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	<title>Les Fêtes d&#039;Hébé - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Les Fêtes d&#039;Hébé - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>RAMEAU, Les Fêtes d&#8217;Hébé &#8211; Paris (Opéra Comique)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rameau-les-fetes-dhebe-opera-comique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 15 Dec 2024 05:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’un des plus grands succès du vivant de son compositeur retrouve enfin la scène parisienne, et pas juste en version de concert, en extraits ou en spectacle d’étudiants. Ces Fêtes d’Hébé le méritent : pas pour son livret, non (comme souvent, pauvre Rameau), mais bien pour sa musique qui devient de plus en plus exceptionnelle &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’un des plus grands succès du vivant de son compositeur retrouve enfin la scène parisienne, et pas juste en version de concert, en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/trente-ans-des-talens-lyriques-paris-chatelet-quels-talens/">extraits</a> ou en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-fetes-dhebe-paris-bastille-mieux-que-le-tunnel-sous-la-manche/">spectacle d’étudiants</a>. Ces <em>Fêtes d’Hébé</em> le méritent : pas pour son livret, non (comme souvent, pauvre Rameau), mais bien pour sa musique qui devient de plus en plus exceptionnelle à mesure que l’on approche de la dernière entrée, véritable feux d’artifice de l’art du Dijonais. Difficile de résister à ces danses dont l’énergie rivalise avec la finesse.&nbsp;</p>
<p>Vingt-sept ans après l’enregistrement de la première (et très belle) intégrale de l’œuvre, c’est toujours <strong>William Christie</strong> qui dirige. Et c’est peu dire que lui et ses <strong>Arts florissants</strong> ont musclé leur jeu : certains airs lents restent un peu trop languissants à notre goût, mais les danses ont bien plus de jarret. Remarquable notamment le travail sur les crescendo et accélérations, ou l’étagement des pupitres (les vents surexposés dans les tambourins par exemple). En ce soir de première les trompettes ont encore quelques efforts de justesse à faire, mais les cordes sont furibondes dès l’ouverture fonceuse, et <strong>Marie-Ange Petit</strong> aux percussions veille à la rigueur de la pulsation au point que le chef se contente alors d’indications d’intensité.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="684" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/1-les-Fetes-dHebe-DR-Vincent-Pontet-1024x684.jpg" alt="" class="wp-image-179234"/><figcaption class="wp-element-caption"> <sup>© Vincent Pontet</sup></figcaption></figure>


<p>Pour donner un fil rouge à un livret qui ne s’en embarrassait pas, et contourner son insipide préciosité, <strong>Robert Carsen</strong> joue les <em>entertainer </em>avec son talent habituel. Habituel, car ceux qui ont déjà vu sur cette même scène ses <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-fetes-venitiennes-paris-opera-comique-viens-dans-mon-comic-strip-viens-faire-des-bulles/">Fêtes Vénitiennes</a> ou <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/not-absolutely-fabulous/">Platée</a>, retrouverons une direction d’acteur bien réglée, un art de la transposition indéniable, un sens du gag opportun, mais rien de bien neuf et jugeront certainement le décor et les costumes moins spectaculaires. Hébé est donc serveuse lors d’un pince-fesse à l’Elysée et, ayant malencontreusement renversé un verre de vin sur Brigitte Macron, s’enfuit dans la cour où l’Amour, entre deux selfies, lui donne un vélo qui lui permettra d’aller se divertir sur les bords de la Seine. La première Entrée verra Sapho organiser un divertissement à Paris-Plage ; la seconde Iphise épouser finalement le capitaine de l’équipe de foot, dont le match est retransmis sur un quai dominé par les boites de bouquinistes; la troisième, Eglée s’enjailler sur les <em>sample </em>de musette et hautbois de DJ Mercure, avant d’embarquer sur un bateau-mouche. Dommage que les chorégraphies n’aient pas été plus soignées : à l’exception du très poétique ballet des footballeurs qui joue sur la technicité de leurs mouvements autour d’un ballon imaginaire, on regrette pour les autres un thème surligné (la danse des selfies, celle des coupes de champagne), l’évitement (changements de costumes ou de décor pour celles de la première Entrée) ou le manque d’imagination (le hip-hop, source surexploitée d’inspiration depuis sa découverte par Montalvo &amp; Hervieu pour <em>Les Paladins</em>). &nbsp;On pourra certes reprocher à cette transposition de ne pas toujours fonctionner (être promise en mariage au capitaine de l’équipe de foot victorieuse…) ou de ne pas aider à mieux comprendre les ressorts dramatiques (de toute façon très confus et artificiels), elle a le grand mérite d’être divertissante et de porter les interprètes à se dépasser.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="684" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/9-les-Fetes-dHebe-DR-Vincent-Pontet-1024x684.jpg" alt="" class="wp-image-179231"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Vincent Pontet</sup></figcaption></figure>


<p>A commencer par le <strong>Chœur de Arts Florissants</strong> qui, à son excellence vocale et scénique habituelle, ajoute un talens (sic) certains pour la danse (« L’amour règne en ces bois&nbsp;»). On aurait préféré un Tyrtée à la tessiture plus étendue et au style plus élégant que belliqueux («&nbsp;Qui te retient, Lacédémone&nbsp;?&nbsp;»), tandis que les Alcée et Eurilas de <strong>Lisandro Abadie</strong> manquent souvent de projection, mais pas d’à propos ni de capacité à émouvoir. Eux, comme tout le plateau exposent toutefois une diction très compréhensible qui permet de profiter de la prosodie de la langue française. La juvénilité et l’éclat du timbre d’<strong>Antonin Rondepierre</strong> font mouche dans le petit rôle de Thélème. <strong>Cyril Auvity</strong> apporte son charme intact et des aigus aussi vaillants que caressants au Ruisseau et à Lycurgue. <strong>Ana Vieira Leite</strong> est impayable en Amour, devenu influenceuse qui partage ses <em>live</em> sur les réseaux sociaux, au point de presque éclipser un chant pourtant splendide. <strong>Lea Desandre</strong>, entre deux pas de danse, incarne les différentes héroïnes avec chaleur, ferveur (superbe « O mort n’exerce pas ») ou légèreté. <strong>Emmanuelle de Negri</strong> confirme une fois de plus qu’elle est aussi souveraine dans le <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/titon-et-laurore-paris-opera-comique-mondonville-contre-le-blue-monday/">comique</a> que dans le <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/destouches-telemaque-et-calypso-versailles/">tragique</a>&nbsp;: son Hébé manque un peu de brillant («&nbsp;Accourez riante jeunesse&nbsp;») mais pas de verve ni de présence (captant immédiatement l’attention, même muette). Après un Momus qui lui donne peu l’occasion d’exister, <strong>Marc Mauillon</strong> revient en Mercure époustouflant. On connaissait le diseur rayonnant («&nbsp;Je fais mon bien suprême&nbsp;»), cette voix rocailleuse policée, l’acteur franc, on a été soufflé par son interprétation de la virevoltante ariette italienne «&nbsp;L’objet qui règne dans mon âme&nbsp;» mariant puissance de l’émission, virilité du ton, et prise de risque dans les vocalises. &nbsp;</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rameau-les-fetes-dhebe-opera-comique/">RAMEAU, Les Fêtes d&rsquo;Hébé &#8211; Paris (Opéra Comique)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>RAMEAU, Dardanus&#124;Les Fêtes d&#039;Hébé — Paris (Châtelet)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/trente-ans-des-talens-lyriques-paris-chatelet-quels-talens/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Jan 2022 02:09:54 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Soirée anniversaire pour Les Talens lyriques qui célèbrent les 30 ans de leur création en jouant des extraits de Dardanus, mais surtout de beaucoup plus rares Fêtes d’Hébé, dont le sous-titre Les Talens Lyriques a donné son nom à l’ensemble (sans « t » donc). Œuvre réellement trop rare tant elle renferme de trésors musicaux. Certes le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Soirée anniversaire pour <strong>Les Talens lyriques</strong> qui célèbrent les 30 ans de leur création en jouant des extraits de <em>Dardanus,</em> mais surtout de beaucoup plus rares <em>Fêtes d’Hébé</em>, dont le sous-titre <em>Les</em> <em>Talens Lyriques</em> a donné son nom à l’ensemble (sans « t » donc). Œuvre réellement trop rare tant elle renferme de trésors musicaux. Certes le livret est d’une insipide préciosité, à faire passer celui des <em>Indes Galantes</em> pour de la grande littérature, mais des trouvailles harmoniques et rythmiques de Rameau se trouvent à presque chaque morceau. C’est d’ailleurs l’une des œuvres du Dijonnais qui rencontra le plus de succès auprès de ses contemporains. On regrettera alors de devoir se contenter d’extraits, même si ceux tirés de <em>Dardanus</em> sont non moins remarquables, mais plus entendus. Heureusement, les passages retenus comptent parmi nos favoris : le déchirant <em>Air pour un Amour et le Génie d’Apollon</em>, l’impalpable et presque mélancolique trio « Aimons d’une ardeur mutuelle », la musette pour les Bergers et celle en rondeau pour Terpsichore, sans oublier le grisant tambourin pour cette même muse habilement placé en fin de première partie, juste après l’italianisante et virevoltante ariette « L’objet qui règne dans mon âme ».</p>
<p>En trente ans d’existence, les Talens lyriques nous ont montré maints visages, que l’on nous autorise ici un petit et forcément lacunaire panthéon personnel : l’exactitude presque pointilliste de leur célèbre <em>Mitridate </em>héritée de l’école baroque anglaise ; l’entrain léger de la bande-son du film <em>Farinelli </em>retrouvé dans la tournée de leurs 20 ans avec Ann Hallenberg en épigone du castrat ou dans une inoubliable mais seulement radiodiffusée <em>Arianna in Creta</em> de Handel ; la densité et la poigne plus associées à l’école baroque hollandaise de leur <em>Temistocle</em> de JC Bach ; les plus récents <em>Saul </em>de Handel, <em>Danaïdes</em> de Salieri ou même <em>Zaïs </em>de Rameau. Ce soir ce sont des Talens étonnamment très sages que nous retrouvons pour leur anniversaire. Sous la baguette de <strong>Christophe Rousset</strong>, tout est parfaitement exécuté, pesé, propre, les attaques sont douces, tout baigne dans une délicatesse précise mais ouatée. Cela rend les passages lents voire suspendus presqu’irréels, mais les danses manquent de folie. L’ivresse viendrait de l’illusion que la maitrise vacille sous le poids des contrastes surprenants, or ici, aucun doute que le maitre à danser ne tolèrera aucun écart, ni prise de risque. Les tambourins sont amusés tout au plus, tant ils sont minutieux. Il faut dire aussi que l’acoustique du Théâtre de Châtelet étouffe les graves et distingue mal les pupitres, ce qui désavantage un ensemble qui a toujours tenu sa basse continue dans une relative discrétion.</p>
<p>Des Talens, l’avant-scène n’en manquait pas non plus. Primeur à la plus jeune, <strong>Ambroisine Bré</strong> confère une allure certaine et un style impeccable à ses incarnations, mais ses textes ne lui offrent malheureusement pas de quoi faire valoir une quelconque finesse psychologique ; on regrettera aussi que sa prononciation ne soit pas toujours limpide. D’autant que c’est clairement le point fort de ses deux comparses. <strong>Florian Sempey</strong> est souvent en prise avec une écriture trop grave mais transcende cette limite par une franchise immédiate d’incarnation. On l’a entendu chanter « Monstre affreux » de manière plus habitée mais ne boudons pas notre plaisir. Il semble néanmoins presque sur la retenue en comparaison de <strong>Cyrille Dubois</strong> toutes voiles dehors, dont le corps semble à l’étroit dans son costume, tant il remue au rythme de son chant. Un sort est fait à chaque mot – ici aussi faisons dans l’oxymore : voilà de l’expressionisme maitrisé. Cela nous vaut un « Lieux funestes » ardent sans être excessif et un « L’objet qui règne dans mon âme » brillant comme une flammèche, à la vocalise certes un peu minérale mais qui n’est jamais détimbrée.</p>
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		<title>RAMEAU, Les Fêtes d&#039;Hébé — Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/les-fetes-dhebe-paris-bastille-mieux-que-le-tunnel-sous-la-manche/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Mar 2017 06:47:02 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Mieux que la SDN ou l’ONU, Les Fêtes d’Hébé rassemblant l’OnP, le CMBV et le RCM scellent l’Entente cordiale par-delà le Brexit, et l’amitié entre les continents malgré tous les replis frileux. Beau projet que d’unir les forces d’une institution britannique, le Royal College of Music de Londres, à celles du Centre de musique baroque &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Mieux que la SDN ou l’ONU, <em>Les Fêtes d’Hébé</em> rassemblant l’OnP, le CMBV et le RCM scellent l’Entente cordiale par-delà le Brexit, et l’amitié entre les continents malgré tous les replis frileux. Beau projet que d’unir les forces d’une institution britannique, le Royal College of Music de Londres, à celles du Centre de musique baroque de Versailles et de l’Académie de l’Opéra de Paris. Dommage seulement que cette dernière institution n’ait pas choisi d’offrir à l&rsquo;entreprise en question un cadre plus accueillant que celui de l’Amphi Bastille, pour la première nouvelle production d’une œuvre de Rameau depuis bien des saisons…</p>
<p>D’autant que <em>Les Festes d’Hébé, ou les Talens lyriques</em> est loin d’être le titre le plus fréquenté dans l’œuvre du Dijonnais. Malgré un immense succès au XVIII<sup>e</sup> siècle, et un sous-titre qui a donné son nom à l’ensemble de Christophe Rousset, cet opéra-ballet a surtout été présenté en concert, et bien peu de scènes se sont risquées à le remonter. Certes, le livret n’en est pas des plus exaltants, mais la musique en est fort belle, qui inclut, dit-on, des pages composées par Rameau pour le <em>Samson</em> avorté dont Voltaire lui avait écrit le livret.</p>
<p>On accepte donc bien volontiers un orchestre d’une vingtaine de musiciens en lieu et place des effectifs beaucoup plus fournis que devait proposer l’Académie royale de musique en 1739, d’autant qu’il sonne de façon tout à fait satisfaisante. Dirigés avec conviction par <strong>Jonathan Williams</strong>, les instrumentistes londoniens s’engagent avec une ferveur qui n’évite malheureusement pas toujours les couacs, surtout aux vents, ni un réaccord entre la deuxième et la troisième entrée pour remédier à de petits problèmes de justesse.</p>
<p>Du côté des chœurs, la greffe a fort bien pris, puisque s’y mêlent en un tout parfaitement harmonieux les chanteurs de Londres et ceux de Versailles. Seule leur répartition aux deux extrémités de la scène semble être cause d’un très léger décalage à un moment du spectacle. Quant aux solistes, la répartition est des plus claires : aux Britanniques, les divertissements, aux Français, les personnages principaux, encore que cette répartition occulte la bien plus grande diversité des nationalités présentes au sein des deux équipes.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/58d14d880000000000000000_medium.jpg?itok=baanDJLR" title="© Studio J'adore Ce Que Vous Faites !" width="468" /><br />
	© Studio J&rsquo;adore Ce Que Vous Faites !</p>
<p>Parmi les petits rôles, on remarque ainsi le très joli timbre fruité de la soprano colombienne <strong>Julieth Lozano</strong>, même si la vélocité de son premier air lui donne du fil à retordre en matière de diction. <strong>Eleanor Penfold</strong> est une séduisante Bergère, tandis que son compatriote <strong>James Atkinson</strong> impressionne par son aplomb malgré la brièveté de son intervention en Fleuve.</p>
<p>Parmi les « Français », tous ne sont pas égaux devant la musique de Rameau, qui appelle des qualités bien spécifiques. Le ténor <strong>Jean-François Marras</strong> ne trouve pas dans ce répertoire son terrain d’élection : l’aigu est beaucoup trop tendu, émis en force, et l’on déplore un manque de soutien pour le reste de la ligne de chant. A l’inverse, son confrère espagnol <strong>Juan de Dios Mateos</strong> est tout à fait à l’aise dans les deux rôles de haute-contre qui lui incombent ; en dépit d’une certaine nasalité du timbre, il maîtrise la virtuosité nécessaire à s’acquitter du grand air final de Mercure, « L’objet qui règne dans mon âme ». Le polonais <strong>Tomasz Kumięga</strong> a encore quelques difficultés avec nos e muets, et paraît parfois un peu à court de graves, au contraire de <strong>Mikhail Timoshenko</strong>, souverain dans le grand air de Tirtée, « Qui te retient, Lacédémone ? ». La soprano guatémaltèque <strong>Adriana Gonzalez</strong> déploie dans ses deux rôles de somptueux moyens, avec un bel effort pour couler dans le moule ramiste une grande voix qui la destine sans doute davantage à un répertoire postérieur. <strong>Laure Poissonnier</strong> ne chante que dans le Prologue, mais son Amour montre qu’elle est une des chanteuses avec lesquelles il faut compter au sein de l’Académie. Quant à <strong>Pauline Texier</strong>, Hébé et Eglé lui permettent de faire briller un timbre léger et piquant, aux couleurs typiquement françaises, ainsi que de manifester un talent certain pour la comédie.</p>
<p>Il est temps de parler de la mise en scène confiée au chorégraphe <strong>Thomas Lebrun</strong>. L’intégration du ballet à l’action prend parfois une forme un peu perverse, avec le refus de faire danser les passages qui le demandent explicitement dans le livret : le spectacle se fait délibérément statique lorsque le chœur dit « Dansons tous, dansons, chantons », et les premiers tambourins sont à peine chorégraphiés. Les chanteurs adoptent certains gestes stylisés (mais parfois un peu trop conventionnels, voire risibles quand ils semblent sortis d’un dessin animé ou d’une comédie musicale) et le spectateur n’échappe pas toujours à un relatif ennui. La deuxième moitié de la soirée donne cependant un sentiment de réussite bien plus grande que la première. Est-ce parce que les vidéos et les lumières s’arrachent enfin à la grisaille du début ? Est-ce parce que l’œil  s’habitue aux ridicules bonnets de bain qu’arborent les danseurs, ou parce que les costumes sont moins laids que ceux de la première partie (avec sa perruque bleue, Iphise a tout l’air d’une mamie permanentée) ? Ou tout simplement que l&rsquo;on digère mieux cette chorégraphie qui surprend d’abord par son petit côté Jaques-Dalcroze, avec certains figuralismes naïfs évoquant un improbable croisement entre les Spartakiades 1958 à Moscou et les ballets aquatiques d’Esther Williams (mais sans eau) – ah, ces six danseurs couchés à terre autour d’Iphise comme les pétales d’une fleur, et formant des cœurs avec leurs bras…</p>
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