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	<title>Les Accents - Orchestre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Mon, 07 Sep 2026 05:43:48 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Les Accents - Orchestre - Forum Opéra</title>
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		<title>Concert Christophe Dumaux &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/concert-christophe-dumaux-bayreuth/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 07 Sep 2026 04:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Son titre indique déjà le thème de ce concert de Christophe Dumaux et de l’ensemble Les Accents : Handel’s Nature, que l’on peut traduire par La Nature de Haendel, ou La Nature chez Haendel ou La Nature selon Haendel. Autant de formules voisines qui englobent la présence des éléments naturels et leur évocation dans la musique. &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Son titre indique déjà le thème de ce concert de <strong>Christophe Dumaux</strong> et de l’ensemble <strong>Les Accents</strong> : <em>Handel’s Nature, </em>que l’on peut traduire par <em>La Nature de Haendel</em>, ou <em>La Nature chez Haendel </em>ou <em>La Nature selon Haendel</em>. Autant de formules voisines qui englobent la présence des éléments naturels et leur évocation dans la musique. Faut-il préciser qu’ils ne sont jamais que le prétexte ou le décor permettant aux personnages d’établir des correspondances avec leurs états d’âme et ainsi de les exhaler ?</p>
<p>Lieux naturels amènes dont l’apparence séduisante peut cacher de terribles réalités, tels les « verdi prati »  du jardin enchanté d’Alcina, éléments naturels dont l’agitation ou le calme semblent faire écho aux soubresauts des sentiments, comme le confie Ottone dans l’opéra du même nom ou Bertarido dans <em>Rodelinda</em>, lieux dont la beauté ravagée par le temps révèle la fragilité des entreprises humaines – thème du <em>Trionfo del tempo e del Disinganno</em> –, rivages déserts où le doute assaille l’audacieux César, et, enfin, les nuages qui s’enfuient comme métaphore de la vie qui finit.</p>
<p>Aucune excentricité dans ces associations, elles font partie des lieux communs de la pensée antique redécouverte au sortir des monastères pour devenir la matière des « humanités », et jusqu’aux romantiques en feront leur miel. Le miracle, pour nous, est qu’à trois siècles de distance, la musique de Haendel conserve intact son potentiel pour rendre non seulement supportables mais encore délectables ces épanchements dans leurs formes conventionnelles. A quoi cela tient-il ? Probablement à l’impression de justesse de l’adéquation à la forme du discours de la forme musicale, entre rythmes, timbres et couleurs, ainsi qu&rsquo;à la séduction et à la variété des courbes mélodiques.</p>
<p>Quand les interprètes sont des virtuoses tels les musiciens de l’ensemble Les Accents ces observations deviennent des évidences. Leur qualité s’impose dès le début du concert, avec une ouverture où le violon de <strong>Thibault Noally</strong>, le directeur musical, exhibe déjà sa maîtrise indiscutable et sa belle sonorité. Ses compagnes et compagnons ne sont pas en reste et l’exécution est d’une netteté et d’un rendu qui ne laissent rien à désirer. Ces mérites se confirmeront sans hiatus, magnifiés dans le mini-concerto pour violon de la <em>Sonata a cinque </em>et indéniables dans une pièce de Hasse que la qualité du jeu ne nous a pas rendue plus buvable.</p>
<p>Est-ce pour être en accord avec l’intitulé du concert que Christophe Dumaux, en tee shirt et pantalon noirs, entre en scène au pas de charge, sans chichis racoleurs ? Ce serait pourtant le comble de la sophistication si la voix ne venait donner l’impression d’une arrivée au débotté, les premiers aigus semblant glapis plutôt qu’émis. Et puis elle s’étoffe, s’installe, s’épanouit, et rien ne vient plus ternir son éclat, entraver son élan, limiter le souffle, brider les trilles, ralentir les vocalises, ce chant orné de <em>messe di voce </em>qui ne tiennent qu’à un fil, ces sauts d’octave, cette vélocité intrépide, en somme le comble de l’art, de l’artifice, nous sont offerts « naturellement ».</p>
<p>Seul regret, peut-être inhérent à ce type de récital, l’émotion qui devrait naître du sentiment exposé peine à émerger de l’exécution virtuose, l’extrait de <em>Giulio Cesare in Egitto </em> infirmant cette observation, peut-être parce que le récitatif qui précède l’air installe le climat dramatique. Les lecteurs de Forumopéra savent déjà <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/haendel-giulio-cesare-in-egitto/">tout le bien que pense Yves Jauneau</a> de l’enregistrement où Christophe Dumaux assume le rôle-titre, et nous souscrivons.</p>
<p>La chaleur du public sera récompensée de deux bis, un air de <em>Tamerlano</em>, « A dispetto di un volto » et un autre de <em>Giulio Cesare in Egitto «S</em>e in un fiorito prato» où la voix dialogue avec le violon dans un assaut de virtuosité qui porteront l&rsquo;enthousiasme jusqu&rsquo;à une standing ovation bien méritée.</p>
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		<title>VIVALDI &#038; ALII, Tamerlano &#8211; Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/vivaldi-alii-tamerlano-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 Jan 2026 08:49:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Vingt ans déjà que Fabio Biondi révélait les charmes de ce pasticcio dans un enregistrement resté célèbre. Et il le faisait avec une distribution exceptionnelle, pas toujours rodée à ce répertoire, mais au brillant vocal indéniable. Depuis, peu d’équipes ont osé affronter cet everest. Après un premier essai en 2016 à Beaune, Thibault Noally y &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Vingt ans déjà que Fabio Biondi révélait les charmes de ce pasticcio dans un enregistrement resté célèbre. Et il le faisait avec une distribution exceptionnelle, pas toujours rodée à ce répertoire, mais au brillant vocal indéniable. Depuis, peu d’équipes ont osé affronter cet everest. Après un premier essai en 2016 à Beaune, <strong>Thibault Noally</strong> y revient ce soir en ajoutant les mêmes airs pour compléter les lacunes de la partition, mais avec une distribution inégale. On le sait, Vivaldi a pioché dans ses propres œuvres les airs des Ottomans (Bajazet, Asteria &amp; Idaspe) et chez les compositeurs de l’école napolitaine rivale ceux du camp adverse (Tamerlano, Andronico &amp; Irene). Pour cette « battle » de haut vol, il faut des adversaires exceptionnels. Ce que n’est hélas pas <strong>Eva Zaïcik</strong> : si son « Vedro con mio diletto » convainc grâce au velouté de sa voix, il révèle aussi que c’est une actrice peu imaginative à l’agilité limitée (« Spesso tra vaghe rose » trop répétitif et « Destrier ch’all armi usato » aux vocalises savonnées alors que déjà simplifiées). <strong>Renato Dolcini</strong> propose un jeu bien plus juste et investi en Bajazet, mais on préfère une basse plus profonde et à la projection plus autoritaire dans un tel rôle, même si le doute plane sur la tessiture de son créateur. Si ses variations sont bien exécutées, un air clé comme « Dov’e la figlia » reste plus geignard qu’impérieux, et c’est dans les récitatifs qu’il est finalement le plus marquant. <strong>Anthea Pichanik</strong> a le contralto requis pour chanter sa fille, l’art de la prosodie aussi pour un rôle qui fait la part belle au chant syllabique. Son émission ductile fait merveille dans son premier lamento, avant un gros loupé qui la voit chercher son texte tandis que l’orchestre se dirige d’un pas hésitant vers la partie B. Elle trouve la véhémence nécessaire dans « Stringi le mie catene » puis le terrible « Svena, uccidi » ou dans les récitatifs, mais on regrette un manque de résonnance qui assèche ses fins de phrase et semble découper la ligne de chant. Par ailleurs, la virtuosité et les montées vers l’aigu sont pris en défaut (trilles complètement étranglés sur les mots « piaghe », « strage » et « sempre »). L’art de <strong>Carlo Vistoli</strong> nous laisse froid mais on ne peut nier que sa composition est très aboutie sur le plan dramatique et extraordinaire sur le plan vocal. L’ambitus du rôle est assumé avec panache, sans craindre la rupture entre les registres (qui pourra gêner) et le virtuose a les moyens de ses ambitions (quelle vaillance dans « Barbaro traditor » !). Reste une différence de volume certaine entre le medium (en retrait) et les aigus (rayonnants).</p>
<p><strong>Julia Lezhneva</strong> que l’on trouvait inexpressive il y a encore quelques années semble avoir mangé du lion dès son récitatif d’entrée et son farinellien « Qual guerriero » qu’elle attaque trop tôt avec l’envie d’en découdre. Elle s’est rarement confrontée à une tessiture aussi large et la prise de risque pour cette voix assez centrale est payante : certes elle doit respirer au milieu des (infinies) vocalises, certes la projection est mal égalisée et la justesse des notes extrêmes aléatoires, mais on ne peut pas lui reprocher d’éluder la difficulté, jusque dans un da capo qui prouve qu’elle n’a pas froid aux yeux. A force d’avoir entendu l’apparente facilité de Vivica Genaux dans cet air, on réalise ce soir à quel point il est inchantable ! « Sposa, son disprezzata » est plus dans ses cordes et elle y fait usage de tout le dictionnaire bel cantiste (étonnante arabesque à la reprise) malgré quelques aigus trop métalliques. On pourra s’agacer que son dernier air « Son tortorella » soit réduit à une immense cadence, mais qui est capable aujourd’hui de tenir ainsi toute une salle suspendue à la surprise de ses coloratures ?</p>
<p>Le personnage le plus anecdotique de la soirée, Idaspe, est tenu par la formidable <strong>Suzanne Jerosme</strong> qui après Bayreuth (<em>Carlo il Calvo</em> de Porpora) et Innsbruck (<em>Rex Salomon</em> puis <em>Ifigenia</em> de Traetta) n’en finit pas de nous époustoufler. A part une projection modeste, on sait que louer en premier : l’élégance, le naturel et la sensibilité du ton (miraculeux « Nasce rosa »), la fausse légèreté de sa virtuosité dont la méticulosité est au service de l’éclat (les trilles et les notes piquées dans « D’ira e furor armato ») ou l’attention au texte (on entends la moindre consonne dans le délirant « Anche il mar » popularisé par Cecilia Bartoli).</p>
<p><strong>Thibault Noally</strong> soigne l’équilibre du plateau, les dynamiques et l’homogénéité du son de ses <strong>Accents</strong>, quitte à ne pas faire assez ronfler une basse continue pourtant fournie (on y trouve même un orgue !). Le manque de répétitions est sans doute aussi responsable du défaut d’assertivité de solistes (pourtant excellents tel le cor concertant dans « D’ira e furor armato » importé de <em>Motezuma</em> où il était écrit pour une trompette) ou des ensembles (quatuor passablement raté).  Les excellentes variations de tous les airs sont certainement de la main du chef, signalant une fois de plus sa parfaite compréhension de ce répertoire.</p>
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		<title>A. SCARLATTI, Stabat Mater</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/a-scarlatti-stabat-mater/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Nov 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Par-delà leur aspect formel, les commémorations offrent l’occasion de focaliser l’attention sur tel compositeur ou telle œuvre, et de permettre ainsi une mise en perspective fructueuse. Alessandro Scarlatti a bien besoin de ce coup de projecteur, victime d’une production particulièrement abondante, de n’avoir pratiquement pas bénéficié de l’édition imprimée, et d’avoir précédé la génération réputée &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Par-delà leur aspect formel, les commémorations offrent l’occasion de focaliser l’attention sur tel compositeur ou telle œuvre, et de permettre ainsi une mise en perspective fructueuse. Alessandro Scarlatti a bien besoin de ce coup de projecteur, victime d’une production particulièrement abondante, de n’avoir pratiquement pas bénéficié de l’édition imprimée, et d’avoir précédé la génération réputée la plus brillante du XVIIIe siècle.</p>
<p>Or, il n’est pas une de ses œuvres qui ne recèle une qualité d’écriture moindre, un sens dramatique sûr, une vocalité exceptionnelle. Le nouvel enregistrement que nous offrent <strong>Thibault Noally</strong>, ses <em>Accents</em> et nos deux solistes, en est la preuve. Aucune découverte puisque l’ouvrage est enregistré régulièrement depuis une cinquantaine d’années, sinon le choc d’une interprétation hors pair, qui relègue toutes les versions antérieures au rang des témoignages, datés, quels que soient leurs mérites, y compris celle confiée à Sandrine Piau et Gérard Lesne.</p>
<p>Le <em>Stabat Mater</em> de Pergolèse fut écrit pour se substituer à celui-ci, en 1736 (*). Les analogies en sont nombreuses (deux solistes, ensemble réduit, tournures mélodiques etc.) mais le langage relève de deux visions très différentes. A la méditation grave, tendue et douloureuse de Scarlatti répond l’émotion pathétique de Pergolèse, plus immédiate, décorative, quasi théâtrale. C’est le deuxième <em>Stabat Mater</em> que compose Scarlatti. Le premier, à trois voix, conservé à Naples datait de 1715, et le nôtre sera suivi d’une version à 4 voix, perdue. A signaler la permutation des strophes 10 et 11 et la fusion des 13 et 14 par la reprise de la même mélodie. La variété formelle de l’écriture est singulière, en accord avec le sens du texte illustré, comme l’économie de moyens. Le figuralisme, les audaces harmoniques, tout concourt à l’émotion vraie, particulièrement les versets illustrés par les brefs récitatifs accompagnés de l’alto (<em>Fac ut portem</em>, et <em>Fac met cruce</em>). L’architecture, qui interroge, n’en est pas moins aboutie. L’ample <em>Amen,</em> éblouissant, avec ses longues vocalises expressives, est magistral, jubilatoire. <strong>Emmanuelle de Negri</strong> s’y montre sous son meilleur jour : son chant lumineux et souple, d’une agilité stylée et une rare longueur de voix émeut et réjouit. Il en va de même de l’alto de <strong>Paul Figuier</strong>. La sûreté des moyens, une maîtrise sans faille, un souffle parfaitement maîtrisé permettent à notre contre-ténor de nous faire oublier ses illustres devanciers (alto y comprises). Leur duo complice, toujours équilibré et coloré, est un régal, porté par des instrumentistes inspirés.</p>
<p>Les deux cantates à voix seule (« Motetti », de 1702) ne sont pas des découvertes, même si leur discographie est limitée. Elles introduisent idéalement le <em>Stabat Mater</em>, en ce sens que l’on part de la jubilation virtuose et lumineuse du <em>Jam sole clarior</em> (3 arie entre lesquelles sont intercalés deux récitatifs) pour passer à la plénitude méditative de <em>Infirmata vulnerata</em>, avant la douloureuse contemplation finale. Une belle sonate à quatre, en fa mineur – bienvenu rappel du talent instrumental du compositeur – précède le <em>Stabat Mater</em>.</p>
<p>Dans le premier « motet », la complicité du violon de Thibault Noally, la délicatesse raffinée de son ornementation, ses entrelacs avec la voix d’Emmanuelle de Negri participent au constant bonheur de l’écoute. C’est Fischer-Dieskau, en 1964, (avec Aurèle Nicolet à la flûte pour le dessus), qui fit connaître la cantate <em>Infirmata vulnerata</em>.  Le timbre lumineux de Paul Figuier, la souplesse d’une voix ayant intégré tous les canons stylistiques du baroque font de cette pièce un moment de plénitude recueillie.</p>
<p><em>Les Accents</em> s’y montrent exemplaires :  le son riche et homogène, la clarté du jeu, aussi raffiné que porté par un souffle constant, tout est là, idéalement.</p>
<p>Un disque généreux, non seulement par sa durée, mais surtout par l’engagement de ses interprètes pour des œuvres servies de façon inspirée. Une référence.</p>
<p>(*) Dès 1998, Rinaldo Alessandrini associait les deux ouvrages au disque.</p>
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		<item>
		<title>HAENDEL, Le Triomphe du Temps et de la Désillusion – Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-le-triomphe-du-temps-et-de-la-desillusion-strasbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 19 Sep 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Plutôt que de débuter sa dernière saison par une création ou un opéra contemporain, Alain Perroux, le directeur de l’Opéra national du Rhin, a préféré nous proposer une version de concert d’un chef-d’œuvre baroque donné une seule fois avec une distribution de choix pour quatre solistes et un ensemble baroque d’une vingtaine de musiciens. Le &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Plutôt que de débuter sa <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/alain-perroux-le-theatre-permet-de-nous-dessiller-les-yeux-pour-voir-les-verites-universelles/">dernière saison</a> par une création ou un opéra contemporain, Alain Perroux, le directeur de l’Opéra national du Rhin, a préféré nous proposer une version de concert d’un chef-d’œuvre baroque donné une seule fois avec une distribution de choix pour quatre solistes et un ensemble baroque d’une vingtaine de musiciens. Le thème de l’année étant : « le monde est un théâtre », on peut se demander pourquoi avoir, dans ce cadre, fait le choix d’un oratorio (donc en principe sans mise en scène) consacré à une dispute entre quatre allégories, la Beauté se consacrant entièrement au Plaisir puis se rangeant petit à petit aux arguments percutants de la Désillusion et du Temps pour choisir la Beauté de l’âme et l’austérité plutôt que les plaisirs fugaces. Alain Perroux s’en explique : « En prolongement de cette idée que le monde est un théâtre, on en arrive à la pensée très baroque mais en fait intemporelle que le monde est empli d’illusions, la vie consistant souvent à essayer de s’en débarrasser. C’est ce que je retiens de la <em>Recherche</em> de Proust, grand roman de la désillusion, mot dont le sens n’est pas forcément négatif. La désillusion, c’est se dessiller les yeux pour voir les vérités permanentes, universelles et durables, contrairement aux choses fugaces, qui ne sont que vanité ».</p>
<p>Ainsi, le public venu nombreux a pu découvrir le premier oratorio de Haendel, <em>Il Trionfo del Tempo e del Disinganno</em>, au cours d’une soirée mémorable où les quelque trois heures de spectacle ont passé comme un éclair marqué par de fulgurantes beautés. De cette œuvre, Haendel a fait trois versions (dont la dernière en anglais). C’est la première mouture qui nous intéresse ici, créée à Rome à une époque où le jeune luthérien de 22 ans qu’est Haendel compose pour des prélats catholiques, alors que le pape Innocent XI a interdit toute représentation d’opéras dans la ville depuis 1677. Nous sommes en 1707 et l’œuvre de Haendel est influencée par son passé germanique et ses rencontres italiennes. Il va sans dire que cet ouvrage, pétri de valeurs morales, est également baigné dans le moule de l’opéra, avec tous les effets spectaculaires que cela laisse augurer. Il s’agit ainsi d’une succession d’airs à l’évidente beauté à la fois simple et inventive, pour quelques ensembles à peine entrecoupés de récitatifs qui permettent aux affects de se déployer avec grâce et subtilité.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Le-Triomphe-du-Temps-et-de-la-Desillusion-5423HDpresse-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-199653"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© DR</sup></figcaption></figure>


<p>La distribution choisie pour les quatre solistes nous a comblés par l’adéquation de chacun avec son rôle et l’harmonie de leur juxtaposition. Honneur aux dames, commençons par louer les deux sopranos qui interprètent avec classe leurs allégories respectives. En Beauté resplendissante, radieuse, puis inquiète, ébranlée et enfin résiliente, la française <strong>Mélissa Petit </strong>séduit dans tous les registres, nous laissant en apesanteur dans un finale mémorable et incroyablement éthéré. On se délecte de la séduction d’une voix joliment timbrée, de la pureté et de l’évidence de la technique, de la qualité de la projection d’une magnifique limpidité, de l’impeccable diction et surtout de la capacité à émouvoir de la soprano. En Plaisir de luxe et de haut vol, la soprano russe <strong>Julia Lezhneva</strong> nous comble. L’incontestable autorité dans l’émission et les variations les plus périlleuses des ornements de la partition contrastent avec l’apparence gracile de la ravissante soprano. Cette maîtresse femme non seulement en impose mais nous assène des notes aussi flamboyantes qu’éblouissantes. La qualité de l’énonciation est quelquefois sacrifiée, mais les effets sont d’autant plus spectaculaires à l’arrivée, nous plantant les phrases en plein cœur. Rien ne résiste à ce souffle épique et enjôleur, tout en virtuosité et en insolente facilité apparente. Le « Lascia la spina, cogli la rosa » restera sans doute pour les bienheureux présents un moment d’anthologie. Du grand art. </p>
<p>En bouillonnante et impitoyable allégorie du Temps, le ténor polonais <strong>Krystian Adam</strong> se montre très convaincant, peut-être un rien en dessous de ses partenaires au sommet de leur art. Mais on se délecte de ses coups d’éclats, des couleurs au large nuancier de sa voix attrayante et de ses emportements particulièrement sonores et vifs. Dans un rôle qu’il connaît bien et domine de toute son élégance et d’un charme évidents, le contre-ténor <strong>Carlo Vistoli</strong>, déjà admiré sur la même scène en 2023 dans un ébouriffant <em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/monteverdi-le-couronnement-de-poppee-strasbourg/">Couronnement de Poppée</a></em>, nous enchante ce soir en complexe Désillusion. La beauté du timbre égale celle de son maniement : jubilation des trilles, puissance des injonctions, volupté constante et irrésistible sensualité, chaque intervention du chanteur italien est un ravissement.</p>
<p>Pour sublimer le tout et mettre en valeur la constante inventivité de la partition du jeune Haendel, l’ensemble <strong>Les Accents</strong> offre un idéal contrepoint, mené avec une simplicité empreinte de distinction par <strong>Thibault Noally</strong>. L’effectif s’impose par une unité aux sonorités somptueuses et les instrumentistes rendent hommage avec brio aux magnifiques soli qui émaillent la partition. On sort repu et heureux de ce moment magique et privilégié qui nous a été offert. Voilà qui augure bien d’une saison plus que prometteuse…</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="CONCERT | LE TRIOMPHE DU TEMPS ET DE LA DESILLUSION | Présentation Alain Perroux" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/NAvf19yDK9E?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
</div></figure>
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			</item>
		<item>
		<title>SCARLATTI, Il primo omicidio &#8211; Beaune</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/scarlatti-il-primo-omicidio-beaune/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Jul 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Alessandro Scarlatti est peut-être le plus connu des compositeurs baroques méconnus. Sa renommée a longtemps pâti de l&#8217;immense fortune de certains de ses contemporains – Vivaldi, Haendel et Bach, qui sont d&#8217;ailleurs d&#8217;une génération plus jeunes que Scarlatti. Il laisse pourtant derrière lui une œuvre foisonnante, passionnante et extrêmement originale, assez déconcertante parfois pour nos &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Alessandro Scarlatti est peut-être le plus connu des compositeurs baroques méconnus. Sa renommée a longtemps pâti de l&rsquo;immense fortune de certains de ses contemporains – Vivaldi, Haendel et Bach, qui sont d&rsquo;ailleurs d&rsquo;une génération plus jeunes que Scarlatti. Il laisse pourtant derrière lui une œuvre foisonnante, passionnante et extrêmement originale, assez déconcertante parfois pour nos oreilles accoutumées aux styles des compositeurs sus-cités. Depuis une trentaine d’années, ses partitions instrumentales et vocales font l’objet d’un véritable travail de redécouverte, auquel <strong>Thibault Noally</strong> et son ensemble <strong>Les Accents</strong> contribuent avec constance. On leur doit notamment ici même à Beaune la résurrection de <em data-start="962" data-end="973">Mitridate Eupatore</em> il y a quelques années, ainsi que de plusieurs oratorios au Festival de La Chaise-Dieu et ailleurs.</p>
<p>Pour reprendre la formule qui introduit cet article, <em>Il primo omicidio</em> est le plus connu de ce corpus méconnu que constituent les oratorios de Scarlatti. L&rsquo;œuvre a eu plusieurs fois les honneurs du disque et a même été mis en scène par Romeo Castellucci au Palais Garnier en 2019, mais reste tout de même une œuvre injustement méprisée par les programmateurs. On ne sait d&rsquo;ailleurs pas pour qui cette pièce a été écrite et où elle a été jouée pour la première fois, si ce n&rsquo;est que c&rsquo;était dans un palais de la Sérénissime, où Scarlatti séjournait en 1707 – au même moment, il présente son <em>Mitridate</em>, qui sera un four retentissant, la partition déroutant complètement le public vénitien.</p>
<p>Le livret d&rsquo;<em>Il primo omicidio</em> (« le premier meurtre ») met en scène les quatre premiers humains présents sur terre d&rsquo;après la Genèse : Adam, Ève et leur deux fils, Abel et Caïn – ainsi que Dieu et Lucifer, présents sous une forme purement vocale. Encore accablés d&rsquo;avoir désobéi à Dieu, Adam et Ève se lamentent sur leur sort et espèrent que les sacrifices offerts par leurs fils vont apaiser la colère de Dieu. On connaît la suite : seule la viande offerte par Abel semble contenter Dieu et Caïn nourrit alors à l&rsquo;égard de son frère un profond sentiment de jalousie. Encouragé par Lucifer, Caïn finit par tuer son frère et Dieu intervient alors pour condamner Caïn, non à mort, mais à vivre rongé par la culpabilité. Adam et Ève sombrent dans une tristesse plus grande encore en apprenant la mort d&rsquo;Abel et la culpabilité de Caïn. Magnanime, Dieu accorde finalement au couple la chance d&rsquo;enfanter à nouveau, fondant ainsi sur la mort d&rsquo;Abel la naissance de l&rsquo;humanité.</p>
<p>Contrairement à <em data-start="115" data-end="132">La resurrezione</em> de Haendel, composée l’année suivante et donnée la veille dans la Basilique de Beaune – œuvre spectaculaire, à la fois virtuose et théâtrale, qui intègre elle aussi le personnage de Lucifer – <em data-start="325" data-end="344">Il primo omicidio </em>d’Alessandro Scarlatti se distingue par son écriture plus austère, à la fois dans son orchestration et sa vocalité. Aucun effet brillant ni démonstration de virtuosité : tout y est plus dépouillé, intériorisé, mais cela ne veut pas dire pour autant que c&rsquo;est une musique facile d&rsquo;exécution, car la forme des airs est souvent tortueuse, et la partition reste inspirée et somptueuse de bout en bout. Par ailleurs, pour enrichir légèrement l’instrumentarium original, constitué exclusivement de cordes, Thibault Noally a choisi d’ajouter un orgue positif et un basson, qui apportent à l’ensemble une assise harmonique plus dense et des couleurs supplémentaires particulièrement bienvenues dans l’acoustique ouverte de la Cour des Hospices. On note chez les instrumentistes une certaine fébrilité en première partie, avec quelques approximations d’intonation, notamment au violoncelle. Mais l’ensemble gagne nettement en assurance après l’entracte et la seconde partie est abordée avec un élan nouveau. Thibault Noally, assumant les nombreux solos de violon, porte cette musique avec aplomb, alliant sens du drame et maîtrise de l’architecture musicale, au service d’une partition qu’il semble chérir, pour nous la faire aimer à notre tour. Et c&rsquo;est peu dire que ça fonctionne.</p>
<p>L&rsquo;ensemble des chanteurs réunis pour ce concert beaunois sont de jeunes interprètes (la plupart faisaient d&rsquo;ailleurs leurs débuts au festival) qui insufflent fraicheur et sensibilité à la caractérisation de leur personnage, dans un drame qui relève presque de l&rsquo;étude psychologique. <strong>Natalie Pérez</strong> incarne une Ève toute de retenue, partageant son émotion avec une sobriété digne, même si l’on perçoit ce soir-là quelques fragilités d’intonation et une certaine opacité de timbre. Ce dépouillement stylistique convient bien au portrait de cette mère douce et affligée, qui exprime son déchirement dans un sublime « Madre tenera », à fleur de lèvres. À ses côtés, <strong>Petr Nekoranec</strong> impressionne en Adam par sa technique solide, un timbre frémissant soutenu par une projection éclatante. La voix épouse le texte avec tendresse ou rudesse, notamment dans son air « Piango la prole esangue », d&rsquo;un raffinement absolu. Nul doute que l&rsquo;artiste soit promis à une grande carrière.</p>
<p>Dans les rôles des frères ennemis, on ne peut rêver meilleure osmose et plus puissant contraste qu&rsquo;entre les voix et les personnalités de <strong>Camille Chopin</strong> en Abel et<strong> Mathilde Ortscheidt</strong> en Caïn. La première campe avec conviction le rôle du frère bienheureux, un peu ingrat car il ne recèle aucune progression psychologique notoire : le personnage est tout entier un bloc de bonté, du début jusqu&rsquo;à sa mort, et même au-delà. La jeune chanteuse parvient à rendre touchante et crédible cette constance, grâce à une musicalité soignée et un timbre fruité, irradiant de douceur et de pureté. Le personnage apparaît ainsi dans toute son rayonnement, charmant par la limpidité de ses intentions. Face à elle, le personnage humain – trop humain – de Caïn prend les traits de Mathilde Ortscheidt, jeune mezzo qui a remporté le concours Cesti d’Innsbruck il y a deux ans. Sa voix, à la fois sombre et souple, se déploie avec aisance dans des airs de fureur marqués par une expression farouche et tourmentée. On admire la manière dont elle incarne ce fratricide sans jamais le réduire à une figure univoque de méchanceté : son Caïn est une âme broyée, vacillante, peu à peu gagnée par l’emprise du mal que Lucifer insuffle dans son esprit. Son interprétation habitée de l’air « Perché mormora il ruscello », où la voix cherche à se fondre dans les figuralismes aquatiques des cordes, est l’un des sommets du concert. La chanteuse y révèle sa grande maîtrise du souffle et parvient à épouser les méandres ruisselants des violons avec une souplesse douloureuse.</p>
<p>Placés sur des estrades opposées sur les côtés de l&rsquo;orchestre, les voix de Dieu et de Lucifer s&rsquo;incarnent dans les corps de <strong>Paul Figuier</strong> et <strong>Nicolas Brooymans</strong>. On retrouve les qualités indéniables de Paul Figuier, voix ronde et moelleuse de falsettiste, une grande noblesse d&rsquo;expression et un engagement constant, mais son Dieu manque peut-être un peu de simplicité et mériterait une caractérisation plus précise. En face, la voix de taille sombre et légèrement rocailleuse de Nicolas Brooymans trace un contrepoint saisissant. Son Lucifer, d’une autorité tranquille, séduit sans artifice, et fascine par une sobriété presque glacée. Là où l’on pourrait attendre un démon flamboyant ou grotesque, il incarne un Mal intériorisé, insinuant, et son influence sur Caïn n’en paraît que plus pernicieuse — et plus crédible.</p>
<p>Offert sans clinquant mais avec ferveur, cette interprétation du <em>Primo omicidio</em> révèle, dans sa nudité tragique et sa profondeur humaine, l’injuste relégation de Scarlatti au second plan de l’histoire musicale — et donne à espérer qu’il y retrouve enfin la place qui lui revient, notamment dans le répertoire opératique.</p>
<pre>Crédit photographique : Ars.essentia</pre>
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		<title>Dix ans des Accents &#8211; Salle Gaveau</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/dix-ans-des-accents-salle-gaveau/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 07 Feb 2025 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quelques jours après un autre ensemble baroque, c’est au tour des Accents et de leur chef Thibaut Noally de fêter leurs 10 ans. La gâteau d’anniversaire semblait bien peu appétissant sur le site internet de la Salle Gaveau (un sempiternel Stabat Mater et des airs et duos de Haendel et Hasse non détaillés), heureusement on &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quelques jours après <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/dix-ans-du-concert-de-la-loge-paris/">un autre ensemble baroque</a>, c’est au tour des <strong>Accents</strong> et de leur chef <strong>Thibaut Noally</strong> de fêter leurs 10 ans. La gâteau d’anniversaire semblait bien peu appétissant sur le site internet de la Salle Gaveau (un sempiternel <em>Stabat Mater</em> et des airs et duos de Haendel et Hasse non détaillés), heureusement on peut compter sur la curiosité infatigable du chef pour nous proposer une seconde partie à la hauteur de ces 10 années, en faisant rejoindre les deux chanteurs initialement annoncés par des amis de renom.</p>
<p>La soirée débute donc avec un <em>Stabat Mater</em> de Pergolesi que l’on a trouvé peu inspiré, l’orchestre se chauffe, est très professionnel, s’interdit tout brillant naturellement dans une telle œuvre (à l’exception du très dynamique « Fac ut ardeat ») mais manque aussi de chaleur et d’épaisseur. <strong>Max Emanuel Cenčić</strong> est au diapason, soignant l’émission, la profondeur des graves (superbe « Eja Mater ») et la beauté du son (« Fac ut portem ») en accord avec la contrition imposée par le sujet. <strong>Julia Lezhneva</strong>, elle, témoigne de moins de respect face au sacré et choisit un expressionisme virtuose un peu hors de propos. Il lui faut les phrases (magnifiquement) suspendues de « Quis est homo » et « Vidit suum » ou le canon du « Quando corpus » pour trouver une inspiration plus adéquate et éviter de lancer des forte trop puissants.</p>
<p>Après l’entracte, la fête commence vraiment et nos artistes semblent transformés par un répertoire plus indiqué pour une telle célébration. Débarrassé de son pupitre, Cenčić expose une virtuosité caressante, un style souverain, une sensibilité frémissante et une finesse infinie dans le délicieux aria de Porpora. Avec l’air de Flavio (rôle qu’il a <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=26PlNComZ2E">récemment</a> interprété à Bayreuth), le chanteur continue d’étonner par la largeur de l’ambitus, la longueur du souffle, et la capacité à rendre chaque phrase dramatique malgré la vitesse d’exécution.</p>
<p><strong>Carlo Vistoli</strong> jouit toujours d’un medium riche et de graves soignés, le technicien est très doué et l’acteur bien vivant (il en perds son nœud papillon !), mais nous continuons de trouver son jeu trop extérieur et ses vocalises heurtées. L’oiseau du « Se in fiorito » gagnerait à plus de délicatesse, même si l’air se prête bien à un show extraverti. Il est plus mesuré dans le duo de Rodelinda qu&rsquo;il conclut d&rsquo;une très belle cadence, intense sans être outrancière, tandis que Julia Lezhneva manque une fois encore de retenue.</p>
<p><strong>Vivica Genaux</strong> entre doucement avec un duo de Vivaldi pas inoubliable, mais qui a le mérite de faire dialoguer deux voix de contralto, plaisir rare. Elle enchaine par un toujours stupéfiant « Come in vano », guère ménagée par un orchestre surexcité : n’était quelques respirations mal placées et une ou deux croches ratées (il y en a tant, on serait bien injuste de lui en tenir rigueur !), son interprétation soulève autant l’enthousiasme que lorsqu’elle enregistrait l’air il y a 16 ans. De plus sa technique si spéciale offre en salle au martellement ultra-rapide de ses notes une résonance que le disque aplanissait.</p>
<p><strong>Anthea Pichanik</strong> donne une sobre mort de Tolomeo très incarnée, misant sur l’intelligence de la partition, une théâtralité noble et la riche étoffe de son timbre pour émouvoir. On regrettera simplement que l’entropie de l’air n’ait pas été davantage soulignée au da capo qui n’apporte que peu de variations.</p>
<p>Il revient à Julia Lezhneva de clore le concert avec un délirant « Aura beata » de Hasse, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/hasse-serpentes-ignei-in-deserto-th-noally-les-accents/">enregistré</a> avec ce même ensemble il y a quelques mois. Et en live aussi la frénésie s’empare de l’auditeur emporté par l’hédonisme vocal d’un ange à la joie tellement puissante qu’elle en est presqu’effrayante et dont les vocalises semblent un nouveau langage, notamment dans une cadence d’un autre monde.</p>
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		<title>HASSE, Serpentes ignei in deserto &#8211; Th. Noally, Les Accents</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/hasse-serpentes-ignei-in-deserto-th-noally-les-accents/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clement Demeure]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 Nov 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Singulier titre que Serpentes ignei in deserto, latin pour «&#160;serpents de feu dans le désert&#160;». Nom de la prochaine opération militaire américaine&#160;? Stage de survie masculiniste&#160;? Flambée de gonorrhées chez les Bédouins&#160;? Trois fois non, car il s’agit bien d’un oratorio, inspiré d’un épisode biblique. Après des années d’errance dans le désert, les Hébreux trouvent &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Singulier titre que <em>Serpentes ignei in deserto</em>, latin pour «&nbsp;serpents de feu dans le désert&nbsp;». Nom de la prochaine opération militaire américaine&nbsp;? Stage de survie masculiniste&nbsp;? Flambée de gonorrhées chez les Bédouins&nbsp;? Trois fois non, car il s’agit bien d’un oratorio, inspiré d’un épisode biblique.</p>
<p>Après des années d’errance dans le désert, les Hébreux trouvent le temps long, et certains doutent des faveurs divines. Sacrilège&nbsp;! On connaît la patience du Dieu de l’Ancien testament&nbsp;: il arrose les désespérés de serpents dont la morsure provoque de terribles brûlures. Un ange annonce qu’il suffira de fondre un serpent d’airain dont la vue guérira les malheureux.</p>
<p>Cet oratorio en une seule partie fut créé autour de 1736 à l’<em>Ospedale degli Incurabili</em>, l’un des quatre hospices de Venise où de jeunes recluses recevaient la formation de l’élite musicale du temps, jusqu’à devenir elles-mêmes des instrumentistes et chanteuses de tout premier rang, enchantant Vénitiens et voyageurs cachées derrière les grilles des églises. Là où la Pietà, rendue célèbre par les œuvres de Vivaldi, brillait pour ses instrumentistes hors pairs, l’hospice des <em>Incurabili</em> se distinguait par l’excellence du chant, et ce dès la fin du siècle précédent sous la houlette de maîtres successifs comme Carlo Pallavicino, Carlo Francesco Pollarolo puis Porpora, tous adulés des théâtres. C’est Johann Adolf Hasse qui vient composer pour l’institution dans les années 30. Lié à Naples où il avait parachevé sa formation, l’illustre Saxon était également très attaché à la Sérénissime.</p>
<p><em>Serpentes ignei in deserto</em> témoigne du soin apporté par Hasse à cette commande tout comme du très haut niveau technique et artistique des membres de l’<em>ospedale</em>, alors à son apogée. Dans la tradition de l’oratorio italien, ce sont les émotions qui sont théâtralisées plutôt qu&rsquo;une action, dont on n’a que la narration. Six personnages se succèdent pour poser les quelques jalons de la fable morale et exprimer leurs états d’âme. La flamboyance du belcanto baroque assure l’intérêt de l’épisode, avec des airs variés, expressifs, et de remarquables récitatifs accompagnés.</p>
<p>L’équipe réunie par Erato est de très haut vol. Prenant le contrepied des conditions de la création, Noally a voulu faire appel à une équipe masculine pour interpréter les Hébreux, tous sopranos ou contraltos. On y mesure les progrès accomplis par l’art contre-ténoral en un quart de siècle ! Au vétéran <strong>Philippe Jaroussky</strong> échoit naturellement Moïse. Les récitatifs exposent l’usure du timbre, dont les couleurs n’évoquent guère la barbe blanche du prophète – pas plus, sans doute, que la chanteuse d’origine. Qu’importe : la musicalité et l’autorité forcent le respect, dans la virtuosité inentamée de l’air d’entrée comme, plus encore, dans la magnifique péroraison « Ara excelsa ».</p>
<p>Les autres Hébreux n’ont qu’un air. <strong>David Hansen</strong> a été judicieusement distribué. L’Australien assume ce que le rôle a d’aigu tout en conservant une solide assise dans le médium et le grave. Si l&rsquo;émission apparaît ici tendue, là tassée, cela sied à l’angoisse d’Eliab, celui qui doute, dont les vocalises inquiètes lancent l’œuvre dans le tumulte. À l’inverse, <strong>Bruno de Sá</strong> se préoccupe surtout de faire du beau son, et le fait très bien. Sa voix possède la lumière qu’appelle Josue, voix de l’espérance.</p>
<p>Impeccable Nathanaël, <strong>Jakub Jósef Orliński</strong> est un peu stoïque s’agissant de décrire l’horreur des serpents. <strong>Carlo Vistoli</strong> trouve dans l’imploration d’Eleazar matière à faire valoir son timbre comme son style. Sa voix épouse joliment celle de Bruno de Sá dans l’unique duo de l’œuvre.</p>
<p>Unique voix féminine, <strong>Julia Lezhneva</strong> a droit à deux airs dans le rôle de l’ange, de toute évidence écrit pour une star de l’<em>ospedale</em>. On connaît ses défauts : tendance à attaquer les aigus par en-dessous, avec des effets miaulant, exhibitionnisme vocal la poussant à accélérer le tempo et prolonger les cadences au-delà du musical. Force est de constater que la diva a été plutôt bien cadrée : éloquente et toujours surnaturellement agile, Lezhneva trille comme personne et déroule en souriant les doubles croches de l’irrésistible « Aura beata ». Mais la surprise vient du sublime « Caeli, audite », où elle varie ses effets sur 12 minutes, avec des finesses qu’on ne lui connaissait pas. Du grand art.</p>
<p>Cet air étiré illustre idéalement le talent de <strong>Thibault Noally</strong>, dont la pulsation exprime le mystère divin dont l’ange se fait le héraut. Tous les autres affects de l’œuvre sont justes et savamment dosés, sans jamais rien de mécanique&nbsp;; les affinités de Noally avec l’oratorio et avec l’école napolitaine sont glorieusement confirmées. Sous sa direction, l’ensemble <strong>Les Accents</strong> ne mérite que des éloges. Un enregistrement à la fois sensible et brillant, qui vient avantageusement s’ajouter à celui du pionnier Jérôme Corréas, qui défendait honorablement l’œuvre avec des chanteurs engagés mais moins virtuoses.</p>
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		<title>Fin d’année intense pour Philippe Jaroussky</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/fin-dannee-intense-pour-philippe-jaroussky/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 25 Oct 2024 05:53:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Philippe Jaroussky termine l&#8217;année 2024 sous le feu des projecteurs. La sortie de son album Lieder, en hommage à Schubert est annoncée le 1er novembre. Le contre-ténor est accompagné au piano par Jérôme Ducros pour la 3e fois au disque. Le duo enchaînera avec une série de récitals en France et à l&#8217;étranger, dont le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Philippe Jaroussky</strong> termine l&rsquo;année 2024 sous le feu des projecteurs. La sortie de son album <em>Lieder</em>, en hommage à Schubert est annoncée le 1er novembre. Le contre-ténor est accompagné au piano par <strong>Jérôme Ducros </strong>pour la 3e fois au disque<strong>.</strong> Le duo enchaînera avec une série de récitals en France et à l&rsquo;étranger, dont le Théâtre des Champs-Élysées le 9 novembre.</p>
<p>Le 22 novembre, Philippe Jaroussky sera de nouveau au cœur de l&rsquo;actualité discographique avec <em>Serpentes Ignei in Deserto</em>, un oratorio de Johann Adolf Hasse où, dirigé par <strong>Thibault Noally</strong> à la tête de son ensemble Les Accents, il interprète Moïse aux côtés de <strong>Julia Lezhneva</strong> et <strong>Jakub Józef Orlińsk</strong>i.</p>
<p>Enfin, du 16 au 19 décembre, le contre-ténor partagera son expertise avec les jeunes talents de son Académie lors de masterclasses à la Seine Musicale, suivies le 20 décembre dans la même salle, d&rsquo;un concert dédié aux compositrices, en partenariat avec l’Association « Elles Women Composers ».</p>
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		<title>HAENDEL, Rinaldo &#8211; Beaune</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-rinaldo-beaune/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Jul 2024 05:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Longtemps après que Pier Luigi Pizzi et Marilyn Horne aient révélé Rinaldo, Beaune retrouve notre héros, pour la troisième fois, vingt-deux ans, puis quinze ans après. Ce soir c’est Thibault Noally qui conduit son ensemble, Les Accents. La production, créée au Théâtre des Champs Elysées en février dernier (2) connaît une distribution presqu’inchangée, puisque le &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Longtemps après que Pier Luigi Pizzi et Marilyn Horne aient révélé <em>Rinaldo</em>, Beaune retrouve notre héros, pour la troisième fois, vingt-deux ans, puis quinze ans après. Ce soir c’est <strong>Thibault Noally</strong> qui conduit son ensemble, <em>Les Accents</em>. La production, créée au Théâtre des Champs Elysées en février dernier (2) connaît une distribution presqu’inchangée, puisque le rôle de Goffredo change de titulaire (à Lucile Richardot est substituée <strong>Lorrie Garcia</strong>), et  <strong>Chiara Skerath </strong>s&#8217;empare du rôle d&rsquo;Armida, cédant Almirena à <strong>Gwendoline Blondeel</strong>. La plupart des solistes sont familiers du Festival.</p>
<p>L’histoire est connue, où les Croisés assiègent Jérusalem.  Goffredo (Godefroid de Bouillon), frère d’Eustazio et père d’Almirante, confie à Rinaldo le soin de vaincre les Infidèles (Argante, roi de Jérusalem, et son amante, la magicienne Armide). Celle-ci enlève Almirante, promise à Rinaldo, et séduit ce dernier par ses enchantements&#8230;</p>
<p>Cette version de concert, que le mauvais temps a contraint au repli à la Basilique, confine l’orchestre et les solistes dans son chœur. Il leur est ainsi malaisé de jouer pleinement leur personnage comme ils l’auraient certainement fait dans la cour des Hospices. Certes, la magie, les effets spectaculaires réservés aux machines comme aux êtres animés (3) relèvent ce soir de l’imagination, mais les prouesse vocales, orchestrales n’en sont que plus évidentes. Les nombreux airs (4) éblouissent et nous touchent, de la vaillance à la plainte extatique. Tous les <em>da capo</em> sont ornés, parfois brillamment, toujours avec intelligence. Les récitatifs sont animés, d’une souplesse et d’un naturel confondants. Seule réserve, mineure, le recours trop fréquent (5) au positif, très sonore, au détriment du plus discret clavecin, d’autant que le continuo est fourni. Seulement quatre duos, tous aussi remarquables, émouvants par leur sens dramatique et leur perfection vocale, pour quantité d’airs : le duetto de Rinaldo avec Almirena (« Scherzano sul tuo volto »), puis avec Armide (« Fermati / No, crudel ! », ajouté en 1731), enfin celui d’Argante avec la magicienne « Al trionfo del nostro furore », sans oublier celui des sirènes, « Il vostro maggio », délicieux, respirant la séduction, d’une égale réussite.</p>
<p><strong>Carlo Vistoli</strong>, plus haendelien que jamais, possède la pleine intelligence du rôle-titre – martial, viril et tendre – et les moyens superlatifs pour en traduire les sentiments : une technique prodigieuse (son aisance dans les vocalises et les traits les plus pyrotechniques), l’ambitus le plus large, une projection et puissance rares chez les contre-ténors, et, surtout, une qualité d’élocution et de réels talents de comédien. Si son air d’entrée, élégiaque, n’est pas le plus approprié aux démonstrations, comme le « Cara sposa, amante cara », ému, qui traduit bien l’accablement du héros à l’enlèvement d’Almirena, dont il a été le témoin impuissant, le furieux « Venti turbini » est fabuleux de virtuosité, où le violon solo de Thibault Noally nous éblouit autant que la voix. L’enchantement se poursuivra après les dernières notes de « Or la tromba in suon festante », dont l’éclat et l’ornementation virtuose fascinent. La santé vocale de <strong>Chiara Skerath</strong> est confirmée pour Armida, le rôle habité de la plus redoutables des magiciennes. La voix, souple, agile, est agressive, fière comme caressante, tendre, émouvante, d’une <em>italianità</em> parfaite. Elle éblouit par ses airs violents (son arrivée, avec « Furie terribili ! ») comme par ses élans amoureux (la déchirante déploration « Ah ! crudel ! il pianto mio ») justes, sincères jusqu’au pathétique. Sa liberté vocale, dès son air d’entrée, impose un personnage flamboyant, de démesure. Chacun des ses airs est un régal. Retenons particulièrement l’air de vengeance du II , « Vo’ far guerra, e vincer voglio », avec ses improvisations au clavecin, ménagées par Haendel, aux vocalises exemplaires. <strong>Gwendoline Blondeel</strong>, dont la révélation au concours de Froville a marqué le début de la carrière, est Almirena. La séduction le dispute à l’autorité, le timbre, fruité, la ligne soutenue et finement ciselée, les aigus épanouis et lumineux emportent l’adhésion. De ses nombreux airs, retenons déjà « Augeletti, che cantate, zefiretti » avec la petite flûte (<em>ottavino</em>) virtuose, et deux flûtes à bec, d’un raffinement extrême, d’une fraîcheur rare, où notre soliste orne sa ligne à l’égal des trois instruments. Son duetto avec Rinaldo « Scherzano / Ridano » est d’un bonheur communicatif, rayonnant.  Attendue, « Lascia, ch’io pianga », la poignante sarabande au legato exemplaire suspend le temps, fait toujours son effet. Vraisemblable prise de rôle pour Lorrie Garcia, contralto marseillaise dont l’essentiel de la carrière se développe en Italie. Elle campe un Goffredo élégant et viril, à l’indéniable autorité. La voix est charnue, bien timbrée, incisive, autoritaire, aux solides graves et la technique est sans défaut, dès son air d’entrée  (« Sovra balze scosceni e pungenti »). On retiendra son « Mio cor, che mi sai dir ? » enfiévré, ambigu, où la complexité du personnage lui confère une réelle humanité. Les trois airs retenus du frère de Goffredo, Eustazio, sont heureusement confiés à <strong>Anthea Pichanick</strong>, dont on connaît les mérites. La chaleur, la souplesse et le timbre moelleux lui permettent l’une des plus belles plaintes que nous ayons entendues (« Siam prossimi al porto »). Si, auparavant puis ensuite, chacun de ses airs est remarquable (« Col valor,colla virtù or si vad », « Di Sion nell’ alta sede »), c’est également dans les récitatifs que toutes ses qualités sont flagrantes. Avec le « Sibillar gli angui d’Aletto », Argante nous est présenté par<strong> Victor Sicard</strong>. Vigoureux, chaleureux pour cet air aux généreuses vocalises, admirables, avec un orchestre survitaminé, le roi de Jérusalem est parfaitement servi, rivalisant avec trompettes et timbales. Le legato superbe du « Vieni, o cara », sensible, douloureux, met tout autant en évidence l’étendue des qualités de notre baryton. En outre, ses talents de comédien, son art du récitatif, lui permettent une caractérisation aboutie de son personnage et le rendent attachant.</p>
<p>Thibault Noally dirige du violon, dont il joue fréquemment, tant dans les tutti que comme soliste, toujours soucieux de la dynamique et de l’articulation de ses musiciens. S’il semblait sur la retenue lors de la première au TCE, ce soir, comme ses chanteurs et son ensemble, il paraît libéré, pleinement épanoui. Sa familiarité de l’ouvrage et l’attention portée au chant permettent l’expression lyrique la plus juste. L’orchestre rend pleinement justice à la partition, dès son ouverture, somptueuse et animée, au son plein et chargé de séduction, la première sinfonia participe vraiment au drame que constitue l’enlèvement d’Almirena. La berceuse des sirènes, étrange avec ses dissonances audacieuses, nous envoûte.  Seul petit bémol, la formidable bataille du III, ici réduite à une simple illustration martiale, spectaculaire, est prise à un train d’enfer, inapproprié aux conditions acoustiques de la basilique. La dynamique, l’articulation, les batteries se signalent par le souci de précision constant. Les solistes des <em>Accents</em>, flûtes, hautbois, basson, clavecin, violon, aux timbres délicieux, rivalisent d’agilité pour dialoguer avec les voix.</p>
<p>Pouvait-on rêver plus belle distribution, engagée, virtuose et harmonieuse, servie par une direction pleinement épanouie ? Après le chœur final, souriant, chaleureux bien que dramatiquement convenu, la nef comme les bas-côtés exultent. L’enthousiasme d’un public ravi fera un long triomphe aux chanteurs comme aux <em>Accents </em>et à son chef.</p>
<pre>(1) Le 20 juillet 1996, Christophe Rousset (avec Sarah Mingardo, Sandrine Piau et autres), puis le 18 juillet 2009 (où Ottavio Dantone réunissait Delphine Galou, Lennecke Ruiten, Riccardo Novaro etc.). 
(2) Guillaume Saintagne, pour Forumopéra, en avait rendu compte (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-rinaldo-paris-theatre-des-champs-elysees/">Plus d’intelligence que d’éclat</a>). 
(3) A la création, en 1711, ce sont des oiseaux vivants qui peuplaient le jardin d’Armide. 
(4) 29 dans la partition de 1711 ; 23 sont conservés. Il est vrai que l’ouvrage est ample... 
(5) Y compris dans les arias d’où Haendel l’a explicitement exclu, où seules les cordes sont convoquées.</pre>
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		<title>Divo Diva &#8211; Paris (Théâtre des Champs Elysées)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/divo-diva-paris-theatre-des-champs-elysees/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Brigitte Maroillat]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 15 May 2024 04:49:54 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Hier soir, au Théâtre des Champs Elysées, il nous a été donné d’entendre un concert en forme de feu d’artifice vocal, dont le fil conducteur était le plaisir évident de faire de la musique ensemble. Heureuse initiative que de réunir de jeunes chanteurs dans une programme alliant Haendel, Vivaldi et Porpora. Le bonheur, l’allégresse et &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Hier soir, au Théâtre des Champs Elysées, il nous a été donné d’entendre un concert en forme de feu d’artifice vocal, dont le fil conducteur était le plaisir évident de faire de la musique ensemble. Heureuse initiative que de réunir de jeunes chanteurs dans une programme alliant Haendel, Vivaldi et Porpora. Le bonheur, l’allégresse et l&rsquo;énergie avec lesquels chacun s’est fondu dans ce répertoire, confèrent aux accords et désaccords des cœurs et des émotions humaines beaucoup de profondeur de couleurs, et aussi d’expressivité. Cette osmose de quatre voix dans l’écrin d’une direction intense, mais toute en subtile retenue, de <strong>Thibault Noally</strong> à la tête de son ensemble <strong>Les Accents</strong> a, à l’évidence, séduit le public.</p>
<p><strong>Bruno de Sà</strong>&nbsp;met d’emblée le feu aux poudres dès l’ouverture du programme, avec «&nbsp;Vorresti a me sul ciglio » extrait de <em>Carlo il Calvo</em> de Porpora, et plus tard avec le pyrotechnique «Trà le follie diverse…Siam navi&nbsp;» de <em>L’Olimpiade</em> de Vivaldi. Le chanteur construit ses personnages scéniques de manière très étudiée, tant sur le plan vocal que sur les codes vestimentaires, entre classicisme et <em>fashion queer</em>, du costume gris clair avec un long foulard stylé porté en cape au tee-shirt à paillettes sous une veste rayée Borsalino. Comme toujours, la théâtralité et les élans vertigineux et spectaculaires de ces airs sont pleinement assumés avec panache et aisance, et le tout dans une chorégraphie toute personnelle. Sur le plan vocal, Bruno de Sà éblouit littéralement par la clarté et l’agilité de son instrument. Il n’y a aucune tension dans cette voix, contrairement à bien des sopranistes, bien que l’on serait davantage tenté d’user du terme « soprano » pour qualifier la voix de Bruno de Sà tant son émission est d’une telle pureté. Le chanteur nous laisse ici en état de sidération, comme à chacune de ses apparitions, tant sa grâce et sa singularité illuminent la scène.</p>
<p>Surprise&nbsp;! Nous attendions Lauranne Oliva la Révélations des Victoires 2024, dont le nom ne cesse de circuler comme la future étoile scintillante. Et c’est finalement <b>Sophie Junker</b>, qui se présente sur scène en invité inattendue, parée d’une magnifique robe de soirée fuchsia enveloppant dans son drapée, une maternité à venir. A la prime jeunesse, succède ainsi l’expérience, et la soprano que nous retrouvons avec plaisir, est ici égale à elle-même. La voix est charnue à l’ample medium et l’aigu solaire dans les passages les plus vifs. Son « Ama e sospira » d’<em>Alcina</em> a belle et fière allure. Elle sait captiver tant dans l’allégresse que dans la vérité des accents introspectifs de «La Gioa ch’io sento » de Mitridate au coté d’<b>Eva Zaïcik. </b>Comme à son habitude, cette dernière séduit par sa voix pure aux beaux graves, et la belle maitrise des ornements notamment dans « Gelido in Ogni vena » extrait de <em>Farnace</em> de Vivaldi. A fleur de lèvre dans une retenue expressive ou dans des accents enlevés et mordants, elle emporte ici l’adhésion de l’auditeur et l’enthousiasme du public qui l&rsquo;a gratifiée de chaleureux applaudissements. Elle nous livre également un surprenant duo Sesto/Cornelia « Madre ! Mia vità ! Son nata largrimar » de <em>Giulio Cesare</em> aux coté de Bruno de Sà qui suscite d’emblée le trouble en jouant sur le contraste au-delà des sexes entre le grave de la mezzo et les aigus cristallins du sopraniste.</p>
<p><strong>Christophe Dumaux</strong> n’en finit pas, lui aussi, de nous surprendre. Il habite l’air « T’ubbidiro crudele…Fammi combattere » d<em>’Orlando</em> avec un bel abattage, dans le plus parfait style Haendélien. Toutes voiles dehors, il empoigne les mots et transcende sa ligne de chant de rythmes percutants. Les vocalises sont exécutées avec vaillance. Doté d’une énergie centrifuge, le contre-ténor sait toutefois doser ses effets, et servir à merveille la tonalité singulière du superbe « Bramo haver mille vite » d’<em>Ariodante</em> aux côtés de Bruno de Sà avec lequel il entretient ici une complicité teintée de facétie qui fait plaisir à voir. Il atteint un moment de grâce dans le duo avec Sophie Junker,&nbsp;«&nbsp;Ti abbraccio&nbsp;»<em>&nbsp;</em>de&nbsp;<em>Rodelinda</em>&nbsp;dont le raffinement délivré par les deux chanteurs donne ici une parure subtile et émouvante à une étreinte fulgurante en forme d’adieu.</p>
<p>Le concert se termine en beauté avec le trio de <em>Germanico in Germania</em>, « Temi lo sdegnio mio » porté par les timbres moelleux de Bruno de Sà, Sophie Junker, et Christophe Dumaux, lesquels servent à merveille le ton doux amer, presque ironique, de cet air <em>d’opera seria</em>. Le trio se transformera en quatuor, avec le retour sur scène d’Eva Zaîcik, pour gratifier le public de bis afin de prolonger cette réjouissante fête vocale.</p>
<p>L’accompagnement des&nbsp;<strong>Accents</strong>&nbsp;est au diapason des voix, grâce à l’approche de&nbsp;<strong>Thibault Noally</strong>, attentif à toutes les nuances et aux contrastes. L’ensemble, toujours très équilibré, déploie une grande intensité mais sans emphase inutile, dans une exécution particulièrement élégante. Thibaut Noally fait montre d’une belle virtuosité au violon dans le Concerto pour violon en ré majeur, RV 212a de Vivaldi. Quand l’inspiration rencontre l’énergie, elle donne une parure étincelante à l’étreinte fulgurante des exaltations des sentiments humains portées par ce répertoire. Quelle belle soirée !</p>
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