;» &#8211; Bru Zane Label. L’œuvre sera à nouveau proposée au Concertgebouw d’Amsterdam le 3 février prochain, avec une distribution légèrement modifiée.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lalo-le-roi-dys-budapest/">LALO, Le roi d&rsquo;Ys &#8211; Budapest</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Viorica Cortez : une vie d&#039;opéra</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/viorica-cortez-une-vie-dopera-a-deguster-sans-moderation/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 01 Jan 2021 05:37:55 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A partir du milieu des années 60 et jusqu&#8217;au tournant du siècle, Viorica Cortez fut l&#8217;un des mezzo sopranos les plus actifs et les plus renommés de la scène lyrique internationale. Trop peu de témoignagnes nous restent de cette voix somptueuse au timbre chaud et enveloppant, véritable bête de scène qui plus est. Enregistré en &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A partir du milieu des années 60 et jusqu&rsquo;au tournant du siècle, <strong>Viorica Cortez </strong>fut l&rsquo;un des mezzo sopranos les plus actifs et les plus renommés de la scène lyrique internationale. Trop peu de témoignagnes nous restent de cette voix somptueuse au timbre chaud et enveloppant, véritable bête de scène qui plus est. Enregistré en 1977, ce récital, disponible une première fois en 33 tours sous le label IPG, puis edité en CD chez Alienor en 2001, est enfin à nouveau disponible sous le label Calliope. Son titre, <em>Un vie d&rsquo;opéra,</em> en exprime bien le contenu : un beau panorama de quelques uns de ses plus beaux rôles, et quelques exemples de raretés auxquelles la chanteuse franco-roumaine n&rsquo;hésitait pas à se confronter. Viorica Cortez fut une Carmen incontournable, et ce n&rsquo;est pas sans raisons qu&rsquo;elle fut qualifiée de « Carmen du siècle » dans les années 70. A l&rsquo;écoute des deux extraits proposés, et notamment de la <em>Séguédille</em>, morceau pourtant ultra rebattu, on comprend pourquoi. Voici une gitane au caractère bien trempé, mais sans vulgarité, avec cet indispensable <em>esprit français </em>typique de son époque. L&rsquo;équilibre est parfait entre le mot et le chant : le texte est dit avec intelligence et subtilité, sans en faire trop, et la voix sait se parer de couleurs différentes pour exprimer les diférentes émotions, avec un art typiquement belcantiste. Le « Printemps qui commence » extrait de <em>Samson et Dalila</em>, est d&rsquo;une profonde sensualité, d&rsquo;une chaleur envoûtante. Grâce à une prise de son mettant bien en valeur la puissance de la voix, les extraits de rôles de grand mezzo sont particulièrement excitants. De telles interprétations de « O don fatale » ou de « Stride la vampa » (avec des effets de poitrine assumés) mettraient aujourd’hui aisément le feu à la salle. On comprend le succès de <em>La</em> <em>Favorita</em> quand il y avait de tels gosiers pour défendre le chef-d’œuvre de Donizetti. Au chapitre des raretés, la cavatine d&rsquo;Arsace « Ah, quel giorno ognor rammento », terminée par une superbe vocalise sur plus de deux octaves culminant au si naturel, est la démonstration des bases techniques belcantistes que nous évoquions. L&rsquo;extrait du<em> Roi d’Ys , </em>« ​De tous côtés j&rsquo;aperçois dans la plaine », est impressionnant et nous rappelle, en creux,  que Viorica Cortez aborda Wagner avec succès (Venus de <em>Tannhäuser</em>) mais sans s&rsquo;y consacrer plus avant. Les demi-teintes sont aussi à l&rsquo;honneur avec l&rsquo;air de <em>Sapho</em> ou l&rsquo;extrait plein de douce nostalgie d&rsquo;<em>Oberto, conte di San Bonifacio</em>, rôle que Viorica Cortez grava en intégrale sur le vif la mêrme année avec le Teatro Comunale de Bologne. Enfin, l&rsquo;opéra contemporain n&rsquo;est pas oublié avec « O douleur d’être seule » tiré d&rsquo;<em>Antoine et Cléopâtre</em> , ouvrage dédié à Viorica Cortez par son époux Emmanuel Bondeville et créé auThéâtre des Arts de Rouen en 1974, dont on peut trouver l&rsquo;intégrale donnée avec les forces de l&rsquo;ORTF en 1976 sur les circuits parallèles. L&rsquo;enregistrement semble être un repiquage d&rsquo;une copie neuve du 33 tours original et, à l&rsquo;occasion, on pourra entendre au casque quelques bruits de fond sourds. Au positif, la voix est très présente, ni trop près ni trop loin du micro, sans réverberation excessive. <strong>Louis de Froment </strong>et l&rsquo;Orchestre symphonique de Radio-Télé-Luxembourg, dont il était (entre autres) chef permanent de 1958 à 1980, ont beaucoup enregistré à l&rsquo;époque pour le label Vox.  L&rsquo;orchestre est donc de bonne qualité et la direction du chef toulousain efficace et professionnelle.  </p>
<p> </p>
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		<title>LALO, Le Roi d&#039;Ys — Saint-Etienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/le-roi-dys-saint-etienne-rebelle-aux-flots-de-loubli/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Malkani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 04 Mar 2016 17:22:12 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Selon l’une des versions de la légende de la ville d’Ys, les flots s’ouvrent tous les cent ans, permettant de jeter un regard sur la cité engloutie. Certes, il n’aura pas fallu attendre aussi longtemps pour retrouver à l’Opéra de Saint-Étienne Le Roi d’Ys d’Édouard Lalo dans la mise en scène de Jean-Louis Pichon créée &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Selon l’une des versions de la légende de la ville d’Ys, les flots s’ouvrent tous les cent ans, permettant de jeter un regard sur la cité engloutie. Certes, il n’aura pas fallu attendre aussi longtemps pour retrouver à l’Opéra de Saint-Étienne <em>Le Roi d’Ys</em> d’Édouard Lalo dans la mise en scène de <strong>Jean-Louis Pichon</strong> créée en 2007, reprise à Liège en 2008 (captation disponible en <a href="http://www.forumopera.com/le-bapteme-en-images-du-roi-dys">DVD Dynamic)</a> puis à <a href="http://www.forumopera.com/spectacle/production-a-risque">Marseille en 2014</a>. Mais l’occasion reste rare de découvrir une œuvre qui est trop peu représentée alors qu’elle mériterait d’être mieux connue. Non pas pour son livret, somme toute assez conventionnel, mais pour l’originalité de sa composition musicale, pour cette recherche de la succession rapide de formes brèves que Lalo, en 1888, entend opposer à ce « wagnérisme qui nous envahit, nous submerge », comme le lui a dit Léo Delibes peu auparavant. Renonçant à « dépasser Wagner pour lutter sur son terrain avec avantage », Lalo explique dans une lettre du 19 mai 1888 avoir « écrit un simple opéra » &#8211; qu’il appelle aussi « légende bretonne », faisant appel à des mélodies populaires tout en mettant la langue française en valeur dans sa composition des parties chantées.</p>
<p>Rendant hommage à ce parti pris de simplicité qui n’exclut ni l’originalité ni la puissance dramatique de la musique, Jean-Louis Pichon situe l’action au cœur de sombres rochers – décors d’<strong>Alexandre Heyraud</strong> – sur lesquels se détachent comme des algues les costumes verts des habitants de la cité (dus à <strong>Frédéric Pineau</strong>, prématurément disparu en 2013) , dans une recherche de luxe et de raffinement évoquant les fastes d’un antique royaume tout entier soumis aux contraintes de l’océan. À tout moment l’on s’attend à voir les vagues recouvrir la scène. C’est d’emblée sous cette menace, renforcée par les lumières de <strong>Michel Theuil</strong>, que résonnent les chants de Noël du premier acte, interprétés avec conviction et avec une belle homogénéité par le <strong>Chœur Lyrique Saint-Étienne Loire</strong>, qui se distingue dans cette œuvre où il joue un rôle aussi important.</p>
<p>Rappelons l’argument en deux mots : pour mettre fin à une guerre, Margared, fille du Roi d’Ys, doit épouser Karnac, prince ennemi. Mais elle en aime un autre, parti et qu’on croit mort. C’est Mylio, qui revient soudain, provoquant le refus de Margared d’épouser Karnac. Cependant, Mylio aime la sœur de Margared, Rozenn, dont il est aimé. Karnac offensé déclare la guerre, Mylio mène victorieusement les troupe d’Ys contre lui. Margared offre son aide au vaincu et ils ouvrent tous deux les écluses qui retiennent l’eau autour de la cité. Au moment où Ys va être submergée, Margared se jette dans la mer en victime expiatoire et saint Corentin met fin au déferlement des flots.</p>
<p>Les voix sont superbes : depuis le premier balcon, le baryton de <strong>Marc Scoffoni</strong>, puissamment projeté, d’une diction limpide, donne, par la bouche du héraut Jahel, le ton de la soirée. C’est un hommage au chant français, dans lequel s’illustre <strong>Nicolas Courjal</strong>, impressionnant Roi d’Ys, rôle titre dont on aimerait que la partie fût plus longue, voix ample de basse profonde, ciselant chaque note. Le tempérament dramatique de <strong>Marie Kalinine</strong> lui permet de se fondre avec talent dans le personnage de Margared, donnant aux notes graves une belle couleur sombre tout en assurant sans faillir les aigus liés à la palette des affects qui la submergent  – frustration, amour, jalousie, haine. Malheureusement, si le chant est beau, les paroles sont incompréhensibles, ce qui n’est à mettre qu’en partie sur le compte de la partition. La Rozenn d’<strong>Aurélie Ligerot</strong> est toute grâce et sensibilité, servie par un soprano clair et une bonne diction.</p>
<p><strong>Sébastien Guèze</strong> reprend ici le rôle de Mylio qu’il avait chanté à Liège, toujours aussi juvénile dans sa présence scénique et donnant le sentiment d’un mûrissement par rapport à la captation en DVD : la voix est plus souple, plus homogène, les aigus moins forcés, les <em>pianissimi</em> dans l’aigu parfaitement contrôlés – l’aubade du troisième acte est une réussite. À son adversaire Karnac,<strong> Régis Mengus</strong> donne toute la noblesse du prince ennemi et amant éconduit, affirmant peu à peu les ressources vocales de son personnage qui culminent dans l’acte trois, lorsque la couleur rouge a réuni les forces de l’érotisme et du sang versé.</p>
<p>Pour ce « simple opéra », pas de gigantisme dans les effets spéciaux : fumée blanche et rideau de pluie suffisent à évoquer les flots qui menacent de submerger la ville d’Ys, tandis que l’apparition de saint Corentin dans un halo de lumière succède à la course de Margared vers l’abîme, sur une passerelle à l’arrière-plan surplombant l’océan. La sobriété des images accompagne celle de la partition, dans cette conclusion relativement brève, conformément à ce choix d’« écourtement de la musique » dont parle Lalo dans sa lettre de mai 1888.</p>
<p>À la tête de l’<strong>Orchestre Symphonique Saint-Étienne Loire</strong>, <strong>José Luis Domínguez Mondragón</strong> propose de l’ouverture une interprétation très soignée, faisant ressortir le lyrisme des motifs exposés par les solistes (au hautbois, à la clarinette, au violoncelle) et la dimension dramatique (cordes, cuivres) d’une pièce dont il donne également à entendre le caractère épique. Cela vaut aussi pour le début du deuxième acte, tandis que tout au long de l’œuvre les transitions sont ménagées avec finesse, sans préjudice des effets de surprise (mélodies bretonnes, tambourin du troisième acte, orgue…), avec un bel équilibre entre la fosse et la scène. Un seul regret : le manque de justesse de certaines sonneries de cors et de trompettes, qui ponctuent plusieurs moments de l’opéra. Mais on retiendra avant tout la qualité et la cohérence d’ensemble d’un spectacle réussi.</p>
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		<title>LALO, Le Roi d&#039;Ys — Marseille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/production-a-risque/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 10 May 2014 19:13:29 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>  Comment qualifier cette production du Roi d&#8217;Ys ? Créée en 2007 à Saint-Etienne puis reprise à Liège elle finit en esquivant la difficulté de montrer, au dernier acte, l’inondation de la ville d’Ys par la mer. A l’heure où le virtuel peut donner l’illusion du réel, en lieu et place des flots libérés une &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>           </p>
<p>			Comment qualifier cette production du<em> Roi d&rsquo;Ys </em>? Créée en 2007 à Saint-Etienne puis reprise à Liège elle finit en esquivant la difficulté de montrer, au dernier acte, l’inondation de la ville d’Ys par la mer. A l’heure où le virtuel peut donner l’illusion du réel, en lieu et place des flots libérés une pluie drue tombe des cintres ; certes, maints éclairs régis par <strong>Michel Theuil</strong> l’avaient annoncée, mais cette option semble tellement dérisoire pour l’effet de catastrophe attendu qu’elle porte à son comble l’insatisfaction née d’un spectacle dont la conception semble avoir été sommaire et la réalisation maladroite. Les décors d’<strong>Alexandre Heyraud </strong>élèvent des falaises de granit qui empiètent largement sur l’espace scénique et limitent du même coup très sévèrement les évolutions du chœur. L’usage généreux des fumigènes sert surtout à masquer l’absence de la chapelle dédiée à Saint-Corentin. Les costumes de <strong>Frédéric Pineau</strong>, pour soignés qu’ils soient, n’arrangent rien. En habillant uniformément les choristes de bourgeoises tenues de voyage à la mode à la création de l’œuvre il n’a manifestement aucun souci d’une légende du haut Moyen-Age. Sans attendre une reconstitution historique improbable, comment peut-on croire au dépaysement temporel et mental avec des repères vestimentaires si précisément datées ? Et l’hétérogénéité des costumes des solistes n’apporte aucun soulagement : ceux du Roi et de Mylio pourraient être moyenâgeux, celui de Karnak annonce lourdement qu’il est le diable ; quant à ceux des deux sœurs, ils les engoncent dans des atours chichiteux qui semblent pasticher les tenues de cour chez Louis XIV, dans une égalité qui ne tient compte ni de la diversité ni de la singularité des personnages. Cette sorte d’indifférence à l’œuvre, simple prétexte au déploiement de la verve d’un créateur, on la retrouve dans la mise en scène de <strong>Jean-Louis Pichon</strong>. Le chœur d’entrée, expression spontanée de la joie populaire parce que la guerre est finie, est transformé, par son immobilité et sa disposition – les choristes chantent dos au public sous la conduite de leur chef glissé au milieu d’eux et que l’on voit se démener – en manifestation organisée de soutien au régime ou au souverain. La direction d’acteurs n’impressionne ni par son acuité ni par sa pertinence ; la différence de personnalité entre les deux sœurs n’est pas assez fouillée, et le choix de montrer Margared provoquant Karnak à l’étreindre à-la-va-vite ne trouve dans l’œuvre aucune justification. Quant à la course vers la coulisse de Margared, au final, il faut toute l’imagination du spectateur pour y voir le geste tragique d’un suicide. On en vient à regretter une version de concert, largement préférable à cet à-peu-près sinon ce n’importe-quoi.<br />
			  </p>
<p>			D’autant que, musicalement et vocalement, l’ensemble est très honorable et que, disparues les contingences de la représentation, musiciens et chanteurs se seraient sans doute surpassés. Durant l’ouverture on croit percevoir une certaine raideur de l’orchestre, peut-être due à la tension de la première, que semble confirmer une sorte de prudence dans la direction de<strong> Lawrence Foster</strong>, impression que l’on ressentira à diverses occasions. Cela prive peut-être l’exécution d’un peu de flamme et de subtilités mais le succès de cette première soirée est de bon augure pour la suite et d’éventuelles prises de risque. Certains se plaignaient, à la fin, d’un volume orchestral excessif. Nous n’en avons pas souffert, peut-être en raison d’un placement qui ne noyait pas les voix. Toute médaille ayant son revers, quelques acidités sopraniles dans le chœur initial ne passent pas inaperçues, et parfois l’élan sonore requis semble vigoureux à l’excès, mais globalement <strong>Pierre Iodice</strong> peut être fier du résultat.</p>
<p>			Chez les solistes, la seule perplexité tient à la sonorisation de la voix de Saint Corentin. En Jahel, <strong>Marc Scoffoni</strong> tarde un rien à s’affirmer. En revanche le Roi de <strong>Nicolas Courja</strong>l a d’emblée toute l’ampleur, la profondeur et la noblesse que l’on puisse désirer. Le Karnak de <strong>Philippe Rouillon</strong> est solide, mais à voir le chanteur déglutir fréquemment on se demande s’il éprouve quelque gêne car sa voix ne donne pas la même impression de facilité, même si nul accident n’entache sa prestation. Retrouvant Mylio, sept ans après Saint-Etienne, <strong>Florian Laconi</strong> séduit : il a les moyens du rôle et il en exprime toutes les nuances, sans excès viril ni mièvrerie, avec un contrôle très juste de son émission qui lui permet une <em>messa di voce</em> splendide dans l’aubade et des demi-teintes parfaites. <strong>Inva Mula</strong>, naguère Desdémona sur la même scène, retrouve Rozenn, elle aussi sept ans après la mémorable production toulousaine. La voix ne porte guère les traces du temps passé, si ce n’est parfois un léger vibrato, mais encore pourrait-il s’agir d’une intention expressive car les aigus donnent l’impression habituelle de facilité et la souplesse semble intacte. Elle a pour partenaire dans le rôle de Margared une <strong>Béatrice Uria-Monzon</strong> déterminée à se colleter avec une amplitude vocale digne de Wagner. Elle y parvient brillamment, à quelques éclats près mais sans aucun trucage, avec la générosité vocale qu’on lui connaît et une articulation, on le souligne avec plaisir, fort satisfaisante. Nul doute qu’après plusieurs représentations elle n’approfondisse encore une interprétation dramatique peut-être ligotée dans les consignes discutables du metteur en scène ; sa Margared pourrait acquérir l’ironie amère de la révoltée, et l’ébahissement, d’abord accablé puis furieux qu’elle partage avec Phèdre en découvrant auprès d’elle la rivale qu’elle avait aveuglément ignorée. Mais il ne s’agirait que de perfectionner une interprétation d’ores et déjà digne d’éloges. Gageons que, rassurés par la chaleur de l’accueil, la fosse et le plateau réserveront de grandes joies aux futurs spectateurs. On l’espère en particulier pour Andréa Guiot, la Rozenn de Pierre Dervaux, et Michèle Vilma, Margared de fameuse mémoire, qui sont attendues le 15 mai !</p>
<p>			 </p>
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		<title>Le Roi d&#8217;Ys, à manipuler sans précautions</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/le-roi-dys-a-manipuler-sans-precautions/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 Mar 2013 10:45:08 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>  Lundi 25 mars, malgré un préavis de grève lié au désaccord opposant les choristes et les musiciens de l’Opéra de Montpellier au directeur Jean-Paul Scarpitta, le concert organisé au profit de l’association Coline Opéra a bien eu lieu à Paris après avoir été donné le 23 à Montpellier (voir compte rendu), ce qui a &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>           </p>
<p>			Lundi 25 mars, malgré un préavis de grève lié au désaccord opposant les choristes et les musiciens de l’Opéra de Montpellier au directeur Jean-Paul Scarpitta, le concert organisé au profit de l’association Coline Opéra a bien eu lieu à Paris après avoir été donné le 23 à Montpellier (voir <a href="http://www.forumopera.com/index.php?mact=News,cntnt01,detail,0&amp;cntnt01articleid=4971&amp;cntnt01origid=57&amp;cntnt01lang=fr_FR&amp;cntnt01returnid=54">compte rendu</a>), ce qui a permis de réentendre enfin <em>Le Roi d’Ys</em> d’Edouard Lalo dans l’institution pour laquelle il avait été conçu (la création en 1888 eut lieu au Châtelet, la Salle Favart ayant brûlé l’année précédente). Hélas, peut-être parce que l’œuvre a peu à peu quitté le répertoire, <strong>Patrick Davin</strong> semble avoir eu peur de la brutaliser et toute la première partie du concert a été marquée par une certaine timidité, par une modération excessive, alors que les audaces rythmiques de la partition ne demandent qu’à être soulignées, en particulier dans les chœurs. Après l’entracte, la scène du mariage s’avère beaucoup plus réussie, et la tension se maintiendra jusqu’à la fin du concert. Vocalement, un très beau plateau était réuni, presque exclusivement francophone. Dans un rôle dont on s’aperçoit qu’il consiste en grande partie à répéter inlassablement des « Mylio ! » enamourés, la soprano américaine <strong>Julianna Di Giacomo</strong> chante fort bien, mais ne laisse pratiquement filtrer aucune émotion. La basse géorgienne <strong>Nika Guliashvili</strong> est un saint Corentin impressionnant, dont la vigueur fait oublier un français perfectible. <strong>Franck Ferrari</strong> est parfaitement à sa place en Karnak, et l’on aimerait que Lalo lui ait donné plus à chanter. Bien qu’annoncé victime d’un refroidissement, <strong>Sébastien Guèze</strong> offre une belle prestation en Mylio et livre même un glorieux contre-ut final. Quant à <strong>Sophie Koch</strong>, sa Margared tendance Charlotte surprend d’abord, à cent lieues des torches incendiaires qu’étaient Rita Gorr ou Jane Rhodes ; pour elle aussi, la deuxième partie du concert est le moment où s’affirme plus franchement un personnage abordé à Toulouse en 2007. Merci encore à tous ces artistes d&rsquo;avoir mis leur art au service d&rsquo;une double bonne cause, celle de l&rsquo;enfance en détresse et de l&rsquo;opéra français.</p>
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		<title>LALO, Le Roi d&#039;Ys — Montpellier</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/sauve-des-eaux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 Mar 2013 23:08:53 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/sauv-des-eaux/</guid>

					<description><![CDATA[<p>  Comment solliciter la générosité des mélomanes en faveur d’organisations humanitaires ? L’association ColineOpéra organise à cet effet des concerts, avec la participation de volontaires, solistes ou instititutions. Cette année, l’Opéra national de Montpellier et l’Opéra-Comique sont les partenaires de l’entreprise, avec la Fondation Bru Zane. Avant Paris (25 mars) c’est à l’Opéra Berlioz qu’est &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>           </p>
<p>			Comment solliciter la générosité des mélomanes en faveur d’organisations humanitaires ? L’association ColineOpéra organise à cet effet des concerts, avec la participation de volontaires, solistes ou instititutions. Cette année, l’Opéra national de Montpellier et l’Opéra-Comique sont les partenaires de l’entreprise, avec la Fondation Bru Zane. Avant Paris (25 mars) c’est à l’Opéra Berlioz qu’est proposé le rare <em>Roi d’Ys</em>.</p>
<p>			Les musicologues qui ont relevé les faiblesses du troisième acte, tant pour la rigueur que pour l’invention thématique, reconnaissent à l’œuvre dans son ensemble une composition d’un indéniable intérêt par des bonheurs mélodiques et des recherches orchestrales et chorales complexes. Autrement dit, dans la mesure où l’œuvre n’est pas au répertoire, sa préparation n’a rien de facile. Est-ce la conséquence d’une semaine qui a vu se succéder en quarante-huit heures la menace d’une grève de l’intersyndicale des musiciens, puis son annulation ? Sans être indigne, loin de là, cette audition ne nous a pas convaincu qu’il était impossible de mieux faire. Pour être clair, <strong>Patrick Davin</strong> – bon connaisseur de l’œuvre qu’il dirigea en 2008 à Liège – a-t-il pu faire mieux qu’une mise en place et qu’une recherche de l’effet par des contrastes sonores ? Grosso modo, tout fonctionne, parce que les participants sont de bons professionnels, mais l’exécution à l’Opéra-Comique sera-t-elle plus nuancée ? On le souhaite à tous égards, y compris pour les chœurs renforcés, si présents dans l’œuvre, dont l’engagement semble uniformément belliqueux, hormis dans le premier tableau du troisième acte, même quand il aurait dû être dévot ou joyeux et dont les effets d’éloignement sont perfectibles.</p>
<p>			Heureusement les solistes possédaient leur rôle, certains pour l’avoir déjà interprété. Ainsi <strong>Sébastien Guèze </strong>chante Mylio, comme à Liège en 2008. Etait-il fatigué ? On avait souvent l’impression pénible qu’il luttait à ses limites, loin de la facilité d’un Alain Vanzo. Comme à Toulouse en 2007, <strong>Franck Ferrari</strong> donne un beau relief au personnage démoniaque de Karnak et <strong>Sophie Koch</strong>, qui était déjà alors une Margared passionnée, soumet l’auditoire à la violence de sentiments contradictoires, d’une voix encore plus riche d’harmoniques graves et d’une percutante projection. Auprès d’eux un roi plein de la noblesse requise, mais par moments handicapé par une congestion nasale,<strong> Nicolas Cavallier</strong>. Dans le rôle de la douce Rozenn, une magnifique <strong>Juliana di Giacomo</strong>, soprano lyrique charnu, étendu, éclatant et agile, d’une belle expressivité et au français quasiment impeccable. Ce qu’on ne peut dire de <strong>Nika Guliashvili</strong>, ex-pensionnaire du Cnipal, tant son Saint Corentin sonne slave, mais la voix semble de bronze.<strong> Frédéric Goncalves</strong> enfin fait regretter que le rôle de Jahel soit si court.</p>
<p>			Donné en deux parties de longueur à peu près équilibrée – un entracte après le premier tableau du deuxième acte – le concert est suivi en silence par un public attentif dont la majorité découvre probablement l’œuvre. Par-delà les remarques possibles sur l’interprétation, l’impact de la musique est souligné à l’entracte – les réminiscences wagnériennes, des échos de Massenet, voire de Gounod &#8211; et les derniers accords entraînent l’enthousiasme. On en est heureux pour les artistes qui se sont engagés dans cette entreprise généreuse, et tout particulièrement pour Sophie Koch, marraine de ColineOpéra. On leur souhaite le même succès à l’Opéra-Comique.</p>
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		<title>Le Roi d&#039;Ys</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/le-bapteme-en-images-du-roi-dys/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Ponthir]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Mar 2009 09:54:45 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>  Bien belle surprise avec la première parution mondiale en dvd du Roi d’Ys. A notre connaissance, également une première collaboration entre la firme Dynamic et l’Opéra Royal de Wallonie, les contacts privilégiés entre son directeur, Stefano Mazzonis di Pralafera, y sont sans doute pour quelque chose. Et ma foi, plus qu’une heureuse surprise, cette &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>           <br />
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Bien belle surprise avec la première parution mondiale en dvd du <em><strong>Roi d’Ys</strong></em>. A notre connaissance, également une première collaboration entre la firme <strong>Dynamic</strong> et l’<strong>Opéra Royal de Wallonie</strong>, les contacts privilégiés entre son directeur, Stefano Mazzonis di Pralafera, y sont sans doute pour quelque chose. Et ma foi, plus qu’une heureuse surprise, cette édition s’avère être une des sorties les plus intéressantes du catalogue italien, en remplissant plus qu’à satiété sa mission plurielle.<br />
La réalisation de l’enregistrement vidéo ne cherche pas midi à quatorze heures, fonctionnelle, efficace, elle évite les maladresses que nous avons parfois constaté dans la confection d’autres numéros du même catalogue. Dynamic ne dispose pas de moyens extraordinaires et a multiplié les parutions pour répondre aux besoins d’un certain marché. Dans les derniers mois, nous avions regretté que l’éditeur  perde quelque peu sa mission première de vue : offrir des raretés ou combler des manques importants du répertoire. Avec ce <em>Roi d’Ys</em>, la firme se repositionne artistiquement dans le meilleur de sa production et du créneau original qui est le sien.</p>
<p>Grande efficacité du côté de la mise en scène de cette coproduction avec l’Opéra de Saint Etienne. <strong>Jean Louis Pichon</strong> à la tête d’une véritable équipe (costumes, décors, éclairages), offre une vision d’une belle eau. Visuellement, la soirée captive immédiatement, de manière assez inexplicable tant les moyens scéniques sont simples. La cité d’Ys est définie comme un lieu austère, les aspects lacustres sont rendus dans les arêtes des formes rappelant les falaises bretonnes, une judicieuse utilisation du métal évoque des bastingages tandis que des éclairages de ciel plombé participent à appesantir le quotidien difficile du peuple marin. On ressent l’oppression immédiate du drame qui va se nouer. Les tonalités de vert définissant le peuple d’Ys en opposition manichéenne au rouge sang de la faction de Karnac, fonctionnent parfaitement. Là où certains illuminés s’en seraient donné à cœur joie dans la projection de leurs fantasmes, et Dieu seul sait que l’œuvre pourrait donner lieu à bien des transpositions poujadistes, la réussite du metteur en scène se définit avant tout dans le respect des codes de la partition peu évidente à traiter. Entre le témoignage de ce qu’était l’Opéra français à cette époque et l’admiration sans borne que portait Lalo aux compositeurs allemands, Le Roi d’Ys s’avère délicat à proposer. Délicat musicalement, car là aussi, avec peu d’attention, on pourrait rapidement verser dans le zim boum  à tout va et pompiérisme en croisière. Avec son look impossible, <strong>Patrick Davin</strong>, tout en devant composer avec les limites de l’<strong>orchestre de l’ORW</strong>, réussit quasiment une mission impossible. Vu le navire qui est le sien, le chef belge tire le meilleur parti des forces en présence. La gageure n’était guère aisée et l’on admire l’équilibre stylistique entre le goût romantique français et les prémices (traitements des leitmotivs) ou évocations (ouverture, intermèdes musicaux) d’un souffle beaucoup plus germanique. Davin réalise également un excellent travail au niveau du soutien de ses solistes vocaux et vu la dimension de la plupart des rôles, cela s’avèrera être un des éléments cruciaux de la réussite de ce spectacle. De l’orchestre, et nous sommes heureux de pouvoir enfin le dire, il réserve également plutôt une bonne surprise, même si l’on passera sur les habituelles limites solistes de certains pupitres et que l’on remerciera l’ingénieur du son assez inspiré. Nous ne pouvons malheureusement pas joindre les chœurs à ce proficiat. Hormis quelques naufragés omettant sans doute qu’ils sont filmés et affichant seulement en guise de présence, une mine de « qu’est ce que je fais dans cette galère ? », le traitement scénique remplit son rôle. Vocalement, le bât blesse plus cruellement, notamment au niveau des pupitres féminins qui réclameraient d’urgence un peu de sang neuf. La masse chorale est voulue dans ce type d’œuvre comme un protagoniste de tout premier plan, passer même partiellement à côté de ces urgences dramatiques, revient à amputer la partition d’une de ses forces motrices.<br />
Du côté des solistes, l’enregistrement dvd focalise le meilleur d’eux–mêmes pour la majorité. Fortement appréciées sont l’homogénéité de l’affiche, les interactions et complémentarités tant sur les plans physiques, psychologiques que vocales. Marc Tissons est un Jahel irréprochable vocalement et de très haute tenue scénique, tandis que <strong>Léonard Graus</strong> (Saint Corentin) sert toujours les utilitaires avec un grand professionnalisme et une efficacité malgré une certaine usure des moyens. On admire une fois encore la prestation du baryton belge <strong>Werner van Mechelen</strong>. Tout en disposant d’un instrument à la séduction limitée, on salue les qualités musicales et scéniques d’un bel artiste qui a su transcender toutes les limites de sa voix. Son Karnac est remarquablement conduit, phrasé, sa sobriété scénique et la vilénie du personnage vont droit au cœur comme le poison psychologique qu’il distille à Margared. <strong>Eric Martin-Bonnet </strong>est le grand bénéficiaire du report en vidéo, où l’enregistrement masque bien des insuffisances d’un chanteur appelé à un tout autre répertoire, notamment au niveau de l’envergure d’un rôle le dépassant régulièrement. Si la figure paternaliste peut encore paraître crédible, les tensions dramatiques d’un véhicule destiné – minimum – à un Ernest Blanc ou à un Alain Fondary au sommet, sont malheureusement d’une cruauté implacable. A l’heure de ce document, <strong>Sébastien Guèze </strong>offrait encore une certaine promesse d’un bel avenir. Le jeune ténor français a fait couler énormément d’encre virtuelle depuis quelques saisons. Il a, à juste titre, attiré l’attention grâce à un physique plutôt sympathique et le potentiel d’une voix qui, si elle avait été correctement et suffisamment travaillée, aurait pu rendre d’immenses services, notamment dans le répertoire de lyrique léger. Son Ruiz à Orange au côté de l’improbable Manrico de son idole Alagna, permit de mettre un visage sur son nom, tandis que son Marius à Marseille, dans la comédie musicale de Cosma, toujours dans le sillage du chanteur franco-sicilien, fut une belle réussite personnelle. Marseille et sa directrice, Renée Auphan soutiennent ardemment le ténor qui se verra prochainement confier Vincent, ce qui, sur papier, semble judicieux, tout comme l’était ce Mylio. Du jeune guerrier, Guèze en possède un profil partiel, juvénile et impatient, le meilleur de sa composition scénique réside dans les aspects amoureux qu’il partage avec Rozenn. Ses déplacements scéniques, sans évoquer un acteur de génie en devenir, sont d’une efficacité de bon aloi. Vocalement, il y a un an, le ténor était encore une promesse, un potentiel basé sur un timbre d’une réelle beauté. Malheureusement, ce témoignage vidéo ne nous épargne aucune des carences d’un chant prosaïque, à l’émission constamment forcée, ne possédant aucune idée de la gestion de son premier passage vers l’aigu et ne pouvant camoufler un soutien aussi chaotique qu’inefficace. Les gros plans s’avèrent particulièrement douloureux pour l’auditeur. Un an plus tard, Guèze a notamment abordé Rodolfo de <em>La Bohème </em>ainsi que Pinkerton… La consternation fut générale devant le concert des Révélations de la Musique Classique où il était nominé, concert offrant dans la plus grande tristesse, la débâcle d’une voix maltraitée et ne répondant plus aux brutalités de son propriétaire… Désormais, seul Guèze est en mesure de dire, s’il veut se donner les moyens de réagir en reprenant un travail vocal à la base et de réparer ce qui peut encore l’être. Autrement, après Marseille, des débuts importants  à l’Opéra de Paris également avec Vincent sont d’actualité pour la saison prochaine. <strong>Guylaine Girard </strong>s’approche de près de l’idéal voulu par le grand soprano lyrique français réclamé par Rozenn. Hormis un vibrato occasionnel un peu serré, témoignant des limites atteintes dans la confrontation avec les tensions les plus vives du rôle, la soprano canadienne signe un portrait convaincant. Sa composition vocale offre bien des beautés  dans une prestation sincère et engagée. Sa complémentarité avec sa sœur est une réelle réussite partagée par <strong>Giuseppina Piunti</strong> que nous découvrions. Margared réclame le Falcon qui servait les Rachel et autre Valentine, autrement dire, quasiment impossible à distribuer en nos temps de crise. La vocalité hybride de la cantatrice italienne se double d’une superbe actrice en scène, au physique altier. Piunti convainc et émeut pleinement dans la psychologie tourmentée de Margaret dont elle offre un portrait aux multiples reflets. Vocalement, on lui pardonne quelques sonorités en arrière, tant la fougue maîtrisée de la cantatrice emporte immédiatement l’adhésion. Au final, une soirée dans laquelle on plonge dans l’instant et qui file sans aucune lassitude, démontrant que non seulement cette partition est viable, mais mériterait les honneurs et les moyens d’une grande scène nationale parisienne.<br />
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<strong>Philippe PONTHIR</strong></p>
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