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	<title>Thésée - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Thésée - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>LULLY &#8211; Thésée</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/lully-thesee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Oct 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Christophe Rousset et ses amis, après avoir donné ce Thésée en version de concert au début de cette année à Vienne, Bruxelles et au TCE, nous en offrent l’enregistrement intégral, poursuivant leur exploration de la tragédie lullyste, amorcée il y a plus de vingt ans. L’ouvrage, dont on ne connaissait que quelques extraits avant 1998, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Christophe Rousset</strong> et ses amis, après avoir donné ce <em>Thésée</em> en <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/lully-thesee-paris-tce/">version de concert au début de cette année à Vienne, Bruxelles et au TCE</a>, nous en offrent l’enregistrement intégral, poursuivant leur exploration de la tragédie lullyste, amorcée il y a plus de vingt ans. L’ouvrage, dont on ne connaissait que quelques extraits avant 1998, fut alors découvert par William Christie, avec la révélation de Stéphanie d’Oustrac en Médée. Tout <em>Thésée</em>, avec ravissement, même sans bonus. Cette réalisation n’a pas été détrônée par celle, ennuyeuse, de Paul O’Dette et Stephen Stubbs (CPO 2006). A la scène, Emmanuelle Haïm l’avait monté avec Jean-Louis Martinoty à Lille et au TCE, en 2008. C’est dire si cet enregistrement est bienvenu.</p>
<p>Le livret, exemplaire dans ses vertus dramatiques comme dans sa langue, fut le plus célèbre de Quinault, et sa descendance nombreuse (1). Tout juste peut-on s’interroger sur le titre car la figure de Médée, la plus grande magicienne de l’héritage grec, domine la tragédie. Les puissants (Médée, Enée, Thésée, Aeglé) sont en miroir avec leurs suivants (Dorine, Arcas, Cléone) auxquels les passages légers sont confiés, pour une intrigue héroïque, galante, assortie des sortilèges de Médée.</p>
<p>Thésée, fils caché du roi Egée, vient libérer Athènes où, après le meurtre de son frère, de ses propres enfants puis l’abandon de Jason, Médée doit épouser le roi Egée. Or, elle aime Thésée, et jalouse donc Aéglé, dont il est épris. La magicienne, pour triompher de sa rivale, convainc Egée d’empoisonner Thésée. La reconnaissance du fils perdu du roi va précipiter l’action. L’apparition de Minerve, qui met un terme à l’incendie du palais et à l’apparition des monstres, précède le triomphe de Thésée et les réjouissances finales. Ajoutez Arcas, confident du roi, partagé entre Cléone, sa dernière conquête et la confidente de Médée, Dorine, qu’il a délaissée, et vous avez les principaux ingrédients de l’action, conduite par le continuo.</p>
<p>L’ample prologue (2) – pas loin d’une demi-heure – salue les victoires militaires du roi dans les Flandres : Vénus invite au retour des plaisirs puis Mars annonce le repos du guerrier. Le premier acte, à dominante martiale, offre la belle parenthèse contrastée à souhait du chœur des prêtresses. Du deuxième ou retiendra la plainte de Médée (« Doux repos… ») et son monologue « Dépit mortel, transport jaloux », mais aussi les nombreuses interventions des personnages secondaires (Dorine tout particulièrement). L’acte infernal, le troisième, après le trio léger (Arcas, Cléone et Aeglé) nous offre la scène essentielle, forte, de l’invocation et des sortilèges de Médée. Ceux-ci se poursuivent au suivant, aux dépens d’Aeglé et de Thésée. Les deux amants se retrouvent sur une île enchantée, superbe page d’un divertissement pastoral où l’amour est chanté. Le dernier, après l’ultime monologue de Médée, sera de la  plus grande force dramatique, le plus spectaculaire aussi, avant les réjouissances.</p>
<p>La distribution, exemplaire, est homogène et réunit la fine fleur du chant baroque français.<strong> Karine Deshayes</strong>, exceptionnelle, est Médée, prodigieuse dans son incarnation exaltée. Elle traduit à merveille la personnalité sulfureuse de l’héroïque : femme autant que magicienne, attachante et détestable, passionnée, calculatrice et vengeresse, il fallait une grande tragédienne pour l’incarner. C’est chose faite. La voix est connue. Ici, impérieuse, mais aussi séductrice et insinuante, elle se délecte du mot, qu’elle colore et déclame avec une conviction qui force l’admiration. Pour écrasant que soit le rôle, notre Médée, y compris dans les airs les plus exigeants, nous offre un modèle de conduite du chant. On regrette que Thésée, ici <strong>Mathias Vidal</strong>, intervienne si peu. Il a la vaillance, l’ardeur du jeune héros, qu’il sert de son timbre clair et d’une diction exemplaire. Le style et la vérité d’expression.</p>
<p><strong>Deborah Cachet</strong> nous vaut une Aeglé fraîche, courageuse et sensible. Son chant nous touche, coloré, à la douceur caressante des aigus émouvants comme la résolution farouche lors de son affrontement avec la magicienne. Egée, monarque vieillissant, aussi amoureux que calculateur, est confié à <strong>Philippe Estèphe</strong>. Peut-être l’émission claire, virile ne porte-t-elle pas assez la marque de l’âge du roi, mais on était vieux de bonne heure au Grand siècle. <strong>Guillaume Worms</strong> est à la fois ce Mars impressionnant d’ampleur et d’autorité, au prologue, puis le trop humain Arcas, amant soumis. Chacun de ces deux personnages si dissemblables est servi avec bonheur. Vénus, puis Dorine, insouciante puis jalouse de Cléone, <strong>Thaïs Raï-Westphal</strong> nous ravit de son chant, souple déclamation, dont les reprises sont ornées avec délicatesse. La voix de <strong>Marie Lys</strong> (Cléone et de petits rôles) radieuse, épanouie, nous réjouit tout autant. Minerve, la Grande-prêtresse, une divinité, sont confiées à <strong>Bénédicte Tauran</strong>, qui leur donne l’autorité et la noblesse attendues. <strong>Robert Getchell</strong> et <strong>Fabien Hyon</strong> vont intervenir fréquemment pour des figures épisodiques. Qu’il s’agisse d’incarner des divinités, de deux Plaisirs ou les deux vieillards, ils excellent dans la caractérisation des airs.</p>
<p>Cet enregistrement, la nouvelle référence, se signale bien sûr par sa fidélité au texte comme à l’esprit de la tragédie, dont le texte est primordial, avec un sens théâtral constant. La narration, son débit, ses accents participent à l’intensité de la musique. Le continuo, permanent, varié et inventif, soutient la dynamique de l’action. Le démiurge-dramaturge est Christophe Rousset, et on sait combien il n’a pas son pareil pour galvaniser ses troupes comme obtenir d’elles les nuances les plus ténues, les textures et les couleurs les plus réjouissantes. La direction, exigeante sans être jamais outrancière, donne vie à chacun. Grandeur, profondeur et élégance en sont la marque. Ses <em>Talens lyriques</em> sont un modèle de style et d’engagement et chacun devrait être cité tant les qualités en sont éminentes. Les nombreuses pages instrumentales sont illustrées avec bonheur, les danses, d’un élan jamais outré.</p>
<p>Le Chœur de chambre de Namur, très sollicité, se montre à l’égal de lui-même, parfait, dans ce répertoire dont il est familier. <strong>Thibaut Lenaerts</strong> lui imprime ce sens constant de l’intelligibilité et de l’expression. Les pages chorales du premier acte, puissantes, riches et complexes sont un premier régal. Omniprésent, sous toutes ses facettes (guerriers, prêtresses, le peuple, les habitants des enfers…jusqu’à celui d’épouvante à la destruction du palais de Médée) il participe à pleinement à l’action et au caractère de chaque acte.</p>
<p>Il faut saluer les qualités exceptionnelles de cet enregistrement, auxquelles il faut ajouter celle du livre qui accompagne les trois CD. Ainsi l’article où Pascal Denécheau (dont <em>Thésée</em> fut le sujet de thèse) explicite l’ouvrage. Evidemment le livret, l’iconographie, les biographies, tout est là. Un sommet de l’art lyrique, grandiose, dramatique et spectaculaire, <em>Thésée</em> est servi à merveille.</p>
<ul>
<li>
<pre>(1) Haendel (<em>Teseo</em>), Mondonville, Gossec, Nasolini, Spontini, etc.
(2) "Cirage de pompes louis-quatorzième" écrivait à son propos Jean-Louis Martinoty lorsqu’il le mettait en scène pour la production lilloise.</pre>
</li>
</ul>
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		<title>LULLY, Thésée &#8211; Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lully-thesee-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tancrède Lahary]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Mar 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Alors que Thésée était considéré du temps de Lully et au siècle suivant comme son œuvre la plus aboutie et réussie, l’opus occupe une place moins privilégiée aujourd’hui. Il est vrai que son livret, qui paraissait alors très équilibré, fait démarrer l’action assez tardivement, le nœud du problème, soit l’amour de Thésée pour Aeglé, au &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Alors que <em>Thésée</em> était considéré du temps de Lully et au siècle suivant comme son œuvre la plus aboutie et réussie, l’opus occupe une place moins privilégiée aujourd’hui. Il est vrai que son livret, qui paraissait alors très équilibré, fait démarrer l’action assez tardivement, le nœud du problème, soit l’amour de Thésée pour Aeglé, au détriment de Médée, ne se déclarant qu’à la fin de l’acte II. Thésée, héros éponyme, n’apparaît qu’à l’acte II et n’a finalement qu’un rôle très limité. Musicalement, on notera quelques airs de Médée et duos entre Thésée et Aeglé, mais rien de la trempe du divertissement d&rsquo;<em>Atys</em>, c&rsquo;est certain.</p>
<p>Malgré ces quelques défauts intrinsèques à l&rsquo;œuvre, la production de ce soir est une réussite totale. <strong>Christophe Rousset</strong> propose une approche aussi précise qu’incisive, aussi nerveuse que délicate. Nous retiendrons une maîtrise particulièrement subtile des contrastes, comme durant l’acte I où le feu d’Athènes assiégée côtoie alternativement l’intimité du temple de Minerve. L’orchestre des <strong>Talens Lyriques</strong> sait restituer chaque nuance imprimée par le chef, maniant tour à tour les registres épique, dramatique et pathétique. Le <strong>Chœur de chambre de Namur</strong>, dirigé par <strong>Thibault Lenaerts</strong> impressionne par sa rigueur, son sens de la finesse allié à une projection ciselée de bout en bout.</p>
<p>Le plateau vocal est un sans-faute. C’est la Médée de <strong>Karine Deshayes</strong> qui fascine le plus ce soir. Au lieu de rechercher un équilibre entre malveillance et humanité, certes présent, mais peut-être un peu convenu, la mezzo-soprano prend au sérieux le personnage qui lui est donné, qui a tout de même tué son compagnon Jason et démembré ses enfants. C’est ainsi une Médée particulièrement perfide que la cantatrice propose, et surtout, presque toujours ironique, voire sardonique, et sans limite. La voix sert magnifiquement le personnage, de par son volume, son agilité et l’ingéniosité de certaines ornementations très bienvenues. En Thésée, <strong>Mathias Vidal</strong> est presque un luxe : le ténor ne figure malheureusement que peu sur scène, pour notre plus grand malheur car chacune de ses apparitions est toujours un bonheur. La finesse de l’émission, l’attention portée à chaque détail et toujours cette diction si caractéristique font de lui un héros baroque indépassable. En face, <strong>Déborah Cachet </strong>propose une Aeglé d’excellente facture : la cantatrice campe un personnage à la fois fragile et courageux. Ses aigus sont d’une douceur remarquable et il est évident que sa voix fréquente le répertoire baroque régulièrement.</p>
<p>Les personnages secondaires sont tout aussi réussis. <strong>Philippe Estèphe</strong> donne à son Egée tout la profondeur régalienne escomptée, tandis que les graves de la voix de <strong>Guilhem Worms</strong> (Aracas et Mars) sont toujours aussi magnifiques à l&rsquo;oreille. Les voix de <strong>Marie Lys</strong>, <strong>Bénédicte Tauran</strong> et <strong>Thaïs Raï-Westphal</strong>, se combinent favorablement entre elles lors d’airs partagés tandis que leur Cléone, Minerve et Dorine méritent d’être saluées. Enfin, <strong>Robert Gretchell</strong> et <strong>Fabien Hyon</strong> complètent très efficacement cette impeccable distribution.</p>
<p><em>Thésée</em> est créée en janvier 1675, soit un an avant <em>Atys</em> : on retrouve quelques signes précurseurs qui montrent que le compositeur est sur la voie du chef-d’œuvre, mais sans encore l’avoir véritablement trouvé. En janvier 1676, avec <em>Atys</em>, on retrouvera un quatuor amoureux, mais bien plus déchirant, axé autour d’un héros plus acteur de son destin, même trop, et mis en musique de manière encore plus virtuose. Et voilà qui tombe bien, le Théâtre des Champs-Elysées, qui a annoncé sa nouvelle saison hier, donnera <em>Atys</em> en mars 2024 avec Mathias Vidal dans le rôle-titre et Déborah Cachet en Sangaride.</p>
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		<item>
		<title>LULLY, Thésée &#8211; Bruxelles (Bozar)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lully-thesee-bruxelles-bozar/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 15 Mar 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour quelle raison ce grand opéra de Lully est-il si rare en concert, et à peine mieux servi en enregistrement&#160;? Il a pourtant tout pour plaire, à commencer par un livret particulièrement réussi&#160;; certes Quinault n’est pas Racine, mais il livre là un texte riche en intensité dramatique, en formules qui font mouche, en personnages &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour quelle raison ce grand opéra de Lully est-il si rare en concert, et à peine mieux servi en enregistrement&nbsp;? Il a pourtant tout pour plaire, à commencer par un livret particulièrement réussi&nbsp;; certes Quinault n’est pas Racine, mais il livre là un texte riche en intensité dramatique, en formules qui font mouche, en personnages hauts en couleurs, et Lully une partition musicale de la meilleure veine. Pas de temps mort, des ensembles de solistes de toute beauté, des chœurs percutants et subtilement répartis tout au long de l’œuvre, une partie instrumentale diablement efficace, avec ses effets de trompettes et timbales, tout est réuni pour faire de ce Thésée un grand opéra. Il a d’ailleurs connu un grand succès aux XVIIe et XVIIIe siècles, fait l’objet de nombreuses reprises à l’Opéra de Paris avant la Révolution.</p>
<p>Depuis lors, mises à part une production de William Christie à Ambronay en 1998 (Forum Opéra n’était pas né…) et une autre d’Emmanuelle Haïm aux Champs-Elysées et à Lille en 2008 (Forum Opéra n’y était pas…), l’œuvre semblait glisser lentement vers le purgatoire. Remercions donc Christophe Rousset et ses troupes de l’avoir remise à l’avant-plan par cette série de concerts qui précèdent une parution au disque.</p>
<p>Est-ce que le prologue est moins intéressant que le reste, ou qu’il aurait rendu le spectacle trop long ? Toujours est-il qu’il a été supprimé et que le concert commence par le chœur du premier acte dans Athènes assiégée. Cette mutilation de taille est un peu étonnante de la part de musiciens qui dispensent depuis de nombreuses années leurs meilleurs efforts pour restituer les œuvres dans leur état d’origine, ne ménagent pas leur peine pour retrouver les couleurs instrumentales et vocales de l’époque et cherchent la vérité par la précision de leur démarche. C’est aussi oublier le sens particulier que pouvaient avoir les prologues d’opéra, qui faisaient le lien entre la situation politique du moment (ici en l’occurrence les guerres de Louis XIV contre la Flandre) et le récit mythologique développé dans l’opéra lui-même. Et on se prend à penser qu’il aurait été intéressant, justement dans une production du Klara Festival, l’événement majeur de la radio de service public flamande, de développer un peu ce thème-là ! Même en version de concert, l’opéra a quelque chose à nous dire de notre époque et voilà donc une opportunité manquée.</p>
<p>La conception globale présentée par <strong>Christophe Rousset</strong> semble privilégier l’action, au risque d&rsquo;une certaine nervosité, le déroulement du récit et le maintien de la tension dramatique sans trop consentir de répit à ses troupes. Il choisit des tempi très vifs, enchaîne les numéros les uns aux autres sans discontinuer, avec une grande efficacité, beaucoup d’énergie et un enthousiasme très communicatif. Les Talens Lyriques répondent à leur chef avec le même entrain et une qualité instrumentale sans faille : un continuo sans cesse sur le qui-vive, des cordes très précises, des vents pleins de couleurs, des trompettes guerrières et une timbalière (la désormais légendaire <strong>Marie-Ange Petit</strong>) pleine d’humour. Dans une grande homogénéité, tout ce petit monde concourt à une réussite musicale quasi parfaite.</p>
<p>Une des grandes forces de Christophe Rousset est aussi de réunir des distributions homogènes et de grande qualité. C’est le cas encore une fois ici, avec des chanteurs de très haut niveau pour chaque rôle important. Dominant ce casting de rêve, <strong>Karine Deshayes</strong> donne au très riche personnage de Médée, la maléfique figure centrale du livret, énormément de présence et de caractère&nbsp;; avec une voix puissante, souveraine, abordant tous les registres émotionnels, elle se joue de toutes les difficultés du rôle et impose sa présence comme une évidence. Pour lui donner la réplique, le Thésée de <strong>Mathias Vidal</strong> n’est pas en reste&nbsp;; déployant autant d’énergie vocale que corporelle, vocalement très solide avec une diction parfaite et un timbre très riche, il assume le rôle avec éclat et bravoure.</p>
<p>Troisième grande figure de la distribution, <strong>Deborah Cachet</strong>, qui chante le beau rôle d’Eglé ne démérite pas. Très émouvante dans son approche du personnage, subtile musicienne, elle dégage aussi beaucoup de sincérité. La voix est fort agréable, homogène dans tous les registres, avec un magnifique sens de la phrase musicale en parfaite adéquation avec le texte. <strong>Guilhem Worms</strong> qui chante Arcas possède lui aussi une voix magnifique, chaude et sensuelle, pleine de charme, même si le musicien est moins aguerri. Il livre une prestation convaincante, avec une pointe d’humour comme si il ne parvenait pas à prendre le livret tout à fait au sérieux. <strong>Marie Lys</strong> (Cléone) fait preuve d’une belle agilité vocale, de beaucoup de présence. Les autres protagonistes, <strong>Bénédicte Tauran</strong> en Minerve, <strong>Philipe Estèphe</strong> en Egée, <strong>Robert Gretchell</strong> en Bacchus ou <strong>Thaïs Raï</strong> en Dorine complètent la distribution avec honneur.</p>
<p>Enfin, il faut décerner une mention toute spéciale au <strong>Chœur de chambre de</strong> <strong>Namur</strong>, phalange tout à fait spécialisée dans ce type de répertoire, qui enchaîne les succès et séduit le public par le mordant de ses interventions, la flexibilité et la diversité de son discours, l’engagement de chacun de ses membres et le plaisir très communicatif qu’il prend à chanter cette superbe partition.</p>


<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/karine_deshayes_1.jpg" alt="Karine Deshayes (Elisabetta au ROF en 2021) © DR" class="wp-image-61865" width="904" height="1356" /><figcaption class="wp-element-caption">Karine Deshaye, Médée</figcaption></figure>
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			</item>
		<item>
		<title>Thésée</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/ca-manque-de-marbre-et-de-sang/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 17 Oct 2013 17:51:01 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>  Longtemps il n’y eut, pour représenter dans notre mémoire l’opéra français de la fin du XVIIIe siècle, que Gluck et Cherubini, le second se bornant à la seule Médée, essentiellement connue dans sa version italienne. Heureusement, notre vision de cette époque charnière est en train de se transformer du tout à tout, grâce aux &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>           </p>
<p>			Longtemps il n’y eut, pour représenter dans notre mémoire l’opéra français de la fin du XVIIIe siècle, que Gluck et Cherubini, le second se bornant à la seule <em>Médée</em>, essentiellement connue dans sa version italienne. Heureusement, notre vision de cette époque charnière est en train de se transformer du tout à tout, grâce aux efforts de plusieurs chefs qui ont décidé de s’intéresser à ce qui a pu exister après Rameau et avant les Romantiques. Grâce à Hervé Niquet, nous savons désormais à quoi ressemblaient les œuvres de Grétry (<em>Andromaque</em>) et de Catel (<em>Sémiramis </em>est sortie en 2012 et sera bientôt suivie par <em>Les Bayadères</em>). Christophe Rousset magnifiait récemment le <em>Renaud </em>de Sacchini, et le Belge <strong>Guy Van Waas</strong> a ainsi livré l’an dernier une superbe <em>Mort d’Abel </em>de Kreutzer (1810). On le retrouve ici, toujours à la tête de l’ensemble Les Agrémens et du chœur de chambre de Namur, pour une œuvre antérieure de près de trois décenies, qui s’inscrit dans le grand courant de réemploi des livrets anciens qui marqua ces années: sur des livrets de Quinault plus ou moins remaniés, Gluck livra une <em>Armide </em>(1777), Jean-Chrétien Bach un <em>Amadis </em>(1779), Piccinni un <em>Roland </em>(1778) et un <em>Atys </em>(1780), et à Gossec fut laissé le soin de refaire <em>Thésée</em>, en reprenant les vers sur lesquels Lully avait composé son troisième opéra en 1675 (dès 1765, Mondonville s’était essayé au même exercice). Comme il existe à présent une intégrale du <em>Thésée </em>premier (avec Howard Crook et les forces du Boston Early Music Festival, sans oublier la version de concert donnée par les Arts Florissants en 1998, qui avait révélé Stéphanie d’Oustrac en Médée) et comme les représentations données par le Concert d’Astrée en 2008 à Paris et à Lille ne sont pas si lointaines, il est possible de comparer la refonte à l’original. En dehors de la suppression de prologue, on pouvait s’y attendre, et de la compression des cinq actes en quatre, on retrouve l’essentiel du texte de Quinault, mais qui se prête désormais à des airs plus développés, la part réservée au récitatif étant bien moins importante.</p>
<p>
			Pour redonner vie à ce genre d’œuvre, il faut réunir une distribution de premier plan, pleine de noblesse et d’ardeur. Du côté de l’orchestre et des chœurs, tout va bien, et c’est une chance, car Gossec leur accorde une place bien plus importante que Lully, on s’en doute, et s’en donne à cœur joie dans les passages guerriers du premier acte, notamment. C’est plutôt du côté des solistes que le compte n’y est pas tout à fait. <strong>Frédéric Antoun</strong> est sans doute celui qui est le plus à sa place : on connaît ses splendides incarnations gluckistes, et il se retrouve ici en terrain de connaissance. Hélas, le rôle-titre n’a finalement pas tant de choses à chanter, puisqu’il faut attendre la fin du deuxième acte pour l’entendre un peu. Tassis Christoyannis, bel Oreste dans l’<em>Andromaque</em> de Grétry dirigée par Hervé Niquet, paraît moins à son aise, moins assuré dans le personnage du vieux roi qui abandonne sa promise Médée pour courtiser la jeune Eglé. Chez les dames, <strong>Virginie Pochon</strong> est incontestablement une belle artiste, mais il est permis de la préférer dans un autre répertoire : pour un rôle qu’aurait dû créer Rosalie Levasseur, l’égérie de Gluck, on attendrait un timbre un peu plus central, un drapé plus majestueux. Quant à <strong>Jennifer Borghi</strong>, a-t-elle vraiment les qualités nécessaires pour s’imposer en Médée ? Pour camper la monstrueuse héroïne, on voudrait plus de démesure, et surtout plus d’âpreté dans la diction, une caractérisation plus affirmée. Sans démériter, ces chanteurs peinent à faire palpiter la partition, tout cela manque de marbre et de sang, et c’est d’autant plus dommage que l’opéra de Gossec apparaît comme une œuvre magistrale. Espérons qu’elle connaîtra un jour les honneurs d’une reprise scénique, qui permettrait peut-être de mieux en apprécier la force.</p>
<p>			 </p>
<p>			 </p>
<p>			 </p>
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