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	<title>Les Pêcheurs de perles - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Les Pêcheurs de perles - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>Gala ODB Opéra – Paris</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Sep 2025 04:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour sa troisième édition, le Gala ODB Opéra, le site francophone d&#8217;échanges entre les passionnés d&#8217;opéra, offre à nouveau une combinaison de chanteurs confirmés, de jeunes voix en début de carrière professionnelle, de jeunes pousses plus ou moins vertes mais prometteuses, et la participation d&#8217;artistes hors de la sphère opératique. Comme en 2023 et 2024, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour sa troisième édition, le Gala ODB Opéra, <a href="https://www.odb-opera.com/joomfinal/index.php">le site francophone d&rsquo;échanges</a> entre les passionnés d&rsquo;opéra, offre à nouveau une combinaison de chanteurs confirmés, de jeunes voix en début de carrière professionnelle, de jeunes pousses plus ou moins vertes mais prometteuses, et la participation d&rsquo;artistes hors de la sphère opératique. Comme en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-stars-de-demain/">2023</a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gala-odb-opera-paris/">2024</a>, l&rsquo;après-midi est un véritable marathon lyrique avec un peu plus de quatre heures de concert. <strong>Erminie Blondel</strong> ouvre le bal musical. La jeune soprano fait partie de ces artistes dont la carrière commence à s&rsquo;épanouir, en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-la-nonne-sanglante-saint-etienne/">province</a> comme à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/duvernoy-la-tempete-paris-temple-du-luxembourg/">Paris</a>. Elle déploie un timbre fruité et une voix ample et bien projetée, homogène sur toute la tessiture, dans un air des <em>Pêcheurs de perles</em> impeccable de musicalité et qui donne envie de l&rsquo;entendre dans le rôle complet. <strong>Blerta Zeghu</strong> s&rsquo;attaque avec un réel tempérament dramatique à la difficile scène finale de <em>Roberto Devereux </em>puis interprètera avec une belle sensibilité deux mélodies de Tosti, où son beau timbre un peu sombre fait merveille. Originaire de Moscou, <strong>Serafima</strong> <strong>Liberman</strong> offre un timbre capiteux, une belle largeur de voix et une bonne projection. Elle chante en interprète habitée l&rsquo;air de <em>Iolanta</em> et une rare mélodie de Mili Balakirev sur un poème de Pouchkine (texte également mis en musique par Rachmaninov). Artiste confirmée, <strong>Pauline Courtin</strong> chante avec une grande sensibilité l&rsquo;<em>Adieu de l&rsquo;hôtesse arabe</em> de Georges Bizet et triomphe sans faiblir de la virtuosité de l&rsquo;air des bijoux de <em>Faust </em>dans lequel elle déploie une voix ample et bien homogène. <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/choses-vues-et-chantees/">On rappellera son récent enregistrement consacré à Victor Hugo</a>. <strong>Adam Barro</strong> chante l&rsquo;air de Bartolo des <em>Nozze di Figaro</em> avec la rondeur d&rsquo;un vieux routier italien et une belle maîtrise du <em>canto</em> <em>silábico</em>. D&rsquo;origine arménienne, le baryton nous fait également découvrir un ample arioso extrait de <em>Davit Bek</em>, ouvrage populaire en Arménie mais inconnu en France. D&rsquo;origine portoricaine, <strong>Clara Luz Iranzo</strong> connait déjà un début de carrière internationale (Grèce, États-Unis). Sa <em>Thaïs</em> est chantée avec une voix exceptionnellement corsée dans ce rôle (pour préciser, on est plus proche de Caballé que de Sills ou Fleming). Pour ces mêmes raison, son premier air de Lucia, couronné par un puissant contre ré émis sans effort, est particulièrement impressionnant. La prononciation est impeccable et la caractérisation dramatique très sensible et variée. Appréciée lors de la précédente édition, <strong>Victoria Lingock</strong> est en progrès constant, avec un timbre rare à mi-chemin entre ceux de Jessye Norman et de Grace Bumbry et son air de Dalila ne manque pas de donner le frisson ainsi que son impérieux « Acerba voluttà » d&rsquo;<em>Adriana Lecouvreur</em>. Les deux artistes se lancent ensuite avec énergie dans le premier duo de <em>Norma</em>. Le timbre d&rsquo;Iranzo est assez grave mais celui de Lingock l&rsquo;est encore plus, de fait les deux voix sont bien appariées offrant une coloration inédite pour un résultat captivant. <strong>Momo Jang</strong> chante avec musicalité et émotion la scène de folie d&rsquo;<em>I Puritani</em>, mais c&rsquo;est surtout dans son épatant « Martern aller Arten » de <em>Die Entführung aus dem Serail</em> qu&rsquo;elle achève de nous convaincre, avec des coloratures impeccables et surtout un ambitus idéal (dans cet air impitoyable, combien de sopranos à l&rsquo;aise dans l&rsquo;aigu se trouvent à nu dans le grave, et inversement). <strong>Christophe Poncet de Solages</strong> chante le premier air du Duc de Rigoletto, « Questa o quella », avec une aisance pleine de charme, et offrira le tube de <em>Das Land des Lächelns </em>(<em>Le Pays du</em> <em>sourire</em> dans sa version française) dans une interprétation gorgée de soleil qui attire la sympathie. <strong>Marion Charlo</strong> triomphe avec aisance des vocalises de sa « Céleste providence », extraite du <em>Comte Ory</em>, se jouant des nombreux conte-ut piqués qui émaillent son air, avec une délicieuse voix de colorature à la française. <strong>Hugo Tranchant</strong> à le type de voix idéalement haut perchée pour incarner Beppe et se révèle plein d&rsquo;abattage dans le rondo de<em> La</em> <em>Grande Duchesse de Gérolstein</em>. <strong>Anne-Lise Polchlopek</strong>, qui avait chanté <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/recital-anne-lise-polchlopek-paris-cortot/">en récital la veille Salle Cortot</a>, nous fait la grâce de deux morceaux de style et de tonalité très opposés, qui lui permettent de démontrer la versatilité de son talent, la triste <em>Première lettre</em> de Chaminade, d&rsquo;une émotion à fleur de peau, et la pétulante « Tarántula », extraite de la zarzuela L<em>a Tempranica</em> d&rsquo;un bel abattage. <strong>Jean Bélanger</strong> est un Banco puis un Sarastro encore un peu verts mais les moyens sont là. <strong>Runji Li</strong> est encore très jeune mais séduit, dans la mélodie <em>Nina</em> (longtemps attribuée à Pergolese) par un timbre de ténor chaud et coloré. <strong>Aurélien Vicentini</strong> fait ses débuts public de contre-ténor avec le célèbre « Lascia ch&rsquo;io pianga » de <em>Rinaldo</em> de Haendel. Dans « E lucevan le stelle », <strong>Ismaël Billy</strong> a des petits airs de Juan Diego Flórez, avec un timbre plus corsé. <strong>May Chedid</strong> avait été une découverte lors de la première édition, chantant de manière un peu improvisée une mélodie libanaise <em>a</em> <em>cappella</em>. Elle nous offre cette fois deux belles mélodies, de Fauré et Tosti, chantée avec musicalité et où l&rsquo;on sent le développement harmonieux de la voix. Également présente au premier gala, <strong>Claire</strong> <strong>de</strong> <strong>Monteil</strong> a depuis vu sa carrière se déployer (<a href="https://www.forumopera.com/breve/vrais-debut-de-claire-de-monteil-a-la-scala/">on se rappelle de ses débuts inattendus à la Scala</a>). La voix s&rsquo;est élargie, gagnant aussi en puissance sans rien perdre en aigu. Elle nous offre une splendide interprétation de l&rsquo;air d&rsquo;entrée de Leonora dans<em> Il trovatore</em> (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-il-trovatore-lucques/">un ouvrage qu&rsquo;elle a chanté à travers l&rsquo;Italie l&rsquo;année dernière</a>). Elle démontre une nouvelle fois ses affinités avec la musique de Kurt Weill avec la glaçante chanson « Je ne t&rsquo;aime pas ». Dans le redoutable « Si ritrovarla io giuro » de <em>La Cenerentola</em>, <strong>Mali Zivcovic</strong> offre une impressionnante cascade de suraigus (plusieurs contre-ut et un contre-ré) et une belle aisance dans la vocalisation. Par contraste, son <em>Werther</em>, trop central à ce stade mais dont il a assurément le physique, le met moins en valeur. En Anna Bolena et en Micaela, <strong>Fanny Utiger</strong> offre un timbre chaud et une remarquable aisance dans l&rsquo;aigu et de beaux graves sans efforts, alliés à une belle incarnation dramatique. <strong>Raluca Vallois</strong> sait nous faire sourire avec une <em>Belle Hélène</em> à la voix charnue et puissante, et à l&rsquo;aigu généreux. La jeune <strong>Anaëlle Gregorutti</strong> se lance avec intrépidité dans l&rsquo;air de Farnace du <em>Mitridate</em> de Mozart, avec une voix corsée, à l&rsquo;aigu puissant, et conclut le programme avec la délicieuse <em>Heure</em> <em>exquise</em>, non dans la version de Reynaldo Hahn mais dans celle, tout aussi élégante et plus rare de Régine Poldowski.</p>
<p>Le programme intégrait également la lecture de trois beaux poèmes d&rsquo;<strong>Hanna Rees</strong>, moment de grâce trop fugitif. Ceux-ci sont  <a href="https://www.amazon.fr/Haïkus-à-française-Hanna-Rees/dp/2310014346/ref=sr_1_5?dib=eyJ2IjoiMSJ9.jKKCN5JZZmFXGMUcAtntS7sBUIYJFEiguSCbD9gp5V6lrFtfrJfQNNOkocCEqN4zsxy_Il5hmrNBo-l5jKMYGfF8l-PuZVyFfxej_1xvGUwktY-0jAqD-S7lqXVuRiuG.lY4fEg0VCmx0GOMsJWN0At8icONpKNijGwzAeT4Vnt4&amp;dib_tag=se&amp;qid=1759055463&amp;refinements=p_27%3AHanna+Rees&amp;s=books&amp;sr=1-5&amp;text=Hanna+Rees">extraits de ses <em>Haïkus à la française</em></a>, et dits par leur auteur. Le dernier d&rsquo;entre eux évoque avec force et sensibilité le choc éprouvé par Hanna Rees <a href="https://www.forumopera.com/regards-sur-beatrice-uria-monzon-elle-etait-solaire/">à l&rsquo;annonce de la mort de Béatrice Uria Monzon</a>.<strong> Isabelle Carrar</strong> a fait résonner l&rsquo;esprit du Quartier Latin avec trois belles chansons extraites des répertoire de Barbara et de Juliette Gréco (on pourra l&rsquo;entendre en récital à Senlis le 9 octobre prochain à la Maison Léo Delibes, <a href="https://villaduchatelet.com/concerts/">Villa du Châtelet</a>). Le soprano et professeur de chant <a href="https://www.linkedin.com/in/anne-julia-audray-471b6bb1/">Anne-Julia Audray</a> a présenté son recueil de sélections d&rsquo;airs (opéra, oratorio, mélodie, chanson ou comédie musicale), <em>Opera</em> <em>Singing</em>, pour jeunes et moins jeunes chanteurs. L&rsquo;idée est de permettre à des artistes de ne pas être obligés de voyager avec plusieurs partitions et de se concentrer sur celles susceptibles de les mettre en valeur. À titre d&rsquo;exemple, même les chanteurs enfants y trouveront des airs leur permettant de mieux briller lors de leurs auditions. Les morceaux sélectionnés comportent plusieurs versions chantées traduites. L&rsquo;après-midi était animée par Jérôme Pesqué, « patron » d&rsquo;<a href="https://odb-opera.com/">ODB-Opéra</a>, et par <strong>Stéphane Sénéchal</strong> qui a apporté quelques moments de décompression avec ses incarnations de Funny Truche (soprano influenceuse) et de la Stromboli (diva à la carrière plus brève que son bagout !). Et l&rsquo;on n&rsquo;oubliera pas de remercier et de féliciter les quatre pianistes qui se sont succédé pour accompagnés les artistes dans ce programme particulièrement éclectique (et comportant beaucoup de raretés), et sans lesquels ce concert n&rsquo;aurait pu avoir lieu : <strong>Maxime Neyret</strong>, <strong>Matteo Carminati</strong>, <strong>François Bettencourt</strong> et <strong>Arnaud</strong> <strong>Kérébel</strong>. Le spectacle était donné au profit de la <em>Ligue contre le cancer.</em></p>
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		<title>BIZET, Les pêcheurs de perles &#8211; Dijon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-les-pecheurs-de-perles-dijon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 Mar 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’intrigue est connue et on ne la rappellera pas, tant il est devenu fréquent maintenant de donner Les Pêcheurs de perles. Le parti pris de transférer l’action à Paris lorsque Bizet assiste à la construction du Palais Garnier est audacieux, puisqu’il distancie l’Océan indien et son exotisme. L’idée, intellectuellement séduisante, concourt-elle à l’efficacité dramatique ? &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’intrigue est connue et on ne la rappellera pas, tant il est devenu fréquent maintenant de donner <em>Les Pêcheurs de perles</em>. Le parti pris de transférer l’action à Paris lorsque Bizet assiste à la construction du Palais Garnier est audacieux, puisqu’il distancie l’Océan indien et son exotisme. L’idée, intellectuellement séduisante, concourt-elle à l’efficacité dramatique ? En accédant à son siège, le spectateur découvre, projetée sur le rideau de scène, une mer toujours recommencée, à laquelle on se laisse bercer, promesse bienvenue de voyage. Bien avant que les lumières déclinent, une sourde rumeur, des voix confuses, des martèlements, des sabots de cheval sur le pavé anticipent la vision d’un chantier du futur Opéra. Pourquoi pas ? sauf qu’après plus d’un quart d’heure à subir ce bruitage devenu pénible (1), on aspire au silence puis à la musique. Le livret ne mérite pas l’indignité dont il est encore parfois frappé. Les personnages sont attachants, sensibles, pour un drame profondément humain.</p>
<p>Avec son équipe de prédilection,<strong> Mirabelle Ordinaire</strong> (2) signe là une création originale. Le décor, unique pour les trois actes enchaînés, réserve le côté jardin à l’intérieur de l’appartement où le compositeur écrit sa nouvelle œuvre : un piano droit, une table de travail, un poêle suffisent. Le vaste espace restant est occupé par des échafaudages, supposés en bambou, avec une publicité contemporaine (pour le thé de Ceylan) qui masque momentanément le mirador (le rocher) où officiera Nourabad, et où Leïla sera rejointe par Nadir (3). Des éclairages recherchés et quelques accessoires suffiront au déroulement de l’action. Les toits de Paris, en contrebas, dessinent une frise en fond de scène (4). Ils disparaitront lors de l’embrasement spectaculaire du village qui permettra à Nadir et Leïla de fuir.</p>
<p>La beauté visuelle de la réalisation, de son décor et des éclairages – particulièrement tout le dernier acte – emporte l’adhésion. Les costumes – bien que relevant du Paris fin de siècle, bourgeois (Bizet-Zurga et Nadir, chef de chantier) comme populaire (le chœur des corps de métier en charge de la construction), mais aussi d’un Ceylan fantasmé (Nourabad et Leïla) – sont d’une belle harmonie. Mais c’est encore la direction d’acteur, fouillée, du soliste au plus humble chanteur ou acrobate, qui suscite le plus d’admiration. Ainsi, attendait-on le chœur dansé (« Ardente liqueur ») qui ouvre le dernier tableau. Une gestique simple, naturelle et efficace des choristes, accompagne les trois acrobates dont les évolutions traduisent bien le caractère farouche. Ainsi est introduit le sacrifice. Leur intégration au spectacle, auquel ils prennent idéalement part (les scènes d’affrontement ou de combat, notamment), participe à sa réussite.</p>
<pre><img fetchpriority="high" decoding="async" class="wp-image-185447 aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MIR9061-Pecheurs-de-perles-Opera-de-Dijon-c-Mirco-Magliocca.jpg" alt="" width="559" height="839" /> Leïla (Hélène Carpentier) entre ses geôliers (artistes circassiens) © Mirco Magliocca/Opéra de Dijon</pre>
<p>La distribution, homogène, est une nouvelle démonstration de la bonne santé du chant français. Leïla, la vestale voilée, ne se départit guère de sa raideur physique pour traduire toute la sensualité de son amour pour Nadir. Plus résolue que mélancolique et douce, ce n’est pas la jeune vierge immature que l’on entend souvent. Pour sa prise de rôle, la voix d’ <strong>Hélène Carpentier</strong>, colorée, au riche medium, souple dans ses vocalises, aux trilles aériens, d’une parfaite diction, fera l’unanimité : un grand soprano lyrique. Sa cavatine « Me voilà seule dans la nuit », avec les contrepoints de la clarinette et du cor, est expressive, comme on l’aime. Les accents héroïques qu’elle trouve dans sa volonté de se sacrifier pour sauver Nadir sont justes. Après le spectacle, on apprend que la voix des deux amis était affectée de problèmes laryngés. Ce qui nous rassure, car, effectivement, particulièrement pour <strong>Julien Dran</strong>, déjà apprécié dans le rôle de Nadir, la prestation accusait quelques limites. Attendue, la ravissante romance de Nadir, au charme caressant, sentait parfois l’effort, ce qui s’explique. En dehors de cette réserve, le style est bien là, l’énergie comme la délicatesse. L’élan, l’exaltation sont traduits avec intelligence. Même si, dramatiquement, les incertitudes du compositeur tout à l’écriture de l’ouvrage ne font pas toujours bon ménage avec l’autorité impérieuse du chef qu’incarne Zurga, l’homme du devoir est sans doute le plus attachant des personnages. Incarnant Bizet comme Zurga, <strong>Philippe-Nicolas Martin</strong> a fréquemment chanté ce dernier et en a approfondi les évolutions. La voix est ample, généreuse, aux solides graves et au medium ductile. Le timbre est riche, le legato contrôlé et la déclamation souveraine. Son art des demi-teintes est assuré pour un chant exemplaire. L’émotion culmine avec son air « O Nadir, tendre ami », accablé, tourmenté et suave. Un Nadir au zénith. <strong>Nathanaël Tavernier </strong>a la voix et la stature idéales pour camper un Nourabad remarquable. L’émission est sonore, impérieuse, toujours intelligible. En pleine possession de ses moyens, c’est maintenant une basse avec laquelle il faut compter.</p>
<p>Les duos, comme les ensembles sont parfaitement réglés, équilibrés, un régal musical. « O Nadir, tendre ami » (5) nous touche, mais c’est peut-être celui entre Zurga et Leïla, au troisième acte, où elle l’implore puis le défie, que l’on préfère, par la vérité du chant et du jeu de chacun.</p>
<p>Le chœur, remarquablement préparé, confirme ses qualités musicales, comme son engagement dramatique, particulièrement dans le dernier tableau. Sans doute attendait-on des pêcheurs moins policés, plus farouches et rudes à leur première apparition, mais cela n’altère ni l’action, ni le chant. Le chœur dansé (« Dès que le soleil&#8230; ardente liqueur&#8230; ») et tout le finale sont pleinement réussis.</p>
<p>L’orchestre Dijon-Bourgogne, dirigé par <strong>Pierre Dumoussaud</strong>, trouve sans peine les couleurs, les accents de cette musique. Chambriste comme tumultueux, retenu, mystérieux comme déchaîné, l’orchestre, dont les soli sont fort bien conduits, ne pêche, ponctuellement, que par des cuivres exagérément dominateurs. La tempête sur laquelle s’achève le deuxième acte est un beau moment, comme les préludes des actes extrêmes.</p>
<p>Même si nous avons été privés de la moiteur tropicale, des senteurs épicées, c’est à un beau spectacle, raffiné, efficace et intelligent que nous avons assisté. Le public, chaleureux, ne s’y est pas trompé.</p>
<pre>(1) Le lever de rideau s’effectuera avec un quart d’heure de retard... Ces bruitages réapparaîtront entre les actes. 
(2) On lira par ailleurs, et avec intérêt, les réponses que la talentueuse metteuse en scène a bien voulu nous faire, avant le spectacle.
(3) L’échelle que portera Nadir pour accéder à la plateforme invite au sourire. On n’est pas loin du grotesque... 
(4) Un moment on aurait pu se croire dans le premier tableau de <em>La Bohême</em>... Mais Bizet-Zurga n’est pas Marcello ! 
(5) Que Chabrier, pourtant sévère, considérait à lui seul comme un chef-d’œuvre.</pre>
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		<title>Récital Bizet &#8211; La Seine Musicale</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-bizet-la-seine-musicale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Feb 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Cinq mois avant de très attendus Pêcheurs de perles à Aix, Marc Minkowski et ses Musiciens du Louvre viennent rappeler quels extraordinaires interprètes de Bizet ils sont. Avant les deux suites de l’Arlésienne (superlatives, tant dans les passages intimes que dans l’éclat frénétique de la Farandole, au tempo encore plus vif que celui de leur &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cinq mois avant de très attendus<a href="https://festival-aix.com/programmation/opera/les-pecheurs-de-perles"> <em>Pêcheurs de perles</em> à Aix</a>, <strong>Marc Minkowski</strong> et ses <strong>Musiciens du Louvre</strong> viennent rappeler quels extraordinaires interprètes de Bizet ils sont. Avant les deux suites de l’<em>Arlésienne </em>(superlatives, tant dans les passages intimes que dans l’éclat frénétique de la Farandole, au tempo encore plus vif que celui de leur enregistrement 2008 – il faut voir le sourire des artistes réussissant à tenir un tel train d’enfer sans vaciller ni renoncer à la qualité du son), la première partie du concert alterne les pièces de <em>Jeux d’enfants</em>, commentaires érudits et drolatiques du maestro et des airs d’opéra.</p>
<p><strong>Adèle Charvet</strong> nous parait bien plus adéquate dans ce répertoire que <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/dix-ans-du-concert-de-la-loge-paris/">le baroque</a> : galbe des phrasés, superbes graves, prononciation parfois un peu trop ouatée quoique soignée, et des modulations précises et délicieuses. On regrette simplement quelques aigus un peu hululés pour l’air de Djamileh et une composition théâtrale en Carmen vivante et élégante mais qui manque encore de personnalité (à l’exception de « taratata » acides et gamins).</p>
<p><strong>Kévin Amiel</strong> confirme tous les espoirs placés en lui : l’intonation est superbe, le français parfaitement compréhensible sans être anguleux, ses piani splendides et les aigus gagnent en stabilité passée la sérénade de Smith, qui accuse plusieurs problèmes de justesse dans les forte dont il est prodigue, impeccablement haletante et balancée sans cela. L’air de Nadir est sa grande réussite : justifiant la transition après le récitatif enfiévré, ce n’est pas un enfant de chœur qui chante cette romance, ni un stentor mal dégrossi, mais bien un homme que la nostalgie amoureuse apaise, assumant ses graves et sa voix de poitrine avec élégance (rappelant par moment le meilleur du jeune Alagna), tout en négociant les <em>si</em> bémols avec finesse par un passage en voix de tête très maitrisé. On aimerait des appogiatures plus précises sur « ravissement » certes, réserve très mineure. Son Don José ne démérite pas : « Tu m’entendras » n’a peut-être pas la brusquerie requise, annonciatrice de l’issue fatale, mais cela faisait longtemps que nous n’avions pas ressenti un tel frisson en entendant le « Je t’aime » conclusif, caressé en communion avec des bois qui donnent toute sa valeur à cette curieuse harmonie.</p>
<p>C’est l’orchestre toutefois qui nous fait chavirer ce soir : ce n’est pas leur moindre mérite que de nous donner le sentiment de découvrir cette musique, même les pages rabâchées, et de procurer au spectateur la griserie de la résurrection d’une œuvre de génie oubliée. Disposition savante (cuivres et contrebasses de part et d’autre) ? Talent du chef ? Métier des instrumentistes ? Acoustique généreuse de cette salle récente ? On ne sait pas pourquoi, on croit entendre ces partitions en 3D.</p>
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		<title>Gala Plácido Domingo &#8211; Salzbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gala-placido-domingo-salzbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 May 2024 05:38:07 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Plácido Domingo fait ses débuts au Festival de Salzbourg à 34 ans, le 11 août 1975, dans Don Carlo sous la direction d&#8217;Herbert von Karajan. La distribution donne le vertige : Nicolai Ghiaurov, Mirella Freni, Piero Cappuccilli, Christa Ludwig&#8230; et jusqu&#8217;à José van Dam en simple moine. Depuis, le chanteur aura participé à 73 représentations &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Plácido Domingo</strong> fait ses débuts au Festival de Salzbourg à 34 ans, le 11 août 1975, dans <em>Don Carlo</em> sous la direction d&rsquo;Herbert von Karajan. La distribution donne le vertige : Nicolai Ghiaurov, Mirella Freni, Piero Cappuccilli, Christa Ludwig&#8230; et jusqu&rsquo;à José van Dam en simple moine. Depuis, le chanteur aura participé à 73 représentations sur 23 saisons.  <em>Don Carlo</em> sera repris l&rsquo;année suivante. <em>Les Contes d&rsquo;Hoffmann</em> (avec James Levine, dans la célèbre production de Jean-Pierre Ponnelle) seront donnés trois saisons. <em>Un Ballo in maschera</em> sera finalement confié à Georg Solti suite au décès de Karajan (2 saisons).  Suivront, en version concert, l&rsquo;acte I de <em>Die Walküre</em>, <em>Parsifal</em>, <em>La Dame de Pique</em>, <em>Samson et Dalila</em>, <em>Tamerlano</em>, puis des rôles de baryton pour <em>Giovanna d&rsquo;Arco</em>, <em>Il Trovatore</em> (en version scénique), <em>Thaïs</em>, <em>I Due Foscari,</em> <em>Les Pêcheurs de Perles</em> et <em>Luisa Miller</em>.  <em>I Vespri </em><i>siciliani </i>seront annulées en raison du COVID. Au total, Domingo aura ainsi interprété 14 rôles lyriques au festival sur les quelques 150 revendiqués : c&rsquo;est moins qu&rsquo;au Metropolitan Opera (47 rôles), mais c&rsquo;est plus qu&rsquo;à l&rsquo;ONP (10 rôles). A cet impressionnant palmarès, il faudrait ajouter de nombreux concerts lyriques, le <em>Requiem</em> de Verdi ou encore la <em>Missa solemnis</em>. Domingo n&rsquo;avait plus chanté au festival depuis 2015, pour un gala donné pour le 40e anniversaire de ses débuts. Si l&rsquo;on compte bien, le présent concert ne célèbre donc pas exactement le 50e anniversaire mais plutôt 50 ans de présence (plus ou moins interrompue) de Domingo à Salzbourg. Le popularité du ténor auprès du public du festival est resté intacte : le gala affichait complet et, devant l&rsquo;entrée, plusieurs personnes cherchaient une place, ce qui n&rsquo;est plus si courant à Salzbourg. </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/domingo-gala-marco-borrelli_009-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-163845"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Rolando Villazón © SF/Marco Borrelli</sup></figcaption></figure>


<p>La soirée est animée, en anglais par un Rolando Villazón intarissable et sympathique, très à l&rsquo;aise dans ce rôle de maître de cérémonie et peu avare de superlatifs envers son mentor. Chacun de ses collègues, et lui-même, font l&rsquo;objet d&rsquo;anecdotes démontrant l&rsquo;estime des artistes pour leur ainé. Villazón explique ainsi qu&rsquo;après sa victoire à Operalia, Domingo l&rsquo;avait invité, voyage et frais payés, à assister aux répétitions du <em>Cid</em> pour qu&rsquo;il en tire profit. De tous ces témoignages, il ressort une estime générale pour un artiste d&rsquo;une immense bienveillance, toujours à l&rsquo;écoute des plus jeunes et prêt à utiliser sa notoriété pour promouvoir de nouveaux talents. Au delà d&rsquo;exploits dignes du <em>Livre des Records</em>, dont 150 rôles, une longévité exceptionnelle, une reconversion vers les rôles de baryton, l&rsquo;administration simultanée de deux théâtres, la création d&rsquo;un concours, etc. ce sont ces qualités humaines qui nous permettent de nous exclamer, comme Barnaba dans <em>La</em> <em>Gioconda</em> : « O monumento! ».</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/domingo-gala-marco-borrelli_003-scaled-2-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-163839"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© SF/Marco Borrelli</sup></figcaption></figure>


<p>Pour ce gala, Plácido Domingo était accompagné de lauréats de son concours <em>Operalia</em>, dont il faut reconnaitre qu&rsquo;il aura permis de révéler un nombre impressionnant d&rsquo;artistes lyriques. Le gala commence avec une ouverture de <em>Nabucco</em> particulièrement excitante : à la tête d&rsquo;un Müncherner Rundfunkorchester « qui claque », <strong>Marco</strong> <strong>Armiliato</strong> démontre l&rsquo;importance d&rsquo;un bon orchestre et d&rsquo;un bon chef dans ce répertoire. Natif de Samarcande en Ouzbékistan, <strong>Bekhzod Davronov</strong> (Operalia 2021) ouvre la soirée avec la scène finale de <em>Lucia di Lammermoor</em>. Le timbre est chaud et l&rsquo;émission laisse entrevoir un lirico-spinto en devenir, mais le chanteur est encore bien trop jeune pour un aussi gros morceau et le si naturel final est à la limite de l&rsquo;accident. <strong>Plácido Domingo</strong> fait alors son entrée, d&rsquo;un pas vif, et sous un tonnerre d&rsquo;applaudissements, pour chanter la scène finale de Macbeth. Le récitatif est prudent, avec un vibrato serré marqué, puis la voix prend de l&rsquo;assurance pour un air de belle tenue. <strong>Sonya Yoncheva</strong> (Operalia 2010) interprète alors le magnifique Chant à la Lune extrait de <em>Rusalka</em> d&rsquo;une parfaite poésie : le soprano bulgare est ce soir dans une forme éblouissante et l&rsquo;air lui convient à merveille. <strong>Aida Garifullina</strong> (Operalia 2013) et Plácido Domingo lui succèdent pour le duo de <em>La Traviata</em>. La voix du soprano russe a pris du corps avec les années (elle est d&rsquo;ailleurs passé avec succès de la Musetta de <em>Bohème</em> à Mimi). Sa Violetta est de toute beauté, très belcantiste, avec des piani évanescents. La voix, d&rsquo;une grande pureté, lui permet de camper une sorte d&rsquo;ange mené au sacrifice : c&rsquo;est une composition remarquable. Face à elle, Domingo a retrouvé ses moyens (on est a des années-lumière du <em>Nabucco</em> de Gaveau en début d&rsquo;année) et leur duo sera un des sommets de la soirée. <strong>René Barbera</strong> (Operalia 2011) chante avec aplomb l&rsquo;air et un couplet de la cabalette d&rsquo;Arnold de <em>Guillaume</em> <em>Tell</em>. La prononciation est impeccable, même si elle n&rsquo;est pas celle d&rsquo;un francophone authentique. Les six contre-ut sont vaillamment assumés (on serait tenté de dire, les doigts dans le nez, vue une certaine nasalité d&rsquo;émission) et avec une belle puissance. Le ténor américain démontre ainsi que les théâtres ont tort de le limiter à des emplois plus légers (Almaviva, Ernesto&#8230;) même s&rsquo;il y est excellent. <strong>Erwin</strong> <strong>Schrott</strong> (Operalia 1998) interprète (et nous insistons sur le choix du terme) un splendide air de Philippe II. Connu pour sa voix de stentor et des effets parfois histrioniques, la basse uruguayenne offre ici un « Elle ne m&rsquo;aime pas » finement ciselé, avec un vrai sens donné aux mots. <strong>Rolando Villazón</strong> (Operalia 1999) abandonne un instant le micro (et ses lunettes !) pour chanter <em>Le Cid</em>. <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-une-folle-journee-pasticcio-salzbourg/">Après sa prestation dans <em>Une Folle journée</em></a>, son interprétation de « Ô Souverain, ô juge, ô père » surprend par son intégrité. Certes, l&rsquo;air est abaissé d&rsquo;un demi ton, mais il n&rsquo;est pas le premier à le faire. La technique sent toujours autant l&rsquo;effort avec des sons très ouverts,, mais on tire son chapeau devant cette exécution pleine d&rsquo;émotion. Le public autrichien lui fera une ovation délirante. La première partie s&rsquo;achève par le duo d&rsquo;<em>Il Trovatore</em>, « Mira, di acerbe lagrime » avec une <strong>Elena Stikhina</strong> (Operalia 2016) enthousiasmante et un Plácido Domingo un peu perdu dans les parties rapides. Après une ouverture de <em>Norma</em> toujours parfaitement exécutée mais un peu trop martiale, Aida Garifullina chante le « Casta diva » de <em>Norma. </em>Comme pour sa Violetta, on est tenté de dire que le rôle intégral n&rsquo;est pas pour elle : mais que c&rsquo;est beau ! Plácido Domingo est rejoint par <strong>Dmitry</strong> <strong>Korchak</strong> (Operalia 2004) pour le duo « Au fond du temple saint » des <em>Les Pêcheurs de perles.</em> Le ténor russe a gagné en puissance et a tendance à couvrir un peu son partenaire. Son chant en force ne dégage pas beaucoup de poésie. Rolando Villazón renouvelle son exploit avec l&rsquo;air « Amor, vida de mi vida » extrait de la zarzuela <em>Maravilla</em> de Federico Moreno Torroba, répertoire où il est encore plus à l&rsquo;aise. Elena Stikhina offre un « Io son l&rsquo;umile ancella » d&rsquo;<em>Adriana Lecouvreur</em> avec de magnifiques couleurs pleines de mélancolies. Chantant pourtant son répertoire nationale, Dmitry Korchak affiche les mêmes qualités et les mêmes défauts pour son « Kuda, kuda » d&rsquo;<em>Eugène</em> <em>Onéguine</em>. Enfin, Plácido Domingo et Sonya Yoncheva achèvent le programme avec un « Torero quiero sé » endiablé, extrait d&rsquo;<em>El Gato montes</em>. Sonya Yoncheva y fait preuve d&rsquo;une étonnante affinité avec ce répertoire. Tout au long de la soirée, et malgré la diversité du répertoire, <strong>Marco Armiliato</strong> et le <strong>Müncherner Rundfunkorchester</strong> sont absolument remarquables. Le chef italien sait ici conjuguer l&rsquo;attention aux chanteurs, la maîtrise des styles, tout en laissant s&rsquo;exprimer pleinement l&rsquo;orchestre. Après les standings ovations de rigueur, Plácido Domingo jette ces dernières ressources dans un extrait vibrant de la zarzuela <em>Los Gavilanes</em>, avant d&rsquo;être rejoint par ses collègues pour un ensemble sur le duo de <em>Die</em> <em>Lustige Witwe</em>. Organisatrice de l&rsquo;événement, <strong>Cecilia</strong> <strong>Bartoli</strong> se joindra à la petite troupe pour un dernier bis sur l&rsquo;air du prince Sou-Chong extrait de <em>Das</em> <em>Land des Lächelns</em>.</p>

<p>Plácido Domingo remerciera la salle avec un court discours : avec humour, il déclarera que ces cinquante années n&rsquo;avaient pas été si difficiles, et que ce sera sans doute plus dur de d&rsquo;aller jusqu&rsquo;à soixante. « On va d&rsquo;abord essayer cinquante-et-un ! » conclue-t-il. <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gala-dadieux-dantonio-pappano-londres-roh/">Après le succès de l&rsquo;hommage à Antonio Pappano</a>, le triomphe de ce gala pose lui aussi la question de l&rsquo;écart entre les attentes d&rsquo;une partie du public et les choix des décideurs lyriques : l&rsquo;opéra est-il ou n&rsquo;est-il pas d&rsquo;abord une affaire de musiciens ? Une chose est sure, c&rsquo;est qu&rsquo;aussi talentueux soient-ils, à l&rsquo;exception notable de Franco Zeffirelli aux Arènes de Vérone, on n&rsquo;a jamais vu un gala dédié aux metteurs en scène. </p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gala-placido-domingo-salzbourg/">Gala Plácido Domingo &#8211; Salzbourg</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>BIZET, Les pêcheurs de perles &#8211; Palerme</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-les-pecheurs-de-perles-palerme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Apr 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les pêcheurs de perles traînent derrière eux une bien mauvaise réputation, pratiquement depuis leur création en 1863. A l&#8217;époque, c&#8217;est leur supposée modernité qui effaroucha les critiques. « Pas de pêcheurs dans le livret ; pas de perles dans la partition », selon un bon mot resté célèbre. Notre époque a renversé la perspective mais &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Les pêcheurs de perles</em> traînent derrière eux une bien mauvaise réputation, pratiquement depuis leur création en 1863. A l&rsquo;époque, c&rsquo;est leur supposée modernité qui effaroucha les critiques. « Pas de pêcheurs dans le livret ; pas de perles dans la partition », selon un bon mot resté célèbre. Notre époque a renversé la perspective mais sans se montrer plus indulgente : mièvre, convenue, trop élégiaque, souffrant d&rsquo;un livret impossible, l&rsquo;œuvre est sans cesse comparée à <em>Carmen</em>. Il est évident que, face à un tel sommet, la frêle partition d&rsquo;un compositeur de 24 ans ne peut qu&rsquo;exposer ses faiblesses. Le hic est que cette comparaison est dépourvue de sens. Bizet avait reçu sa première chance d&rsquo;être représenté sur une scène parisienne d&rsquo;importance, et il la saisit avec avidité. Cela allait de pair avec les contraintes du temps et du lieu, les insuffisances des librettistes et le peu de temps qui lui était imparti pour la composition. Plutôt que de comparer<em> Les pêcheurs de perles</em> à <em>Carmen</em>, il faut les mettre en parallèle avec les pièces qui faisaient le quotidien des théâtres français à l&rsquo;époque : <em>L&rsquo;Africaine</em>, <em>La reine de Chypre</em> ou <em>Faust</em>. L&rsquo;opéra s&rsquo;éclaire alors d&rsquo;une lumière nouvelle, et ses qualités ressortent avec plus de netteté : une invention mélodique intarissable, une orchestration où la subtilité le dispute à la justesse du coloris, une écriture vocale à la fois confortable et créative. Seul parmi les Philistins, Berlioz avait reconnu le talent du jeune Bizet, dans une chronique qui allait s&rsquo;avérer être la dernière de sa longue carrière de critique : « la partition contient un nombre considérable de beaux morceaux expressifs, pleins de feu et d&rsquo;un riche coloris. »</p>
<p><strong>Thomas Lebrun</strong> pense la même chose que nous : le livret n&rsquo;est ni pire ni meilleur que bien de ceux de l&rsquo;époque. Il lui donne dès lors sa chance en le gardant tel quel : nous serons bien sur une île qui pourrait être Ceylan à une époque ancienne, et les costumes jouent à fond la carte d&rsquo;un exotisme de bon aloi. L&rsquo;histoire est contée avec naturel, la direction d&rsquo;acteur est sans surprise mais efficace, et la seule véritable audace est l&rsquo;apparition d&rsquo;une danseuse voilée à chaque fois que réparaît le thème de «la déesse», ce qui provoque des commentaires amusés dans la salle. Les chorégraphies, réglées par le metteur en scène lui-même, se laissent regarder avec plaisir, même si elles n&rsquo;ont rien de bien révolutionnaire. Tout cela est bel et bon, et permet de se concentrer sur la musique, qui est malgré tout ce que l&rsquo;œuvre a de plus substantiel à offrir. La moisson est des plus riches.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Les-pecheurs-de-perles-Coro-Teatro-Massimo-Palermo-%C2%A9-rosellina-garbo-2024-_GRG8533-1294x600.jpg" alt="" />© Rosellina Garbo</pre>
<p>Il y a d&rsquo;abord <strong>l&rsquo;orchestre du Teatro Massimo</strong>. Profitant à plein de l&rsquo;acoustique exceptionnelle du lieu, <strong>Gabriele Ferro</strong> fait jaillir de la fosse les parfums les plus mordorés. La créativité timbrique du jeune Bizet est rendue avec délectation. On épinglera particulièrement des bois en état de grâce. Mais il faudrait aussi citer les fusées de cordes <em>pianissimi</em> pendant la sérénade de Nadir, les pizzicati qui ouvrent l&rsquo;acte II, les cuivres grondants du final du même acte, la cohésion et la discipline jamais prises en défaut. Tout cela sous une battue alerte, qui ne verse jamais dans la contemplation narcissique et dans un équilibre de volume parfait avec le plateau. Un festival de ce que doit être un orchestre d&rsquo;opéra. Hélas, pourquoi faut-il que, face à tant de perfection, le chœur paraisse si en retrait ? Comme s&rsquo;ils marchaient sur des œufs, les artistes susurrent le texte plus qu&rsquo;ils ne le chantent. Il ne semble pourtant y avoir aucun problème technique, et tout est bien en place. Pourquoi tant de précautions ? « O nuit d&rsquo;épouvante » tombe à plat, et « Brahma divin Brahma » est presque couvert par les voix du ténor et de la soprano, ce qui est un comble.</p>
<p>On rangera aussi du côté des rares déceptions de la soirée le Nourabad de <strong>Ugo Guagliardo</strong>. Il semble ne pas comprendre grand chose à ce qu&rsquo;il chante. C&rsquo;est dommage, parce que la rudesse de ce timbre a quelque chose de profondément séduisant, et on serait curieux de l&rsquo;entendre dans d&rsquo;autre répertoires où il serait davantage à son aise. En Zurga, <strong>Alessandro Luongo</strong> a une couleur vocale plus passe-partout. Mais il faut reconnaître qu&rsquo;il assume le job avec un abattage impressionnant. La diction française est très acceptable, et tous les aigus sont lancés avec assurance. « Nadir, tendre ami de mon jeune âge » est bouleversant de sincérité, et les tourments du personnage sont rendus avec beaucoup de mordant. On monte encore d&rsquo;un cran avec le Nadir de <strong>Dmitry Korchak</strong>. Voilà un ténor dont l&rsquo;ambitus correspond très exactement à celui de Nadir : un aigu d&rsquo;une insolence folle, couplé à quelques éclats de vaillance savamment distillés. La sérénade « Je crois entendre encore » est à se damner, et le duo qui suit le montre capable de donner du relief à son personnage qui ne se contente pas de rêver l&rsquo;amour, mais est tout autant capable de le vivre. Petite réserve cependant : une tendance à se fâcher avec la justesse dans les passages où l&rsquo;orchestre le laisse trop à découvert. Mais gageons qu&rsquo;avec le confort du studio, Korchak serait un Nadir inoubliable.</p>
<p>On a cependant gardé le meilleur pour la fin avec la Leïla d&rsquo;une jeune chanteuse formée au Conservatoire Scarlatti de Palerme, et qui est en troupe au Staatsoper de Vienne depuis 2019 : <strong>Federica Guida</strong>. C&rsquo;est un véritable phénomène vocal : un instrument d&rsquo;une agilité stupéfiante sur toute la tessiture, avec un souffle infini. Tout est parfaitement en place, et les coloratures les plus piégeuses de Bizet sont délivrées avec un plaisir gourmand. Surtout, ces ornements sont comme revêtus d&rsquo;une chair, d&rsquo;une couleur qui sont bien rares pour ce type de voix. Une sorte de mélange entre la ligne d&rsquo;une Natalie Dessay et le tempérament d&rsquo;une Anna Netrebko. Cela avec un timbre malgré tout reconnaissable entre mille. Le public du Teatro Massimo a l&rsquo;oreille affûtée, et lui a réservé un accueil triomphal.  Ses débuts parisiens auront lieu en septembre à Bastille, en Nanetta dans Falstaff. Précipitez-vous !</p>
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		<title>BIZET, Les Pêcheurs de perles &#8211; Saint-Etienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-les-pecheurs-de-perles-saint-etienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Feb 2024 04:58:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Cette nouvelle production, prévue en janvier-février 2021, se réalise enfin, avec toute l’équipe qui l’avait alors portée, jusqu’à son annulation causée par le COVID. La lecture, particulièrement pour les familiers du théâtre lyrique, ne relève pas de l’évidence. Après l’intervention de Zurga devant le rideau, l’ouvrage s’ouvre sur un improbable ciné-club dans une salle « des &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Cette nouvelle production, prévue en janvier-février 2021, se réalise enfin, avec toute l’équipe qui l’avait alors portée, jusqu’à son annulation causée par le COVID. La lecture, particulièrement pour les familiers du théâtre lyrique, ne relève pas de l’évidence. Après l’intervention de Zurga devant le rideau, l’ouvrage s’ouvre sur un improbable ciné-club dans une salle « des pendus » de mineurs, hommes et femmes, qui se tournent vers le public, oublieux des images exotiques projetées sur un drap mal tendu. Passée la surprise de ce premier tableau – dont le sens nous échappe encore – la mise en scène trouve progressivement sa cohérence, et, de sceptique, interrogatif, le spectateur se laisse emporter par l’action jusqu’aux gibets (substitués au bûcher) auxquels échappent finalement les amants.</p>
<p>Au livret au charme désuet, à l’exotisme fané, <strong>Laurent Fréchuret</strong> substitue sa lecture, onirique, symbolique, surréaliste (que fait un renard empaillé dans un tel contexte ?), intemporelle, universelle, centrée sur le triangle amoureux : « …théâtre de l’attente, de l’intime, du refoulé, des cauchemars et des songes sensuels, de l’orage et de l’incendie, et finalement celui où s’ouvrira une petite porte, une brèche dans la catastrophe ». L’intelligence de la conception, radicalement neuve, se traduit par une réalisation virtuose, aboutie. L’enchaînement de tableaux fonctionne, avec sa propre logique narrative ne se dessinant qu’au fil des scènes.</p>
<p>Une structure métallique imposante, mobile, pivotante, constitue l’élément essentiel du décor. Tour (de Mélisande ?), chambre des amants, prison de Nadir, les lumières en joueront avec maestria pour nous faire partager les émotions de chacun. Le brasier qu’allume Nourabad, puis celui du sacrifice disparaissent. Seul le rougeoiment de l’incendie est conservé. Tout est sombre, voire lugubre : les parois latérales, modulables, ainsi que le fond de scène, qui s’ouvrira sur la lumière chaude d’une décoration certainement signée de notre peintre, pour se réduire à une porte étroite autorisant la fuite des deux amants. En effet, autre innovation, la production se double de la réalisation d’une monumentale œuvre d’art. Tapi dans l’ombre, le peintre <strong>Franck Chalendard</strong> va ainsi construire sous nos yeux une ample fresque non figurative, qui rejoint l’esthétique du fond de scène, lumineux, qui se dévoilera ensuite. (1)</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSC0750-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1707086155016" />© Cyrille Cauvet - Opéra de Saint-Étienne</pre>
<p>Aucun costume flatteur, sinon les admirables robes de Leïla. Pour autant, dans ce décor désespérément oppressant, où les lumières inventives de <strong>Laurent Castaingt</strong> feront merveille, les bleus de travail variés, maculés dans leur partie inférieure de taches de peinture (rappel du travail du peintre en arrière-plan ?) forment de beaux ensembles. La direction d’acteurs, affutée, ne surprend pas moins, participant à l’étrangeté de la lecture. Ponctuellement outrée dans sa violence (« ta main repousse ma main »), parfois artificielle (les libations répétées des deux amis lors de leurs retrouvailles), statique, hiératique, mais aussi d’une extrême justesse à mesure que l’action progresse, sa cohérence semble se construire au fil du temps.</p>
<p>En s’affranchissant de l’exotisme – souvent clinquant, chamarré, kitch – ou de toute référence précise, spatiale ou temporelle, la mise en scène et la scénographie renouvellent fondamentalement la lecture des <em>Pêcheurs de perles</em>. C’est une véritable mutation, qui outrepasse les transpositions auxquelles nous nous sommes familiarisés ou résignés. On oublie délibérément l’esprit de l’opéra comique pour passer au grand opéra, à un sombre drame dans la descendance de Meyerbeer (2). Il est vrai que plus d’une page y invite, le finale du deuxième acte, grandiose, tout particulièrement.</p>
<p>La distribution, jeune et exemplaire, n’appelle que des éloges. L’adéquation vocale et physique des chanteurs à leur personnages est idéale. Les personnages sont attachants, bien caractérisés. L’engagement est permanent, servi par une diction exemplaire de chacun. <strong>Catherine Trottmann</strong> est une Leïla d’exception, une de ses plus somptueuses incarnations. De la pureté et du mystère de son apparition, à son tourment douloureux, à sa passion partagée par Nadir, jusqu’au sacrifice, tout est là. L’émission est sûre, de lumière et de séduction, les demi-teintes, l’aigu épanoui, la voix est ensorcelante. L’intelligence musicale, dramatique et stylistique nous ravit. « O dieu Brama » où le chœur lui répond, sa cavatine, avec flûtes et clarinette, « Me voila seule dans la nuit », …« Comme autrefois dans la nuit sombre » (avec le cor) sont des moments forts, de beauté émouvante. L’exaltation, merveilleusement traduite par l’émission comme par l’orchestre, en est juste. <strong>Kévin Amiel</strong> a chanté Nadir à plusieurs reprises (3). On oublie vite les quelques inégalités et tensions du début. Le charme de « Je crois entendre encore » est intact, raffiné, jamais détimbré. Son Nadir, psychologiquement juste, est épanoui, au zénith. Ses duos, toujours équilibrés, d’une parfaite précision et conduite, sont aussi admirables que ses airs. Homme du devoir et du pouvoir, Zurga est chanté par <strong>Philippe-Nicolas Martin</strong>. Il impose d’emblée son personnage, puissant, dont le sacrifice ultime permettra aux amants d’échapper à la mort. La voix est sonore, le timbre riche. Il sait se faire viril comme arrogant, nuancé. Accablé, il nous émeut dans « O Nadir, tendre ami de mon jeune âge ». Son duo déchirant avec Leïla « Je frémis, je chancelle » comme son ultime intervention ne peuvent laisser indifférent. La focalisation du triangle amoureux par la mise en scène relègue Nourabad au second plan, malgré l’importance de ses interventions. <strong>Frédéric Caton</strong>, familier du rôle, nous vaut un brahmane de classe, autoritaire, hiératique, froid, dépourvu d’humanité, abrupt. Le début du deuxième acte, passagèrement, accuse quelques signes de fatigue, vite dissipés. « Dans cet asile sacré », puissant, bien timbré est réussi.</p>
<p>Les chœurs, préparés comme de coutume par <strong>Laurent Touche</strong>, se montrent exemplaires dans chacune de leurs nombreuses interventions. Il faut en louer la projection, l’intelligibilité, la précision et la plénitude. Sous la baguette de<strong> Guillaume Tourniaire</strong>, l’orchestre, en grande forme, se montre sous son meilleur jour. Subtile, généreuse et humble, la direction sert admirablement la partition : une leçon d’élégance, jamais prosaïque, jusqu’à la frénésie. La formation stéphanoise nous vaut des sonorités enivrantes, capiteuses, le charme, la poésie et le mystère comme la puissance redoutable des moments les plus forts. Conduits avec énergie, précision, un souci constant des tempi et des nuances, les musiciens mériteraient d’être signalés individuellement. Les cordes, chambristes ou violentes, caressantes et incisives, les solistes (hautbois, clarinette, flûtes, cor…) exemplaires… Le finale du II est impressionnant de puissance et de beauté.</p>
<p>Une soirée mémorable, ponctuée d’acclamations, fréquentes, qui vont s’amplifier jusqu’aux saluts, où un public enthousiaste manifeste sa gratitude aux artisans de cette réussite.</p>
<pre>(1) On regrette qu’il n’en soit pas conservé trace, l’espace devant être restitué dans son apparence première pour les prochaines représentations.
(2) Malgré la disparition des danses (début du I) et de la chorégraphie du chœur « dansé » (second tableau du II). 
(3) La dernière remontant à 2020, au Regio de Turin.</pre>
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		<title>BIZET, Les Pêcheurs de perles &#8211; Bordeaux</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-les-pecheurs-de-perles-bordeaux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Jan 2024 05:23:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Retirés de l’affiche au bout de dix-huit représentations lors de leur création en 1863, Les Pêcheurs de perles appartiennent aujourd’hui aux blockbusters du répertoire lyrique – Carmen n’est pas étrangère à ce revirement de popularité. Toulouse programmait l’ouvrage en début de saison ; Anvers le déposait au pied du sapin en décembre ; Bordeaux le reprend dans &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Retirés de l’affiche au bout de dix-huit représentations lors de leur création en 1863, <em>Les Pêcheurs de perles</em> appartiennent aujourd’hui aux<em> blockbusters</em> du répertoire lyrique – <em>Carmen</em> n’est pas étrangère à ce revirement de popularité. <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-les-pecheurs-de-perles-toulouse/">Toulouse</a> programmait l’ouvrage en début de saison ; <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-les-pecheurs-de-perles-anvers/">Anvers</a> le déposait au pied du sapin en décembre ; Bordeaux le reprend dans une mise en scène étrennée à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-pecheurs-de-perles-paris-opera-comique-leur-coeur-na-pas-compris-le-mien/">l’Opéra Comique en 2012</a> et revue plusieurs fois depuis – <em>in loco</em> en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-pecheurs-de-perles-bordeaux-lentendre-encore/">2017</a>.</p>
<p>Ce n’est donc pas la lecture scénique qui surprend dans cette nouvelle reprise même si<strong> Yoshi Oïda </strong>a fluidifié le mouvement et épuré son approche – plus de flash-back mais un récit toujours fidèle au livret dans un décor en papier marbré vénitien relevé d’accessoires symboliques, à la façon d’une estampe japonaise. Ce paysage lunaire dans les tons oniriques de jaune ocre et d’outremer veut traduire l’exotisme qu’évoquait le continent indien pour le public parisien au Second Empire. A chaque siècle, ses contrées lointaines.</p>
<p>La surprise ne provient pas davantage des solistes. Certes, <strong>Mathieu Lécroart</strong> n’est pas le Nourabad féroce que l’on nous sert souvent mais le rôle est assez aigu pour que l’on puisse le confier à une voix de baryton. La clarté de la diction et le naturel du phrasé compensent haut la main l’absence de noirceur.</p>
<p>Zurga – dont le nom est ici prononcé à rebours de la coutume tel qu’il s’écrit, et non « Zourga » – trouve en <strong>Florian Sempey</strong> un interprète auquel ne font défaut, ni la puissance, ni les Sol dièse et les La projetés tels des boulets de canon en voix de poitrine. La déclamation reste hachée mais un appréciable effort de nuance évite au chef des Pêcheurs de sombrer dans la caricature du méchant de service.</p>
<p>Avec <strong>Louise Foor</strong> et <strong>Jonah Hoskins</strong>, Bordeaux a fait le pari louable et risqué de la jeunesse. La première impose sa science du chant dans une invocation à Brahma tressée de traits virtuoses et ornée d’un trille délicat. Son soprano fluté doit encore s’étoffer pour surmonter les élans lyriques du deuxième acte puis au troisième, le défi dramatique que représente le duo avec Zurga. Caractérisé par son <em>vibratello</em>, le second fait de Nadir un lointain cousin de l’Almaviva rossinien. Non que la prononciation soit exotique mais la couleur et la hauteur d’émission le démarquent du ténor de style français expert en demi-teinte.</p>
<pre><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LesPecheursDePerles_credit_Frederic_Desmesure_13-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1705861380310" />© Frédéric Desmesure</pre>
<p>Au bout du compte, c’est la direction d’orchestre de <strong>Pierre Dumoussaud</strong> qui captive lors de cette première bordelaise. Du crescendo liminaire au couperet final, le jeune chef confirme ses affinités avec ce répertoire – qui lui ont valu de diriger <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/thomas-hamlet-paris-onp/"><em>Hamlet</em> à Paris</a> la saison dernière. Parti a été pris d’un retour à la version originale de l’opéra– sans la reprise du motif de la Déesse à la fin du duo entre Zurga et Nadir, ni le trio « O lumière sainte » au troisième acte. L’Orchestre national de Bordeaux Aquitaine fait preuve d’une cohésion et d’une diversité de timbres réjouissantes. Le chœur déploie une large palette de couleurs vives, proches parfois de la saturation. Mais il ne s’agit pas seulement d’hédonisme sonore. Pierre Dumoussaud sait maintenir une pulsation, une tension qui se libère dans des ensembles au souffle épique. « C’est une œuvre extrêmement chorale où le chœur joue un rôle très important et l’orchestre ne lésine sur aucun moyen » explique-t-il dans le programme du spectacle. Preuve en est faite avec brio.</p>
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		<title>BIZET, Les Pêcheurs de perles &#8211; Anvers</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-les-pecheurs-de-perles-anvers/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 Dec 2023 12:20:09 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Parmi les livrets qui semblent condamnés au kitsch extrême ou aux mises en scène poussiéreuses, les textes orientalisants occupent certainement une place de choix. On se souvient de pêcheurs ramassant très littéralement des perles sur une plage bleuté ou de cérémonies brahmaniques colorées. Fantasmes d’une époque. C’est un choix qui, aujourd’hui, peut trouver un charme &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Parmi les livrets qui semblent condamnés au kitsch extrême ou aux mises en scène poussiéreuses, les textes orientalisants occupent certainement une place de choix. On se souvient de pêcheurs ramassant très littéralement des perles sur une plage bleuté ou de cérémonies brahmaniques colorées. Fantasmes d’une époque. C’est un choix qui, aujourd’hui, peut trouver un charme et des adeptes mais qui ne rend certainement pas justice à ce qui devrait rester la première fonction de l’opéra : nous parler de nous.</p>
<p>Les évocations du passé abondent dans <em>Les Pêcheurs de perles</em> : « Au fond du temple saint », « Je crois entendre encore »… Le recours au flashback dans la mise en scène semble, à vrai dire, presque s’imposer. Le traitement proposé par le collectif <strong>FC Bergman </strong>(<strong>Stef Aerts</strong>, <strong>Marie Vinck</strong>, <strong>Thomas Verstraeten</strong> et <strong>Joé Agemans</strong>) est toutefois plus nuancé, plus intéressant. Nadir, Zurga et Leïla sont au seuil de la mort, dans une institution dont on ne sait si elle relève davantage du home sordide, de la morgue ou de l’asile psychiatrique. Sans doute des trois à la fois. Mouroir glaçant, naufrage de la vie moderne. Mais tout n’est pas déjà mort, le passé reste vivant et, peu à peu s’hybride au présent. Peut-être est-ce en fait déjà un au-delà. Le naturalisme cynique du présent contraste avec l’évocation un peu kitsch (mais on aime) du passé : une vague figée, immobile mais prête à submerger ; objet qui semble sur le point de tuer mais qui, finalement, deviendra falaise et permettra la fuite de Nadir et Leïla. L’imbrication des différentes strates temporelles est rendue sensible par un plateau pivotant. L’installation, comme la proposition, sont convaincantes. Les évocations brahmaniques passent à la trappe, ce qui peut provoquer quelques décalages par rapport au livret. C’est toutefois ce qui fait la force de cette mise en scène : montrer ce que l’œuvre peut encore dire de l’amour, de l’amitié, de la mort, peut-être aussi de la folie, et surtout du désir, sans toutefois en changer le texte. Extraire d’une œuvre son sens universel.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://cdn.uc.assets.prezly.com/639aa357-1ab1-43fe-a376-bcf23a086574/-/format/auto/2324PEC-FC-Bergman-Les-Pecheurs-de-perles-productiebeeld(c)Annemie-Augustijns-M5A6952.jpg" alt="2324PEC-FC-Bergman-Les-Pecheurs-de-perles-productiebeeld(c)Annemie-Augustijns-M5A6952" />(c) Annemie-Augustijns-M5A6952</pre>
<p><strong>Karel Deseure</strong> offre une direction claire, presque analytique dans le prélude où les différentes strates de la partition ressortent admirablement. Tout du long de l’œuvre, le son sera homogène, les <em>tempi</em> assumés et bien menés en fosse comme sur le plateau. On regrette toutefois une approche un peu uniforme, laissant de côté les contrastes de couleurs que permet – et que demande – la partition. Le chœur répond parfaitement à ce qu’insuffle le chef.</p>
<p>Dans ses premières interventions, le Zurga de <strong>Kartal Karagedik </strong>peine à convaincre. L’émission est dure et la voix manque de souplesse (son « Une femme » est néanmoins touchant de simplicité et de douceur) . Zurga est alors encore l’ami. C’est en devenant le rival que ses qualités vocales prendront tout leur sens, et plus encore en exposant l’ambiguïté de ses sentiment : la noirceur du timbre trouvera le parfait degré d’éclat dans un sublime « Ô Nadir, ô Leïla ».</p>
<p><strong>Marc Laho </strong>s’impose de nouveau comme un Nadir de premier plan, même si la prestation est un peu en-deçà de ce qu’il a déjà offert dans le même rôle – moins engagée, mais peut-être est-ce dû à une mise en scène qui appelle la retenue. Le placement de la voix très en avant permet une prononciation parfaitement intelligible. On regrette quelques ports de voix ou attaques par le bas qui confèrent une affectation inutile à certains airs, singulièrement au <em>duo </em>avec Zurga, au premier acte. Son « Je crois entendre encore » est bouleversant malgré des aigus qui peinent à s’épanouir.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://cdn.uc.assets.prezly.com/4bf2e5ce-d75c-45b3-91d2-2ba111d2b8a1/-/format/auto/2324PEC-FC-Bergman-Les-Pecheurs-de-perles-productiebeeld(c)Annemie-Augustijns-M5A5304.jpg" alt="2324PEC-FC-Bergman-Les-Pecheurs-de-perles-productiebeeld(c)Annemie-Augustijns-M5A5304" />(c) Annemie-Augustijns-M5A5304</pre>
<p>Leïla apparaît d’emblée comme une créature jetée vers la mort, femme dont la vie ne tient à rien de moins imprévisible que la volonté des hommes qui l’entourent. Manière, également, de souligner l’inactualité d’un livret qui, précisément, parce qu’il peut apparaître problématique doit sans cesse être réinterrogé, et jamais dissimulé. <strong>Elena Tsallagova</strong> incarne subtilement le rôle, tantôt vieille dame paralysée, déjà presque morte, tantôt jeune fille pleine de vie. Le timbre est chaud et rond, les aigus parfois trop serrés (notamment dans ses « je le jure », mais peut-être s’agit-il d’une tradition d’interprétation). Le souffle atteint vite ses limites et contraint la chanteuse à respirer au milieu de phrases, voire même parfois de mots (« écoute/ma voix »). Mais la technique n’intéresse que les grincheux. C’est une grande musicienne que nous entendons : le « Comme autrefois », dans une chambre funéraire, autour de ce qui sera le lit de mort de la prêtresse, est sublime et prend, dans ce contexte, une dimension métaphysique marquée, où passé et présent – amour et mort (une couronne mortuaire… de roses rouges, est posée par terre) – sont déjà confus (à quel monde appartient précisément le « lieu désert où règne le silence » ?). La cadence de fin est un moment de grâce musicale rare.</p>
<p>Le Nourabad – qui est, dans la mise en scène, le jeune Zurga – de <strong>Jacob Abel </strong>complète idéalement la distribution. <strong>Bianca Zueneli </strong>et <strong>Jan Deboom </strong>dansent les jeunes Leïla et Nadir (nus et innocents), conférant au spectacle un degré de poésie que les premiers tableaux n’auguraient pas, et réconciliant peut-être les adeptes d’une modernité engagée et les nostalgiques de visions oniriques.</p>
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		<title>BIZET, Les Pêcheurs de perles &#8211; Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-les-pecheurs-de-perles-toulouse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 30 Sep 2023 07:43:25 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les voyages ne formaient pas la jeunesse lorsque Georges Bizet, âgé de 24 ans, composa – en moins de trois mois ! – Les Pêcheurs de perles. C’est au théâtre que l’on explorait des contrées lointaines dont le nom était promesse d’évasion. Là, les décors, les costumes participaient au dépaysement, stimulé par une musique à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les voyages ne formaient pas la jeunesse lorsque Georges Bizet, âgé de 24 ans, composa – en moins de trois mois ! – <em>Les Pêcheurs de perles</em>. C’est au théâtre que l’on explorait des contrées lointaines dont le nom était promesse d’évasion. Là, les décors, les costumes participaient au dépaysement, stimulé par une musique à l’exotisme fantasmé – il y a loin de la partition des <em>Pêcheurs de perles</em> au folklore sri-lankais.</p>
<p>Une nouvelle production toulousaine de l’opéra de Bizet, à l’affiche jusqu’au 8 octobre, rappelle cet état d’esprit originel, à rebours des entreprises de déconstruction devenues la règle aujourd’hui sur de nombreuses scènes. Dans un écrin de toiles peintes auquel un échafaudage de bambous apporte un semblant de relief, chatoient les couleurs saturées des saris brodés d’or. Leïla ondule en tunique indigo, Zurga fulmine en sarong jaune canari et Nourabad a emprunté sa trousse de maquillage au génie de la lampe d’Aladin. Danseur, chorégraphe, directeur du Centre chorégraphique national de Tours, <strong>Thomas Lebrun</strong> s’essaie à la mise en scène d’opéra sans jouer les forts-à-bras. Cette humilité est gage de respect d’une œuvre qu’il habille d’images, souvent kitch, parfois du plus bel effet – l’apparition de Leïla, telle Venus surgie des flots. Plus que l’homme de théâtre, le chorégraphe transparaît dans le recours fréquent aux ballets, classique et folklorique, pour animer le plateau. D’efficace, le procédé peut à la longue paraître lassant. Les enjeux dramatiques du livret, si minces soient-ils, se dissipent dans les vapeurs artificielles du mouvement.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/pecheurs2-1.jpg?&amp;cacheBreak=1696059705535">© Mirco Magliocca</pre>
<p>Mais <strong>Victorien Vanoosten</strong> installe dans la fosse une tension que seule relâche entre le premier et le deuxième acte l’insertion des cinq mouvements orchestrés de <em>Jeux d’enfants</em>, une Petite Suite composée par Bizet en 1871, huit ans après <em>Les Pêcheurs de perles</em>. La suppression de «&nbsp;Amitié sainte&nbsp;» dans le duo entre Nadir et Zurga au profit de la reprise du thème de la déesse, la substitution du duo par le trio à la fin de l’opéra sont d’inutiles infidélités à la partition, que l’on croyait abandonnées depuis le rétablissement de la version originale. A ces quelques réserves près, le bonheur est dans la fosse lorsque le chef enfle doucement dès le prélude les voiles orchestrales d’un esquif au long cours, sans trop accentuer les secousses <em>fortissimo</em> dont le jeune Bizet tend à abuser. Les artistes du chœur ajustent leur nuancier aux teintes vives de leurs tenues.</p>
<p>Dans une ville réputée pour son amour des voix, le bonheur est aussi sur scène, favorisé par une clarté de diction commune aux quatre solistes. Ce qui devrait être postulat de base s’avère trop souvent variable d’ajustement pour ne pas s’en réjouir. A-t-on connu Nourabad plus terrible que <strong>Jean-Fernand Setti</strong>, basse française dont la présence est à la mesure de la stature ? Et Nadir plus habile que <strong>Mathias Vidal</strong>, usant de ses fragilités pour déjouer les difficultés du rôle, et du <em>falsettone</em> pour atteindre la suavité attendue dans une romance rêveuse, à laquelle manque le contre-ut – apocryphe il est vrai. Sur la corde raide parfois, le ténor compense par l’énergie le défaut de lyrisme, apparent lorsque le style se fait plus italien. <strong>Anne-Catherine Gillet</strong> dépose comme une offrande sur l’autel de Leïla la pureté d’émission, la souplesse de la ligne, sinueuse dans l’invocation à Brahma, tendue dans «&nbsp;Me voilà seule&nbsp;», et son vibrato serré, ce léger grelot qui donne à la prêtresse hindoue un charme d’antan. L’évolution du personnage est assumée, des vocalises initiales d’inspiration belcantiste aux assauts dramatiques du duo avec Zurga. Et il faut un sacré tempérament pour ne pas capituler face à aux coups portés par <strong>Alexandre Duhamel</strong>. Le baryton a de la puissance à revendre, trop serait-on tenté d’écrire si le granit ne dissimulait d’opportunes failles, ces moments où l’armure tombe pour dévoiler sous la cuirasse de bronze un cœur battant. De Golaud – un de ses rôles fétiches – à Zurga, la filiation n’est pas évidente. Mais l’on entend tout ce que son chef des pêcheurs doit à la prosodie debussyste. Derrière l’éclat farouche d’une voix de plus en plus large, se manifeste l’attention portée au tracé de la phrase et à la valeur du mot. Cette force expressive fait de « L’orage s’est calmé », son air du troisième acte, le point d’acmé de la représentation, un de ces instants magiques où musique et théâtre communient dans la même ferveur. C’est alors que l’opéra est grand.</p>
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		<title>Javier Camarena passé à tabac (pour de faux)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/javier-camarena-passe-a-tabac-pour-de-faux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Jul 2023 10:19:57 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’opéra est l’art de l’illusion. Instagram aime en distiller certains secrets, telle dans les coulisses du Zurich Opernhaus cette séance de maquillage partagée par Javier Camarena avant le dernier acte des Pêcheurs de perles. Parjure à son serment, Nadir a été jeté aux fers. Son visage couvert d’ecchymoses témoigne de la brutalité de ses geôliers. &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/breve/javier-camarena-passe-a-tabac-pour-de-faux/"> <span class="screen-reader-text">Javier Camarena passé à tabac (pour de faux)</span> Lire la suite »</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’opéra est l’art de l’illusion. Instagram aime en distiller certains secrets, telle dans les coulisses du Zurich Opernhaus cette séance de maquillage partagée par <strong>Javier Camarena</strong> avant le dernier acte des <em>Pêcheurs de perles</em>. Parjure à son serment, Nadir a été jeté aux fers. Son visage couvert d’ecchymoses témoigne de la brutalité de ses geôliers. Légende de la publication « Ouch » (« aie » en français).</p>
<p>Il s’agit de la dernière représentation de la saison zurichoise et pour Javier Camarena de sa pénultième apparition publique avant les vacances d&rsquo;été. Après un concert le 12 juillet au Teatro Real de Madrid, le ténor mexicain ne retrouvera la scène qu’en septembre à Vienne dans <em>La Sonnambula</em>. Suivront en 2023-24 <em>Roméo et Juliette</em>, <em>Rigoletto</em>, <em>L’elisir d’amore</em>, <em>La Fille du régiment</em>, <em>La Cenerentola</em> plus quelques récitals, en Autriche, en Suisse, en Espagne mais pas en France. Dommage.</p>


<blockquote class="instagram-media" data-instgrm-captioned data-instgrm-permalink="https://www.instagram.com/tv/CufUnY3IKa5/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" data-instgrm-version="14" style=" background:#FFF; border:0; border-radius:3px; box-shadow:0 0 1px 0 rgba(0,0,0,0.5),0 1px 10px 0 rgba(0,0,0,0.15); margin: 1px; max-width:540px; min-width:326px; padding:0; width:99.375%; width:-webkit-calc(100% - 2px); width:calc(100% - 2px);"><div style="padding:16px;"> <a href="https://www.instagram.com/tv/CufUnY3IKa5/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" style=" background:#FFFFFF; line-height:0; padding:0 0; text-align:center; text-decoration:none; width:100%;" target="_blank" rel="noopener"> <div style=" display: flex; flex-direction: row; align-items: center;"> <div style="background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; flex-grow: 0; height: 40px; margin-right: 14px; width: 40px;"></div> <div style="display: flex; flex-direction: column; flex-grow: 1; justify-content: center;"> <div style=" background-color: #F4F4F4; 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