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	<title>Musica Aeterna - Orchestre - Forum Opéra</title>
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	<title>Musica Aeterna - Orchestre - Forum Opéra</title>
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		<title>VERDI, La traviata — Luxembourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-la-traviata-luxembourg-triomphale-et-controversee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 12 Oct 2018 03:24:18 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Teodor Currentzis s’était allié à Dmitri Tcherniakov pour Aida, puis Macbeth. Cette Traviata est le fruit de son travail avec Robert Wilson, autre figure majeure de la mise en scène contemporaine.  Ce dernier déclare n&#8217;avoir « jamais vu une production de La Traviata qui [lui] ait plu », ajoutant « elles sont généralement kitsch et très sentimentalistes &#8230; Le défi consiste &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Teodor Currentzis</strong> s’était allié à Dmitri Tcherniakov pour <em>Aida</em>, puis <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/un-macbeth-sous-influence"><em>Macbeth</em>.</a> Cette <em>Traviata</em> est le fruit de son travail avec <strong>Robert Wilson</strong>, autre figure majeure de la mise en scène contemporaine.  Ce dernier déclare n&rsquo;avoir « jamais vu une production de <em>La Traviata</em> qui [lui] ait plu », ajoutant « elles sont généralement kitsch et très sentimentalistes &#8230; Le défi consiste à déceler une profondeur émotionnelle dans la musique, sans être superficiel ni expressif ».  Après Linz, en 2015, puis Perm un an après, le Grand-Théâtre de Luxembourg réunit ces deux monstres sacrés. La lecture singulière de Bob Wilson passe aux yeux du plus grand nombre comme novatrice ou renouvelée, radicale dans son parti-pris esthétisant. Ce soir, incontestablement, elle fonctionne et le public ne s&rsquo;y trompe pas, réservant de longues ovations, debout, à l&rsquo;ensemble des acteurs.  Avec quelque recul,  le système construit au fil des ans relève cependant autant de l&rsquo;artifice que la plus conventionnelle des réalisations.</p>
<p>En dehors de Violetta et Alfredo, superbes,  les éclairages de<strong> John Torres</strong> sont peut-être ce que l’on retiendra avant tout de ce spectacle. La rampe de néons  éblouissants qui limite l’avant-scène annonce ce premier rôle. Constante du langage de Wilson,  le traitement virtuose de la lumière, qui compense le statisme des chanteurs, autorise les plus beaux tableaux, éphémères. Toujours des tons subtils, nuancés, changeants, comme les intensités et les volumes, allant de la ponctuation crue du seul visage de Violetta au début du dernier acte à ces strates ou dégradés que l’on ne trouve qu’en haute altitude. Les contrejours, fréquents, qui dessinent les silhouettes sur ces fonds colorés, nous renvoient au XVIIIe S comme aux ombres chinoises. Mais est-on encore à l&rsquo;opéra, ou sommes-nous dans un théâtre d&rsquo;ombres  qui eut les faveurs du public avant la naissance du cinéma ? Les costumes dessinés  par <strong>Yashi</strong> sont d’une rare élégance, robes romantiques aux tons pastels des femmes, habits noirs pour les hommes.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="304" src="/sites/default/files/styles/large/public/traviata_3.png?itok=7GeGbi-7" width="468" /><br />
	© DR</p>
<p>Quelques  éléments mobiles, abstraits, pallient l&rsquo;absence de décor. Une forme indéterminée disparaît dans les cintres peu après le lever de rideau. Ce sont ensuite des sortes de gros crayons, immaculés, taillés aux deux extrémités, qui vont descendre avant de se stabiliser et de permettre des jeux de lumière. Puis apparaissent d&rsquo;étranges structures, qui rappellent l&rsquo;enchevêtrement des tiges blanches du jeu de mikado, structures que l&rsquo;on retrouvera au sol, groupées comme mobiles. Enfin, ce sera le tour de sortes d&rsquo;épées lumineuses (<em>Star Wars</em> ?) suspendues obliques à mi-hauteur. Le refus de tout figuralisme est manifeste, qui interroge le spectateur. Le carré lumineux projeté en fond de scène au dernier acte, petite fenêtre qui permet à Violetta de prendre conscience de la lumière du jour, sera l’unique concession narrative, à moins que les cornes que portent certains chanteurs lors du chœur des toréadors nous renvoient à l’Espagne, si ce n’est à <em>Falstaff</em>. Depuis bientôt cinquante ans, Robert Wilson a construit son système, d’une pureté aseptisée, esthétisante : refus de tout décor, de tout accessoire, immobilité des personnages, déplacements mesurés, parfois rompus par les bonds des hommes ou le trottinement d’ Annina.  Peut-on parler de direction d’acteur, quand il s’agit de réduire l’expression de chacun à un vocabulaire restreint de mouvements des avant-bras et de hochements de tête ?  Des visages délibérément inexpressifs, figés, jamais aucun contact entre les corps, comme si un interdit religieux le prohibait ? Au « Più a me t’appressa » [approche-toi plus près] que chante Violetta, Alfredo, distant d’environs quatre mètres, approchera sa main à une vingtaine de cm, sans jamais toucher celle de la mourante. Wilson dit vouloir libérer l’imaginaire du spectateur, se contentant de lui proposer des symboles. Soit, mais alors l’écoute d’un enregistrement dans l’obscurité n’est-elle pas encore mieux venue ? Si le hiératisme, l&rsquo;abstraction, l&rsquo;ascèse conviennent aux scènes dont l&rsquo;action est réduite, ainsi le dernier acte de cette <em>Traviata</em>, les limites sont vite atteintes lorsque la succession des événements impose un minimum de rythme. Ne tombe-t-on pas dans une convention, si décriée par ailleurs, lorsque les solistes viennent se planter devant le chef pour chanter leur air, la paume de la main semblant prendre appui sur un élément invisible ?  La cohérence du propos, comme la perfection formelle de la réalisation sont indéniables, tout y est millimétré, synchronisé, des mouvements, des éclairages, avec la musique. Une succession de tableaux, le plus souvent séduisants, devant lesquels le spectateur défile comme dans une galerie de musée, si elle rompt avec les habitudes d&rsquo;un public familier de mises en scènes traditionnelles comme renouvelées, ne fait pas pour autant un opéra.</p>
<p><em>La Traviata</em>, c’est d’abord Violetta. Nous découvrons  en <strong>Nadezhda Pavlova</strong> une interprète majeure : la voix est claire et sonore, avec ce qui sied de fraîcheur juvénile, ce qui est d’autant plus remarquable qu’elle n’est plus une débutante. De superbes aigus filés pianissimo, une agilité et  une longueur de voix qui forcent l’admiration. Son troisième acte est bouleversant (l’un des plus beaux « Addio del passato » jamais écoutés).  « Una donna di prima forza », n’était son italien aux accents slaves. Alfredo, qui ne dispose lui aussi que de sa voix, faut-il le rappeler, est admirable du début à la fin. L’émission d’ <strong>Airam Hernandez</strong> est superbe.  Un brindisi plus qu’honnête, la fougue de « De’ miei bollenti spiriti », le lumineux contre-ut tenu  de « O mio rimorso », les duos, tout emporte l’adhésion, sans histrionisme. Le Germont de <strong>Dimitris Tiliakos</strong> déçoit  quelque peu. Son émission est terne, sans séduction, le souffle court et le legato absent. Où sont la ligne et la noblesse ? Les rôles secondaires sont honorablement  défendus. Les choeurs surprennent, moins par leurs qualités intrinsèques – encore que la prononciation italienne soit anecdotique – que  par la fonction qui leur est attribuée, ainsi celui des zingarelles, comme celui des toréadors, dont toute référence à l&rsquo;Espagne est gommée. Pourquoi ?</p>
<p>Familier du compositeur (<em>Aida</em>, <em>Macbeth</em>, le <em>Requiem</em>…).Teodor Currentzis respecte scrupuleusement  le texte de Verdi. Toutes les nuances, y compris celles qui sont estompées, voire oubliées le plus souvent, sont là, poussées à l’extrême, il en va de même des tempi. Modelant le chant, imposant les respirations, ciselant tel détail, valorisant tel motif instrumental, la direction est superlative. En résulte un lyrisme exacerbé, qui, ponctuellement, renvoie à certaines musiques de films, tant il est spectaculaire. D’une rare discipline, d’une exactitude et d’un ensemble confondants,  son orchestre est voué à la traduction de ses intentions les plus subtiles. Son attention au chant est constante, qu’il sculpte, accompagne avec exigence. Le spectacle, faute d’être sur le plateau, est dans la fosse.</p>
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		<title>MOZART, La clemenza di Tito — Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-clemenza-di-tito-paris-tce-teodor-currentzis-genie-ou-esbroufe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Sep 2017 04:10:33 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La Clemenza di Tito souffre d’une certaine incompréhension de la part du public et de la critique. Exacte contemporaine de La Flûte enchantée, qui nous apparait aujourd’hui comme profondément moderne, l’oeuvre est vue comme un opera seria un peu démodé, dont l’existence ferait presque tache dans la carrière du compositeur. On tentera de l’excuser en &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>La Clemenza di Tito </em>souffre d’une certaine incompréhension de la part du public et de la critique. Exacte contemporaine de <em>La Flûte enchantée</em>, qui nous apparait aujourd’hui comme profondément moderne, l’oeuvre est vue comme un opera <em>seria</em> un peu démodé, dont l’existence ferait presque tache dans la carrière du compositeur. On tentera de l’excuser en expliquant qu’il s’agissait d’une oeuvre de commande (comme la plupart des opéras de cette époque) et l’on assènera que la première fut un échec (ce qui est loin d’être prouvé). Sur la forme, l’ouvrage apporte pourtant son lot de nouveautés, avec une action resserrée en deux actes, et un livret de Caterino Mazzolà qui ne retient que 11 des 25 arias de l&rsquo;original de Metastase, écrit plus de 50 ans auparavant (et qui inspira une quarantaine d’opéras !). Comme le souligne Vincent Borel dans le programme de salle, <em>La Clemenza</em> est aussi le pendant de <em>La Flûte</em>. On y trouve des allusions musicales à la maçonnerie (les trois roulements initiaux de l’ouverture du premier ouvrage, qui font écho aux trois accords initiaux de celle du second) et le personnage de Tito est de la même stature morale que celui de Sarastro. L’ouvrage fut composé pour le couronnement de Léopold II, empereur du Saint-Empire, au trône de Bohème. Souverain éclairé, Léopold avait été, par exemple, le premier à interdire définitivement la peine de mort lorsqu’il était Grand-Duc de Toscane. Léopold était aussi le frère de Marie-Antoinette, arrêtée trois mois plus tôt à Varennes par une révolution d’inspiration maçonnique. Dans ces conditions, la clémence dont fait preuve Titus, qui n’est qu’une figuration de Léopold, prend, sous la plume du maçon Mozart, une résonance toute particulière.</p>
<p>Tout cela pour dire que la <em>Clemenza</em> n’est pas un ouvrage composé au hasard et à la va-vite. Dans ces conditions, on reste circonspect devant les « améliorations » musicales apportées à la partition par <strong>Teodor Currentzis</strong>. On avait l’habitude (hélas) des metteurs en scène modifiant les oeuvres qu’ils montent : il faudra dorénavant se méfier des chefs d’orchestre. Considérant que les récitatifs ne sont (peut-être) pas de la main de Mozart mais de celle de son élève Süssmayr, le chef grec les supprime quasi intégralement, ce qui donne lieu à des ruptures musicales parfois gênantes entre les scènes. Currentzis choisit également de compléter l’ouvrage avec une vingtaine de minutes de musique extraites de la <em>Messe en ut mineur (</em>« Laudamus te », « Kyrie », « Qui tollis ») qui viennent s’intercaler entre deux airs. Enfin, il conclut l&rsquo;opéra en ajoutant la <em>Musique funèbre maçonnique</em> (ce qui n’aurait surement pas été du goût de Léopold). Le chef impose également, dès l’ouverture, un <em>continuo</em> envahissant, parfois à la limite du concerto pour pianoforte, avec également quelques instruments exotiques (guitare baroque, théorbe). Mais c’est dans la direction elle-même que se manifeste une trahison plus subtile : les tempi changent à chaque mesure, avec des accélérations et des ralentis à donner le mal de mer. De longs silences viennent s’intercaler entre deux phrases. Omniprésent, le chef accompagne les chanteurs de la bouche et de la baguette, l’orchestre le suivant avec une précision incroyable. Il faut reconnaitre que cette phalange est d&rsquo;un très haut niveau. A défaut d’une reprise de la mise en scène créée par Peter Sellars pour Salzbourg dans les mêmes conditions musicales, des éclairages savamment étudiées cherchent à créer une ambiance de recueillement. Le chef lui-même n’entre en scène que longtemps après tous les autres, dans le silence et la pénombre. Génie ou esbroufe égotique ? Une chose est sure : ce n’est plus du Mozart, mais cela reste une expérience unique et captivante, entièrement construite autour de la personnalité du chef et non de l&rsquo;oeuvre qu&rsquo;il est supposé servir.</p>
<p><strong>Maximilian Schmitt</strong> est un Tito musical, à la voix bien conduite. Avec des notes émises en mixte dès le haut médium,  la voix manque du brillant et du mordant que l’on attend d’un empereur romain. <strong>Karina Gauvin</strong> est souvent à la peine dans le registre aigu (en particulier dans son deuxième air) mais le timbre reste superbe et l’artiste d’une grande prestance. <strong>Stéphanie d’Oustrac </strong>démarre mal, avec une voix un peu sèche et des attaques qui semblent buter dans la gorge, mais l’artiste se rattrappe avec un superbe « Parto », anthologique dans ce contexte. L&rsquo;insertion du « Laudamus te » donne l&rsquo;occasion à <strong>Anna Lucia Richter</strong> de séduire par la fraicheur de son timbre et la musicalité de son expression. <strong>Jeanine de Bique</strong> bénéficie de l&rsquo;ajout du « Kyrie » auquel elle apporte un beau timbre. <strong>Willard White</strong> joue les utilités en Publio avec une voix un peu usée et une projection désormais limitée.</p>
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		<title>Concert MusicAeterna — Montreux</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/concert-musicaeterna-montreux-protee-ou-demiurge/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 28 Aug 2017 05:30:33 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après Genève où il dirigeait sa version de La Clemenza di Tito c’est à Vevey que Teodor Currentzis donnait un concert dans le cadre de la tournée qu’il effectue avec l’ensemble Musica Aeterna. Invité par Septembre musical, le festival de musique classique de Montreux-Vevey, il proposait un programme destiné à mettre en valeur les artistes &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après Genève où il dirigeait <a href="/la-clemenza-di-tito-geneve-quand-dieudonne-se-prend-pour-amadeus">sa version de </a><em><a href="/la-clemenza-di-tito-geneve-quand-dieudonne-se-prend-pour-amadeus">La Clemenza di Tito</a> </em>c’est à Vevey que <strong>Teodor Currentzis</strong> donnait un concert dans le cadre de la tournée qu’il effectue avec l’ensemble <strong>Musica Aeterna</strong>. Invité par Septembre musical, le festival de musique classique de Montreux-Vevey, il proposait un programme destiné à mettre en valeur les artistes du chœur et les instrumentistes de l’opéra de Perm, dont il assure la direction artistique. Disons-le tout net : les mélomanes réfractaires au « personnage » de Teodor Currentzis, à son « look », à sa gestuelle, qui s’abstiennent pour ces motifs d’assister aux concerts qu’il dirige ont eu grand tort. D’abord parce qu’il se renouvelle et se montre étonnamment sobre, probablement parce que les œuvres liées au répertoire sacrée lui inspirent un autre comportement, nettement moins exubérant. Ensuite parce qu’il trouve d’autres biais pour satisfaire ce qui nous semble être, de la part de cet adolescent prolongé, une perpétuelle recherche de sa propre identité : hier ludion bondissant pour diriger l’opéra, il devient ce soir le supérieur d’un couvent dont les choristes et les musiciens sont les moines.</p>
<p>Le ton est donné dès la première partie, consacrée entièrement à des extraits d’œuvres pour chœur a cappella. Précédé de quelques tintements d’une cloche à la sonorité délicate et lointaine, de la coulisse surgit un moine portant un violoncelle, il s’accroupit en fond de scène à cour et tisse un continuo monocorde dans la pénombre, tandis que défilent, porteurs de lumignons qui éclairent à peine leurs visages, les artistes des chœurs vêtus d’un noir uniforme qui évoque évidemment celui des ecclésiastiques. On comprend dès lors que ce concert sera « mis en scène » et que les lumières, qui évolueront sans cesse au gré des options du directeur musical, participeront à la volonté manifeste de créer un art total, où l’on s’efforce de combler les yeux et les oreilles pour satisfaire l’esprit. Et l’on se plaît à dire qu’hormis la « chorégraphie » où les choristes miment le désespoir et la déploration, saisissante mais si théâtrale que la sincérité de l’affliction exprimée par le chant est contaminée par l’affectation que trahit la synchronisation des mouvements, la gageure est tenue largement.</p>
<p>Du « O vis eternitatis » d’Hildegard von Bingen qui ouvre le concert au « Remember not, Lord, Our  Offences » de Purcell sur lequel se referme cette première partie, le chœur de l’Opéra de Perm, sous la conduite inspirée de Teodor Currentzis, nous fait voyager du connu à l’inconnu, mais toujours aux frontières de l’étrange. La vision de l’abbesse allemande prend ici d’inattendues résonances byzantines et même de « cante hondo » dans le chant habité d’une soprano qui semble happée par un ailleurs. Le <em>Lux Aeterna </em>de Ligeti, magma indistinct d’où émergent à peine des fragments qui deviennent une plainte ininterrompue, peu à peu absorbée dans un murmure à peine audible qui se résout en dissonance, avant qu’un effet d’échos ne produise des sonorités d’airain, qui évolueront en psalmodie avant de se dissoudre, devient une expérience sensorielle qui tend à rendre mystique l’auditeur. Il en est de même avec le deuxième mouvement du concerto pour chœur d’Alfred Schnittke, compositeur que Teodor Currentzis estime injustement négligé. Longue psalmodie sur laquelle une mélopée lancinante est reprise à l’octave, riche chœur réduit à un souffle en un instant, échos de la liturgie slavonne, scansions qui déchaînent un océan sur lequel tournoie une voix de soprano, et puis, tandis que la lumière baisse, la douceur insistante d’une requête, et comme un départ dans le lointain.</p>
<p>Le « Credo » de Stravinski commence en chuchotement, qui devient un murmure, qui s’élève jusqu’à devenir proclamation ponctuée par la cloche en coulisse, et l’énergie évoque les marches de l’Oural tandis que la lumière est la plus vive sur l’Amen final. <em>I will sing unto the Lord </em>n’a pas la suavité familière, mais le legato est incontestablement séducteur. Admirable encore le premier des <em>Trois chants sacrés </em>d’Alfred Schnittke, avec ce crescendo très doux, très modulé, la voix féminine flottant sur le tapis des voix masculines, rejointes par le chœur féminin, la fusion polyphonique en crescendo et le diminuendo qui meurt. On reste à la même altitude de perfection sonore pour l’extrait de la cantate consacrée à Saint Jean Damascène par Sergei Taneyev sur un poème de Tolstoï, que Teodor Currentzis dirige au pied de la scène, avant une interprétation quelque peu expressionniste des deux prières sur la musique de Purcell, <em>Hear my Prayer, O Lord </em>et <em>Remember not, Lord, Our Offences</em>, où l’imploration se fait presque revendicative.</p>
<p>	Etait-ce une manière de préparer l’auditoire à l’interprétation du <em>Requiem </em>de Mozart qui allait suivre ?  Elle nous a semblé avoir pour moteur la valorisation de contrastes, soulignés avec une force qui nous semble transformer la prière en exigence. C’est peut-être lié à une sensibilité exacerbée telle qu’elle peut se manifester dans des survivances comme les pleureuses ? Cette virulence est peut-être corollaire de la douleur, mais au point de vue liturgique elle ne semble pas fondée, puisque le croyant qui exprime sa crainte exprime aussi son espoir dans la miséricorde divine, dont il ne devrait pas douter, et c’est le rôle du Requiem de l’y aider. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas cette exécution qui nous aura rapproché d’une expérience mystique. L’entrée des musiciens en soutane et des choristes en uniformes monastiques avait peut-être pour but de nous mettre « dans le bain », de créer les conditions d’une exécution proche des conditions réelles. Nous y avons vu une pantomime, une preuve supplémentaire de cette quête de soi que mène Teodor Currentzis puisqu’il est le grand ordonnateur de la cérémonie. Habileté ? Sincérité ? Rouerie ? En dépit des qualités techniques de l’exécution instrumentale, avec mention au brillant tromboniste qui introduit le « Tuba mirum », à laquelle les solistes contribuent avec une apparente conviction mais sans réussir dans leurs ensembles à donner l’impression du chant fusionnel d’une foi partagée, cette interprétation ne nous aspire pas vers un ailleurs ineffable. Reste le charme de la voix pure et lumineuse de <strong>Julia Lezhneva</strong>, une fois purgée d’un trop plein d’air, la souplesse et la clarté de celle du ténor <strong>Thomas Cooley</strong>, le timbre et la fermeté de la basse <strong>Tareq Nazmi</strong> et la discrétion de la mezzosoprano <strong>Catriona Morison</strong>, dont les bras nus et les cheveux roux avaient néanmoins quelque chose de sulfureux ! Ce qui ne nous a pas comblé a pourtant transporté l’assistance, qui au-delà des applaudissements dont elle a submergé légitimement les choristes, fait un triomphe debout à tous les artistes, et évidemment à Teodor Currentzis. Mais auquel de ses personnages en quête d’unité ? Le musicien qui obtient des merveilles de ce choeur ? Celui qui soumet les œuvres à son tempérament ? Celui qui programme l&rsquo;environnement des concerts pour une efficacité maximale de la musique ? Protée ou démiurge ?</p>
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		<title>MOZART, La clemenza di Tito — Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-clemenza-di-tito-geneve-quand-dieudonne-se-prend-pour-amadeus/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 27 Aug 2017 05:43:10 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis son avènement médiatique, Teodor Currentzis s’est maintes fois affirmé comme un homme de passion et de conviction. Nos lecteurs se souviennent probablement des propos recueillis par Laurent Bury où il évoquait sa lecture d’Eugène Onéguine, censée révéler enfin le sens véritable d’une œuvre incomprise. C’est dans le même état d’esprit qu’il a abordé La &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis son avènement médiatique, <strong>Teodor Currentzis</strong> s’est maintes fois affirmé comme un homme de passion et de conviction. Nos lecteurs se souviennent probablement <a href="/actu/teodor-currentzis-si-je-peux-diriger-oneguine-comme-jen-ai-envie-ce-sera-dangereux-pour-tout-le">des propos recueillis par Laurent Bury</a> où il évoquait sa lecture d’<em>Eugène Onéguine, </em>censée révéler enfin le sens véritable d’une œuvre incomprise<em>. </em>C’est dans le même état d’esprit qu’il a abordé <em>La Clemenza di Tito</em>, avec la hardiesse et la détermination des prosélytes qui veulent répandre la bonne parole. La version qu’il en donne est revue et corrigée : il élague ou supprime des récitatifs – ceux-là même que Mozart avait voulus – et il introduit des extraits d’autres partitions de Mozart, quatre de la <em>Grande Messe en ut mineur KV 427</em>, un de l’<em>Adagio pour cordes KV546 </em>et un de la <em>Musique funèbre en ut mineur KV 477</em>. Le mobile est toujours le même : accomplir ce que l’auteur aurait voulu si les circonstances le lui avaient permis. Hélas, Mozart est mort et nous ne saurons jamais ce qu’il aurait pensé de cette initiative que l’amour prétend justifier. Elle nous semble toutefois dangereuse à l’évidence, car on peut l’apparenter aux adaptations qui ont déformé les œuvres de Mozart pendant des décennies.</p>
<p>Certes, Teodor Currentzis connaît les œuvres en elles-mêmes et il n’use pas du forceps pour ces insertions, qu’on peut expliquer en fonction du texte et du contexte. Cela suffit-il à les justifier ? Elles relèvent pour nous plus de l’association d’idées ou de perceptions sonores que d’une nécessité que Mozart aurait indubitablement souhaité. A tel moment, un mot, un climat musical éveillent chez Teodor Currentzis le souvenir de telle ou telle œuvre, et ce rapprochement s’impose à lui avec tant d’évidence qu’il lui semble nécessaire de le rendre effectif. Mais dès lors <em>La Clemenza di Tito</em> qu’il propose n’est plus celle de Mozart. En outre, au concert on est dans un show &#8211; impression que les mouvements d’ensemble des musiciens et les évolutions dansantes du chef nourrissent &#8211; où le manipulateur tient la vedette, et ce n’est pas l’usage savant des lumières qui nous démentira. Quand elles meurent, à la fin, il est le dernier à rentrer dans l’ombre. Avant, elles ont éclairé tour à tour l’orchestre, les deux parties du chœur, les solistes à l’avant-scène, focalisation ou absence qui contribuent à créer un climat dramatique. Malheureusement ce parti-pris d’isoler des personnages pour leur air, de les séparer du protagoniste que ces effusions sont destinées à informer, tend à reconstituer les conditions de l’opera seria que Mozart s’était ingénié à perturber. Alors on se demande : Teodor Currentzis aime-t-il Mozart ? Ou l’idée qu’il s’en fait ?</p>
<p>La question se pose depuis l’émergence du chef dans le panorama musical. Qualifiant ses options de narcissisme, certains mélomanes lui ont tourné le dos. Ils étaient absents ou partis à l’entracte, mais aucun n’a perturbé le triomphe avec standing ovation qui a salué le chef, son ensemble Musica Aeterna et le chœur de l’Opéra de Perm. Cet enthousiasme consacrait-il une entreprise « héroïque » de redécouverte ? Certes l’exécution impeccable par les instrumentistes, ensemble ou par pupitres, avec en vedettes les soli de clarinette, de cor de basset, et une claveciniste chargée d’assurer, outre une pulsation rythmique d’une constante exigence, la cohésion entre la partition et les ajouts, la transparence des plans, la finesse des piani, la beauté sonore, en somme, il y aurait bien de quoi combler, et de quoi ébahir avec les ralentis pleins de suspens et les accélérations fulgurantes. Mais si cette virtuosité impressionne, elle ne nous a pas étourdi au point de nous faire préférer cette version de <em>La Clemenza di Tito </em>à celle où le simple exposé des péripéties offre au spectateur un tout qui se suffit à lui-même, sur le plan musical. Il serait encore possible de discuter le bien-fondé d’inserts de la liturgie catholique dans une œuvre qui vise à l’universalité, comme la musique maçonnique annexée en coda semble le constater, mais ce serait nous éloigner encore.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/-rcaroleparodi-4480.jpg?itok=cgfSE1YM" title="Jeanine de Bique, Karina Gauvin, Anna Lucia Richter, Stéphanie d'Oustrac, Teodor Currentzis,Maximilian Schmitt et Willard White © GTG-Carole Parodi" width="468" /><br />
	Jeanine de Bique, Karina Gauvin, Anna Lucia Richter, Stéphanie d&rsquo;Oustrac, Teodor Currentzis,Maximilian Schmitt et Willard White © GTG-Carole Parodi</p>
<p>Triomphe donc pour Teodor Currentzis, ses musiciens et les choristes, indiscutable récompense de l’exécution. Accueil semblable pour les solistes, dans l’euphorie finale, même si au cours du concert tous n’ont pas reçu les mêmes approbations. Le ténor <strong>Maximilian Schmitt</strong> bénéficie de cette bienveillance. Etait-il dans un mauvais jour ? Sans charme particulier, le timbre sonne d’abord nasal et l’émission semble forcée, sans impressionner pour autant ; le registre aigu n’est pas spectaculaire et les vocalises peu déliées ; c’est finalement dans le cantabile où il n’appuie pas que se révèle une souplesse et une douceur dans l’émission appréciables. C’est un peu insuffisant pour un personnage dont la voix devrait pouvoir se charger d’héroïsme. Au vétéran <strong>Willard White </strong>est échu le personnage de Publio, capitaine de la garde ; est-ce pour cela qu’il adopte un ton rogue qui nous semble outré ? Reste le prestige d’un timbre toujours prenant malgré les années. Les amoureux heureux sont campés par <strong>Anna Lucia Richter, </strong>Servilia, et par <strong>Jeanine de Bique</strong>, Annio. La première semble miser autant sur son élégance et son port de tête que sur sa voix, qu’elle a longue et agile, mais limitée dans le haut aigu, où l’on se prend à attendre des sommets qui ne viennent pas et qu’elle a eu la sagesse de ne pas tenter. Elle a néanmoins un tempérament réel, qui lui permet de donner quelque épaisseur à son personnage. Remarque qui vaut, et combien, pour Jeanine de Bique, dont la voix ronde et chaude accompagne une interprétation d’une remarquable intensité, et qui passe sans se troubler mais en transmettant une émotion réelle du « Kyrie Eleison »   de la <em>Grande Messe en ut mineur</em> à un air d’Annio aussi émouvant qu’impeccable. Il aurait fallu signaler aussi la qualité de sa projection, auprès de laquelle celle de <strong>Karina Gauvin </strong>laisse à désirer, car même si les piani se veulent impalpables ils doivent rester audibles sans que l’auditeur tende l’oreille. La cantatrice expose toutes ses ressources pour camper un personnage attachant malgré son ambigüité, mais elle ne nous convainc vraiment que dans son air final, où elle échappe au maniérisme qui affleurait çà et là pour rendre la virtuosité du chant pleinement expressive. Il faut dire que la présence à ses côtés du Sesto de <strong>Stéphanie d’Oustrac</strong> doit être à la fois un stimulant et un voisinage difficile, tant elle est déjà immergée dans le personnage au début même de l’opéra : les yeux ouverts mais regardant en elle-même elle trouve les accents, les couleurs, la véhémence, la tendresse, le déchirement, faisant un sort au moindre mot dans une diction jamais relâchée et dans une homogénéité vocale qui ravit, qui nous enlève à nous-mêmes pour l’accompagner dans sa vision hallucinée du premier acte ou dans son introspection du second. Alors, pour ces instants de beauté dont nous sommes sûr que Mozart les aurait aimés, qu’importe, au fond, que Dieudonné se prenne pour Amadeus ?</p>
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		<title>Teodor Currentzis ouvrira Salzbourg 2017</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/teodor-currentzis-ouvrira-salzbourg-2017/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 03 Dec 2016 18:11:07 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est peu de dire que son interprétation des opéras de Mozart suscite la controverse, comme l’a encore rappelé récemment la parution de son Don Giovanni chez Sony. Teodor Currentzis a été choisi par le nouveau directeur artistique du festival de Salzbourg, Markus Hinterhäuser, pour diriger La clemenza di Tito en ouverture de l’édition 2017, celle-là &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est peu de dire que son interprétation des opéras de Mozart suscite la controverse, comme l’a encore rappelé récemment la parution de son <em>Don Giovanni</em> chez Sony. <strong>Teodor Currentzis</strong> a été choisi par le nouveau directeur artistique du festival de Salzbourg, Markus Hinterhäuser, pour diriger <em>La clemenza di Tito</em> en ouverture de l’édition 2017, celle-là même qui offrira par ailleurs l’Aïda d’Anna Netrebko, la Katerina Ismailova de Nina Stemme, le Lear de Gerald Finely et le Wozzeck de Mathias Goerne.  Donné en ouverture du festival, l’ultime <em>opera seria</em> de Mozart ne sera pas exécuté par un orchestre viennois, mais par la formation russe que dirige Currentzis, MusicAeterna. La mise en scène sera assurée par <strong>Peter Sellars</strong> et au milieu d’une distribution internationale incluant <strong>Russell Thomas</strong> en Titus, <strong>Golda Schultz</strong> en Vitellia et <strong>Willard White</strong> en Publius, on y entendra <strong>Marianne Crebassa</strong> en Sesto.</p>
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		<title>Don Giovanni</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/don-giovanni-lultime-orgasme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Sylvain Fort]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 04 Nov 2016 07:19:17 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Teodor Currentzis retrouve dans Don Giovanni ce qui avait fait de ses Nozze une interprétation majeure : l’urgence. Entre l’assassinat du Commandeur de la punition du séducteur, le temps se précipite comme il se hâte entre le matin des noces et la mascarade du jardin. A ce jeu-là, Currentzis est maître. Le tempo de Mozart lui &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Teodor Currentzis retrouve dans <em>Don Giovanni</em> ce qui avait fait de ses <em>Nozze </em>une interprétation majeure : l’urgence. Entre l’assassinat du Commandeur de la punition du séducteur, le temps se précipite comme il se hâte entre le matin des noces et la mascarade du jardin. A ce jeu-là, Currentzis est maître. Le tempo de Mozart lui est comme seconde nature. Il en saisit la pulsation avec une science et un instinct sans pareils. Maître du temps, il nous en fait sentir l’étreinte et ne nous lâche plus. Nous le suivons vers l’abîme les yeux grand ouverts, sentant moins les beautés de détail que ce halètement de la bête allant droit devant, vers sa perte.</p>
<p>De cette horlogerie diabolique, l’orchestre Musica Aeterna est le mécanisme le plus implacable. On reconnaît la main de Currentzis dans les accents puissamment marqués, dans la dramatisation à outrance ; mais plus encore que dans les <em>Noces</em>, il travaille avec un art d’orfèvre le détail orchestral : ce <em>Don Giovanni</em> est de tous ceux que nous connaissons le plus richement orné. Le tissu orchestral festonne littéralement la trame théâtrale, offrant mille richesses de détails dont l’entrelacs est une merveille de dessin baroque – mobilité des lignes, précision inouïe des rythmes, chatoyance souvent enivrante des timbres (finale de l’Acte I). Ce marivaudage tragique qu’est <em>Don Giovanni </em>est ainsi d’une étoffe riche comme rarement, on pourrait en palper les couleurs. Il nous comble d&rsquo;une sensualité musicale que ne flétrit aucune langueur.</p>
<p>Cette célébration de la chair sonore ne laisse guère de place à la psychologie. Les personnages vont et viennent dans un théâtre assumant avec ostentation ses vertiges, mais répudiant les tourments d’âme. Le choix même des chanteurs l’atteste. Pas de grandes individualités, pas de timbres distinctifs (à part <strong>Karina Gauvin</strong>), mais des types vocaux très dessinés : Don Giovanni (<strong>Dimitris Tiliakos</strong>) est un chanteur-diseur au timbre assez gris mais à la capacité de caractérisation remarquable, flanqué d’un Leporello (<strong>Vito Priante</strong>) ressuscitant Baccaloni, avec plus de mordant ; les femmes sont de formidables chanteuses, vivement incarnées (<strong>Christina Gansch</strong> – Zerlina – vibrante), mais dépourvues d’ambiguïtés ; Ottavio – <strong>Kenneth Tarver </strong>– échappe à la niaiserie mais est hiératique comme une silhouette de théâtre ; Masetto – <strong>Guido Loconsolo</strong><strong> </strong>– et Le Commandeur – <strong>Mika Kares </strong>– sont des utilités de très bon niveau, sans verve ni abîmes. De là une unité d’équipe réjouissante faisant des ensembles des moments de musique exceptionnellement réussis tant le dosage des timbres et des mots y est ajusté. De là aussi un certain manque d’humaine passion tant les tempéraments peinent à se distinguer. On croirait les silhouettes de Lotte Reiniger, toutes de découpe précise, toutes de mouvement, mais en somme bidimensionnelles. </p>
<p>Peu importe cependant que ce <em>Don Giovanni</em> refuse les affres de l’au-delà. Il leur substitue la vérité crue, la seule angoisse réelle du jouisseur : ce temps qui s’enfuit, qui manque pour jouir dûment (<em>tempo non ha, scusate</em>) et qui à la fin s’épuise (<em>ah, tempo più non v’é</em>). L’unique métaphysique acceptable pour le matérialiste, c’est celle du Temps. L’érotisme est célébration de l’instant qui défie le temps. Plus le temps manque, plus l&rsquo;érotisme est brutal. Peut-être parce que lui-même revendique toutes les audaces de la jeunesse et la sapience des ancêtres, Currentzis détaille chaque moment de cette érosion de l’être par le temps avec un œil analytique inégalé. Ce n’est pas un drame mystique que ce <em>Don Giovanni</em> : c’est une bombe à retardement dont on se surprend à guetter avec volupté l’explosion finale, comme un ultime orgasme. </p>
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		<title>Cosi fan tutte</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/cosi-fan-tutte-plus-dure-sera-la-chute/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Sylvain Fort]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 05 Dec 2014 06:57:40 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Nous avions frémi d’enthousiasme aux Nozze di Figaro vues par Currentzis. Rarement la journée de Beaumarchais/Da Ponte avait paru si folle. On retenait son souffle pour un Cosi fan tutte, dont la subtilité arachnéenne et la vivace énergie semblaient se prêter au geste du chef russe.  Quelle déception, mes aïeux ! Car ce Cosi fan tutte &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="rtejustify">Nous avions frémi d’enthousiasme aux <a href="http://www.forumopera.com/cd/du-genie"><em>Nozze di Figaro</em> vues par Currentzis</a>. Rarement la journée de Beaumarchais/Da Ponte avait paru si folle. On retenait son souffle pour un <em>Cosi fan tutte</em>, dont la subtilité arachnéenne et la vivace énergie semblaient se prêter au geste du chef russe.  Quelle déception, mes aïeux ! Car ce <em>Cosi fan tutte</em> n’est pas seulement inférieur à nos espoirs : il congédie purement et simplement le génie mozartien que les <em>Nozze</em> – avec certes leurs partis pris – paraissaient attester chez Currentzis. L’impression générale qu’on retire de cet enregistrement est celle d’un contresens assez ahurissant et pour ainsi dire d’une sortie de route incontrôlée. Comme si le chef avait intuitivement percé quelques secrets du Mozart des <em>Nozze</em>, mais était resté à la porte des mystères – largement autres – de <em>Cosi</em>. Comme si donc l’instinct de Currentzis n’avait simplement pas senti <em>Cosi</em>, et l’avait tiré (bruyamment) vers ce qui, dans les <em>Nozze</em>, fonctionnait – mais ici reste inopérant.</p>
<p class="rtejustify">Au cœur du travail de Currentzis se trouve le rythme. Il en analyse avec une attention extrême les articulations, déduisant de la rythmique la profondeur du discours, le nerf du drame. Dans <em>Cosi</em>, le moteur rythmique est ambigu. Certes, il ne manque pas de crescendos théâtraux, de finales endiablés, de quiproquos enflammés. Mais <em>Cosi</em> est entièrement traversé de stases : duos attendris, trios éthérés, airs épanchés. Les rouages ne se crantent pas au gré d’une croissante fièvre. Au contraire, tout est rupture de cadence, faux départs, accélérations stoppant net devant une surprise nouvelle (tout le finale du II). Ce sont ces alternances qui creusent la psyché des personnages, varient les coloris, baladent littéralement l’auditeur que Currentzis ici manque complètement. Ce qu’on entend ce sont des emballements qui se gonflent de façon un rien factice avant d’exploser comme une bulle, sans rien suggérer. </p>
<p class="rtejustify">Certes, on n’attendait pas de Currentzis qu’il nous livre le plus pur des marivaudages, le biscuit le plus délicat, ni le rococo le plus fleuri, mais l’échec complet que rencontre sa tentative d’animer le propos, ce spectacle d’une mayonnaise qui se refuse à prendre, a quelque chose d’irritant. On croit voir une guimbarde avancer par hoquets successifs. A aucun moment Currentzis ne semble trouver dans le maquis <em>Cosi </em>un sentier intéressant, fécond, ou même neuf. Gardiner et Jacobs, pour ne citer qu’eux, avaient pour leur part renouvelé le propos avec une cohérence qu’en vain on cherche ici.</p>
<p class="rtejustify">Avouons que l’équipe des chanteurs réunie pour l’occasion est assez catastrophique. Depuis le temps qu’on trouve chez <strong>Simone Kermès</strong> des qualités que tant d’autres lui refusent, et qu’on tente de trouver par-delà les idiosyncrasies vocales de la soprano allemande une recherche artiste, on est navré de devoir ici admettre notre défaite : Simone Kermès est la pire des Fiordiligi qu’on ait jamais entendues. Faut-il en détailler les raisons ? Disons plutôt que tout ce qui chez Fiordiligi est essentiel – le poids, la force, la hauteur – manque ; et tout ce qui est contre-indiqué – la préciosité, l’épanchement mièvre, la minauderie – s’y trouve. Son refus de tout engagement franc au profit de mille manières absurdes tue littéralement le rôle, et tout ce qui l’approche.</p>
<p class="rtejustify">Du moins a-t-on sur elle un jugement. Les autres, eux, sont inexistants. <strong>Malena Ernman </strong>est encore plus fade que <strong>Kenneth Tarver</strong>, mais le concours est serré. Pourtant, ce sont en principe deux chanteurs valeureux. <strong>Anna Kasyan</strong> a ses bons moments vocaux, mais reste corsetée. <strong>Konstantin Wolff</strong>, qu’on aime bien pourtant, est ici d’un terne affolant. Quant à <strong>Christopher Maltman</strong>, il fond sans difficulté dans cet ensemble sans caractère sa transparence native. Une prise de son mate et sans relief accentue cette grisaille.</p>
<p class="rtejustify">Devant un tel naufrage, on redoute de porter un jugement injuste. Peut-être avons-nous peiné à entrer dans le projet de Currentzis. Mais après tout, nous étions entré d’enthousiasme dans ses <em>Nozze</em>. Et surtout, nous connaissons suffisamment de visions de <em>Cosi</em> pour rester ouvert à d’autres solutions, d’autres regards. Non, ce qui nous chagrine ici, c’est bien l’incohérence brouillonne, la démonstration superficielle, la dénaturation même de tout projet dramatique au profit de détails archi-soulignés.</p>
<p class="rtejustify">Currentzis a beau assurer dans la notice du disque que c&rsquo;est là une vision « punk » de <em>Cosi</em>, nous craignons qu&rsquo;il ne s&rsquo;agisse surtout d&rsquo;une absence complète de vision.</p>
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		<title>Dido and Aeneas&#124;Dixit Dominus — Paris (Philharmonie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/didon-dynamitee-par-currentzis/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Feb 2014 18:41:30 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>  Ceux qui attendaient « la » Kermes, ceux qui voulaient retrouver l’héroïne du Didon et Enée gravé en 2008 par Teodor Currentzis, furent peut-être déçus par le concert donné à la Cité de la Musique par l’ensemble Musica Aeterna. Ils furent sans doute les seuls, tant cette soirée fut un intense moment de ferveur &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>           </p>
<p>			Ceux qui attendaient « la » Kermes, ceux qui voulaient retrouver l’héroïne du <em>Didon et Enée</em> gravé en 2008 par <strong>Teodor Currentzis</strong>, furent peut-être déçus par le concert donné à la Cité de la Musique par l’ensemble <strong>Musica Aeterna</strong>. Ils furent sans doute les seuls, tant cette soirée fut un intense moment de ferveur et d’émotion musicale. Avant d’en arriver au chef-d’œuvre de Purcell, un rien trop court pour remplir un concert, un complément de programme de qualité égale avait été choisi : le <em>Dixit Dominus</em> de Haendel, œuvre de jeunesse, peut-être, mais coup d’éclat dans la carrière du Saxon. Le chœur de Musica Aeterna, au grand complet pour cette version à cinq voix, y eut l’occasion de briller. Après un premier numéro interprété avec modération, sans agressivité superflue dans les « Dixit », les choristes se font les instruments dociles de la volonté du chef grec, qui leur impose une expressivité assez exceptionnelle. Leur magnifique prestation ne le cède en rien aux interventions des solistes, où <strong>Nuria Rial </strong>mêlait sa voix à celle d’une mezzo du chœur en un bouleversant entrelacs. Pourtant, si brillant qu’ait pu être ce <em>Dixit Dominus</em>, ce n’était qu’une mise en bouche.</p>
<p>
			Avec <em>Didon et Enée</em>, Currentzis se lâche, s’autorise ces libertés qui peuvent faire grincer des dents les intégristes et les partisans d’une interprétation guindée : après une ouverture au premier mouvement d’une douloureuse intensité, comme si la tragédie de la reine de Carthage s’y trouvait déjà résumée, et au second mouvement transformé en course frénétique, l’orchestre fait un sort à chaque danse, avec des violons particulièrement volubiles qui ornementent à l’envi la ligne mélodique de « Fear no danger to ensue », avec des percussions robustes qui accentuent le côté populaire de certains rythme, avec un jeu de couleurs constamment changeantes. Par moment, le continuo se lance dans une improvisation, qui peut être très longue, comme entre « Thanks to these lonesome dales » et « Oft she visits this lov&rsquo;d mountain ». La première apparition des sorcières est annoncée par toutes sortes de bruitages et d’effets d’éclairage, les lumières ayant apparemment été très étudiées pour ce concert : la scène est parfois plongée dans l’obscurité totale, ou bien les projecteurs se concentrent sur quelques artistes, comme c’est le cas pour le tout premier air de Didon, premier sommet où le spectateur ne voit plus la reine et les continuistes.</p>
<p>			On savait depuis un certain temps que, contrairement à ce qu’annonçait le programme de la saison paru il y a plusieurs mois, Simone Kermes serait remplacée par <strong>Anna Prohaska</strong>. L’anglais étant une de ses deux langues maternelles, c’est déjà avec Purcell que la soprano allemande s’était montrée la plus convaincante dans son deuxième récital <a href="http://www.forumopera.com/index.php?mact=News,cntnt01,detail,0&amp;cntnt01articleid=5024&amp;cntnt01returnid=55">au disque</a>, <em>Enchanted Forest</em>. Sa science de la diction anglaise est ici un atout précieux, qui transforme chacune de ses interventions en un grand moment de théâtre. Par ailleurs, même si l’on a pris l’habitude des Didons à la voix ample et sombre, Anna Prohaska ferait presque figure de Brünhilde, comparée à sa Belinda, et même peut-être par rapport à Madame Kermes initialement prévue : le grave est sonore et le timbre sait se parer de nuances chatoyantes. Tout le contraire du <strong>Nuria Rial</strong> qui, si charmante qu’elle soit, n’a à offrir qu’une voix monochrome, que son refus du vibrato pénaliserait si le rôle de Belinda exigeait davantage d’émotion. Heureusement, la suivante de la reine se cantonne à lui conseiller d’aimer, et pour cela un rossignol suffit. L’Enée bien chantant de <strong>Tobias Berndt</strong> ne marquera pas forcément les esprits mais, là encore, Purcell l’a peut-être voulu ainsi. Après les voix diversement laides qu’on a pu entendre en Magicienne, <strong>Maria Forsström</strong> procure un agréable changement : la voix est grave à souhait mais le chant reste digne, et jamais l’artiste ne s’abaisse à surjouer les méchantes. Ses deux sorcières lui donnent une réplique tout aussi sobre, sans nasaliser leurs ricanements, sans crier au lieu de chanter. <strong>Victor Shapovalov</strong> est contraint à un train d’enfer pour l’air du marin, mais il s’en sort, tout comme le chœur, qui frappe des pieds en même temps. Exclusivement composés de slaves (quelques syllabes pourraient sonner plus anglaises, ici et là), le chœur laisse pantois par sa capacité à se plier aux exigences expressives du chef, qui les oblige à toutes sortes d’acrobaties rythmiques. Et quand vient l’ultime « With drooping wings », repris à mi-voix, d’abord presque inaudible, le public parisien rend à cette fulgurante version l’insigne hommage de garder le silence quelques instants avant d’applaudir, la chose est assez rare pour qu’on le signale. Et ledit public sera récompensé par deux bis : un <em>anthem </em>de Purcell<em>, </em>« Remember not, Lord, our offences », suivi d&rsquo;un extrait de <em>The Indian Queen</em>, « They tell us that you mighty powers above », interprétés par le chœur a cappella. Maintenant, si Teodor Currentzis veut revenir diriger un opéra à Paris, c’est quand il veut.<br />
			 <br />
			 </p>
<p>			 </p>
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		<title>Le Nozze di Figaro</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/du-genie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Sylvain Fort]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 17 Feb 2014 17:17:51 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>  Ce huit-centième enregistrement (au moins) des Noces de Figaro se prétend follement novateur et totalement original. Allons bon. Il suffit de nous dire cela pour qu’on l’écoute avec grande méfiance, voire un certain brin de malveillance. Car prétendre faire la leçon à Kleiber, Karajan, Böhm, Walter, Harnoncourt, Muti, Solti impose des preuves, et plus &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>           </p>
<p>			Ce huit-centième enregistrement (au moins) des <em>Noces de Figaro</em> se prétend follement novateur et totalement original. Allons bon. Il suffit de nous dire cela pour qu’on l’écoute avec grande méfiance, voire un certain brin de malveillance. Car prétendre faire la leçon à Kleiber, Karajan, Böhm, Walter, Harnoncourt, Muti, Solti impose des preuves, et plus vite que ça. Plus qu’on n’écoute, donc, on scrute, on examine, on carotte, on farfouille.</p>
<p>			Et, il faut bien le dire, à la quatorzième audition intégrale de cette nouvelle version, on n’est pas mécontent.</p>
<p>			On se doit même d’avouer une certaine satisfaction face au travail de <strong>Teodor Currentzis</strong> et de son équipe. On n’est pas bien loin de se déclarer conquis. Pour peu qu’on nous y pousse, on se permettra même de confesser un immense bonheur, une joie intense, des transports enthousiastes.</p>
<p>			Bref, en un mot comme en cent, ce type est un génie.</p>
<p>			Ne nous arrêtons pas à l’ouverture : il est presque impossible de la manquer. Disons qu’il la réussit mieux que 99% des chefs, car il y met une sorte d’élan dansant et sensuel irrésistibles. Mais bon, c’est trop facile. Passons à la suite. La suite, c’est … la même chose.</p>
<p>			Cette folle journée est une journée dingue. La tension y monte, y retombe, revient, nous étrangle, nous lâche, nous reprend. L’œuvre s’empare de nous comme une houle, comme un torrent qui nous propulse et nous rend avides de la suite, sans trêve, sans pause.</p>
<p>			Pourtant, Currentzis ne semble pas chercher la hâte : il cherche surtout un pouls. Et nous-mêmes devenons rythme, et parfois transe. Chaque finale est une fête sonore et dramatique. Les déflagrations s’intensifient – n’est-ce pas ce que voulait Mozart ? Mais la tendresse y est, elle est même tout à fait singulière, inouïe peut-être à ce point chez Mozart : car elle est dans la vibration du son – qu’ils soient instrumentaux ou vocaux. Rarement voire jamais aura-t-on entendu un tel raffinement, un tel modelé non des couleurs ou des timbres même, mais du vibrato. <strong>Simone Kermes </strong>est à cet égard exemplaire, avec un « Dove Sono » de sonore dentelle, mais le « Deh vieni » de<strong> Fanie Antonelou</strong> avec cet espèce de souffle sur la voix, volontaire, altérant légèrement le timbre, comme un halo, comme un frisson, est également admirable, comme l’est le pas cadencé du « Non più andrai ». Oui, ce qui vibre vit.</p>
<p>			On pourra certes s’agacer du goût du chef pour l’accentuation systématique sur les premiers temps, mais c’est ce caractère systématique justement qui fait comprendre comment le discours mozartien s’articule, se relance, se nourrit de lui-même, bondit et rebondit, et combien un même procédé, répété cent fois, produit toujours un effet de surprise et non de lassitude.</p>
<p>			A quoi bon détailler ce qui, par mille détails, fait un ensemble neuf ? Allez donc écouter, plongez et ne ressortez qu’une fois terminée l’expérience de cette course aux mille détours. Et vous me direz aussi si vous n’avez pas remarqué qu’une star est née : <strong>Andrei Bondarenko</strong>, tout simplement le meilleur Comte depuis, depuis… depuis très longtemps ! L’aisance, la jeunesse, la fièvre, la fibre mâle, la sensualité, le métal, la brutalité, et ce murmure renversant sur « Contessa perdono », tout est superlatif, mieux : définitif. Il ne sera pas Guglielmo dans le proche <em>Cosi</em>. J’ignore si Currentzis fera de lui son Don Giovanni – mais on ne peut qu’en rêver.</p>
<p>			Bref, une version pour le moins recommandable.</p>
<p>			 </p>
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		<title>Melodrama de Sancto Wenceslao</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/pomp-and-circumstance/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nicolas Derny]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 12 Oct 2012 14:13:13 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>  Le règne de Charles VI sur l’empire des Habsbourg n’a pas la même aura politique que celui de son père, Léopold Ier, ni de sa fille, Marie-Thèrèse – l’Histoire le retient surtout en mélomane accompli et musicien assez avancé pour se permettre d’accompagner le célèbre Farinelli au clavecin. L’estime (réciproque) que lui porte Vivladi &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>           </p>
<p>			Le règne de Charles VI sur l’empire des Habsbourg n’a pas la même aura politique que celui de son père, Léopold Ier, ni de sa fille, Marie-Thèrèse – l’Histoire le retient surtout en mélomane accompli et musicien assez avancé pour se permettre d’accompagner le célèbre Farinelli au clavecin. L’estime (réciproque) que lui porte Vivladi est d’ailleurs la raison indirecte pour laquelle le Prêtre Roux (qui lui dédie <em>La Cetra </em>op.9 en 1728) meurt à Vienne quelques mois après le monarque, en 1740.</p>
<p>			 </p>
<p>			A l’occasion de son intronisation en tant que roi de Bohême (1723), Prague devient pour quelques jours le centre du monde musical européen. Spécialement écrit pour le couronnement, l’opéra <em>Constanza e Fortenza </em>de Fux est créé sous la direction de Caldara. Giuseppe Tartini, Johann Joachim Quantz, Silvius Leopold Weiss et Jan Dismas Zelenka font partie de l’orchestre. Le château de Prague voit également monter une autre œuvre dans la tradition des <em>náboženské školní hry</em> [littéralement « pièces des écoles latines », spectacles contenant arias, interludes instrumentaux et ballets joués par les prêtres et étudiants des établissements scolaires jésuites de Bohême au XVIIIe siècle*] : le <em>Melodrama de Santo Wenceslao sub olea pacis et palma virtutis conspicua orbi regina Bohemiae Corona </em>[Mélodrame de Saint Wenceslas ou la resplendissance de la Couronne Royale tchèque sous les branches de l’Olivier pacifique et de la Palme de la Vertu] du même Zelenka.</p>
<p>			 </p>
<p>			Fils du <em>Kantor </em>de Louňovice, en Bohême, le compositeur a en effet probablement reçu sa formation musicale au collège Saint-Clément des jésuites de Prague. Ce « mélodrame » apparaît dès lors comme un « retour aux sources » alors que le musicien est employé à la cour (catholique) de Dresde depuis 1710 – sans y recevoir les égards qu’il mérite. Trop souvent décrit (à l’emporte-pièce) comme le « Bach tchèque », Zelenka possède une personnalité musicale propre qui doit être appréhendée comme singulière qu’elle est. Sans être la partition la plus subtile de son génial auteur – la pompe exigée est plus efficace qu’inventive et le <em>libretto </em>allégorico-patriotique plutôt lâche et improbable – l’oratorio n’est pas sans contenir quelques arias sublimes recyclées dans plusieurs œuvres ultérieures. De l’ensemble de la représentation, qui avec ses dialogues parlées et autres tableaux vivants, durait à l’origine près de trois heures, seule la musique de Zelenka est reprise sur ce double album.</p>
<p>			 </p>
<p>			L’interprétation proposée ici – déjà publiée en 2001 mais augmentée cette fois d’un magnifique <em>facsimile </em>digital du livret en latin et en allemand – compense en enthousiasme et en spontanéité les insuffisances techniques des chanteurs. Si le panorama d’ensemble reste acceptable, on trouvera chez chacun des carences qui rendent leurs prestations individuelles parfois brouillonnes et décevantes (vocalises floues, imprécisions d’intonation, manque quasi général de charisme, etc.) et qu’il ne serait pas particulièrement constructif de détailler ici par le menu – les conditions de la création de l’œuvre laissent penser que les solistes recrutés à l’époque étaient également passablement moyens. Heureusement, la direction de <strong>Marek Štryncl </strong>comble bien des lacunes par son énergie, sa théâtralité et son caractère grandiose. La prise de son flatte un ensemble instrumental que dominent des timbales et trompettes de circonstance mais au milieu desquelles l’usage raffiné des bois ressort comme la signature d’un Zelenka chérissant les sonorités de hautbois et bassons. Objectivement, la réédition de ce double album vaut surtout pour le bonus qu’elle propose et pour la (re)découverte d’une pièce singulière ne pouvant être biffée du catalogue de son auteur sous prétexte qu’elle n’atteint pas les mêmes sommets que ses plus grands chefs-d’œuvre (dont certains ont été écrites durant ce séjour praguois !). Cela dit, l’automne discographique verra la publication de nouvelles gravures de pages majeures du compositeur. La « <em>Zelenka revival</em> » serait-elle (enfin !) en marche ?</p>
<p>			 </p>
<p>			* Lire J. Bužga, M. Zemanová, « The Vocal Works of Jan Dismas Zelenka », <em>Early Music</em>, vol.9 n°2 (1981), p. 177-183 ; 178</p>
<p>			 </p>
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