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	<title>I Giardini - Orchestre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>I Giardini - Orchestre - Forum Opéra</title>
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		<title>Récital Véronique Gens &#8211; Verbier</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-veronique-gens-verbier/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Jul 2023 03:22:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le concert est irremplaçable. Ce qui s’y passe, aucun disque ne peut l’offrir. En l’occurrence ici, voilà un programme quasi identique à l’album sous-titré Nuits que Véronique Gens donna il y a quelque trois ans avec les mêmes excellents partenaires, mais l’impression reçue est tout autre. Et on en sort dans un état de douce &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le concert est irremplaçable. Ce qui s’y passe, aucun disque ne peut l’offrir. En l’occurrence ici, voilà un programme quasi identique à<a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/nuits-la-nuit-lui-va-si-bien/"> l’album sous-titré <em>Nuits</em></a> que <strong>Véronique Gens</strong> donna il y a quelque trois ans avec les mêmes excellents partenaires, mais l’impression reçue est tout autre. Et on en sort dans un état de douce griserie.</p>
<p>Est-il d’ailleurs vraiment si nocturne, ce mélange savant de pièces orientalisantes, d’un exotisme irrésistiblement fin-de-siècle, et de mélodies aux couleurs très françaises ? C’est de lumière qu’on aurait envie de parler, et d’une émotion à fleur de peau, d’un climat troublant de sensualité, sentimental, terriblement séducteur.</p>
<p>Véronique Gens s’y montre à la fois touchante, retenue, généreuse, distinguée, drôle, élégante, lyrique et tendre, se retirant avec discrétion dans un coin de la scène pour les séquences purement instrumentales, comme si c’était forcer sa nature que de se mettre en avant. Elle restera toujours dans le cercle de ses partenaires, presque en retrait. Dès le départ, dans le <em>Nocturne</em> de Lekeu, tout se passe comme si elle voulait n’être qu’une des six voix de ce concert, et ce sont d’abord les richesses des harmoniques de son timbre qui charmeront l’oreille, enchâssées dans les sonorités très chaudes des cordes d’<strong>I Giardini</strong>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/160723_EGLISES_GENS_11H00-AgnieszkaBiolik-AgnieszkaBiolik-36-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-136970" /><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Véronique Gens et I Giardini à Verbier © Agnieszka Biolik</sub></figcaption></figure>


<p>Mais à partir de <em>L’Ile inconnue</em> (des <em>Nuits d’été</em>), c’est avec élan qu’elle évoquera «&nbsp;la voile enflant son aile&nbsp;», l’île de Java et la fleur d’Angsoka… Souplesse de la voix, rayonnement des notes hautes, et un lyrisme profond qui ne demande qu’à s’exalter, soutenu par le contre-chant d’un violon ou la sensualité de l’alto.</p>
<p>Combien drôles les charmes penchés, les harmonies ondoyantes, l’orientalisme de chromo de l’<em>Orientale</em> de Félix de la Tombelle (1824-1928), ou les chinoiseries à la Ping-Pang-Pong de cet éternel voyageur insatisfait que fut Saint-Saëns (<em>Désir d’Orient</em>) qui s’était fendu lui-même de vers profus en «&nbsp;soleil d’or&nbsp;», «&nbsp;sultanes enivrées&nbsp;» et almées «&nbsp;aux yeux langoureux&nbsp;». C’est évidemment d’autant plus irrésistible que ces bibelots musicaux aimablement datés sont interprétés avec un sérieux pince-sans-rire sans faille.<br>De la même façon, la douce espagnolade de Massenet (où «&nbsp;les blondes étoiles écartent leurs voiles&nbsp;») trouve la juste mesure entre le respect scrupuleux d’un style d’époque et un second degré discret. Véronique Gens y laisse entendre une manière de jubilation vocale, sans parler de cette manière, follement chic, de cambrer la ligne musicale. On admire la ductilité de la voix et toutes les couleurs voluptueuses qu’elle déploie là pour convaincre la «&nbsp;bien-aimée&nbsp;» de se laisser aller à «&nbsp;l’instant de d’amour&nbsp;».</p>
<h4><strong>Effusions et douleurs</strong></h4>
<p>Ces friandises conduiront à une séquence plus grave, et notamment à une très belle interprétation par I Giardini du premier mouvement du Quintette n° 1 de Fauré. Sur les arpèges liquides du piano de <strong>David Violi</strong>, le quatuor à cordes y déploie une texture sonore très charnue et on aime beaucoup les échanges amoureux du second violon (<strong>Hélène Maréchaux</strong>) et du violoncelle (<strong>Pauline Buet</strong>) avant qu’ils ne soient rejoints par le premier violon de <strong>Shuishi Okada</strong> et l’alto de <strong>Léa Hennino</strong>). Un son très velouté (velours de soie plutôt), une volupté tendre, amoureuse, caressante, une palette très riche, avec beaucoup de souplesse et d’accent, un mouvement qui avance toujours.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/160723_EGLISES_GENS_11H00-AgnieszkaBiolik-AgnieszkaBiolik-45-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-136968" /><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Véronique Gens et I Giardini à Verbier ©Agneszka Biolik </sup></figcaption></figure>


<p>Ce très beau Fauré préludant idéalement à l’une des plus belles mélodies qui soient, la <em>Chanson perpétuelle</em> de Chausson, que Véronique Gens chante au bord des larmes, distillant, presque chuchotant, l’ineffable « Je lui disais : Tu m’aimeras aussi longtemps que tu pourras… ». Ce qu’on entend là, outre l’art du chant, le legato, le rayonnement des notes hautes, le savant crescendo conduisant à un climax d’émotion, c’est un lyrisme éperdu et, dans les couleurs de la voix, une mélancolie qui côtoie le tragique… Et on repense à tous les personnages tragiques que Véronique Gens a incarnés et qui semblent là, en arrière-plan…<br>Dans le même climat, le blême «&nbsp;Ceux qui parmi les morts d’amour&nbsp;» de Guy Ropartz sera un modèle de chant intériorisé, sur de longues lignes impalpables en parfaite fusion avec le tapis des cordes et du piano et là encore l’osmose des six voix sera infiniment troublante.</p>
<p>C’est une gageure que de placer <em>La Vie en rose</em> (de Louiguy pour la musique et Edith Piaf, dit-on, pour les paroles) après de telles pièces. Véronique Gens y met autant de scrupule, de pudeur, d’émotion qu’à la <em>Chanson perpétuelle</em> (et la même douleur suggérée). C’est une très jolie chose que sa manière de regarder et d’écouter le premier violon reprendre pianissimo cette mélodie si belle.</p>
<h4><strong>Berlingots</strong></h4>
<p>Ensuite viendront quelques douceurs fondantes, <em>La dernière Valse</em> de Reynaldo Hahn, dont la mélancolie fait penser irrésistiblement à Danielle Darrieux et Vittorio De Sica valsant dans le <em>Madame de</em> de Max Ophuls (ou à Michèle Morgan et Gérard Philippe dans <em>Les grandes manœuvres</em> de René Clair). Musique qui ose s’avouer sentimentale et s’offrir quelques enchainements harmoniques qu’on ne peut qualifier que d’exquis.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img decoding="async" width="791" height="513" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/gens_photo_1_by_franck_juery_alpha_classics-2.jpeg" alt="" class="wp-image-136944" /><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Franck Juery</sup></figcaption></figure>


<p>Quant au <em>J’ai deux amants</em> de Messager et Guitry, au-dessus duquel flotte à jamais le fantôme d’Yvonne Printemps, l’un des plaisirs qu’on y prend est de voir Véronique Gens, si retenue, si pudique, s’y encanailler un peu (avec chic, ça va de soi, et beaucoup d’humour). Avant de revenir, «&nbsp;plus sérieusement&nbsp;» dit-elle, à l’impeccable legato et à la nostalgie du Fauré d’<em>Après un rêve</em>.</p>
<p>Un récital, oui, très grisant, suivi par un public idéalement à l’écoute, hésitant avant d’oser ses premiers applaudissements (après la 3ème ou 4ème pièce) puis n’intervenant plus qu’à bon escient, comme respirant à l’amble d’une chanteuse de plus en plus rayonnante, lumineuse.</p>
<p>PS : Très intéressant de la voir en <em>master class</em> le surlendemain, faisant travailler une jeune soprano coréenne et lui montrant la manière de donner son juste poids à chaque consonne de <em>volupté</em> (pour suggérer la chose derrière le mot) et comment ouvrir les voyelles pour donner de la lumière à l&rsquo;<em>Invitation au voyage</em> de Duparc/Baudelaire, puis comment se débrouiller avec un mot aussi compliqué qu’<em>hyacinthe</em> avec son <em>a</em> (à ouvrir) et sa diphtongue nasale. Toutes explications données avec une délicieuse gentillesse, et d’ailleurs immédiatement mises à profit.<br>Quelques instants plus tard, elle expliquait à un jeune chanteur anglophone comme faire respirer <em>Le Secret</em>, de Fauré, en respectant les virgules du texte d&rsquo;Armand Sylvestre)… Ce que jadis Hughes Cuenod appelait chanter <em>grammaticalement</em>…</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/recital-veronique-gens-verbier/">Récital Véronique Gens &#8211; Verbier</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Nuits</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/nuits-la-nuit-lui-va-si-bien/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 08 Apr 2020 09:32:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Oubliez le prétexte nocturne, malgré les efforts du programme qui prétend offrir quatre images de la nuit. Tout ce qui compte ici, c’est l’union de la voix et des instruments dans un programme qui leur convient idéalement. Un programme qui recoupe celui de certain concert vénitien, mais sans s’y superposer exactement. A l’automne dernier, le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Oubliez le prétexte nocturne, malgré les efforts du programme qui prétend offrir quatre images de la nuit. Tout ce qui compte ici, c’est l’union de la voix et des instruments dans un programme qui leur convient idéalement. Un programme qui recoupe celui de <a href="https://www.forumopera.com/une-nuit-dete-venise-tandis-que-deux-cest-vraiment-mieux">certain concert vénitien</a>, mais sans s’y superposer exactement.</p>
<p>A l’automne dernier, le Palazzetto Bru Zane avait permis à <strong>Véronique Gens</strong> d’interpréter un bouquet de mélodies, soutenue par le quintette <strong>I Giardini</strong>. Par rapport aux morceaux joués ou chantés à cette occasion, le disque enregistré peu auparavant apporte un supplément vocal – le célébrissime « Après un rêve » de Fauré – et un supplément instrumental, <em>La Lugubre Gondole</em> de Liszt, mais dans une version pour violoncelle et piano, et non pour piano seul. Il faut préciser que ce disque est à 90% composé de transcriptions dues au directeur artistique du Centre de musique romantique française, Alexandre Dratwicki en personne. A l’exception de l’extrait du Quintette de Widor, de <em>La Chanson perpétuelle </em>de Chausson et du « Nocturne » de Lekeu, tous les morceaux ont donc fait l’objet d’un arrangement spécifique pour permettre aux Giardini de déployer les sonorités caressantes du quatuor à cordes, rehaussées par le toucher délicat du pianiste. On savourera leur art autant dans les brumes symbolistes (Chausson, Lekeu) que dans les mélismes pseudo-orientaux d’un exotisme raffiné (La Tombelle, Saint-Saëns).</p>
<p>Un regret tout de même : si la diversité de l’assemblage se justifie au concert, où il faut soutenir l’attention du public, pourquoi ne pas avoir profité des séances d’enregistrement pour graver l’intégralité des <em>Quatre poèmes d’après l’</em>Intermezzo<em> de Heinrich Heine </em>(1899) de Ropartz ? Si réussie que soit la transcription de l’une des <em>Nuits d’été</em> de Berlioz et si adéquate qu’en soit l’interprétation, était-il indispensable de l’immortaliser ainsi, surtout isolée du reste du recueil ? Quant aux trois dernières pièces, fort séduisantes au demeurant, on peut aussi se demander si elles ne trouveraient pas mieux leur place dans un hommage à l’opérette et à la chanson de la première moitié du XXe siècle.</p>
<p>Heureusement, l’immense talent de la soprano permet d’oublier ces réserves pour goûter toutes les beautés qu’elle dispense dans ce disque. Véronique Gens prouve une fois encore combien elle sait sculpter la ligne et magnifier le verbe, même quand les poèmes mis en musique ne relèvent pas de la plus haute littérature (à noter que Lekeu et Saint-Saëns sont les auteurs de leurs propres textes, et que Ropartz a lui-même traduit Heine pour ses <em>Quatre poèmes</em>). Les couleurs dont la soprano pare sa voix conviennent bien à ces œuvres qui cultivent le recueillement et le mystère, sans exclure toutefois la lumière qu’y apporte le clair de lune. Et quand la gaieté s’impose, comme dans le délicieux « J’ai deux amants » de Messager, ou déjà dans « L’île inconnue » de Berlioz, Véronique Gens montre qu’elle n’est pas inéluctablement vouée à la tragédie, malgré quatre disques fameux. Tant mieux si le Palazzetto Bru Zane a choisi de l’inciter à révéler d’autres facettes de son talent, et l’on avoue attendre avec impatience <em>O mon bel inconnu</em> à paraître prochainement, couplé avec <em>L’Ile du rêve</em>, diptyque Reynaldo Hahn où elle devrait nous étonner dans le rôle d’Antoinette Aubertin, épouse de chapelier tourmentée par le démon de midi…</p>
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		<title>Véronique Gens voit la vie en rose même dans le noir</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/veronique-gens-voit-la-vie-en-rose-meme-dans-le-noir/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 09 Mar 2020 23:21:25 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Annoncé pour le 3 avril chez Alpha, le nouveau disque de Véronique Gens nous révélera une autre facette encore de celle dont on peut depuis quelques semaines goûter la composition de duègne dans Maître Péronilla d&#8217;Offenbach. Si le titre Nuits n&#8217;est pas une promesse d&#8217;originalité folle, le programme – qui reprend largement celui du concert donné à Venise en septembre &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Annoncé pour le 3 avril chez Alpha, le nouveau disque de Véronique Gens nous révélera une autre facette encore de celle dont on peut depuis quelques semaines goûter la composition de duègne dans <a href="https://www.forumopera.com/cd/maitre-peronilla-le-chocolat-ressuscite"><em>Maître Péronilla</em> d&rsquo;Offenbach</a>. Si le titre <em>Nuits</em> n&rsquo;est pas une promesse d&rsquo;originalité folle, le programme – qui reprend largement celui du concert donné <a href="https://www.forumopera.com/une-nuit-dete-venise-tandis-que-deux-cest-vraiment-mieux">à Venise en septembre dernier</a> – n&rsquo;en inclut pas moins quelques belles raretés, et s&rsquo;autorise certaines incursions bien au-delà de la thématique nocturne, puisque l&rsquo;on y entend notamment la soprano chanter l&rsquo;un des tubes d&rsquo;Edith Piaf, « La Vie en rose », superbement arrangé pour quatuor à cordes, I Giardini en l&rsquo;occurrence.</p>
<p><iframe allow="accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/S7fGIN4wHuc" width="560"></iframe></p>
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		<title>Une nuit d’été — Venise</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/une-nuit-dete-venise-tandis-que-deux-cest-vraiment-mieux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Sep 2019 21:13:04 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Une chanteuse d’opéra capable d’être aussi parfaite dans le grand répertoire que dans l’opérette, on en connaissait une : Felicity Lott, qui après avoir admirablement servi Richard Strauss, fut mémorable en Belle Hélène et en Grande-Duchesse de Gérolstein. Mais deux comme elle, ce serait vraiment mieux. Véronique Gens, on la connaissait en tragédienne (quatre disques l’ont &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Une chanteuse d’opéra capable d’être aussi parfaite dans le grand répertoire que dans l’opérette, on en connaissait une : Felicity Lott, qui après avoir admirablement servi Richard Strauss, fut mémorable en Belle Hélène et en Grande-Duchesse de Gérolstein. Mais deux comme elle, ce serait vraiment mieux.</p>
<p><b>Véronique Gens</b>, on la connaissait en tragédienne (quatre disques l’ont prouvé), on l’a entendue défendre des rôles tout à fait sérieux, chez Mozart notamment. Oui, mais voilà : grâce au Palazzetto Bru Zane, on commence à découvrir qu’il existe aussi une autre Véronique Gens, qui est capable d’amuser et de s’amuser, celle qui vient d’enregistrer <i>O mon bel inconnu</i> de Reynaldo Hahn, celle que dévoile le récital « Une nuit d’été », rôdé fin août à Montmorillon et à Annecy. C’est la révélation que confirme le concert donné à Venise : il y a deux Véronique Gens, et c’est vraiment mieux.</p>
<p>La tragédienne est toujours là, et bien là. Faire chanter <i>La Chanson perpétuelle</i> d’Ernest Chausson à celle qui interprète superbement le <i>Poème de l’amour et de la mer</i>, cela tombe sous le sens. Et comme on pouvait s’y attendre, le texte de Charles Cros transfiguré par la musique de Chausson lui va comme un gant, par le format vocal que l’œuvre appelle, et surtout par les affects qu’elle convoque, offrant à Véronique Gens l’occasion de se montrer bouleversante.</p>
<p>Partant de là, d’autres œuvres pour voix et quintette avec piano s’imposait. Fauré a lui-même arrangé sa <i>Bonne Chanson </i>pour cette formation, et il en a été retenu ce poème dont Reynaldo Hahn fera « L’Heure exquise ». De Guillaume Lekeu, on entend « Nocturne », qui a pu donner l’idée de composer un programme autour de la nuit, qu&rsquo;elle soit amoureuse, douloureuse, ou joyeuse… « L’île inconnue » n’a guère de nocturne que son appartenance aux <i>Nuits d’été</i>, mais cette partition colle tellement à Véronique Gens qu’il aurait été dommage de s’en passer. Seul reproche qu’on formulera d’ailleurs à l’adresse de ce récital : il aiguise l’appétit de l’auditeur en proposant un numéro tiré d’un cycle (plus qu’au Berlioz, on songe au Lekeu et surtout à la fort belle mélodie de Ropartz) mais lui laisse le soin de poursuivre ultérieurement l’exploration de l’œuvre entière.</p>
<p>Et comme le répertoire du XIXe siècle pour voix et quintette est assez limité. Alexandre Dratwicki a donc fait le choix, et ce n’est pas la première fois, de transcrire tout le reste du programme pour cette formation. Transcriptions qui participent plus souvent de la réduction pour cinq instruments à partir de partitions pour orchestre, comme pour la mélodie « Désir d’orient » de Saint-Saëns, qui reprend la première partie de l’ouverture de <em>La Princesse jaune</em> ; quand la soprano cesse de chanter, l’ensemble<strong> I Giardini </strong>continue sur sa lancée et va jusqu’au bout de cette ouverture japonisante, concluant ainsi la première partie du concert.</p>
<p>De ces transcriptions, on admire particulièrement le chic qu’elles apportent au morceau le plus inattendu : <em>La Vie en rose</em>. Sans chercher à imiter quiconque, Véronique Gens aborde cette chanson avec ses propres moyens et avec cette distinction qu’elle prête à tout ce qu’elle aborde, en respectant strictement la mesure et les notes, là où Edith Piaf s’autorisait diverses libertés. Et le tapis instrumental que les Giardini déploient sous ses pieds séduit par une élégance quasi viennoise, qu’on croirait sortie de la plume d’un Franz Lehár. </p>
<p>Le changement d&rsquo;humeur avait été annoncé par un sémillant extrait du premier quintette de Charles-Marie Widor, œuvre de jeunesse composée sous le Second Empire qui évoque plus l&rsquo;ouverture d&rsquo;une opérette que les pages les plus connues de l&rsquo;organiste de la IIIe République. Une fois déboutonnée, la chanteuse ne s’arrête plus en si bon chemin, et laisse éclater l’autre Véronique Gens, celle qui met une joie de petite fille à distiller les couplets coquins de <em>L’Amour masqué</em>. A l’heure des bis, la soprano reviendra aux choses sérieuses, avec « Après un rêve » plein de pudeur et de délicatesse, pour montrer ensuite son autre visage en redonnant « La Vie en rose ». On se dit qu&rsquo;Alexandre Dratwicki, tant qu&rsquo;à faire, aurait été bien inspiré de transcrire aussi « Je ne suis pas ce que l&rsquo;on pense, je ne suis pas ce que l&rsquo;on dit » de <em>Trois Valses</em>, repris après Yvonne Printemps par Régine Crespin ou Felicity Lott, car Véronique Gens y serait forcément épatante. Enfin, décidément la chose est claire : deux, c’est vraiment mieux.</p>
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