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	<title>Semiramide - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Semiramide - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<item>
		<title>Luciano Pavarotti, The Lost Concert</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/luciano-pavarotti-the-lost-concert/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Apr 2026 03:45:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le 12 juillet 1955, la Società corale Gioachino Rossini, sous la direction de Livio Borri, remporte la médaille d&#8217;or du concours choral de Llangolen, petite ville du nord du Pays de Galles. Créée en mars 1887 à Modène, la formation a déjà une solide réputation internationale, couronnée de nombreux prix internationaux. Parmi les artistes du &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le 12 juillet 1955, la <em>Società corale Gioachino Rossini</em>, sous la direction de Livio Borri, remporte la médaille d&rsquo;or du concours choral de Llangolen, petite ville du nord du Pays de Galles. Créée en mars 1887 à Modène, la formation a déjà une solide réputation internationale, couronnée de nombreux prix internationaux. Parmi les artistes du chœur, on notera un grand jeune homme de 19 ans : un certain <strong>Luciano Pavarotti</strong>. Il est d&rsquo;ailleurs venu avec son père.</p>
<p>Quarante ans plus tard, un Pavarotti sans doute un brin nostalgique reparaissait sur les lieux du festival pour un des gigantesques méga-concerts dont il s&rsquo;était fait une spécialité pendant sa seconde partie de carrière. Il n&rsquo;est pas venu seul et la <em>Corale Gioachino Rossini</em> est à nouveau de la fête. Les informations disponibles ne permettent pas de savoir si le programme est complet (et dans quel ordre il a été donné par rapport à celui choisi pour le présent enregistrement), mais il est copieux. Le ténor italien chante ici quelques uns des plus grands airs susceptibles de mettre en valeur sa voix à ce moment de son évolution vocale.</p>
<p>Le timbre est en effet plus sombre, avec des couleurs de violoncelle qui conviennent en particulier à Puccini, même s&rsquo;il n&rsquo;en a pas l&rsquo;aigu <em>spinto</em>. Le ténor ose par ailleurs le « Di quella pira » du <em>Trovatore</em> qui, même  transposé d&rsquo;un demi-ton comme ici, reste une vraie épreuve pour bien des ténors, en particulier en public. Possible effet du plein air, la voix manifeste quelques raucités dans le bas médium, tandis que l&rsquo;aigu reste en revanche toujours aussi somptueux. Les mélodies et chansons populaires sont incarnées avec le charme unique du <em>tenorissimo</em>, comme si elles avaient été écrites pour lui (notamment la très pavarotienne et peu courante  «Girometta » de Gabriele Sibella).</p>
<p>Le programme comporte d&rsquo;ailleurs d&rsquo;autres raretés relatives, comme l&rsquo;« Ave Maria, dolce Maria », co-écrit par Luciano Pavarotti et le compositeur Vittoriano Benvenuti ou l&rsquo;exubérant « La Mia Canzone al Vento » de Cesare Andrea Bexio. De 1955, deux courts extraits de compositions de la Renaissance ont été miraculeusement préservés (il s&rsquo;agirait <em>a priori</em> de tests de la formation avant le concours). Ils constituent les tout premiers enregistrements connus de la voix du <em>tenorissimo</em>, mais il est bien sûr impossible de distinguer sa participation au milieu d&rsquo;un ensemble d&rsquo;une impeccable homogénéité.</p>
<p>Enregistré par la BBC, le concert avait vu ses bandes égarées avant d&rsquo;être récemment retrouvées, d&rsquo;où son titre. Le coffret concocté par Decca est absolument somptueux, illustré par de magnifiques photos, et ravira les fans de cette voix d&rsquo;or.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="954" height="654" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/image-4.png" alt="" class="wp-image-210996"/></figure>


<pre style="text-align: center;">Trouvez Luciano ! © Decca</pre><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/luciano-pavarotti-the-lost-concert/">Luciano Pavarotti, The Lost Concert</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Discothèque Idéale : Rossini &#8211; Semiramide (Zedda, ‎Fonit Cetra &#8211; 1992)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/discotheque-ideale-rossini-semiramide-zedda-fonit-cetra-1992/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 06 Feb 2026 16:58:42 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A défaut, Alberto Zedda live à Pesaro en 1992 atteint un difficile point d’équilibre. Qui d’ailleurs mieux que le maestro pour restituer à cette musique sa grandeur dramatique, sur le plan philologique – dans le strict respect du style, de ses ornements, de ses nuances, de ses dynamiques – mais pas seulement. Zedda refuse le &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>A défaut, <strong>Alberto Zedda</strong><em> live </em>à Pesaro en 1992 atteint un difficile point d’équilibre. Qui d’ailleurs mieux que le maestro pour restituer à cette musique sa grandeur dramatique, sur le plan philologique – dans le strict respect du style, de ses ornements, de ses nuances, de ses dynamiques – mais pas seulement. Zedda refuse le métronome stérile. Les tempi s’adaptent aux situations, aux airs comme aux ensembles. La virtuosité se place au service de la partition, sans effets de manche, ni <em>star system</em>. Exception faite du jeune Grégory Kunde, étincelant en Idreno, il existe pour les autres interprètes de meilleures alternatives. Mais aucune distribution, à ce jour, n’atteint un tel niveau de qualité collective. La tension théâtrale induite par le direct constitue dans ce répertoire un atout supplémentaire.</p>
<p>Iano Tamar (Semiramide), Gloria Scalchi (Arsace), Michele Pertusi (Assur), Gregory Kunde (Idreno), Monica Valenti (Azema), Ildebrando D’Arcangelo (Oroe), Luigi Petroni (Mitrane), Sergey Zadvorny (L’ombra di Nino). Orchestra e Coro del Teatro Comunale di Bologna. Direction : Alberto Zedda</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><a href="https://www.forumopera.com/dossier/la-discotheque-ideale-de-lart-lyrique/"><img decoding="async" width="1024" height="355" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vers-la-discotheque-ideale-2-1024x355.png" alt="" class="wp-image-207785"/></a></figure>
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		<title>Gluck Arias</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/gluck-arias/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Rouvière]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 24 Aug 2025 04:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ce copieux programme, entièrement consacré à la période « italienne » de Gluck, propose des extraits de huit ouvrages composés entre 1744 et 1770, dont cinq sur des textes de Métastase. L’opéra le mieux servi est Il Trionfo di Clelia, écrit pour l’inauguration du fastueux Teatro Comunale de Bologne, en 1763 : Ann Hallenberg interprète ici les trois &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce copieux programme, entièrement consacré à la période « italienne » de Gluck, propose des extraits de huit ouvrages composés entre 1744 et 1770, dont cinq sur des textes de Métastase.</p>
<p>L’opéra le mieux servi est <em>Il Trionfo di Clelia</em>, écrit pour l’inauguration du fastueux Teatro Comunale de Bologne, en 1763 : <strong>Ann Hallenberg</strong> interprète ici les trois airs principaux du rôle d’Orazio, conçu pour le castrat Giovanni Manzuoli. Elle se mesure ainsi à Mary-Ellen Nesi, qui incarnait ce <em>primo</em> <em>uomo</em> dans la recommandable intégrale de l’œuvre parue en 2012 (MDG). Les différences entre les deux cantatrices sont éclairantes : le timbre de Nesi paraît d’emblée plus âpre, moins aristocratique que celui d’Hallenberg, et son chant moins égal, plus abrupt ; l’interprétation, néanmoins, convainc davantage chez la chanteuse grecque, qui sait prendre des risques, varier les couleurs et saisir les moindres nuances du texte. Un exemple entre mille : pourquoi Hallenberg pose-t-elle si placidement la voix sur la messa di voce de « Resta o cara » (la première note du disque !), alors même que l’écriture prescrit ici l’urgence, la véhémence ?</p>
<p>Il est vrai que, dans l’intégrale MDG, l’accompagnement d’Armonia Atenea faisait preuve d’un pathos plus évident. <strong>Ian Page</strong> est un excellent chef d’orchestre, d’une belle sensibilité et ses Mozartists possèdent une sonorité ravissante – on espère d’ailleurs qu’ils poursuivront chez Signum leur série consacrée aux opéras de jeunesse de Mozart (il y manque encore <em>Lucio Silla</em>). Mais Gluck n’est pas Mozart et l’on aimerait parfois rencontrer, au gré de ces Gluck Arias, moins de lumière et plus d’ombres, plus d’inquiétude et moins d’éclat.</p>
<p class="western">Après s’être mesurée à Nesi, Hallenberg se confronte à Cecilia Bartoli (<em>Gluck italian arias</em>, Decca, 2001) dans la « scène de folie » de Fulvia venue d’<em>Ezio</em> (1750), la cantilène avec pizzicatos « Di questa cetra » extraite d’<em>Il Parnasso confuso </em>(1765) et l’air railleur du vilain Ircano emprunté à <em>La</em> <em>Semiramide riconosciuta</em> (1748). Là encore, la caractérisation manque de feu, d’aspérités mais Hallenberg, d’une élégance et d’une souplesse jamais prises en défaut, se dispense des minauderies multipliées par Bartoli – dont l’aigu, à ce stade de sa carrière, était cependant plus vaillant.</p>
<p><a name="title"></a><a name="productTitle"></a>Cet album ne vient-il d’ailleurs pas un peu tard pour Hallenberg ? C’est ce que nous fait soupçonner la plus cruelle confrontation, celle qui l’oppose à Magdalena Kozena dans l’ineffable « O del mio dolce ardore » (<em>Paride ed Elena</em>, 1770) : dans une page qui ne réclame ni ambitus herculéen, ni virtuosité particulière, la Suédoise ne peut dissimuler la matité d’un médium usé, la minceur de son sostenuto, la neutralité de son chant, là où la mezzo tchèque (qui a enregistré l’air plusieurs fois) pouvait faire valoir le soyeux de son timbre, plus riche en vibrato, et la fièvre de son incarnation.</p>
<p>Ces diverses confrontations, qui ne tournent guère à l’avantage d’Hallenberg, ne doivent pourtant pas décourager ses admirateurs, peut-être moins lestés de références : car cet enregistrement donne amplement à la mezzo l’occasion d’exhiber sa technique impeccable, son apparente facilité à négocier les plus grands écarts et à faire ruisseler les vocalises – notamment dans les deux morceaux inédits : le grand air ornithologique venu des <em>Nozze d’Ercole e d’Ebe</em> (1747) et la très dramatique scène de Linceo extraite d’<em>Ipermestra</em> (1744). Enfin, on appréciera la fraîcheur, la poésie des Mozartists dans des pages plus rabâchées, comme le « Che puro ciel » d’Orfeo (version 1769) et leur puissance d’évocation dans les récits accompagnés, tous très réussis (particulièrement celui d’<em>Ezio</em>)</p>
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		<item>
		<title>Joan Sutherland, The Complete Decca Recordings, Operas 1959 &#8211; 1970</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/joan-sutherland-the-complete-decca-recordings-operas-1959-1970/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Jul 2025 21:27:12 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour notre plus grand bonheur, Decca réédite sous forme d&#8217;un superbe coffret (avec pochettes d&#8217;origine) les intégrales lyriques de la Stupenda originellement enregistrées entre 1959 et 1970. Une occasion de découvrir ou de redécouvrir l&#8217;une des plus grandes artistes de tous les temps. La compilation s&#8217;ouvre avec un enregistrement sur le vif d&#8217;Alcina en 1959 &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour notre plus grand bonheur, Decca réédite sous forme d&rsquo;un superbe coffret (avec pochettes d&rsquo;origine) les intégrales lyriques de la <em>Stupenda</em> originellement enregistrées entre 1959 et 1970. Une occasion de découvrir ou de redécouvrir l&rsquo;une des plus grandes artistes de tous les temps.</p>
<p>La compilation s&rsquo;ouvre avec un enregistrement sur le vif d&rsquo;<em>Alcina</em> en 1959 qui n&rsquo;a été mis que tardivement au catalogue officiel (Melodram, éditeur spécialisé à l&rsquo;époque dans les <em>« </em>pirates <em>»</em>, avait toutefois publié la bande radio dans les années 80). L&rsquo;enregistrement mono est d&rsquo;une qualité sonore très correcte, avec des voix très présentes. Créée en 1954, la <strong>Cappella Coloniensis</strong> fut l&rsquo;une des premières grandes formations à aborder les ouvrages baroques dans une optique d’interprétation historiquement informée. Le diapason est ainsi à 415 Hz. <strong>Ferdinand Leitner</strong> la dirige toutefois avec une componction un peu datée pour nos oreilles modernes. Les coupures sont nombreuses (une bonne demi-heure de musique), les <em>da capo</em> limités, les variations basiques et le suraigus absents. <strong>Joan Sutherland</strong>, appelée au dernier moment à remplacer une collègue insuffisante, y déploie une voix souple et colorée, assortie d&rsquo;une technique impeccable, mais sans véritable occasion de briller. Son <em>« </em>Tornami a vagheggiar <em>»</em> d&rsquo;une exceptionnelle légèreté, reste toutefois un merveilleux moment, tandis que son <em>«  </em>Ah! mio cor! Schernito sei! <em>» </em>témoigne de sa capacité à faire passer une émotion tout en finesse. Ses élans de colère dans « Ah! Ruggiero, crudel » (avant un « Ombre palide » plus classique) préfigurent déjà ceux de Norma. La prononciation est très correcte. On reprochera plus tard à la diva australienne de chanter avec une patate chaude dans la bouche : nous en sommes loin. En Ruggiero, <strong>Fritz Wunderlich</strong> est une double curiosité. Le rôle avait été écrit pour le castrat Giovanni Carestini : il est généralement défendu par des mezzo-sopranos à l&rsquo;époque moderne.  Le ténor allemand est donc obligé d&rsquo;adapter la partition à sa voix, avec par exemple des transpositions à l&rsquo;octave, tessiture quasi barytonnale qui ne met pas toujours en valeur la brillance légendaire de sa voix. La technique reste impeccable, avec des vocalises fort bien exécutées (son « Sta nell&rsquo;ircana pietrosa tana » nous fait toutefois oublier nos habitude d&rsquo;écoute !). La performance est d&rsquo;autant plus remarquable que celui-ci, dit-on, découvrait la partition : <strong>Nicola Monti</strong>, qui devait chanter le rôle de Ruggiero, avait en effet appris celui d&rsquo;Oronte (!) (vrai rôle de ténor) qu&rsquo;il chante d&rsquo;ailleurs excellemment, dans une combinaison de voix de tête et de poitrine. L&rsquo;enregistrement est également une occasion de découvrir de bons chanteurs méconnus comme <strong>Thomas Hemsley</strong>, <strong>Norma Procter</strong>, très beau contralto, ou encore <strong>Jeannette van Dijck</strong> d&rsquo;une grande sensibilité dramatique. L&rsquo;ensemble de l&rsquo;enregistrement est finalement plaisant, mais pour apprécier cette curiosité, il faudra toutefois mettre ses préjugés au vestiaire.</p>
<p><em>Acis and Galatea </em>contraste instantanément par la qualité sonore de l&rsquo;enregistrement, marque de fabrique de Decca. Spécialiste de la musique britannique, mais pas du baroque, <strong>Adrian Boult</strong> manque de légèreté pour la partie qui précède le dénouement tragique. Ainsi dirigée, <strong>Joan Sutherland</strong> est un peu placide. Spontanément associé aux compositions de Benjamin Britten, on n&rsquo;attendait pas nécessairement <strong>Peter Pears</strong> dans ce répertoire. La voix sonne jeune, les vocalises sont réussies : on pourra émettre des réserves de puristes sur le style mais l&rsquo;interprétation est largement convaincante.</p>
<p>On ne présente plus le <em>Don</em> <em>Giovanni</em> de <strong>Carlo Maria Giulini</strong>, assez universellement salué comme l&rsquo;un des monuments de l&rsquo;histoire du disque et figurant régulièrement dans les recommandations de <em>discothèque idéale</em>. Giulini fut pourtant un choix par défaut : Thomas Beecham refusa la proposition de diriger le chef-d&rsquo;œuvre de Mozart,  puis Klemperer renonça après quelques séances pour raisons de santé. La direction est typique de l&rsquo;époque, c&rsquo;est-à-dire qu&rsquo;elle tire l&rsquo;ouvrage vers le romantisme, mais sans oublier le versant <em>giocoso</em> du drame, dans une conception parfaitement équilibrée. Bien oublié aujourd&rsquo;hui, <strong>Eberhard Wächter</strong> est l&rsquo;un des meilleurs Don Giovanni de son époque (et un excellent interprète dans l&rsquo;absolu), alternant virilité et suavité, toujours virevoltant, colorant finement chaque mot dans toute une palette d&rsquo;expressions. La voix est assez claire et l&rsquo;émission parfois un peu rocailleuse. Le Leporello de <strong>Giuseppe Taddei</strong> n&rsquo;a pas la plus belle voix du monde, mais lui aussi sait faire un sort à chaque mot dans une interprétation absolument réjouissante. <strong>Luigi Alva</strong> offre un Don Ottavio un peu trop propret et on a souvent entendu mieux depuis. <strong>Piero Cappuccilli</strong> ne fait qu&rsquo;une bouchée du rôle de Masetto avec une interprétation très drôle du jeune homme un peu rustaud. <strong>Gottlob Frick</strong> n&rsquo;est pas le roi du beau chant, avec une émission parfois étonnante, des erreurs de prononciation, et son Commendatore n&rsquo;est pas vraiment impressionnant. <strong>Joan Sutherland</strong>, dans une de ses trop rares incursions dans le répertoire mozartien, remet les pendules salzbourgeoises à l&rsquo;heure : sa Donna Anna est juvénile et vive, une vraie jeune fille, la perfection technique se faisant ici oublier. <strong>Elisabeth Schwarzkopf</strong> atteint également la perfection en Donna Elvira, ardente et passionnée, toujours juste. <strong>Graziella Sciutti</strong> est une Zerlina au timbre riche et pleine de délicatesse, mais au chant un peu vieillot. Le <em>continuo</em> (Heinrich Schmidt) est plein de verve. La version choisie est la version « traditionnelle », c&rsquo;est-à-dire celle de Prague, avec l&rsquo;ajout des airs de Vienne d&rsquo;Ottavio et d&rsquo;Elvira. Au global, l&rsquo;enregistrement a plutôt bien résisté à l&rsquo;épreuve du temps, mais, dussions-nous risquer les foudres du Commendatore, son positionnement au sommet de la discographie nous semble aujourd&rsquo;hui à relativiser.</p>
<p>Pilier du Met et voix de stentor, <strong>Cornell MacNeil</strong> a finalement peu enregistré. Son Rigoletto est ici heureusement préservé, témoignant d&rsquo;une conception intelligente du personnage. <strong>Cesare Siepi</strong> est un Sparafucile de luxe, presque aristocratique. Pour son premier enregistrement studio du rôle, <strong>Joan Sutherland</strong> est une Gilda à craquer, d&rsquo;une émotion à fleur de peau. Le soprano sait alléger son instrument pour nous faire croire à son personnage de jeune fille. En revanche, la prononciation commence à être sacrifiée au profit de la beauté du son. Quelques contre-notes non écrites viennent appuyer le drame : outre le classique mi bémol du duo avec Rigoletto (qui, lui, donne un la bémol), un contre ut dièse à la fin du quatuor et un contre ré dans la scène de la tempête, juste avant de recevoir le coup de poignard (à la scène Sutherland faisait simultanément un lent signe de croix avant d&rsquo;entrer pour son sacrifice : frisson garanti). <strong>Renato</strong> <strong>Cioni</strong> est un Duc de Mantoue plutôt étriqué. Il est un peu submergé par Sutherland à la fin de leur duo. Sa cabalette (régulièrement coupée à l&rsquo;époque, même au disque) est rétablie, mais sans contre-ré final. La battue de <strong>Nino Sanzogno</strong> est légère et théâtrale. La prise de son, bien équilibrée, renforce cette théâtralité.</p>
<p>Le premier enregistrement de<em> Lucia du Lammermoor</em> offre peu ou prou les mêmes qualités et les quelques rares défauts que ce <em>Rigoletto</em>. La Lucia de <strong>Joan Sutherland</strong> est déjà une légende à laquelle il ne manque rien, pour un personnage qui sera l&rsquo;un de ses rôles fétiches pendant des décennies. Autre baryton américain (mais qu&rsquo;on pourrait prendre pour un chanteur italien), <strong>Robert Merrill</strong> offre un chant élégant allié à des moyens naturels impressionnants et un timbre riche de couleurs. <strong>Cesare Siepi</strong> est l&rsquo;un des meilleurs Raimondo de la discographie. Moins sollicité dans l&rsquo;aigu, <strong>Renato</strong> <strong>Cioni</strong> est plus convaincant qu&rsquo;en Duc de Mantoue. La version rouvre la plupart des coupures de l&rsquo;époque : reprise et strette de la cabalette d&rsquo;Enrico (mais sans variations), duo Lucia / Raimondo, scène de la tour de Wolferag. Le duo Enrico / Lucia est dans la tonalité basse classique (un demi ton plus bas que la version d&rsquo;origine). La direction de <strong>John</strong> <strong>Pritchard</strong> est attentive, légère, là encore théâtrale.</p>
<p>Pour sa seconde <em>Alcina</em>,<strong> Joan Sutherland</strong> est nettement mieux entourée et la prise de son est exemplaire. L&rsquo;enregistrement fit longtemps figure de référence avant d&rsquo;être dépassé par la révolution de l&rsquo;interprétation historiquement documentée. Les coupures restent nombreuses. L&rsquo;art vocal de Sutherland est à son sommet mais la beauté du chant prime largement sur l&rsquo;engagement dramatique. Avec <strong>Teresa</strong> <strong>Berganza</strong>, Ruggiero retrouve sa tessiture originale (à défaut de castrat, mais on n&rsquo;a pas trouvé de volontaires) et une vraie technique belcantiste, ce qu&rsquo;on aurait un peu tendance à oublier en raison de sa Carmen qui a marqué son époque (<a href="https://www.forumopera.com/teresa-berganza-la-diva-solitaire/">lire ici l&rsquo;hommage de notre confrère Christophe Rizoud</a>). La chanteuse est toutefois elle aussi un brin monolithique. La direction de <strong>Richard Bonynge</strong> (qui signe ici sa première intégrale avec son épouse) est vive et brillante.</p>
<p><em>La sonnambula</em> connaitra également un second enregistrement plus tardif. L&rsquo;Amina de <strong>Joan Sutherland</strong> est ici d&rsquo;une incroyable liberté vocale et d&rsquo;une fraicheur en totale adéquation avec le personnage. La prise de son « italienne » est également plus théâtrale que dans la seconde version. C&rsquo;est ici une démonstration de ce qu&rsquo;est le vrai belcanto où la perfection technique n&rsquo;est pas une pyrotechnie vaine, mais un moyen dramatique pour transmettre l&rsquo;émotion par l&rsquo;intermédiaire de la voix. L&rsquo;Elvino de <strong>Nicola Monti</strong> est un peu pâle mais reste sensible et bien chantant, un peu limité en suraigu. Il offre tout de même deux contre-ut (dont un <em>collé au montage)</em> dans « Prendi: l&rsquo;anel ti dono ». En revanche, pas de contre-ré dans « Ah! perchè non posso odiarti » quand, à la même époque, Alfredo Kraus le donnait à la scène. Le Rodolfo de <strong>Fernando Corena</strong> est assez élégant. La direction de <strong>Richard Bonynge</strong> est agréablement légère et la plupart des parties traditionnellement coupées sont rétablies.</p>
<p>Pour sa première <em>Traviata</em> en studio, la diva australienne retrouve <strong>John Pritchard</strong> qui dirige avec efficacité une partition pour une fois complète : les deux couplets des airs de Violetta aux premier et dernier actes, les cabalettes du ténor et du baryton et les répliques qui suivent les dernières paroles de l&rsquo;héroïne. <strong>Joan Sutherland</strong> est encore une fois un miracle de beau chant et assez émouvante. La prononciation est moyennement soignée. Le soprano est impeccablement entouré. <strong>Carlo Bergonzi</strong> reste le ténor verdien de son époque (<a href="https://www.forumopera.com/carlo-bergonzi-la-mort-du-commandeur/">lire ici l&rsquo;hommage de notre confrère Sylvain Fort</a>) et son chant est un miel gorgé de soleil. Cerise sur le gâteau, le ténor offre le contre-ut conclusif de sa cabalette, un brin tendu il est vrai.  <a href="https://www.youtube.com/watch?v=o6-DshFlhK4">Déjà Germont avec Arturo Toscanini en 1946 (!)</a>, <strong>Robert Merrill</strong> ajoute un surcroit de maturité à un chant toujours glorieux, allié à un timbre de bronze. Inutile de préciser que cette version de <em>Traviata</em> ravira les amateurs de grandes voix.</p>
<p>On ne se souvient plus guère aujourd&rsquo;hui de <strong>Thomas Schippers</strong>, mort prématurément à 48 ans d&rsquo;un cancer du poumon et considéré par beaucoup à son époque comme le plus grand chef américain vivant. Sa <em>Carmen</em> est pleine vie, d&rsquo;allant, de poésie et de légèreté, avec des détails orchestraux originaux auxquels ne rend pas toujours justice une prise de son un peu plate. Il faut entendre par exemple l&rsquo;accompagnement oppressant des violons tandis que José court après Carmen. La distribution vocale internationale semble avoir été réunie sans aucune intention de restituer un quelconque esprit français. On exceptera <strong>Regina Resnik</strong>. également disparue des mémoires (pas de toutes néanmoins : <a href="https://www.forumopera.com/regina-resnik-linclassable/">lire ici l&rsquo;hommage de notre confrère Julien Marion</a>). Sa gitane est atypique (mais ne le sont-elles pas toutes), le français est impeccable, le personnage est bien dessinée, dramatique sans excès histrioniques. L&rsquo;air des cartes, chanté avec un désespoir résigné, est un sommet interprétatif. <strong>Mario Del Monaco</strong> en revanche, est davantage resté dans les mémoires (<a href="https://www.forumopera.com/mario-del-monaco-le-lion-de-pesaro/">lire ici l&rsquo;hommage de notre confrère Yvan Beuvard</a>). Habitué du rôle de Don José (en italien principalement), le ténor ne convainc pas complètement en français. Bête de scène, il semble un peu contraint par l&rsquo;enregistrement. L&rsquo;articulation est excellente mais l&rsquo;accent est parfois relâché (« La fleur ké tu m&rsquo;avais jaitai, donnn&rsquo; ma prisonnn&rsquo; etc. »). Quelques bruits de scène tentent de restituer une atmosphère réaliste (<em>zapateado</em> pendant « Les tringles des sistres tintaient », applaudissements de spectateurs dans l&rsquo;arène&#8230;), fausse bonne idée répandue à l&rsquo;époque et fort heureusement abandonnée par la suite. <strong>Tom Krause</strong> est un Escamillo correctement chantant mais sans grand relief (<a href="https://www.forumopera.com/breve/deces-du-baryton-tom-krause/">lire ici l&rsquo;hommage de notre confrère Christian Peter au baryton-basse finlandais</a>). <strong>Joan Sutherland</strong> fait mieux que tirer son épingle du jeu avec un chant raffiné et une prononciation correcte.</p>
<p>Quand <strong>Joan Sutherland</strong> enregistre sa première intégrale d&rsquo;<em>I Puritani</em>, il n&rsquo;existe <em>aucune</em> version (commerciale ou pas) vraiment satisfaisante (non : pas même le studio de Maria Callas). Le soprano renouvelle les merveilles de sa première <em>Lucia</em>. Son Elvira est exceptionnelle d&rsquo;abandon et de légèreté, la voix sachant se colorer de subtiles nuances nostalgiques. La virtuosité n&rsquo;est jamais en défaut, avec des variations spectaculaires, toujours dans le style et dramatiquement en situation. La prononciation est toutefois un peu plus relâchée. <strong>Pierre Duval</strong> est totalement inconnu lorsqu&rsquo;il enregistre le rôle d&rsquo;Arturo (incroyable mais vrai : Decca pensait faire enregistrer le rôle à Franco Corelli, lequel se désista à la dernière minute). Le ténor québécois ne sortira jamais de ce regrettable anonymat : c&rsquo;est bien dommage car le chanteur est très supérieur à quelques-uns des artistes précités dans cette recension. Le timbre est viril, le chant soigné, le suraigu sûr avec des contre-ré impressionnants (on ne tentait pas encore le contre fa du dernier air à l&rsquo;époque). En Riccardo, <strong>Renato Capecchi</strong> se révèle un authentique belcantiste, avec un parfait art de la coloration (bien au-dessus de Piero Cappuccilli, dans le second enregistrement en 1976). <strong>Ezio Flagello</strong> est un Giorgio de belle noblesse. La version rouvre de nombreuses coupures, dont la polonaise finale rajoutée plus tardivement. La direction de <strong>Richard Bonynge</strong> est idéale. Encore une version incontournable.</p>
<p>Les extraits de <em>Giulio Cesare</em> marquent la première collaboration au studio de <strong>Joan Sutherland</strong> et <strong>Marilyn Horne</strong> dont l&rsquo;unique air, « Priva son d&rsquo;ogni conforto » est d&#8217;emblée difficilement surpassable. Beauté du timbre, coloration, expressivité sont conjuguées pour traduire toute la tristesse de Cornelia. Sutherland est dramatiquement plus libérée que dans <em>Alcina</em> et chacun des airs retenus est un miracle de chant. <strong>Margreta</strong> <strong>Elkins</strong> est un Cesare au timbre charmeur mais un peu scolaire dans sa vocalisation. <strong>Monica Sinclair</strong> chante un peu au-dessus de ses moyens (la cadence finale de « Si, spietata » est plutôt audacieuse), effort louable pas toujours payé en retour. Sesto est confié au ténor <strong>Richard Conrad</strong>, voix de poitrine et de tête systématiquement mixées, vibratello&#8230; Au positif, le ténorino américain n&rsquo;a qu&rsquo;un air à chanter. La direction de <strong>Richard Bonynge</strong> pourrait être un peu moins compassée.</p>
<p>Est-il nécessaire de présenter la première <em>Norma</em> de<strong> Joan Sutherland</strong> ? Plus de 60 ans après son enregistrement, cette version reste insurpassée au studio, et n&rsquo;est guère concurrencée que par les <em>live</em> de Maria Callas (en particulier celui de la Scala en 1955), celui de Montserrat Caballé à Orange, ou par ceux de la diva australienne elle-même (notamment au Met en 1970, aux côtés de Marilyn Horne, Carlo Bergonzi et Cesare Siepi). La <em>Stupenda</em> et <strong>Marilyn Horne</strong> sont ici dans une osmose parfaite. Bonynge opte ici pour la tonalité originale aiguë (la seconde version, avec Montserrat Caballé en Adalgisa, sera dans la tonalité traditionnelle). <strong>John Alexander</strong> est un Pollione vaillant et dramatiquement engagé. <strong>Richard Cross</strong> est un Oroveso impeccable. La direction de <strong>Richard Bonynge</strong> est idéale. La prise de son est impressionnante.</p>
<p>On ne présente plus non plus <em>Semiramide</em>, premier enregistrement intégral de l&rsquo;ouvrage. <strong>Joan Sutherland</strong> et <strong>Marilyn</strong> <strong>Horne</strong> y sont au firmament. Mise à part la jeune June Anderson, et malgré les grandes qualités de Montserrat Caballé, le soprano australien est inégalé : jamais on avait entendu une voix d&rsquo;une telle largeur à ce point à l&rsquo;aise dans de telles pyrotechnies vocales. À l&rsquo;exception de Martine Dupuy, on ne voit pas non plus qui a bien pu rivaliser avec Horne en Arsace. Il en va différemment des partenaires masculins. <strong>Joseph Rouleau</strong> était une voix idéale <a href="https://www.youtube.com/watch?v=Cp_R1DXqAvc">pour Philippe II</a> ou le Grand Inquisiteur. Dans ce répertoire bien plus exigeant techniquement, la basse québécoise tire plutôt bien son épingle du jeu, avec une vocalisation laborieuse et parfois simplifiée, mais aussi une véritable incarnation dramatique. Les graves sont impressionnants et les aigus à la hauteur : certes, Samuel Ramey fera infiniment mieux plus tard (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-semiramide-paris-tce/">et Giorgi Manoshvili aujourd&rsquo;hui</a>) mais l&rsquo;enregistrement n&rsquo;en est pas gâché pour autant. Dans la collection des ténors improbables sélectionnés par Richard Bonynge, <strong>John Serge</strong> occupe une place à part. Chanteur australien d&rsquo;origine italienne (de son vrai nom Sergio Sciancalepore), il connut une petite carrière de soliste avant que ses moyens modestes (il semble que sa voix ait été trop petite pour chanter raisonnablement en salle) ne le ramènent dans les chœurs d&rsquo;Opera Australia (il entreprit ensuite une carrière d&rsquo;acteur pour la télévision). Son premier air est coupé (c&rsquo;est hélas classique) et le second assez perturbant. Serge chante plutôt en voix mixte mais, à l&rsquo;inverse de la pratique habituelle de cette technique, il y a principalement recours pour le médium, et beaucoup moins pour le registre aigu et extrême aigu : le résultat est assez improbable, un brin excitant, mais vocalement très imparfait. Les chœurs et l&rsquo;orchestre sont excellents. Enfin, il faut saluer le génie (si, si&#8230;) de <strong>Richard Bonynge</strong> qui, face à une musique que personne n&rsquo;avait plus jouée correctement depuis plus de cent ans, a su définir une style et des canons d&rsquo;exécution qui ont depuis fait figure de référence pour ce type d&rsquo;ouvrage. On imagine le choc de cette enregistrement à sa sortie.</p>
<p><em>Beatrice di Tenda</em> marque la première collaboration au studio de Joan Sutherland et d&rsquo;un jeune ténor promis à un bel avenir, <strong>Luciano Pavarotti</strong>. Les deux géants ne chantent toutefois aucune page l&rsquo;un avec l&rsquo;autre, à l&rsquo;exception des ensembles. <strong>Joan</strong> <strong>Sutherland</strong> est au sommet, avec une scène finale qui justifie à elle seule l&rsquo;achat du coffret. Le futur <em>tenorissimo</em> offre un chant miraculeux et un timbre divin. <strong>Cornelis Opthof</strong> ne mérite certaine pas l&rsquo;oubli dans lequel il est tombé (à supposer qu&rsquo;il en soit sorti un jour) : timbre claire et agréable, chant soigné et nuancé, science de la coloration, variations, <em>morbidezza</em>, aigu aisé (jusqu&rsquo;au la naturel !) mais sans effets ostentatoires, tout y est. <strong>Josephine Veasey</strong> est une fois de plus magnifiquement chantante et dramatiquement passionnée. Sa performance est remarquable, et ce d&rsquo;autant plus que le belcanto romantique n&rsquo;était absolument pas son cœur de répertoire. La direction de <strong>Richard Bonynge</strong> est passionnée et parfaitement dans le style. Un enregistrement parfait <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bellini-beatrice-di-tenda-paris-opera-bastille/">qui peut à l&rsquo;occasion servir de modèle aux responsables de casting</a>.</p>
<p>Entre accent prononcé et chant hors style, <strong>Franco Corelli</strong> est de ces Faust qu&rsquo;on apprécie d&rsquo;abord&#8230; quand on n&rsquo;est pas francophone. La diction est plutôt compréhensible, mais la prononciation est très passable (« Ciel radieuse ! »). La voix est néanmoins sublime, sans doute trop glorieuse : le ténor confond souvent Faust et Don José. Une fois habitué, on pourra néanmoins trouver un plaisir coupable à déguster ce chant décomplexé, au contre-ut glorieux. Le magnifique Méphisto de <strong>Nicolaï Ghiaurov</strong> n&rsquo;est plus à présenter, référence de sa génération, détrônant le surestimé Boris Christoff (référence jusqu&rsquo;alors), et restant quasiment indépassé à ce jour (on exceptera les immenses Samuel Ramey et José van Dam). Le chant est racé, le mot toujours juste, l&rsquo;interprétation un brin histrionique, avec une juste dose d&rsquo;humour. L&rsquo;accent bulgare est léger et ne gène nullement. Un bonheur. <strong>Joan Sutherland</strong> offre un chant d&rsquo;une rare intelligence : son « Je voudrais bien savoir quel était ce jeune homme », pensif, est à tomber tant il traduit idéalement la pensée de la jeune fille. C&rsquo;est ici l&rsquo;art du belcanto romantique appliqué au répertoire romantique français. La prononciation n&rsquo;est pas formidable mais reste le plus souvent compréhensible. Tout son chant est une leçon, avec des mots colorés et accentués avec une extrême intelligence : « Il fit un <em>suprême</em> (avec une projection un peu accentuée) effort », « J&rsquo;ai <em>rougi</em> (la voix s&rsquo;éteignant) d&rsquo;abord »&#8230; C&rsquo;est un vrai travail d&rsquo;orfèvrerie vocale, mais aussi d&rsquo;horlogerie grâce à la souplesse et à l&rsquo;adaptabilité de la battue de Bonynge, tour à tour précipitée, caressante ou alanguie (le plus beau des « Pour toi je veux mourir »&#8230;). Les coincés du métronome seront justement horrifiés par ce <em>rubato</em> mais qu&rsquo;importe. <strong>Robert Massard</strong> donne <a href="https://www.forumopera.com/robert-massard-paroles-du-dernier-empereur/">une leçon de chant français</a> avec un Valentin dramatique, à la prononciation remarquable. <strong>Margreta Elkins</strong> est un Siebel sensible et délicat. Face à une partition d&rsquo;une autre complexité que celles des ouvrages de Bellini, Donizetti ou Rossini, <strong>Richard Bonynge</strong> démontre qu&rsquo;il n&rsquo;est pas un simple connaisseur de voix. Sa direction est fluide, sensible, énergique à l&rsquo;occasion, et le chef australien obtient de sa formation une sonorité romantique assez exceptionnelle. On notera que l&rsquo;enregistrement comprend des pages souvent coupées à l&rsquo;époque (toute la scène I de l&rsquo;acte IV, avec les airs de Marguerite et de Siebel). Il intègre également le réjouissant ballet de l&rsquo;acte V. Un enregistrement à redécouvrir malgré une distribution hétéroclite.</p>
<p>Enregistrées simultanément au printemps de l&rsquo;année 1966, les extraits de la <em>Griselda</em> de Giovanni Bononcini et ceux du <em>Montezuma</em> de Carl Heinrich Graun sont d&rsquo;indéniables raretés. <strong>Joan Sutherland</strong> s&rsquo;y révèle à l&rsquo;apogée de sa période « patate chaude ». Pour le premier ouvrage, la <em>Stupenda</em> donne un peu l&rsquo;impression d&rsquo;être là pour faire plaisir à son mari. Le reste de la distribution varie du correct (<strong>Lauris</strong> <strong>Elms</strong> dans les deux rôles-titres) au pas très bon (<strong>Monica</strong> <strong>Sinclair</strong>). Le second opus est nettement plus excitant, Graun écrivant <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/carl-heinrich-graun-opera-arias-quand-la-machine-emeut/">des pages extrêmement virtuoses</a> dans lesquelles Joan Sutherland est au sommet. La direction de <strong>Richard Bonynge</strong> est fine et élégante.</p>
<p><em>La Fille du régiment</em> est encore un autre enregistrement culte. La diva australienne chante Marie avec une telle facilité qu&rsquo;elle nous en fait complètement oublier les difficultés (il n&rsquo;y a qu&rsquo;à la scène qu&rsquo;elle chantait tout aussi bien, et en étant encore plus drôle). C&rsquo;est avec ce rôle que <strong>Luciano Pavarotti</strong> gagnera en 1972 au Metropolitan son surnom de <em>King of the high C</em> (le Roi du contre-ut), titre un peu usurpé à notre sens. Le ténor offre toutefois bien ses neufs superbes contre-ut dans « Ah mes amis » (mais pas l&rsquo;ut dièse au second acte, dans « Pour me rapprocher de Marie »). Le timbre est magnifique, et la prononciation très correcte, d&rsquo;autant que l&rsquo;artiste aura rarement chanté en français. Surtout, le personnage est éminemment sympathique. Pour un chant plus châtié (et pour l&rsquo;ut dièse !), on pourra toutefois préférer Alfredo Kraus à la même époque, voire Juan Diego Florez à la nôtre, mais, à de tels sommets, c&rsquo;est aussi affaire de goût. <strong>Spiro Malas</strong> est un Sulpice très honnête et <strong>Monica Sinclair</strong> une Marquise de Birkenfeld efficace, mais plutôt dans le registre de la caricature.</p>
<p>En Lakmé, <strong>Joan Sutherland </strong>sort un peu de son répertoire traditionnel, s&rsquo;agissant d&rsquo;un rôle habituellement dévolu à des coloratures légers comme Lily Pons, Mado Robin, Mady Mesplé, Natalie Dessay ou, plus près de nous, Sabine Devieilhe. Des voix plus lourdes s&rsquo;y sont risquées avec succès, telle celle de Christiane Eda-Pierre, mais Joan Sutherland est sans doute la voix la plus riche et la plus large qui se soit produite dans le rôle, au disque mais aussi à la scène. Aux amateurs de voix légères, la voix de Sutherland semblera sans doute trop opulente : or, c&rsquo;est cette richesse même qui lui permet de colorer son chant en vraie belcantiste, pour un résultat équivalent à celui de sa Marguerite de <em>Faust</em> déjà citée. Seul vrai regret, une prononciation parfois confuse, sauf dans ses grandes scènes toutefois. <strong>Alain Vanzo</strong> est un Gérald idéal et authentique, dans l&rsquo;un de ses meilleurs rôles. Il est à la fois ardent et tendre, parfaite illustration du demi-caractère à la française, ténor aux qualités si difficiles à  réunir. <strong>Gabriel Bacquier</strong> est un Nilakantha solide mais le rôle n&rsquo;est pas vraiment pour lui, et on pourra lui préférer une authentique basse chantante. Les seconds rôles sont à peu près tous excellents qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la Malika de <strong>Jane Berbié</strong>, pleine de délicatesse, du Frédérick de <strong>Claude Cales</strong>, modèle de phrasé, ou encore des belles voix de <strong>Josephte Clément</strong> ou de <strong>Gwenyth</strong> <strong>Annear</strong>. La Miss Bentson de <strong>Monica Sinclair</strong> est en revanche trop caricaturale. La direction de <strong>Richard Bonynge</strong> est une fois de plus idéale, témoignant d&rsquo;une rare compréhension de la finesse de cette musique.</p>
<p>Il est souvent de bon ton de dénigrer ce second enregistrement de<em> Don Giovanni,</em> surtout après celui de Giulini. À la réécoute, et sans se leurrer sur quelques défauts, la proposition de <strong>Richard Bonynge</strong> vaut qu&rsquo;on s&rsquo;y arrête. Nous sommes en 1968. Pour Mozart, l&rsquo;interprétation historiquement informée ne s&rsquo;est pas encore vraiment imposée et on joue le plus souvent <em>Don Giovanni</em> comme une musique romantique (il y a bien sûr des exceptions). Les réussites ne manquent d&rsquo;ailleurs pas. À la tête de l&rsquo;agile English Chamber Orchestra, le chef d&rsquo;orchestre australien offre toutefois une vision renouvelée, avec une direction belcantiste, presque rossinienne, vive mais évidemment moins dramatique, où l&rsquo;accent est mis davantage sur la beauté musicale que sur le drame. Dans cette optique, pratiquement tous les chanteurs offrent des variations ou, a minima, quelques appoggiatures. <strong>Gabriel Bacquier</strong> fut un exceptionnel Leporello. Son Don Giovanni manque toutefois de complexité. L&rsquo;interprétation est un peu uniforme et manque de variété. <strong>Donald Gramm</strong> est un Leporello à la voix un peu légère, fin interprète, dans la veine d&rsquo;un Taddeo de <em>L&rsquo;italiana in Algeri </em>par exemple. Inutile de chercher ici une sorte de double de son maître. <strong>Joan Sutherland</strong> est une Donna Anna plus marmoréenne que dans sa première version, grande dame bafouée plutôt que jeune fille amoureuse. <strong>Pilar</strong> <strong>Lorengar</strong> est une Donna Elvira moins raffinée et moins travaillée que celle d&rsquo;Elisabeth Schwarzkopf, mais émouvante par sa simplicité et son naturel même. Tout le monde n&rsquo;appréciera pas néanmoins son vibrato serré, dont elle se sert avec intelligence pour faire passer l&rsquo;émotion (un peu comme Beverly Sills à la même époque). <strong>Marilyn Horne</strong> est une Zerlina inhabituelle avec un timbre riche et une variété de couleurs dont nous ne connaissons pas d&rsquo;équivalent dans ce rôle. Le Masetto de Leonardo Monreale est sympathique mais manque de caractère. <strong>Werner Krenn</strong> n&rsquo;est pas doté de grands moyens vocaux et l&rsquo;émission est un peu engorgée, mais il chante avec musicalité. Il a aussi le grand mérite d&rsquo;interpréter ses deux airs avec des variations élaborées. Le Commendatore de<strong> Clifford Grant</strong> est tout à fait satisfaisant. Enfin, la prise de son est superlative. Bonynge offre ici la version de Prague complète, augmentée des nouvelles parties musicales écrites pour Vienne : l&rsquo;air du ténor « Dalla sua pace » à l’acte I, « Mi tradì quell’alma ingrata » pour Elvira, et surtout le rarissime duo viennois Zerlina / Leporello de l’acte II, « Per queste tue manine ». Une version à connaitre pour son originalité.</p>
<p>L&rsquo;enregistrement des <em>Huguenots</em> marqua lui aussi son époque : la musique de Meyerbeer avait quasiment disparu des scènes  et il était de bon ton chez les critiques et historiens de la musique de se pincer le nez en évoquant le compositeur, restant sourd à son apport musical original et indéniable. Heureusement, grâce à d&rsquo;<a href="https://www.forumopera.com/robert-letellier-il-faut-redecouvrir-la-modernite-de-meyerbeer/">inlassables spécialistes</a>, des musiciens passionnés, des directeurs de théâtre audacieux, et avec le soutien des amateurs sans préjugés, le compositeur a fini par retrouver le chemin des théâtres. Avec ses quatre disques 33 tours, le coffret d&rsquo;origine était en soi un monument, illustré de riches gravures et assorti de commentaires facétieux (pour les ensembles, le livret indiquait qu&rsquo;il était impossible de comprendre le texte en raison du grand nombre de solistes et de chœurs chantant en même temps des choses différentes : il fallait donc les croire sur paroles (sic)). L&rsquo;enregistrement comporte la rare strette de l&rsquo;air de Valentine jamais entendue (Bonynge affirmait avec un faux sérieux ne pas en être l&rsquo;auteur). En dehors de <strong>Joan Sutherland</strong>, magnifique, mais dans un rôle relativement court (l&rsquo;acte II est le finale de l&rsquo;acte III), le reste de la distribution est correct. Il faut toutefois supporter le pâle <strong>Anastasios Vrenios</strong>, plus soprano que ténor. On regrettera toujours que Nicolai Gedda (<a href="https://www.forumopera.com/encyclopedie-subjective-du-tenor-nicolai-gedda/?fbclid=IwY2xjawLhHwtleHRuA2FlbQIxMQABHk4SJD73bmBhYV38RfxdxmgBqH4pJO7u1xyk_p3Iv8nwT7DlCVRAThvQbH0g_aem_8RQXmeSZSKAYGk3B9X4BuQ">dont on fête cette année le centenaire de la naissance</a>) n&rsquo;ait pu se dégager de son contrat d&rsquo;exclusivité chez EMI. La direction de <strong>Richard Bonynge</strong> est étonnamment convaincante, s&rsquo;agissant d&rsquo;un grand opéra français, genre que le chef australien a peu fréquenté.</p>
<p>Réalisé à l&rsquo;été 1970,<em> L’Elisir d’amore</em> est un autre monument de la discographie. <strong>Luciano Pavarotti</strong>, qui restera pour l&rsquo;éternité le meilleur interprète de Nemorino, est ici enregistré dans la plénitude de ses moyens. Le timbre est unique. Le chant est varié à plaisir. L&rsquo;interprétation mémorable. Impeccablement coaché par Richard Bonynge, le <em>tenorissimo</em> ne se permet aucune des facilités auxquelles il pourra se prêter des années plus tard. Il touche ici au sublime. Occurence rare, <strong>Joan Sutherland</strong> interprète ici un rôle qu&rsquo;elle ne chantera jamais à la scène et atteint elle aussi la perfection : la diction est assez claire, la technique vocale est tellement parfaite qu&rsquo;on n&rsquo;y fait même plus attention, et surtout l&rsquo;interprétation est fine et pleine d&rsquo;humour. <strong>Dominic Cossa</strong> est un Belcore bien chantant (par exemple, dans les rapides vocalises, souvent sabotées, du duo de l&rsquo;acte II avec Nemorino), sans une once de vulgarité. Les moyens vocaux de <strong>Spiro Malas</strong> ne sont pas immenses, mais il offre en Dulcamara un bel abattage dramatique, sans aucun laisser-aller. La direction de <strong>Richard Bonynge</strong> restitue le plaisir du théâtre. Grâce au chef australien, nous découvrons des reprises habituellement coupées (et on se demande pourquoi) ainsi qu&rsquo;une réjouissante cabalette alternative pour Adina, « Il mio rigor dimentico » qui suit « Prendi per me sei libero » (un véritable régal).</p>
<p>On sort étourdi de l&rsquo;écoute ou de la réécoute de ce coffret : tant de merveilles en un peu plus de dix ans (de 1959 à 1970) ne peuvent que donner le vertige, témoignage d&rsquo;une chanteuse totalement hors du commun. On n&rsquo;oubliera pas de remercier également Richard Bonynge : on a souvent reproché à Sutherland de ne plus chanter qu&rsquo;avec son mari, mais il est évident qu&rsquo;un tel niveau de qualité, qu&rsquo;une telle curiosité, et qu&rsquo;un tel professionnalisme au service de ce répertoire n&rsquo;auraient jamais pu être atteint avec des chefs de passage (aussi excellent soient-ils) qui n&rsquo;auraient croisé la <em>Stupenda</em> que le temps d&rsquo;un enregistrement. Ce monument est la réussite commune d&rsquo;un couple qui vouait toute sa vie à la musique.</p>
<div><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/joan-sutherland-the-complete-decca-recordings-operas-1959-1970-49-cd-box-set-sealed-uk-cd-album-box-set-4853432-862687_1280x1157.jpg-1024x925.webp" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est joan-sutherland-the-complete-decca-recordings-operas-1959-1970-49-cd-box-set-sealed-uk-cd-album-box-set-4853432-862687_1280x1157.jpg-1024x925.webp." /></div>
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		<title>ROSSINI, Semiramide &#8211; Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-semiramide-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Momal]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 19 Jun 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’atmosphère était fébrile et enthousiaste ce mardi 17 juin 2025 au Théâtre des Champs-Élysées où était donnée Semiramide en version de concert, après une semaine de représentations mises en scène à l’Opéra de Rouen. L’attrait de la soirée consistait évidemment en la présence conjointe de Karine Deshayes et Franco Fagioli, tous deux respectivement titulaires des &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’atmosphère était fébrile et enthousiaste ce mardi 17 juin 2025 au Théâtre des Champs-Élysées où était donnée <em>Semiramide</em> en version de concert, après <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-semiramide-rouen/">une semaine de représentations mises en scène à l’Opéra de Rouen</a>. L’attrait de la soirée consistait évidemment en la présence conjointe de Karine Deshayes et Franco Fagioli, tous deux respectivement titulaires des rôles de Semiramide et d’Arsace depuis la production de Nicola Raab de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/semiramide-nancy-franco-fagioli-face-a-un-impossible-defi/">2017</a>&#8211;<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/semiramide-saint-etienne-une-sophistication-discutable/">2018</a> mais qui ne les avaient, jusqu’à la semaine dernière à Rouen, jamais interprétés face à face. Probablement l’<em>opera seria</em> le plus joué de Rossini, sa rareté dans les théâtres parisiens – la dernière programmation parisienne de l’œuvre remonte à 2014 – rendait également l’impatience du public légitime.</p>
<p>Commençons alors par évacuer le grand regret de cette soirée. Les subtilités et la grâce ineffable de ce <em>magnus opus</em> rossinien échappent à peu près complètement à un <strong>Orchestre Normandie Rouen</strong> lourd et peu inspiré, dont les cuivres, quand ils ne commettent pas quelques couacs, semblent persuadés que Rossini veut dire fanfare municipale. <strong>Valentina Peleggi</strong> a pourtant la qualité indéniable d’être fort attentive aux chanteurs, et elle parvient à ménager quelques beaux moments d’émotion dans les airs et duos les plus intimistes. Mais elle ne semble pas envisager de conduire les ensembles, fabuleux pourtant dans <em>Semiramide</em>, autrement que vers « l’éternel et puéril crescendo » que Berlioz associait à Rossini avec une mauvaise foi qu’il avouait lui-même et dont la Rossini Renaissance a, ses quarante dernières années, démontré le caractère caricatural et inapproprié. Côté orchestral, le rendez-vous est donc tout à fait manqué.</p>
<p>Côté voix, heureusement, la situation est bien différente. Parmi des rôles secondaires dont pas un ne démérite, l’Oroe de <strong>Grigory Shkarupa</strong> se fait remarquer par une voix de stentor, impeccable d’autorité dans ce rôle de grand prêtre vengeur. On signalera tout de même les désavantages d’une si large voix : les deux premiers ensembles de l’acte I, le trio Idreno/Oroe/Assur et le « Di tanti regi, e popoli », sont complètement déséquilibrés par Shkarupa et Giorgio Manoshvili, sur lequel nous reviendrons dans un instant, qui à eux deux couvrent le reste de la distribution, poussés en cela par un orchestre fortissimo hors de propos. Qu’un tel problème d’acoustique n’ait pas été réglé en plus d’une semaine de représentations et pendant les répétitions dit tout de l’amour immodéré du gros son qui semble avoir présidé à l’élaboration de cette production. Passons. L’Idreno d’<strong>Alasdair Kent </strong>ne peut, lui, se voir faire de semblables reproches. C’est en effet une voix assez fine, un peu fluette qu’il prête à l’amoureux transi et assez ridicule de la princesse Azema. Après un début marqué par un trac palpable, il offre une interprétation un peu effacée mais somme toute fort honnête, culminant en un « La speranza più soave » à la ligne élégante quoique aux suraigus extrapolés un peu trop nombreux. Passé par l’Accademia Rossiniana de Pesaro, <strong>Giorgi Manoshvili</strong> met au service du violent Assur une voix de basse au timbre somptueux, homogène sur toute la tessiture, une vraie connaissance de la grammaire rossinienne et une présence scénique remarquable. Marmoréen, il sait trouver des accents plus humains et touchants dans le legato plaintif de « Deh ti ferma&#8230; ti placa&#8230; perdona », troublante scène de folie passagère à l’acte II.</p>
<p><figure id="attachment_192709" aria-describedby="caption-attachment-192709" style="width: 638px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-192709 size-full" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/deshayes-fagioli-semiramide-2025.jpg" alt="" width="638" height="478" /><figcaption id="caption-attachment-192709" class="wp-caption-text">Karine Deshayes (Semiramide) et Franco Fagioli (Arsace) à l&rsquo;Opéra de Rouen Normandie le 5 juin 2025 © Caroline Doutre.</figcaption></figure></p>
<p>Dans le duo de tête, <strong>Franco Fagioli</strong> et Karine Deshayes sont à la hauteur de toutes les attentes placées en eux. Le choix d’un contre-ténor pour un rôle de contralto rossinien est toujours discutable et, sur un pur plan d’histoire de l’interprétation, difficilement défendable. Mais quand c’est un artiste du calibre de Fagioli, il est difficile de bouder son plaisir et de camper sur des positions puristes. La personnalité irrésistible de l’artiste, l’agilité dans la vocalise, l’extension de la voix depuis un aigu toujours aussi ébouriffant jusqu’à un grave poitriné qui prend parfois des allures de Marilyn Horne, au prix certes d’une grande hétérogénéité des registres, ces qualités balaient tout sur leur passage. Ajoutons-y le sens de la ligne de Fagioli, la manière dont il déroule avec une sensibilité désarmante la plainte « In sì barbara sciagura » au deuxième acte, culminant en quelques aigus pianissimo, tenus dans le silence d’une salle captivée, et l’on ne peut que s’incliner devant cet Arsace. Face à lui, <strong>Karine Deshayes</strong> est une Semiramide de haute volée. Le timbre mordoré et chaud brille d’un bel éclat, les récitatifs sont autoritaires, la vocalise crâne et assurée, l’aigu facile. L’actrice est consommée et campe une souveraine altière, dont elle laisse entrevoir les failles dans la terreur touchante de son duo avec Assur, puis dans le superbe « Giorno d’orrore ». Forte d’une belle complicité avec Fagioli, elle est particulièrement remarquable dans leurs deux duos, deux moments de pure beauté vocale.</p>
<p>Malgré un écrin orchestral clairement en-deçà de ce qu’elles méritent, cette belle distribution, et surtout Fagioli et Deshayes, parvient donc à faire de cette représentation une grande soirée de chant, sinon une grande soirée pour Rossini.</p>
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		<title>ROSSINI, Semiramide &#8211; Rouen</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-semiramide-rouen/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Jun 2025 04:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est selon certains le soleil couchant du belcanto, l&#8217;ultime témoignage d’un genre sous influence des castrats porté à son apogée au XVIIIe siècle, le point final d’une école de chant fondée sur la virtuosité, la ligne mélodique souveraine et la rigueur formelle :&#160;Semiramide –&#160;le dernier opéra italien de Rossini à Rouen jusqu’au 14 juin, puis &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est selon certains le soleil couchant du belcanto, l&rsquo;ultime témoignage d’un genre sous influence des castrats porté à son apogée au XVIIIe siècle, le point final d’une école de chant fondée sur la virtuosité, la ligne mélodique souveraine et la rigueur formelle :&nbsp;<em>Semiramide –</em>&nbsp;le dernier opéra italien de Rossini à Rouen jusqu’au 14 juin, puis en version de concert le 17 juin au Théâtre des Champs-Élysées. Cette splendeur crépusculaire porte en elle les signes d’un monde en déclin que la mise en scène de&nbsp;<strong>Pierre-Emmanuel Rousseau</strong>&nbsp;choisit d’illustrer à travers deux sources d’inspiration cinématographiques :&nbsp;<em>Les Prédateurs</em>&nbsp;de Tony Scott et&nbsp;<em>Eyes Wide Shut&nbsp;</em>de Stanley Kubrick. Ces deux films imprègnent l’image d’une Assyrie dominée par une reine sanguinaire, où les sacrifices humains s’ajoutent à de – sages – dépravations : tabac et cocaïne exclusivement, mais consommés sans modération. Une danseuse en maillot de bain, violentée puis égorgée, et une ombre de Nino musculeuse et sanguinolente, sont les seules licences que s’autorise une approche toujours décente en dépit de ses références sulfureuses. Certes, on meurt plus que ne le veut le livret – enjeu de pouvoir négligée par la partition, la princesse Azema prend sa revanche en poignardant Idreno puis Arsace, après que ce dernier a tué Semiramide et Assur, ce qui porte à quatre le nombre de victimes d’un opéra censé n’en compter qu’une. L&rsquo;intrigue est sinon respectée. Costumes, perruques – à la blondeur deneuvienne pour Semiramide –, abondance de décors et absence de lumières engendrent une atmosphère oppressante, à défaut de drame.</p>
<p>Le théâtre existe pourtant mais à travers le chant, tel que l’exigent les conventions du genre. Qui mieux que&nbsp;<strong>Karine Deshayes&nbsp;</strong>aujourd’hui en France pour en faire la démonstration&nbsp;? Rossini jalonne sa carrière. Semiramide appartient à son répertoire depuis <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/semiramide-saint-etienne-une-sophistication-discutable/">2018 à Saint-Etienne</a>. Sa connaissance de la grammaire belcantiste est telle qu’elle peut passer outre les difficultés de l’écriture pour placer sa technique au service de l’expression. « Bel raggio lunsighier » évidemment radieux, dardé de traits acérés – en dépit d’une mise en scène lui refusant alors le piédestal accordé par la partition – et, autre exemple moins attendu, le récit introductif du finale du premier acte où la déclamation se diapre de multiples intentions. Tout le théâtre rossinien est dans ces quelques mesures. Quintessence du belcanto, les duos avec Arsace, le deuxième plus particulièrement, suspendent la respiration du drame pour se faire purs instants de délice musical. La fusion des timbres est optimale, Karine Deshayes tissant de fils d’or le velours baroque de&nbsp;<strong>Franco Fagioli</strong>&nbsp;– baroque au sens premier du terme : étrange, bizarre, extravagant. Peu de contre-ténors – pour ne pas dire aucun ? –&nbsp;peuvent assumer le rôle d’Arsace, voulu par Rossini comme une évocation des castrats mais destiné à une voix féminine, avec ce que cela implique d’homogénéité, de souplesse, de rondeur. Autant de composantes que Franco Fagioli compense par un chant précis mais accidenté, où les ruptures entre les registres donnent l’impression d’un chanteur doté de plusieurs voix, où les vocalises sont heurtées, où la laideur de certains sons vient en renfort de la caractérisation, où la grâce aussi peut affleurer – la deuxième aria d’Arsace tiraillée entre remords et vengeance.&nbsp;Un lecteur averti en valant deux, ce parti pris peut déconcerter, déranger, voire déplaire.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Semiramide1-3-1294x600.jpg">© Caroline Doutre</pre>
<p>Nulle mise en garde n&rsquo;est nécessaire en revanche pour appréhender l’interprétation d’Assur par&nbsp;<strong>Giorgi Manoshvili</strong>. Depuis <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-tancredi-rouen/">Tancredi</a></em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-tancredi-rouen/">&nbsp;sur cette même scène l’an passé</a>, la jeune basse géorgienne a fait trembler les gradins de l’auditorium Pedrotti&nbsp;dans&nbsp;<em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-bianca-e-falliero-pesaro/">Bianca e Falliero&nbsp;</a></em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-bianca-e-falliero-pesaro/">à Pesaro&nbsp;</a>et ajouté <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-attila-fidenza/">Attila de Verdi à son palmarès</a>, se plaçant d&rsquo;ores et déjà parmi les meilleurs dans sa catégorie. La voix d&rsquo;un noir bleuté embrase sans peine la complexité et les exigences du rôle. L&rsquo;ambitus est confortable, du&nbsp;grave, solide, au haut médium, expressif. Quelle que soit la nature des phrases, longues ou hachées, la ligne reste noble, les ornementations exécutées avec précision, la puissance suffisante pour dominer l’orchestre. Depuis l’an passé, l&rsquo;interprète semble s’être affranchi d&rsquo;une timidité préjudiciable à son rayonnement.&nbsp;La scène finale d&rsquo;Assur&nbsp;–&nbsp;«&nbsp;Deh ti ferma…&nbsp;»&nbsp;– qui alterne fureur, douleur, hallucination et fragilité, bénéficie de cette liberté conquise peu à peu.</p>
<p>Bien que moins avantagé par Rossini,&nbsp;<strong>Grigory Shkarupa&nbsp;</strong>pose Oroe en digne rival de cet Assur de haut rang, ne lui cédant rien ni noirceur, ni en ampleur, ni en autorité. Privé de son premier air, <strong>Alasdair Kent</strong> s&rsquo;aventure ensuite hors des frontières stylistiques du belcanto, palliant une voix étranglée par l&rsquo;ajout de suraigus spectaculaires mais dépourvus de justification dramatique.</p>
<p>Immergés dans un répertoire qui ne leur est pas consubstantiel, le chœur fait preuve de cohésion, et l’Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen navigue en eaux troubles, parfois acides. Sous la direction de <strong>Valentina Peleggi</strong>, Rossini perd en légèreté ce qu’il gagne en poids : les textures se densifient, les rythmes s’alourdissent, l’élan s’émousse. Là où l’on attendrait du nerf, du tranchant, voire de la brillance, ne subsiste qu’une pâte sonore, honnête mais trop épaisse pour qu’éblouissent les derniers feux du belcanto.</p>
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		<title>Dix productions d’opéras à ne manquer pour rien au monde en 2024-25</title>
		<link>https://www.forumopera.com/dix-productions-doperas-a-ne-manquer-pour-rien-au-monde-en-2024-25/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 02 Sep 2024 03:42:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le guide Musique &#38; Opéra autour du monde présente chaque saison l’agenda détaillé de plus de 500 opéras, compagnies de danse et orchestres dans le monde avec, pour les plus importants d’entre eux, des photos et toutes les informations pratiques pour réserver ses places de spectacle (plans, site internet, téléphone). Plus d’informations sur music-opera.com. Jacques OFFENBACH, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le guide <em>Musique &amp; Opéra autour du monde</em> présente chaque saison l’agenda détaillé de plus de 500 opéras, compagnies de danse et orchestres dans le monde avec, pour les plus importants d’entre eux, des photos et toutes les informations pratiques pour réserver ses places de spectacle (plans, site internet, téléphone). Plus d’informations sur <a href="https://www.music-opera.com/fr/guide-musique-opera-2024-2025.html">music-opera.com</a>.</p>
<p><strong><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Garnier-2024-25.jpg" width="150" height="150" />Jacques OFFENBACH, <em>Les Brigands</em> – Paris (Garnier), 21 septembre-12 octobre 2024, puis 26 juin-12 juillet 2025<br />
</strong>Trente-et-un ans après son entrée à l’Opéra de Paris, un des ouvrages les plus loufoques d’Offenbach retourne sur notre première scène lyrique. <strong>Barry Kosky</strong> promet une mise en scène décapante, dans la tradition berlinoise. Autour de <strong>Marcel Beekman </strong>en Falsacappa – le chef des brigands –, gravitera une escouade de joyeux drilles coutumiers de ce répertoire – <strong>Marie Perbost</strong>, <strong>Antoinette Dennefeld</strong>, <strong>Laurent Naouri</strong>, <strong>Mathias Vidal</strong>, <strong>Eric Huchet</strong>, <strong>Franck Leguérinel</strong> – et plus inattendu, l’humoriste <strong>Sandrine Sarroche</strong> dans le rôle d’Antonio, le caissier corrompu qui a « mangé la grenouille ». [<a href="https://www.operadeparis.fr/saison-24-25/opera/les-brigands">Plus d’informations</a>]</p>
<p><strong><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Parme2024-25.jpg" width="150" height="150" />Giuseppe VERDI, <em>La battaglia di Legnano</em> – Parme (Festival Verdi), du 29 septembre-20 octobre 2024<br />
</strong>Placée entre <em>Il Corsaro</em> et <em>Luisa Miller</em> dans la chronologie verdienne, L<em>a battaglia di Legnano</em> n’est pas ce chef d’œuvre méconnu qu’espère l’amateur d’opéra en mal de découvertes : livret clopinant qui trébuche (à l’image du héros dont un fleuve providentiel amortit la chute au 3<sup>e</sup> acte) ; mélodies ordinaires, caractères conventionnels… L’œuvre reste cependant suffisamment rare pour ne pas être négligée à condition de disposer d’artistes capables d’en transcender les faiblesses. Tel pourrait être le cas du Festival Verdi qui réunit, autour du chef d’orchestre <strong>Diego Cerretta</strong> et de la metteuse en scène <strong>Valentina Carrasco,</strong> une distribution d’où se détachent <strong>Marina Rebeka</strong> et <strong>Vladimir Stoyanov</strong>.<br />
[<a href="https://www.teatroregioparma.it/spettacolo/la-battaglia-di-legnano-3/">Plus d’informations</a>]</p>
<p><strong><em><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Turin-2024-25.jpg" width="150" height="150" />Manon, Manon, Manon</em> – Turin, 1<sup> er</sup>-29 octobre 2024<br />
</strong>Quel est le point commun entre Auber, Massenet et Puccini ? Manon Lescaut, l’héroïne du roman de l’Abbé Prévost, mis en musique par ces trois compositeurs. Trois chefs d’orchestre – <strong>Guillaume Tourniaire</strong>, <strong>Evelino Pidò</strong>, <strong>Renato Palumbo</strong> –, trois interprètes pour un même personnage – <strong>Rocío Pérez</strong>, <strong>Ekaterina Bakanova</strong>, <strong>Erika Grimaldi</strong> –, trois distributions différentes mais un seul metteur en scène – <strong>Arnaud Bernard</strong> – se mesureront à ce triptyque, inédit en Italie – vingt-et-une représentations en moins d’un mois –, présenté comme un véritable défi artistique destiné à mettre en évidence les forces du Teatro Regio. [<a href="https://www.teatroregio.torino.it/manon-manon-manon-0">Plus d’informations</a>]</p>
<p><strong><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ONR2024-25.jpg" width="150" height="150" />Georg Friedrich HAENDEL, <em>Ariodante</em> – Strasbourg, Mulhouse, Colmar, 6 novembre-1<sup>er</sup> décembre 2024<br />
</strong>Il y a quelque chose de pourri au royaume d’Ecosse. Dans la mise en scène de <strong>Jetske Mijnssen</strong>, la cour du roi « devient une seule et même famille qui, placée sous la direction musicale de <strong>Christopher Moulds</strong>, « s’affronte et se déchire » à coup de vocalises d’autant plus virtuoses et de lamentations d’autant plus sublimes qu’elles seront confiées à des voix en or : <strong>Adèle Charvet</strong> dans le rôle-titre, <strong>Christophe Dumaux</strong> en Polinesseo et <strong>Emöke Baráth</strong> en Ginevra. [<a href="https://www.operanationaldurhin.eu/fr/spectacles/saison-2425/opera/ariodante">Plus d’informations</a>]</p>
<p><strong><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dijon2024-25.jpg" width="150" height="150" />Baldassare GALUPPI, <em>L&rsquo;uomo Femina</em> – Dijon, 7-9 novembre 2024 ; Caen, 15-16 novembre 2024 et Versailles, 13-15 décembre 2024<br />
</strong>Dramma giocoso créé en 1762 au Teatro San Moisè de Venise, cet <em>Uomo Femina</em> est une rare occasion d&rsquo;entendre un opéra du compositeur Baldassare Galuppi, dont la statue trône fièrement sur l&rsquo;île de Burano. Il y est question de genre, de travestissement et de domination féminine, tout un programme. Dans cette production mise en scène par <strong>Agnès Jaoui</strong> et dirigée par <strong>Vincent Dumestre</strong>, on retrouve une belle distribution tricolore : <strong>Eva Zaïcik</strong>, <strong>Lucile Richardot</strong>, <strong>Victoire Bunel</strong>, <strong>Anas Seguin</strong>. [<a href="https://opera-dijon.fr/fr/au-programme/calendrier/saison-24-25/l-uomo-femina/">plus d’informations</a>]</p>
<p><strong><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Toulouse-2024-25.jpg" width="150" height="150" />Bruno MANTOVANI, <em>Voyage d&rsquo;automne</em> – Toulouse, 22-8 novembre 2024</strong><br />
Création mondiale du troisième opéra de Bruno Mantovani sur un livret de Dorian Astor. L’action, située à l’automne 1941, aborde le sujet brûlant des pièges de la compromission aveugle. Dans une mise en scène de <strong>Marie Lambert-Le Bihan</strong>, la distribution compte <strong>Pierre-Yves Pruvot</strong>, <strong>Stephen Genz</strong>, <strong>Emiliano Gonzales-Toro</strong>, <strong>Vincent Le Texier</strong> et <strong>Yann Beuron</strong>. Direction musicale : <strong>Pascal Rophé</strong>. [<a href="https://opera.toulouse.fr/voyage-dautomne-6732968/">Plus d’informations</a>]</p>
<p><strong><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Vienne-2024-25.jpg" width="150" height="150" />Richard STRAUSS, <em>Ariadne auf Naxos</em> – Vienne, 21-31 janvier 2025<br />
</strong>La production de <strong>Sven-Eric Bechtolf</strong> n’est pas nouvelle ; elle a d’ailleurs laissé circonspecte la critique, mais au sein d’une des programmations les plus excitantes de la saison 2024-25, Vienne annonce deux prises de rôle sensationnelles : <strong>Anna Netrebko</strong> en Ariadne et <strong>Michael Spyres</strong> en Bacchus. Il ne faut jurer de rien : le répertoire germanique n’est pas le mieux adapté à la vocalité de la soprano, et l’intrépidité du (bary)ténor fait craindre des lendemains qui déchantent. Leur première réunion sur scène, stimulée par leur tempérament, sous la baguette experte de <strong>Cornelius Meister</strong>, pourrait faire des étincelles. <strong>Sarah Blanch</strong> en Zerbinetta et <strong>Kate Lindsey</strong> en compositeur ajoutent à l’intérêt de cette reprise. [<a href="https://kalender.wiener-staatsoper.at/kalender/detail/ariadne-aufnaxos/">Plus d’informations</a>]</p>
<p><strong><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/TCE2024-25.jpg" width="150" height="150" />Jules MASSENET, <em>Werther</em> – Paris (TCE), 22 mars-6 avril 2025<br />
</strong>Pour la mise en scène intimiste de <strong>Christof Loy</strong> découverte à Milan en juin dernier ; pour la direction de <strong>Marc Leroy-Calatayud</strong>, jeune chef d’orchestre familier de l’opéra français ; et plus encore dans une œuvre réputée pour la beauté de ses airs, pour la rencontre entre <strong>Benjamin Bernheim</strong> et <strong>Marina Viotti</strong>, le premier aujourd’hui sans rival dans le rôle de Werther, la seconde aux prises avec sa première Charlotte – rencontre olympique s’il en est, puisque la mezzo-soprano était invitée à la cérémonie d’ouverture des JO sur la Seine tandis que le ténor participait au spectacle de clôture au Stade de France. [<a href="https://www.theatrechampselysees.fr/saison-2024-2025/werther-2">Plus d’informations</a>]</p>
<p><strong><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Milan2024-25.jpg" width="150" height="150" />Francesco FILIDEI, <em>Il nome della rosa</em>, Milan, 27 avril–10 mai 2025<br />
</strong>Chef d&rsquo;œuvre d&rsquo;Umberto Eco puis film envoûtant de Jean-Jacques Annaud, il ne manquait que les portes mythiques du Teatro alla Scala et une adaptation lyrique pour compléter le triptyque du <em>Nom de la Rose</em>. Si en plus vous confiez la composition à Francesco Filidei &#8211; dont <em>L&rsquo;Inondation</em> à l&rsquo;Opéra Comique hante encore la mémoire des Parisiens &#8211; et distribuez richement les rôles (<strong>Lucas Meachem</strong>, <strong>Daniela Barcellona</strong>, <strong>Kate Lindsey</strong>) sous la direction d&rsquo;<strong>Ingo Metzmacher</strong>, vous réunissez tous les astres pour une création marquante ! Si vous ne pouvez être scaligère fin avril 2025, le spectacle est co-commandé par l&rsquo;Opéra de Paris. Patience&#8230; [<a href="https://www.teatroallascala.org/it/stagione/2024-2025/opera/il-nome-della-rosa.html">Plus d’informations</a>]</p>
<p><strong><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Rouen2024-25-1.jpg" width="150" height="150" />Gioachino ROSSINI, <em>Semiramide</em> – Rouen, 10-14 juin 2025<br />
</strong>Après <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-tancredi-rouen/"><em>Tancredi</em> la saison dernière</a>, Rouen remet sur le métier un joyau du belcanto rossinien, le plus flamboyant de tous car souvent considéré comme le dernier des opéras <em>seria</em>. Nul doute que <strong>Karine </strong>Deshayes et Franco Fagioli y rivaliseront de prouesses, l’une et l’autre rompus à déjouer tous les pièges tendus par une écriture entre toutes virtuoses. <strong>Giorgi Manoshvili</strong> et <strong>Alasdair Kent</strong> complètent une distribution dirigée par <strong>Valentina Peleggi</strong> dans une mise en scène de <strong>Pierre-Emmanuel Rousseau</strong>. [<a href="https://www.operaderouen.fr/programmation/semiramis/">Plus d’informations</a>]</p>
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		<title>Joyeux anniversaire, Marilyn Horne !</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/joyeux-anniversaire-marilyn-horne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Cedric Manuel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Jan 2024 06:08:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L&#8217;histoire ne dit pas si, comme pour ses 80 ans, il y aura à Carnegie Hall une petite fête toute en intimité avec force stars de la scène lyrique et plusieurs centaines d&#8217;invités. Ce qui est certain c&#8217;est que les nombreux fans de la voix d&#8217;exception que fut celle de Marilyn Horne pourraient bien chanter &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L&rsquo;histoire ne dit pas si, comme pour ses 80 ans, il y aura à Carnegie Hall une petite fête toute en intimité avec force stars de la scène lyrique et plusieurs centaines d&rsquo;invités. Ce qui est certain c&rsquo;est que les nombreux fans de la voix d&rsquo;exception que fut celle de Marilyn Horne pourraient bien chanter à l&rsquo;unisson ce 16 janvier pour souhaiter un sonore et joyeux Happy birthday pour cette grande artiste, née voici 90 ans à Bradford en Pennsylvanie !</p>
<p>Qui sait si le musée à son nom et à sa gloire, ouvert en 2017 précisément au sein de l&rsquo;Université de Pittsburgh at Bradford, ne passera pas en boucle et pour le bonheur de tous quelques uns de ses plus grands rôles ? À commencer bien sûr par ceux de son cher Rossini, comme ici, l&rsquo;année de ses 30 ans, dans le rôle d&rsquo;Arsace de <em>Semiramide</em> et dans un air de circonstance : <em>Ah, quel giorno !&nbsp;</em>Comme toujours dans ce cas, le cadeau est pour nous !</p>
<p>Très bel anniversaire à vous, Madame !</p>
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<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Rossini - Semiramide - Ah, quel giorno - Marilyn Horne (1964)" width="1200" height="900" src="https://www.youtube.com/embed/RaorsBb8Zyw?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>ROSSINI, Semiramide — Lausanne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/semiramide-lausanne-un-charme-addictif/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 07 Feb 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Y aurait-t-il, parmi les membres du Cercle des Mécènes de l’Opéra de Lausanne des spécialistes du jeu de billard ? En parrainant les deux concerts dédiés à l’audition de la Semiramide rossinienne l’association a réalisé un de ces coups gagnants où l’intention initiale est suivie d’une cascade d’effets bénéfiques. Car dans le contexte lié à la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Y aurait-t-il, parmi les membres du Cercle des Mécènes de l’Opéra de Lausanne des spécialistes du jeu de billard ? En parrainant les deux concerts dédiés à l’audition de la <em>Semiramide </em>rossinienne l’association a réalisé un de ces coups gagnants où l’intention initiale est suivie d’une cascade d’effets bénéfiques. Car dans le contexte lié à la pandémie et à son cortège d’incertitudes et de risques, hélas toujours actuel, le projet était une gageure. En effet tous les artistes, à l’exception d’un seul, du rôle-titre au chef en passant par les chœurs et l’orchestre, tous débutaient dans cette œuvre monumentale. Si l’on additionne tous les facteurs qui pouvaient amener au fiasco, une conclusion s’impose : l’entreprise avait la baraka ! Tout était-il parfait ? Non. Mais tout a-t-il fonctionné au mieux ? Oui. Et qui écrit ces lignes, s’il le pouvait, retournerait entendre cette <em>Semiramide</em> si prometteuse et que seules les conditions de la préparation, l’ « innocence » de presque tous les interprètes et la tension d’une première ont en partie, mais seulement en partie, privée de la fièvre grandiose et communicative qu’il aime à entendre.</p>
<p>Au même endroit, <strong>Corrado Rovaris</strong> avait dirigé, il y a vingt ans, une <em>Luisa Miller </em>incandescente. Le temps avait-il éteint son ardeur ? Dans sa sobriété gestuelle, il nous semblait loin le chef ardent en qui s’équilibraient l’élan du risque-tout et le respect des partitions. En fait, il dirigeait sa première <em>Semiramide </em>dans le contexte d’un calendrier extrêmement contraint, au point que la générale avait eu lieu seulement la veille de ce concert. Voilà pourquoi il était aussi mesuré, aussi concentré, aussi précis, toujours aussi attentif à la personnalité des pupitres, aux accents dramatiques, aux valeurs dans les plans, aux courbes mélodiques, aux dosages sonores. Son objectif premier était de conduire à bon port solistes, choristes et musiciens. Mission accomplie ! Cette réussite devrait donner au concert du dimanche un punch supplémentaire. Déjà après l’entracte, la sève était plus abondante après le sans-faute de la première partie. Du reste, si d’autres lectures plus flamboyantes sont indéniablement plus exaltantes, on peut se demander si elles sont plus légitimes, en regard d’une partition où Rossini renonce à nombre de ses expérimentations napolitaines et renoue avec les formes canoniques de ses débuts.</p>
<p>Premier à paraître en scène, <strong>Raphaël Hardmeyer</strong> impressionne aussitôt, par sa stature, par la profondeur de ses graves et la vigueur de la projection. Mais quand Oroe, son personnage, devrait faire entendre la noblesse de ton et l’autorité du dignitaire religieux, l’interprète enfle démesurément la voix, et son visage courroucé semble à la torture, probablement à cause d’un trac féroce. Quand il  n’est plus seul en scène et qu’il parvient probablement à se calmer il laisse s’épanouir la profondeur exceptionnelle de son timbre et devient l’interprète plus nuancé que l’on souhaitait.</p>
<p><strong>Francisco Brito</strong>, ténor entendu à Bad Wildbad, confirme qu’il connaît le beau chant rossinien et qu’il comprend le personnage en donnant à Idreno une forte séduction vocale à base de virtuosité, souplesse, agilités et facile montée dans l’aigu. Malheureusement, pour lui comme pour nous, son premier air est coupé ; ce n’est pas rare, mais quand le ténor a tous les moyens de l’interpréter de façon brillante on ne peut que le regretter. Il donne une réplique forte à son rival Assur.</p>
<p>Ce dernier, l’homme pilier du trône de Semiramide, est arrogant, brutal, méprisant, et la musique dessine pour la voix les scansions, les sauts, les éclats correspondants. Depuis ses débuts à Marseille <strong>Mirco Palazzi </strong>s’est imposé comme un interprète de référence du rôle. Il le confirme ici, par la maîtrise qui fait courir la voix, mordante, agile, étendue, avec une souplesse et des variations qui en imposent. Dans la scène d’hallucination où, comme Macbeth, il voit apparaître le spectre de sa victime dans un désarroi qui confine à la folie, on n’est plus au concert, car le théâtre est dans sa voix et dans les expressions de son visage. Alors on se délecte, tandis que le personnage révèle sa noirceur, de la variété des accents, de l’apparente facilité et de la netteté des vocalises.</p>
<p>Si la Semiramide de <strong>Maria Grazia Schiavo </strong>convainc moins, c’est que le personnage semble désuni. Elle adopte au premier acte, dans les tête-à-tête avec Arsace, un phrasé et des intonations qui se veulent séductrices mais qui nous parviennent comme minaudières. Pourquoi, après tout, Semiramide ne pourrait-elle se conduire comme une midinette, quand elle est amoureuse, de surcroît de ce jeune homme dont elle se croit aimée ? Peut-être parce que ce réalisme psychologique grince avec la dimension monstrueuse du personnage légendaire. Semiramide est-elle une femme ? S’il y a eu un personnage historique, des siècles de littérature en ont fait un monstre d’immoralité dont la mort tragique est la juste sanction. Si le librettiste était bridé par la censure, le compositeur a mis dans la musique de quoi suggérer la caresse d’une femme sensuelle et la violence d’une dominatrice. Maria Grazia Schiavo, qui a les moyens vocaux requis par le rôle, fait de son mieux pour exprimer l’une et l’autre. Que nous a -t-il manqué ? Peut-être un tempérament. Qui sait si, forte de ce début sans faute, l’interprète osera se libérer ?</p>
<p>Benjamine du plateau, <strong>Marina Viotti </strong>aborde Arsace. A l’entendre nuancer le texte pour en ciseler le sens on reconnaît l’intelligence et la musicalité qui transpirent dans ses interprétations. La voix a gagné en largeur, en profondeur dans les graves, habilement résolus sans solution de continuité, et peut-être aussi dans les agilités. La projection, dans l’écrin de l’opéra de Lausanne, est impressionnante ; elle se modèle selon le mordant des accents ou la suavité du legato. A surveiller cependant les quelques aigus en force qui ternissent à peine la beauté de la ligne et de l’émission. En revanche les attitudes sont très justes, pour un personnage dont la force juvénile s’accompagne d’une fragilité affective, et cette incarnation captivante nous a rappelé l’élégance d’une Martine Dupuy.</p>
<p>De l’Azema d’<strong>Ornella Corvi</strong>, c’est sa robe étincelante que l’on a retenue, car son rôle, déjà secondaire dans l’opéra intégral, était ici réduit à une utilité décorative. On ne dira rien non plus de <strong>Joshua Morris</strong> qui prête sa voix de basse à l’Ombre de Nino, car sa voix nous a semblé sonorisée. Mais on soulignera la clarté du timbre et de l’élocution du ténor <strong>Jean Miannay</strong> dans le rôle de Mitrane, ces deux derniers chanteurs appartenant au chœur de l’Opéra de Lausanne.</p>
<p>Manifestement bien préparé, celui-ci a été très honorable. On aurait aimé que l’estrade qui l’accueillait en fond de scène fût plus haute, mais alors il aurait masqué le bas de l’écran géant placé en fond de scène pour recevoir des vidéos à l’intérêt illustratif inégal. On a retenu une visite virtuelle du palais royal à Babylone, maints éclairs pour la scène où au nom de Nino le feu sacré s’éteint, puis un plan fixe assez énigmatique sur des bâtiments modernes sans caractère, puis une vue d’une cour intérieure peut-être prise au Palais de la Bahia à Marrakech, et une absence d’effets qui a laissé perplexe au moment du deuxième prodige, quand le spectre du roi assassiné surgit et annonce de façon sibylline l’avenir.</p>
<p>On ne présente pas l’orchestre de chambre de Lausanne. Dès les premières mesures de l’ouverture les cordes manifestent leur personnalité, et contrebasses et violoncelles savent vibrer pour donner corps aux craintes, au suspense, au mystère tout comme cuivres et percussions scandent la progression inéluctable du destin. Le travail sur le rythme et les alliances de sonorités dans les marches ou les ondulations capiteuses dans la scène des jardins suspendus sont autant de moments où cette musique que l’on connait renouvelle son action et nous soumet à son influence. On s’abandonne à ce plaisir, on bénit son créateur, on remercie les truchements, on savoure les affrontements et on s’enivre des délices des duos avant de frissonner aux grands ensembles. Oui, la musique de <em>Semiramide </em>agit comme une drogue, et même certains, qui redoutaient la longueur de l’œuvre, se sont étonnés de n’avoir pas trouvé le temps long ! Le concert s’achève dans l’euphorie générale : envers et contre tout les charmes de la magie rossinienne ont opéré. Grâces soient rendues au Cercle des Mécènes !</p>
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		<title>Viorica Cortez : une vie d&#039;opéra</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/viorica-cortez-une-vie-dopera-a-deguster-sans-moderation/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 01 Jan 2021 05:37:55 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A partir du milieu des années 60 et jusqu&rsquo;au tournant du siècle, <strong>Viorica Cortez </strong>fut l&rsquo;un des mezzo sopranos les plus actifs et les plus renommés de la scène lyrique internationale. Trop peu de témoignagnes nous restent de cette voix somptueuse au timbre chaud et enveloppant, véritable bête de scène qui plus est. Enregistré en 1977, ce récital, disponible une première fois en 33 tours sous le label IPG, puis edité en CD chez Alienor en 2001, est enfin à nouveau disponible sous le label Calliope. Son titre, <em>Un vie d&rsquo;opéra,</em> en exprime bien le contenu : un beau panorama de quelques uns de ses plus beaux rôles, et quelques exemples de raretés auxquelles la chanteuse franco-roumaine n&rsquo;hésitait pas à se confronter. Viorica Cortez fut une Carmen incontournable, et ce n&rsquo;est pas sans raisons qu&rsquo;elle fut qualifiée de « Carmen du siècle » dans les années 70. A l&rsquo;écoute des deux extraits proposés, et notamment de la <em>Séguédille</em>, morceau pourtant ultra rebattu, on comprend pourquoi. Voici une gitane au caractère bien trempé, mais sans vulgarité, avec cet indispensable <em>esprit français </em>typique de son époque. L&rsquo;équilibre est parfait entre le mot et le chant : le texte est dit avec intelligence et subtilité, sans en faire trop, et la voix sait se parer de couleurs différentes pour exprimer les diférentes émotions, avec un art typiquement belcantiste. Le « Printemps qui commence » extrait de <em>Samson et Dalila</em>, est d&rsquo;une profonde sensualité, d&rsquo;une chaleur envoûtante. Grâce à une prise de son mettant bien en valeur la puissance de la voix, les extraits de rôles de grand mezzo sont particulièrement excitants. De telles interprétations de « O don fatale » ou de « Stride la vampa » (avec des effets de poitrine assumés) mettraient aujourd’hui aisément le feu à la salle. On comprend le succès de <em>La</em> <em>Favorita</em> quand il y avait de tels gosiers pour défendre le chef-d’œuvre de Donizetti. Au chapitre des raretés, la cavatine d&rsquo;Arsace « Ah, quel giorno ognor rammento », terminée par une superbe vocalise sur plus de deux octaves culminant au si naturel, est la démonstration des bases techniques belcantistes que nous évoquions. L&rsquo;extrait du<em> Roi d’Ys , </em>« ​De tous côtés j&rsquo;aperçois dans la plaine », est impressionnant et nous rappelle, en creux,  que Viorica Cortez aborda Wagner avec succès (Venus de <em>Tannhäuser</em>) mais sans s&rsquo;y consacrer plus avant. Les demi-teintes sont aussi à l&rsquo;honneur avec l&rsquo;air de <em>Sapho</em> ou l&rsquo;extrait plein de douce nostalgie d&rsquo;<em>Oberto, conte di San Bonifacio</em>, rôle que Viorica Cortez grava en intégrale sur le vif la mêrme année avec le Teatro Comunale de Bologne. Enfin, l&rsquo;opéra contemporain n&rsquo;est pas oublié avec « O douleur d’être seule » tiré d&rsquo;<em>Antoine et Cléopâtre</em> , ouvrage dédié à Viorica Cortez par son époux Emmanuel Bondeville et créé auThéâtre des Arts de Rouen en 1974, dont on peut trouver l&rsquo;intégrale donnée avec les forces de l&rsquo;ORTF en 1976 sur les circuits parallèles. L&rsquo;enregistrement semble être un repiquage d&rsquo;une copie neuve du 33 tours original et, à l&rsquo;occasion, on pourra entendre au casque quelques bruits de fond sourds. Au positif, la voix est très présente, ni trop près ni trop loin du micro, sans réverberation excessive. <strong>Louis de Froment </strong>et l&rsquo;Orchestre symphonique de Radio-Télé-Luxembourg, dont il était (entre autres) chef permanent de 1958 à 1980, ont beaucoup enregistré à l&rsquo;époque pour le label Vox.  L&rsquo;orchestre est donc de bonne qualité et la direction du chef toulousain efficace et professionnelle.  </p>
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