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	<title>Philharmonique du Luxembourg - Orchestre - Forum Opéra</title>
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	<title>Philharmonique du Luxembourg - Orchestre - Forum Opéra</title>
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		<title>MOZART, Idomeneo, re di Creta &#8211; Luxembourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-idomeneo-re-di-creta-luxembourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 19 Oct 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Production venue de Genève, où elle avait été présentée en février 2024 sous la baguette de Leonardo García Alarcón, la mise en scène du chorégraphe Sidi Lardi Cherkaoui faisait escale à Luxembourg pour deux représentations. Disponible un temps en streaming sur Arte, la production n’avait pas manqué de susciter des commentaires – pas tous favorables &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Production venue de Genève, où elle avait été présentée en février 2024 sous la baguette de Leonardo García Alarcón, la mise en scène du chorégraphe <strong>Sidi Lardi Cherkaoui</strong> faisait escale à Luxembourg pour deux représentations. Disponible un temps en streaming sur Arte, la production n’avait pas manqué de susciter des commentaires – pas tous favorables – les critiques de l’époque pointant principalement deux éléments : l’omniprésence de la danse dans une pièce qui a priori n’est pas marquée par le mouvement et le dévoiement de la conclusion du livret, nous y reviendrons.</p>
<p>C’est une pratique aujourd’hui courante de confier une mise en scène d’opéra à un artiste éminent venu d’une autre discipline. Dans de nombreuses maisons d’opéra, on voit ainsi des metteurs en scène venus du théâtre ou du cinéma se confronter au répertoire lyrique ; pour un chorégraphe, la démarche est beaucoup plus rare. Est-ce une bonne idée ? Sans doute pas, si l’on en juge par ce qu’on a pu voir hier soir. Les moyens mis en œuvre sont pourtant considérables, les propositions du chorégraphes sont nombreuses, esthétiquement intéressantes, entraînant le spectateur dans un univers japonisant un peu surprenant pour une œuvre supposée se dérouler sur les bords de la mer Egée. Pourquoi pas une transposition vers l’Est, qui est l’occasion de tableaux très réussis, avec une palette de couleurs limitée aux rouges et aux différentes nuances de noir et de bleu, qui nous entraîne dans une sorte de minimalisme esthétique tendant vers l’épure, un décor réduit à un enchevêtrement de cordes rouges (jamais la notion de fil rouge n’aura autant été prise au pied de la lettre), passant d’un danseur à l’autre ou tombant en douche sous forme de rideau, mais utilisé <em>ad nauseam</em> d’un bout à l’autre du spectacle. Pourquoi pas des costumes japonais – somptueux, dus à <strong>Yuima Nakazato</strong> – semblant sortis d’un moyen-âge fantasmé où les armures semblent des carapaces d’insectes ? Pourquoi pas la présence quasi permanente d’une troupe de très bons danseurs qui insuffle le mouvement ? Pourquoi pas des maquillages semblant sortis d’un spectacle de Drag-queens ? Mais où sont alors la Grèce antique, les références mythologiques, les valeurs des lumières, la musique de Mozart et son balancement si subtil entre le collectif et l’individuel ? A trop vouloir que chaque chose soit aussi autre chose, le spectacle perd considérablement en lisibilité et en cohérence. Il déplace les émotions suscitées par les situations ou les sentiments – c’est-à-dire la tragédie – ou celles qui naissent de la sublime musique de Mozart, vers des émotions purement esthétiques, purement visuelles. Est-ce la peur du vide qui pousse ainsi le metteur en scène à sur-investir le mouvement et tout le visuel, au point que la musique semble devenue accessoire ?</p>
<p>La dramaturgie est peut-être aussi en cause, dans la mesure où l’Idoménée qu’on nous présente semble ici plus bourreau de son entourage que victime du sort que les Dieux font peser sur sa personne. Cherkaoui s’en explique dans le texte qu’il fait paraître dans le programme : il le voit comme un homme qui ne parvient pas à abdiquer, à céder le pouvoir. Et c’est dans la ligne de cette vision très personnelle qu’il modifie la fin du spectacle : ce n’est pas ici Elettra qui est sacrifiée aux Dieux, mais le couple formé par Idamante et Ilia. Idoménée garde le trône qu’il s’apprête à partager avec Elletra. Même si on sait que différentes versions du mythe existent, (chez Campra, Neptune pardonne à tout le monde) celle de Mozart prévoit explicitement la désignation d’Idamante comme successeur d’Idoménée. Mais pour Cherkaoui et ses équipes, peu importe que la musique de Mozart dise tout le contraire de ce qu’on voit, le spectateur est prié de croire ses yeux et non pas ses oreilles. Définitivement, la mise en scène prime sur le livret, et le livret sur la partition. Tenez-le vous pour dit !</p>
<p>La réalisation musicale du spectacle a été confiée à <strong>Fabio Biondi</strong>, à la tête non pas d’Europa Galante mais de l’orchestre Philharmonique de Luxembourg, ce qui n’est pas la même chose. Et il aura sans doute manqué une ou deux répétitions pour pousser un peu plus avant le travail sur les timbres et les couleurs, gommer une vision un peu prosaïque et trouver la souplesse nécessaire à des enchaînements plus fluides entre airs et récits. On sent le chef très prudent dans ses tempi, et attentif surtout à éviter des accidents. Il n’y en aura pas, les chanteurs forts sollicités par la mise en scène et appelés à chanter dans des positions inhabituelles et inconfortables recevront le soutien orchestral qu’ils attendent, mais le confort d’écoute, dans ces conditions, est un peu contraint.</p>
<p>La distribution vocale est très largement différente de celle de Genève en 2024. C’est le ténor suisse <strong>Bernard Richter</strong> qui assume vaillamment le rôle-titre : la voix est puissante et bien timbrée, son physique convient très bien au personnage mais les vocalises ne sont pas toujours très précises et il accuse un peu de fatigue vocale à la fin du troisième acte. Très brillante, la mezzo <strong>Josy Santos</strong>, d’origine brésilienne, donne pleine satisfaction en Idamante, à la fois solide et émouvante, musicalement inspirée et parfaitement à l’aise dans le rôle. <strong>Jacquelyn Wagner</strong>, soprano américaine qui s’est déjà beaucoup fait entendre dans le monde germanique, chante Elettra. La voix présente un vibrato assez large mais contrôlé, de très belles couleurs mozartiennes dans l’aigu, avec des réserves de puissance lorsque la partition le requiert. Voix moins spectaculaire mais délicieuse néanmoins, <strong>Anna El-Kashem</strong>, soprano formée à Saint-Pétersbourg chante Ilia avec un peu moins de projection qu’il n’en faudrait. Le personnage d’Abrace est tenu par <strong>Linard Vrielink</strong>, ténor néerlandais qui se tire habilement des difficultés du rôle et fait preuve de beaucoup d’audace dans son air du troisième acte, souvent coupé pour cause de difficulté d’exécution. <strong>Jason Bridges</strong> enfin donne au petit rôle du prêtre de Neptune la solennité voulue. Les chœurs, 40 chanteurs venus tout exprès de Genève, impressionnent par la masse humaine qu’ils représentent et s’intègrent heureusement aux danseurs qui les entourent.</p>
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		<title>WAGNER, Der fliegende Holländer &#8211; Bruxelles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-der-fliegende-hollander-bruxelles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 17 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>« Après avoir inventé l&#8217;orchestre invisible, je voudrais avoir inventé le théâtre invisible. » Répété ad nauseam, le bon mot de Wagner est l&#8217;expression de sa déception face à la pauvreté des réalisations scéniques de son époque. Il n&#8217;est pas certain que, 150 ans plus tard, nous soyons parvenus à mieux mettre en scène les &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« Après avoir inventé l&rsquo;orchestre invisible, je voudrais avoir inventé le théâtre invisible. » Répété<em> ad nauseam</em>, le bon mot de Wagner est l&rsquo;expression de sa déception face à la pauvreté des réalisations scéniques de son époque. Il n&rsquo;est pas certain que, 150 ans plus tard, nous soyons parvenus à mieux mettre en scène les opéras les plus fantastiques du répertoire, avec leur myriades d&rsquo;événements surnaturels, leurs créatures imaginaires, leurs cataclysmes. Le <em>Vaisseau fantôme</em> n&rsquo;échappe pas à la règle, et l&rsquo;auteur de ces lignes se souvient d&rsquo;avoir vu quelques tempêtes ratées, et quelques transfigurations de Senta où le grand guignol gâchait l&rsquo;émotion pure qui doit sourdre de ces pages. Il faut donc saluer l&rsquo;initiative du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles de présenter l&rsquo;œuvre en version de concert. Grâce à une mise en espace minimaliste et à un surtitrage efficace, rien ne se perd de l&rsquo;action, et l&rsquo;attention du public ne faiblit pas deux heures durant, puisque la version choisie est celle qui ne compte pas d&rsquo;entracte. Le drame de la rédemption par l&rsquo;amour continue à toucher les cœurs, et la sortie des spectateurs aura permis de saisir au vol quelques conversations animées.</p>
<p>Même si les chanteurs ont des mérites détaillés plus bas, l&rsquo;âme de la soirée est incontestablement le chef <strong>Tarmo Peltokoski</strong>. A 25 ans, sa maîtrise technique est stupéfiante : précision, conduite des phrases musicales, conception claire du drame. Et, contrairement à certains de ses jeunes confrères qui se croient obligés de gesticuler en tous sens sur le podium, son attitude en scène est économe. Les quelques moments où il lâche la bride (chœur des fileuses, débuts de l&rsquo;acte III) existent parce qu&rsquo;il sait que l&rsquo;orchestre peut à ce moment presque jouer sans lui, tant la confiance et l&rsquo;écoute sont réciproques. Dans une pièce aussi puissante que<em> Le Vaisseau fantôme,</em> et avec un orchestre sorti de la fosse, le chef doit en outre trouver un équilibre délicat avec ses solistes. Le risque est grand de les couvrir. Mais Peltokoski évite parfaitement l&rsquo;écueil, dose ses effets, et maintient tout du long un équilibre idéal, notamment dans les interventions de Daland. On comprend que l&rsquo;Orchestre du Capitole de Toulouse et le Hong Kong Philharmonic aient déjà mis la main sur ce jeune prodige.</p>
<p><strong>L&rsquo;orchestre philharmonique du Luxembourg</strong> ne cache pas sa joie. Des cuivres rutllants, des bois euphoriques, des cordes qui savent à la fois détailler leurs traits et se dresser fièrement face aux vents : on sent que les instrumentistes sont séduits par la conception du chef, et qu&rsquo;ils ont à cœur de tout donner ce soir. Et ils savent tenir dans la longueur : l&rsquo;acte III les trouve aussi dispos que l&rsquo;ouverture, et pas une seule fois au cours de l&rsquo;opéra la tension ni la cohésion ne fléchissent. Les <strong>chœurs de la Radio polonaise et de Katowice</strong> ont uni leur force pour donner vie aux larges fresques dont Wagner gratifie la masse chorale. L&rsquo;élan, l&rsquo;enthousiasme, la jubilation sont au rendez-vous, et les houles de l&rsquo;acte III produisent leur effet.</p>
<p>La barre étant mise très haut, le plateau vocal doit assurer. Le compte y est globalement, même si l&rsquo;on peut déplorer l&rsquo;une ou l&rsquo;autre faiblesse. En Daland, <strong>Albert Dohmen</strong> est plus une silhouette qu&rsquo;une présence. La puissance de sa voix n&rsquo;est plus qu&rsquo;un souvenir, mais le timbre reste toujours aussi fascinant de noirceur. Et la musicalité est intacte. De plus, le chef connait parfaitement son plateau, et il sait qu&rsquo;il doit alléger son accompagnement lors de chaque intervention de Daland, pour lui permetre de passer le mur de l&rsquo;orchestre. Le subterfuge fonctionne parfaitement, le public a l&rsquo;impression d&rsquo;entendre une basse en pleine possession de ses moyens, et fait un triomphe à l&rsquo;interprète au moment des saluts. A l&rsquo;inverse, <strong>Tuomas Katajala</strong> a pour lui sa jeunesse de timbre, sa fougue, son chant impeccablement discipliné et comme dopé aux hormones, et il campe un Erik qui sort de la catégorie des éternels loosers pour dessiner le portrait d&rsquo;un jeune amoureux qui fait vraiment fléchir Senta à plusieurs moments, et dont le Hollandais a raison d&rsquo;être jaloux. Dans la même veine, le pilote de <strong>David Fischer</strong> est réjouissant d&rsquo;entrain et de projection. Il ne craint pas de se placer derrière les cors, certain que son ténor clair parviendra bien jusque dans les moindres recoins de la grande salle Henry Le Boeuf. Flanquée d&rsquo;impayables lunettes d&rsquo;écaille, la Mary de <strong>Catriona Morison</strong> est presque trop pulpeuse vocalement dans ce rôle si court.</p>
<p>Reste à parler des deux protagonistes principaux. On avouera une légère déception en ce qui concerne la Senta de <strong>Gabriela Scherer.</strong> Certes, toutes les notes du rôle sont assurées crânement, et l&rsquo;artiste est engagée avec naturel et dramatisme. Mais on sent plus d&rsquo;une fois la tension dans les aigus. Et le timbre, qui n&rsquo;est déjà pas des plus séduisants au départ, en pâtit. Surtout, la voix est un peu générique, et ne marque pas durablement. D&rsquo;autant qu&rsquo;elle a en face d&rsquo;elle un Hollandais hors format avec<strong> Brian Mulligan</strong>. Dès le « Frist ist um » de l&rsquo;acte I, la salle est comme magnétisée par les mots du chanteur, par sa projection, par sa stature. Cet homme semble réellement porter sur lui l&rsquo;accablement d&rsquo;une malédiction. La voix est d&rsquo;airain mais comme marquée par la douleur. Une légère fêlure sur ce bronze, comme pour en faire ressortir encore davantage la pureté. Le duo du II le montre encore plus concentré, plus intense, les mots « Mein Heil hab&rsquo;ich gefunden » sont vraiment l&rsquo;expression d&rsquo;une rédemption, comme un rayon de soleil au travers des nuages. Derrière les angoisses du Hollandais percent déjà Wotan, voire Amfortas. Du tout grand art, auquel la salle offre une légitime <em>standing ovation.</em></p>
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		<title>MOZART, Cosi fan tutte &#8211; Luxembourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-cosi-fan-tutte-luxembourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Dec 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Reprise d’un spectacle co-produit par le Festival d’Aix en Provence qui l’avait présenté au public durant l’été 2023, ce Cosi mis en scène par Tcherniakov a déjà fait couler beaucoup d’encre, et une encre parfois très noire. Pour la description de ce que le spectacle donne à voir sur la scène, les partis pris du &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Reprise d’un spectacle co-produit par le Festival d’Aix en Provence qui l’avait présenté au public durant l’été 2023, ce Cosi mis en scène par <strong>Tcherniakov</strong> a déjà fait couler beaucoup d’encre, et une encre parfois très noire.</p>
<p>Pour la description de ce que le spectacle donne à voir sur la scène, les partis pris du metteur en scène, d’une radicalité rarement égalée, nous renvoyons volontiers le lecteur à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/esquisse-cosi-fan-tutte/">l’article</a> de Thierry Verger, qui en avait fait un compte rendu fidèle et détaillé.</p>
<p>Mon avis sur la mise en scène diverge sensiblement de celui de mon honoré confrère. Conçue pour déplaire, pour choquer, et pour faire passer par-delà l’œuvre et malgré elle des messages d&rsquo;une tristesse désillusionnée, la proposition de Dmitri Tcherniakov tente de prendre le contrepied des principaux éléments du livret : les très jeunes amants deviennent des quinquas un peu décatis, la soubrette Despina une aguicheuse peu appétissante et Don Alfonso un entremetteur violent. Le trouble des amours naissantes, la découverte du conflit intérieur entre le désir et les convenances, les audaces qu’on s’autorise en tremblant, tout ce qui dit si bien la musique de Mozart, rien de tout cela ne retient son attention. Il s’en explique dans les notes d’intention reprises dans le programme par l’impossibilité, pour un spectateur du XXIe siècle, de s’identifier aux personnages de Da Ponte, en particulier dans les rapports homme-femme qui, en effet, ont bien changé depuis lors. Mais penser qu’un public d’aujourd’hui est incapable de s’intéresser au passé, d’y trouver des résonances très actuelles, en particulier dans la complexité immuable des sentiments humains, n’est-ce pas une vision un peu courte ? Tcherniakov pense-t-il que l&rsquo;échangisme est né au XXIe siècle ? En quoi les turpitudes des quinquas désabusés qu’il nous présente sont-elles plus contemporaines que des amours naissantes ? Tout juste correspondent-elles peut-être davantage aux préoccupations actuelles du metteur en scène. Qu’il soit dégouté par l’amour, ma foi c’est son droit, mais je ne suis pas sûr que cela nous regarde, ni ne nous intéresse. Ses propositions ne jettent aucun regard significatif sur l’œuvre elle-même, tant elles sont éloignées du propos initial. Certes, c’est réalisé avec soin, en allant parfois chercher très loin des ponts avec le livret, mais sans lui apporter de sens, sans que cet éclairage nouveau contribue en quoi que ce soit à l’histoire de l’œuvre. Que Tcherniakov soit aussi ennemi de la poésie, c’est très dommageable à son spectacle qui, dès la surprise passée et la curiosité satisfaite, tout bien pesé, ne dégage aucune autre émotion que la colère, le dégoût ou l’ennui ; la vulgarité le dispute à l’incohérence, et c&rsquo;est tout. Et voilà certainement une mise en scène qui ne sert en rien l&rsquo;œuvre qu&rsquo;elle donne à voir.</p>
<p>En revanche, je partage tout à fait l’avis de mon confrère sur la (médiocre) qualité musicale de ce spectacle. On est bien loin des jeunes chanteurs qu’on a l’habitude de voir distribués dans les rôles des deux couples qui tous sans exception déçoivent et résistent mal aux difficultés de leurs rôles respectifs. C’est surtout vrai pour <strong>Charles Workman</strong> (Ferrando) venu remplacer, peut-être au pied levé, Rainer Trost : trop proche des limites de sa voix, en particulier dans le registre aigu, il accumule les signes de faiblesse au fil des scènes. <strong>Georg Nigl </strong>(Don Alfonso), excellent comédien comme on sait, est lui aussi en proie à des problèmes vocaux qu’il masque habilement en faisant usage du <em>parlando</em> dès que les difficultés s’annoncent. Tant Fiordilligi (<strong>Agneta Eichenholz</strong>) que Dorabella (<strong>Claudia Mahnke</strong>) peinent dans les airs à vocalise qui sollicitent une agilité qu’elles n’ont pas, ou plus. <strong>Nicole Chevalier</strong> (Despina) ne peut pas jouer sur la veine comique de son emploi, comme on le fait d’habitude, de sorte que le personnage perd toute consistance, et <strong>Russell Braun </strong>(Guglielmo), dont le rôle recèle moins de difficultés est sans doute celui qui s’en tire le mieux.</p>
<p>Tout ce petit monde est dirigé ici par <strong>Fabio Biondi</strong> qui, s’il maîtrise à peu près l’orchestre, ne réussit pas à domestiquer le plateau, ce qui crée force décalages, imprécisions rythmiques et rattrapages périlleux dans les nombreux ensembles vocaux magnifiquement écrits par Mozart pour souligner le parallèle des situations et l’universalité de son propos. La représentation de vendredi n’était pas à la hauteur de la réputation du chef, qui n’a sans doute pas choisi lui-même la distribution vocale. Et on ne doute pas que la reprise du spectacle aurait sûrement pu bénéficier d’une ou deux répétitions supplémentaires…</p>
<p>Soulignons cependant la bonne prestation du chœur de chambre VOLT, que par facilité Tcherniakov a relégué dans la fosse, comme le font aujourd’hui la plupart de ses confrères qui ne savent pas quelle place réserver à ces encombrants partenaires.</p>
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		<title>VERDI, Falstaff &#8211; Caen</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-falstaff-caen/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 Dec 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Un coup de cafard ? Hop, un vieux vinyle du Falstaff de Toscanini sur la platine, et ça repart ! Il faut dire que les qualités musicales de l’œuvre, quand elle est bien dirigée, restent magiques. Grâce à l’Orchestre philharmonique du Luxembourg et à son chef Antonello Allemandi, on se laisse emporter en confiance par l&#8217;irrésistible impétuosité &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Un coup de cafard ? Hop, un vieux vinyle du <em>Falstaff</em> de Toscanini sur la platine, et ça repart ! Il faut dire que les qualités musicales de l’œuvre, quand elle est bien dirigée, restent magiques. Grâce à l’Orchestre philharmonique du Luxembourg et à son chef <strong>Antonello Allemandi</strong>, on se laisse emporter en confiance par l&rsquo;irrésistible impétuosité du flot musical : tempi parfaitement en adéquation, lecture fine et bonne cohésion entre la fosse et le plateau, bref, une excellente exécution qui enchante les spectateurs des villes coproductrices du spectacle, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-falstaff-lille/">Lille</a>, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-falstaff-luxembourg/">Luxembourg</a>, et donc ce soir Caen.</p>
<p>L’œuvre se prête facilement, contrairement à d’autres, à des transpositions qui – pourvu qu’elles soient drôles et bien en situation –, sont tout à fait admissibles. C’est ainsi que l’on a vu par le passé un Falstaff déguisé en coq <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/falstaff-massy-chicken-run/">se pavaner parmi les poules de sa basse-cour</a>, un autre confronté aux <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/falstaff-garsington-sister-suffragette/">suffragettes de l’époque victorienne</a>, un autre encore chez <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/falstaff-chez-douglas-sirk/">Douglas Sirk</a>… Ce soir, <strong>Denis Podalydès</strong> a choisi le cadre d’un l’hôpital. Falstaff, en surpoids chronique, est contraint de se faire soigner et même opérer, mais ce lieu clos, quasi carcéral, ne l’empêche pas, bien au contraire, de tenter de nouvelles conquêtes dans la gent féminine hospitalière. Bien sûr, le décor est froid et impersonnel, comparé à l’auberge de la Jarretière, à l’hôtel particulier de Ford ou surtout à la forêt de Windsor, mais les choses fonctionnent plutôt bien, comme notamment la scène du dernier acte où Falstaff, sous l’emprise de l’anesthésie (et peut-être aussi d’une bonne dose de morphine ?) rêve à la concrétisation de sa conquête finale d’Alice, qui se matérialise sous nos yeux dans une étonnante danse onirique ; et à la fin quand Falstaff est enfin libéré de sa bedaine, devenue boule lumineuse qui va se perdre dans les cintres au milieu d’une joyeuse hilarité générale.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1294" height="600" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/FALSTAFF-6.jpg" alt="" class="wp-image-152821"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Grand Théâtre de Luxembourg / Alfonso_Salgueiro</sup></figcaption></figure>


<p>Vocalement parlant, l’ensemble est d’une grande unité, et globalement d’une grande égalité. Falstaff est interprété par <strong>Elia Fabbian</strong>, qui remplace Tassis Christoyannis accidenté. Son Falstaff roublard et bien en voix, même s’il manque parfois un peu de finesse, est bien dans la tradition, à laquelle s’ajoute sa position de malade hospitalisé : ainsi mis en état de faiblesse, il doit ruser sans cesse pour essayer d’arriver à ses fins, et puiser pour cela dans ses dernières forces. On retrouve bien le personnage créé par Orson Welles – lui-même malade – dans son film, qui a inspiré le metteur en scène. Sans que le point de vue humoristique soit gommé, le côté émouvant de ce personnage d’une immense naïveté reste donc sous-jacent. On n’en éprouve pas pour autant plus de sympathie pour le bonhomme, mais on compatit néanmoins à la grande cruauté de tout ce qui lui est infligé, ici d’une manière particulièrement appuyée.</p>
<p>Autour de lui gravite tout une pléiade d’excellents chanteurs. <strong>Gezim Myshketa</strong> a une voix idéale pour Falstaff, mais pour le moment chante Ford, dont contrairement à beaucoup d’autres, il n’accentue pas le côté désespéré de son air, le tirant plus vers un humour désabusé. <strong>Kevin Amiel</strong> chante d’une voix bien timbrée un Fenton ahuri dont Nanetta fera ce qu’elle voudra. <strong>Luca Lombardo</strong> en Dr. Cajus est rendu plus crédible par le cadre hospitalier où il trouve un véritable emploi. Quant à <strong>Loïc Félix</strong> et <strong>Damien Pass</strong> (Bardolfo et Pistola), ils complètent parfaitement le groupe masculin. À noter l’excellente prononciation de tous, qui rend audible tout le texte.</p>
<p>Du côté des joyeuses commères, on remarque particulièrement la Meg Page de <strong>Julie Robard-Gendre</strong>, dont la belle voix de mezzo redonne à ce personnage souvent un peu sacrifié toute son importance, ce qui rend les ensembles mieux équilibrés. <strong>Silvia Beltrami</strong> est une Mrs. Quickly dans la grande tradition des Fedora Barbieri et Jocelyne Taillon, et <strong>Clara Guillon</strong> une Nanetta décidée émettant des sons filés de toute beauté. Enfin Alice Ford est interprétée par <strong>Gabrielle Philiponet</strong>, qui mène fort bien, comme il est de règle, le jeu et toute la bande. La voix est belle, l’actrice très efficace, et le personnage tout à fait crédible. Pour revenir à l’ensemble féminin, il est dommage que celui-ci manque parfois un peu de précision et de cohésion, petit bémol qu’il serait facile de corriger.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-falstaff-caen/">VERDI, Falstaff &#8211; Caen</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>VERDI, Falstaff &#8211; Luxembourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-falstaff-luxembourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 01 Dec 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Chaque fois qu’il m’est donné d’assister à une représentation de Falstaff, je me fais la même réflexion : pourquoi Verdi, après avoir produit tant de chefs-d’œuvre, en particulier dans le registre dramatique (on pense en particulier à Don Carlo ou Othello) s’est-il commis à cette mascarade, cette comédie légère avec si peu de substance ? Et &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Chaque fois qu’il m’est donné d’assister à une représentation de Falstaff, je me fais la même réflexion : pourquoi Verdi, après avoir produit tant de chefs-d’œuvre, en particulier dans le registre dramatique (on pense en particulier à <em>Don Carlo</em> ou <em>Othello</em>) s’est-il commis à cette mascarade, cette comédie légère avec si peu de substance ? Et quelle mauvaise farce il a fait, tant vis à vis des chanteurs que vis-à-vis du public, en leur laissant pour testament une partition aussi difficile dans son exécution, pour de si pauvres enjeux émotionnels ?</p>
<p>Reprise d’une production présentée ce dernier printemps à l’opéra de Lille, le <em>Falstaff</em> mis en scène par Denis Podalydès fait étape cette semaine à Luxembourg pour trois représentations, dans la très belle grande salle des Théâtres de la Ville.</p>
<p>Passé maître dans l’art de ficeler des mises en scènes pleines de sens, bien huilées, où alternent les moments de virtuosité scénique et les moments d’émotion, le metteur en scène <strong>Denis Podalydès,</strong> en duo avec son complice scénographe <strong>Eric Ruf</strong> a visiblement pris beaucoup de plaisir en s’attaquant au <em>Falstaff</em> de Verdi (qui, sous le titre des <em>Joyeuses commères de Windsor</em> est aussi une comédie de Shakespeare, ne l’oublions pas), en donnant beaucoup de relief à sa dimension cocasse, démesurée, truculente, en respectant les épisodes surnaturels de la partition, tout en réservant de très beaux moments d’humanité, d’émotion sincère et une grande indulgence pour les faiblesses des hommes. Parallèlement, la mise en scène souligne fort à propos la force des femmes lorsqu’elles s’allient entre elles face à des hommes gonflés de suffisance, de nombrilisme et de bêtise.</p>
<p>C’est déjà en soi une performance, qui donne consistance à la pièce et produit un spectacle agréable, souvent drôle et plein d’humanité.</p>
<p>Toute l’action, ou presque, se passe à l’hôpital. Falstaff est alité pour cause d’obésité, entouré de ses deux comparses comme un Christ au Golgotha, et les quatre femmes de la distribution sont devenues quatre infirmières qui s’occupent de ces messieurs. Le Docteur Cajus est rendu à son rôle de médecin et tout cela fonctionne admirablement bien.</p>
<p>Les décors assez beaux malgré la dimension aseptisée des lieux, sont faits de grands voilages à l’italienne joliment éclairés et le mobilier se réduit aux nécessités du lieu : des lits, des tables de chevet et des chariots roulants. Une fois passée la surprise d’une telle transposition, l’action s’impose facilement et trouve sa justification tout au long de la pièce. Le rythme des déplacements des personnages est bien réglé, parfois chorégraphié avec la précision d’un ballet, l’humour un peu potache n’est jamais loin. La mise en scène réussit à caractériser chaque personnage, en partie grâce aux costumes de <strong>Christian Lacroix</strong>, tirant bien souvent sur la caricature. Le deuxième acte, divisé en plusieurs tableaux distincts nous transporte dans la buanderie de l’hôpital, lieu parfait pour l’épisode du panier à linge dans lequel se réfugie notre héros, qui finira dans les marais de la Tamise. Sauvé de la noyade par son obésité même, Falstaff aborde le troisième acte vêtu d’un vêtement simulant une maladive abondance de rondeurs ; le corps nu du héros déchu sur le billard des chirurgiens, à la fin de la pièce, est un véritable tour de force de costumier et de metteur en scène, qui exprime les immenses misères de l’obésité et provoque dans le même temps un effet burlesque du plus grand comique.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Falstaff-General-rehearsal-58-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-151784"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Elia Fabbian, Falstaff © DR</sup></figcaption></figure>


<p>Hélas, tout le bien qu’on trouve à dire de cette mise en scène doit être relativisé à l’aune de la performance musicale, pas toujours satisfaisante. <em>Falstaff</em>, on le sait, est une partition périlleuse, qui contient de nombreux passages pour ensembles vocaux, très difficiles à mettre en place, au cours desquels les chanteurs ont mille occasions de se perdre, et qui ici sont abordés avec une grande confusion. On peut dire que dès qu’il y a plus de quatre voix simultanées, on perd le sens du discours musical tant la réalisation est approximative, tant les décalages sont grands avec l’orchestre, même si tout cela tend à être masqué par une bonne humeur générale et des effets de théâtre qui distraient l’oreille. Les performances individuelles des chanteurs, pourtant, sont de meilleure qualité, dans une distribution relativement homogène. Accidenté, Tassis Chriostoyannis, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-falstaff-lille/">qui chantait le rôle-titre à Lille</a>&nbsp;a cédé sa place à <strong>Elia Fabbian</strong>, voix profonde mais sans grand caractère, ce qu’il compense par une excellente performance d’acteur et un bel engagement scénique. Le plus percutant, parmi les rôles masculins est le Ford de <strong>Gezim Myshketa</strong>, voix chaude et enveloppante qui constitue une sorte de contrepoids raisonnable aux excentricités de Falstaff. Bardolfo et Pistola (respectivement <strong>Loïc Félix</strong> et <strong>Damien Pass</strong>) tirent leur épingle du jeu honorablement. Globalement, la distribution féminine est de meilleure qualité&nbsp;: <strong>Silvia Beltrami</strong> est tout à fait convaincante dans le rôle de Mrs Quicky, excellente diction et grande précision vocale, et <strong>Gabrielle Philiponet </strong>s’impose facilement dans celui de Alice Ford, pleine de malice et d’intelligence. <strong>Julie Robard-Gendre</strong> campe Meg Page avec un peu de raideur, sans doute voulue par la mise en scène, mais une belle aisance vocale. Le couple Nanetta, <strong>Clara Guillon</strong> – Fenton <strong>Kevin Amiel</strong>, deux jeunes chanteurs pleins de talent qui accumulent les succès sur les scènes françaises, s’impose par la candeur des deux rôles et le charme de leurs voix qui s’accordent très heureusement. D’où vient, dès lors, que lorsqu’ils chantent tous ensemble, ces honnêtes musiciens ne donnent à entendre qu’un discours indistinct, incompréhensible et confus ? Manque de travail ou de temps de répétition avec l’orchestre de Luxembourg ? Accidents liés au stress de la première ? Ou est-ce que, définitivement, ces parties-là de la partition sont inchantables ? &nbsp;Le mystère reste entier.&nbsp;</p>
<p>Dans la fosse, le chef <strong>Antonello Allemandi</strong> tente de dominer tout ce beau monde et de suivre les inflexions d’une mise en scène qui bouge beaucoup tout en respectant la rigueur due à la partition. L’orchestre de Luxembourg se montre un peu sage et un peu prudent, peu enclin au lyrisme, mais le public semble néanmoins fort heureux de sa soirée.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-falstaff-luxembourg/">VERDI, Falstaff &#8211; Luxembourg</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>PUCCINI, Messa di Gloria</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/puccini-messa-di-gloria/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 May 2023 06:36:02 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La gloire de Puccini comme compositeur d&#8217;opéras a fait oublier ses racines familiales. Depuis 1739, ce sont pas moins de cinq générations de ses aïeux qui se sont succédé comme maître de chapelle à la cathédrale de Lucca. C&#8217;est dire à quel point le répertoire sacré fut le terrain d&#8217;expression naturel du jeune Puccini, jusqu&#8217;à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La gloire de Puccini comme compositeur d&rsquo;opéras a fait oublier ses racines familiales. Depuis 1739, ce sont pas moins de cinq générations de ses aïeux qui se sont succédé comme maître de chapelle à la cathédrale de Lucca. C&rsquo;est dire à quel point le répertoire sacré fut le terrain d&rsquo;expression naturel du jeune Puccini, jusqu&rsquo;à ce qu&rsquo;une représentation de <em>Aïda</em> à Pise, que le jeune homme était allé voir à pied, décide de sa vocation lyrique. On n&rsquo;ira pas jusqu&rsquo;à prétendre que cette <em>Messa di Gloria</em> d&rsquo;un homme de 22 ans soit à mettre sur le même pied que les chefs-d&rsquo;oeuvre ultérieurs, mais elle est une synthèse des plus heureuses entre la tradition liturgique italienne et des élans lyriques qui révèlent déjà un tempérament éminemment théâtral. On trouvera ici des fugues de la plus belle eau, des pages où le recueillement n&rsquo;est pas feint, et des solos de ténor à se damner d&rsquo;émotion. L&rsquo;invention mélodique est particulièrement soutenue, et ne vous étonnez pas de fredonner plus d&rsquo;un des morceaux sous votre douche matinale. L&rsquo;ostinato qui accompagne les différentes parties du Credo est un bel exemple de ce don, qui ne fera que se confirmer.</p>
<p>L&rsquo;oeuvre dut attendre 1951 pour faire l&rsquo;objet d&rsquo;une publication en bonne et due forme, et elle est restée depuis le parent pauvre de la discographie puccinienne. Les références étaient signées jusqu&rsquo;à présent Claudio Scimone (Erato) et Antonio Pappano (Warner). Cette nouvelle parution pourrait toutefois remettre en cause cette domination. Sans atteindre aux mêmes sommets que <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/rossini-stabat-mater-a-lepreuve-du-en-meme-temps/">dans son récent <em>Stabat Mater</em> de Rossini</a>, <strong>Gustavo Gimeno</strong> se montre inspiré, et sa battue souple et naturelle montre qu&rsquo;il croit dans l&rsquo;oeuvre ; son enthousiasme est communicatif. Depuis 2015 et sa nomination, Gimeno n&rsquo;est pas encore parvenu à donner une vraie personnalité sonore à <strong>l&rsquo;orchestre philharmonique de Luxembourg,</strong> mais l&rsquo;ensemble offre un niveau de professionnalisme appréciable, et les quelques maladresses orchestrales du jeune compositeur sont négociées avec beaucoup de finesse. Le tableau est globalement identique pour le choeur, l<strong>&lsquo;Orfeo Catala,</strong> qui se produit avec des phalanges de plus en plus prestigieuses (jusqu&rsquo;au Philharmonique de Berlin), et dont il faut saluer le chant probe et intègre. Aucune hésitation dans les moments les plus contrapuntiques, de la douceur ou de la force selon ce qui est nécessaire, mais on est encore loin d&rsquo;une vraie personnalité chorale type Collegium Vocale ou RIAS-Kammerchor.</p>
<p>Au contraire, <strong>Charles Castronovo</strong> a de la personnalité à revendre. Son style opératique fait clairement pencher la balance vers le drame, au détriment parfois du caractère sacré de la partition. Rarement le « Gratias agimus » aura ressemblé aussi fort au « Recondita armonia » de <em>Tosca.</em> Alors bien sûr, tout cela a fière allure, et chacune des interventions du ténor est marquante, frappée du sceau de l&rsquo;héroïsme et de la sincérité. Mais le timbre montre déjà des signes d&rsquo;usure, bien au-delà de ce qu&rsquo;on pourrait attendre d&rsquo;un chanteur de 47 ans. Et ce vibrato si fièrement exhibé, lancé à la figure de l&rsquo;auditeur, est-il à sa place lorsqu&rsquo;il faut montrer la créature qui rend hommage à son créateur ? Le doute est permis, et Roberto Alagna, tout extraverti soit-il, parvenait à trouver un ton orant plus en situation. Il n&rsquo;y a aucune réserve par contre en ce qui concerne la prestation de <strong>Ludovic Tézier.</strong> L&rsquo;équilibre parfait entre présence et effacement, la finesse de la diction, la tenue de la ligne, l&rsquo;émotion contenue, &#8230; Un modèle du genre, qui fait regretter que ses interventions ne soient pas plus nombreuses.</p>
<p>Les trois morceaux orchestraux complètent logiquement le programme, puisqu&rsquo;ils datent aussi des années d&rsquo;apprentissage de Puccini. Si le <em>scherzo pour cordes</em> et l&rsquo;élégie <em>Crisantemi</em> sont rendus avec beaucoup de naturel, le <em>Capriccio sinfonico</em> demanderait, pour transcender ses faiblesses, plus de créativité que ne peuvent en offrir les valeureux pupitres de l&rsquo;Orchestre philharmonique de Luxembourg.</p>
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		<title>WAGNER, Tristan und Isolde — Luxembourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/tristan-und-isolde-luxembourg-situations-etranges-emotions-fortes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Mar 2023 05:00:10 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Reprise d’une production du Festival d’Aix-en-Provence où le spectacle fut créé la saison dernière, cette mise en scène controversée fait en ce moment étape à Luxembourg pour trois représentations. En ce jour de première, la salle n’est pas pleine, hélas, et s’éclaircira même en cours de route ; une partie des spectateurs aura été déroutée par &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Reprise d’une production du Festival d’Aix-en-Provence où le spectacle fut créé la saison dernière, cette mise en scène controversée fait en ce moment étape à Luxembourg pour trois représentations. En ce jour de première, la salle n’est pas pleine, hélas, et s’éclaircira même en cours de route ; une partie des spectateurs aura été déroutée par l’audace ou la complexité du propos du metteur en scène. On peut le comprendre tant la transposition est radicale et peut praraître éloignée de la tradition. Pourtant, le visuel est splendide de bout en bout, l&rsquo;émotion est sans cesse au cœur du spectacle, chaque détail fait sens pour qui veut se donner un peu de  peine et chercher à comprendre, et jamais l&rsquo;œuvre n&rsquo;est rabaissée.</p>
<p>La conception même du spectacle, telle qu’elle apparait dans les notes d’intentions du metteur en scène <strong>Simon Stone</strong>, est assez complexe en effet pour qu’on prenne le temps de l’expliquer. Durant le prologue, une femme entre deux âges s’aperçoit que son mari la trompe : elle aime toujours mais ne se sent plus aimée. Elle va puiser dans le mythe wagnérien le matériau d’une longue réflexion métaphysique sur le sens de l’amour, du désir, du temps qui passe et du vieillissement, nourrissant ainsi sa décision de rupture qui interviendra tout à la fin du spectacle, par un glissement progressif entre le mythe et la réalité au cours du long monologue de la mort d’Isolde. On peut juger qu’une telle mise en abîme n’est pas strictement nécessaire, ou même qu’elle jette un peu de confusion dans le spectacle. Mon avis est plutôt qu’elle ajoute une dimension très contemporaine et presque psychanalytique sans dévoyer l’œuvre, et qu’elle sollicite de la part du spectateur une réflexion approfondie sur ce qu’est un mythe, ce qu’il peut apporter à nos vies contingentes, et comment il devient intemporel à travers la plus belle des musiques.</p>
<p>Le spectacle commence par une petite fête entre amis dans l’appartement d’une femme. Décor somptueux, en format cinémascope, vue à 180 degrés sur la ville, éclairages magnifiques, tout concourt à une atmosphère d’aisance et de luxe qui bien entendu ne préserve pas des affres du désamour et de la trahison. Le même appartement devient alors le bateau qui amène Isolde en Cornouailles par une terrible nuit d’orage, où s’établit le rapport de force entre les futurs amants, le lieu de l’échange du philtre, de leur attirance irrésistible et soudaine. Tout le premier acte est passé sans aucune longueur, déroulant des images magnifiques de mer déchaînées ou de soleil radieux.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/230225_ext_grandtheatre_tristant_isolde_opl_c_eric_devillet_21.jpg?itok=hSZ7aT3P" title="Ann Petersen, Isolde et Daniel Frank, Tristan© Philharmonie Luxembourg/Eric Devillet" width="468" /><br />
	Ann Petersen, Isolde et Daniel Frank, Tristan © Philharmonie Luxembourg/Eric Devillet</p>
<p>Le deuxième acte se déroule dans un bureau open-space avec vue panoramique sur les toits de Paris. C’est dans la clandestinité, après les heures de travail, qu’Isolde retrouve son amant, c’est au bureau qu’ils passent leur nuit torride. Le metteur en scène, dans une sorte de délire onirique, va démultiplier ce couple, le représenter aux divers âges de la vie, dans différentes configurations, pour en faire une sorte de couple universel. Ici aussi, les images défilent à travers les fenêtres, du crépuscule à l’aube, créant des tableaux magnifiquement éclairés (<strong>James Farncombe</strong>) avec des ciels à couper le souffle. Aussi soudainement que l’éclatement d’une bulle, l’atmosphère bascule complètement dès que les amants sont surpris. Le travail de caractérisation de chaque personnage et les interactions entre eux est particulièrement bien soigné ; la consternation générale face à la trahison, le désespoir du Roi Marke sont tangibles et bouleversants, de même que l’escalade de violence qui conduit au geste de Melot. Le spectateur est comme au cinéma, complètement happé par la mise en scène en même temps qu’il est envoûté par la musique.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/230225_ext_grandtheatre_tristant_isolde_opl_c_eric_devillet_41.jpeg?itok=k-zEylN4" title="Josef Wagner, Kurwenal, Daniel Frank, Tristan et Joel Williams, un marin© Philharmonie Luxembourg/Eric Devillet" width="468" /><br />
	Josef Wagner, Kurwenal, Daniel Frank, Tristan et Joel Williams, un marin © Philharmonie Luxembourg/Eric Devillet</p>
<p>Et la magie continue au troisième acte. Toute la dernière partie du spectacle est menée avec une grande maestria, une parfaite adéquation entre mise en scène et ligne musicale, le cheminement d’une rame de métro amplifiant le déroulement de la partition. Le spectateur est pris par la main, aspiré par le mouvement. Nous voici à présent à la Porte des Lilas, dans un wagon du métro parisien, avec ses voyageurs et son musicien ambulant (le cor anglais) ; une rixe éclate et Melot réédite son coup de couteau vengeur. Dans une accélération du temps, les stations vont alors défiler, comme les stations d’un chemin de croix, celui de l’agonie de Tristan. Télégraphe, Place des Fêtes, des passagers entrent et sortent, Jourdain, l’agonie se prolonge ; fidèle et magnifique, Kurwenal est aux côtés de son Prince. Pyrénées, au plus mal Tristan quitte un peu la réalité. Par les fenêtres du métro, il est transporté dans un paysage de montagnes. Belleville, Goncourt, Isolde embarque, dans une somptueuse robe de lamé or, la raison de Tristan vacille, il retrouve la mer du premier acte, le sentiment d’urgence est de plus en plus présent, le défilement des stations s’accélère. République, Rambuteau, c’est le grand air de la mort d’Isolde, paroxysme de trouble, d’angoisse et d’émotion. Hôtel de Ville, Châtelet : revenue à la vie civile, redevenue le personnage contemporain qu’on a vu pendant le prologue, elle quitte la rame sans se retourner. La rupture avec Tristan est consommée. Rideau. </p>
<p>Le casting, différent de celui d’Aix en Provence, est assez homogène, avec même quelques éléments exceptionnels : saluons tout d’abord la très belle performance de <strong>Ann Petersen</strong> en Isolde, puissante, maternante, dominatrice, très à l’aise vocalement et dominant le rôle jusqu’au bout sans faillir. A ses côtés, le Tristan de <strong>Daniel Frank</strong> est un peu moins héroïque : la voix, parfois aux limites de sa capacité, ne disconvient pas au rôle mais présente peu de variété de couleurs, peu d’inflexions expressives, de sorte que la prestation paraît globalement un peu terne. Le rôle de Brangäne est chanté par <strong>Katarina Karnéus</strong>, dont la belle voix grave au timbre ambré opère avec charme. Fort bien distribué également, le Kurwenal de <strong>Josef Wagner</strong> (il tenait déjà le rôle à Aix), peu présent au début, se révèle au dernier acte suscitant beaucoup d’émotion. Magistrale à tout point de vue, la prestation de <strong>Franz-Josef Selig</strong> en Roi Marke impressionne par l’ampleur caverneuse de la voix, somptueuse, par le physique, imposant, et par l’autorité du chanteur. <strong>Leon Košavić</strong> (Mélot) réussit à donner une véritable présence et beaucoup de relief au rôle du mauvais tandis que le jeune <strong>Joel Williams</strong>, fidèle et discrète présence tout au long du dernier acte, prête son physique avantageux au double rôle du berger et du marin.</p>
<p>Une telle réussite ne serait pas possible, c’est évident, sans la complicité de la fosse et de l’orchestre dont Lothar Koenigs tire le meilleur parti possible. Avec des tempi relativement lents au début (en particulier pour l’ouverture donnée avec beaucoup de solennité), une grande attention portée à la synchronisation des éléments visuels et musicaux, comme au cinéma, le chef contribue pour beaucoup à la solidité de l’édifice global. La profondeur des timbres, la réalisation de quelques solo instrumentaux laissent parfois un peu à désirer, mais l’ensemble est de belle tenue, assurant la cohérence musicale d’un bout à l’autre du spectacle.</p>
<p> </p>
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		<title>Rossini, Stabat Mater</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/rossini-stabat-mater-a-lepreuve-du-en-meme-temps/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 May 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Voilà une œuvre qui n’en finit pas de déconcerter : sacrée par le texte ; profane par la musique qui, faisant fi du message religieux, s’ébat le plus souvent dans les ors de l’opéra ; hétérogène comme si l’assemblage de ses numéros relevait d’un simple hasard, sans souci de construction savante. Une œuvre ? Une &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Voilà une œuvre qui n’en finit pas de déconcerter : sacrée par le texte ; profane par la musique qui, faisant fi du message religieux, s’ébat le plus souvent dans les ors de l’opéra ; hétérogène comme si l’assemblage de ses numéros relevait d’un simple hasard, sans souci de construction savante. Une œuvre ? Une énigme.</p>
<p>L’histoire de sa composition explique en partie son originalité. Commandée lors d’un voyage en Espagne en 1831 par le théologien Manuel Fernández Varela, la partition laissée inachevée par Rossini, malade, fut complétée par son ami Giovanni Tadolini avant d’être créée le samedi saint de 1833 à la Chapelle San Felipe el Real de Madrid, puis oubliée. Sa vente quelques années plus tard à un éditeur de musique parisien, Antoine Aulagnier, conduisit Rossini à la reprendre pour la mener cette fois à terme. La première exécution dans sa version définitive à la Salle Ventadour du Théâtre-Italien à Paris, le 7 janvier 1842, reçut un accueil triomphal. Jamais démenti, ce succès a engendré une myriade d’enregistrements dont aucun ne se pose en référence – raison pour laquelle peut-être, il ne se passe pas une ou deux saisons sans qu’une nouvelle proposition ne s’ajoute à une discographie pléthorique.</p>
<p>Directeur depuis 2015 de l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg, <strong>Gustavo Gimeno</strong> s’attaque à son tour à la résolution d’une équation trop souvent réduite à deux paramètres – église et théâtre. La force de son interprétation tient à la manière dont sa lecture s’affranchit de ce dilemme pour offrir une nouvelle alternative. Le « en même temps » du macronisme appliqué à la partition de Rossini si l’on veut résumer l’approche par une formule.</p>
<p>Artificiels, l’éloquence du geste et ces quelques effets de manche – l’enchaînement sans temps mort des deux dernières séquences par exemple ? Artificiels, les éclairs des cuivres de l’« Inflammatus » tandis que dans un ciel soudain obscurci tonnent les timbales ? Artificiel, ce « Cujus animam » enserré avec une telle souplesse qu’il en oublie de plastronner ? Artificiels, l’élan compassionnel du « Pro Peccatis »,  le balancement recueilli du « Fac Ut Mortem », l’éloquence des contrastes dans le « Quando Corpus Morietur » ? Artificiels et spirituels, tant est ténue dans le catholicisme la frontière entre le drame et l’expression. La dichotomie entre velours et encens si souvent observée lorsqu’on passe au crible le <em>Stabat Mater </em>rossinien perd son sens lorsque comme ici les intentions se confondent en un récit haletant auquel l’orchestre et les chœurs apportent un indéfectible soutien.</p>
<p>Restent les solistes – <strong>Maria Agresta</strong>, <strong>Daniela Barcellona</strong>, <strong>René Barbera</strong>, <strong>Carlo Lepore </strong>– les trois derniers rossiniens patentés, dont le tout s’avère supérieur à la somme des parties. Ensemble, ils contribuent à l’équilibre admirable de cette lecture du chef d’œuvre sacré de Rossini. Séparés, ils souffrent, sans démériter, chacun dans leur tessiture, de la comparaison avec bon nombre de leurs prédécesseurs. A défaut de la référence donc, une version à considérer.</p>
<p> </p>
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		<title>PUCCINI, Messa di gloria — Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/messa-di-gloria-paris-tce-une-emotion-en-demi-teintes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Brigitte Maroillat]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 14 May 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le Théâtre des Champs-Elysées n’a pas fait salle comble hier. C’est en effet devant un parterre et des balcons clairsemés que s’est déroulée la soirée. Pourtant, ce programme entièrement dédié à des œuvres de jeunesse de Giacomo Puccini était des plus prometteurs, avec de surcroît  Ludovic Tézier, qui draine en ces temps tous les suffrages et &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le Théâtre des Champs-Elysées n’a pas fait salle comble hier. C’est en effet devant un parterre et des balcons clairsemés que s’est déroulée la soirée. Pourtant, ce programme entièrement dédié à des œuvres de jeunesse de Giacomo Puccini était des plus prometteurs, avec de surcroît  <strong>Ludovic Tézier</strong>, qui draine en ces temps tous les suffrages et entraine dans son sillage toute une nuée d’admirateurs. En complément de la <em>Messa di Gloria</em>, pièce centrale de ce goûtu menu puccinien, étaient également proposés d’autres mets savoureux du jeune compositeur, tels que le <em>Scherzo per archi</em>, le <em>Capriccio Sinfonico</em>, et <em>Crisantemi</em>. Pour servir cette soirée, l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg  sous la direction de <strong>Gustavo Gimeno</strong>, le <strong>Chœur Orfeó Català</strong>  et deux voix de premier plan, le ténor <strong>Charles Castronovo</strong> et notre baryton précité.</p>
<p>En 1880, Puccini alors âgé de vingt-deux ans s’essaie à l’écriture pour quatuor à cordes, tentative dont il nous reste notamment un <em>Scherzo</em>. Composé en 1883, le <em>Cappriccio Sinfonico</em> témoigne déjà de la volonté du jeune compositeur de faire évoluer la tradition italienne de la mélodie pour l’amener vers plus de modernité. Sept ans plus tard, en 1890, il écrit, en une nuit, une pièce pour cordes, <em>Crisantemi</em>, une élégie à la mémoire d’un ami, le duc Amédée de Savoie. Ce sont toutes ces œuvres assez méconnues qu’il a été réjouissant d’entendre hier soir, même s’il manquait à la prestation de l’orchestre, sous la direction uniforme de son chef, cette émotion qui habite les œuvres du compositeur italien, « ces passions humaines, l’amour et la douleur, le sourire et les larmes » qui selon ses propres termes devaient « l’empoigner et le secouer ».</p>
<p>En première partie, le travail de précision de Gustavo Gimeno met très clairement en lumière les influences, essentiellement wagnériennes et verdiennes, qui animent Puccini à cette époque. Malheureusement, l’exposé orchestral très linéaire et didactique que le chef nous offre ici laisse peu d’espace à la dimension émotionnelle, surtout dans le superbe <em>Crisantemi</em>. C’est d’ailleurs sous le sceau de cette émotion trop contenue que se déroulera la quasi-intégralité de la soirée. Certes les phrases musicales sont articulées avec application, mais à travers des couleurs tièdes et froides, laissant à l’auditeur l’empreinte d’un manque d’énergie, d&rsquo;audace et d’engagement, peu approprié à des œuvres de jeunesse pétries de fougue et de luxuriance.</p>
<p>Dans la seconde partie, avec la<em> Messa di Gloria</em>, cette émotion tant absente musicalement, viendra finalement des voix, du chœur d’abord, impérial, d’une très belle homogénéité, et du duo vocal, ensuite, qui libèrera les énergies et emportera l’auditeur. En fin musicien, et avec une technique irréprochable, Charles Castronovo est impressionnant de constance et d’engagement. La voix, magnifiquement timbrée, est dotée d&rsquo;harmoniques et de couleurs riches et nuancées et de superbes effets. On aurait toutefois souhaité que le ténor se laisse davantage saisir par la musique et pour ce faire qu’il se détache quelque peu de la partition. Ludovic Tézier, fidèle à lui-même, livre un <em>Benedictus</em> remarquable. La diction et la projection sont parfaites. Voix d’ombre et de lumière, le baryton est dans une émotion vraie avec ce qu’il faut de solennité, sans toutefois paraître distant. Le duo de l’<em>Agnus Dei</em> est servi par les deux chanteurs dans une totale synergie et constitue d’ailleurs l’un des rares moments de la soirée où l’ensemble – chœur, orchestre, voix – trouve enfin l’osmose. Dommage qu’il eut fallu attendre ces ultimes moments de la soirée pour être enfin emporté par l’émotion. Et les voix y sont à l&rsquo;évidence pour beaucoup…</p>
<p> </p>
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		<title>BIZET, Carmen — Luxembourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/carmen-luxembourg-aux-mains-dun-therapeute/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 10 Mar 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C&#8217;est Aix-en-Provence qui a eu le privilège de présenter en premier cette ambitieuse production de Carmen, revue et interprétée par Dmitri Tchernakiov, qui ne fait rien comme tout le monde, et c&#8217;est tant mieux. L&#8217;oeil (et les oreilles de ForumOpera.com y étaient, en la personne de Laurent Bury. La Monnaie devait présenter à son tour le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="margin: 0cm 0cm 0.0001pt;font-size: medium">C&rsquo;est Aix-en-Provence qui a eu le privilège de présenter en premier cette ambitieuse production de Carmen, revue et interprétée par <strong style=", verdana, arial, sans-serif;font-size: 14px">Dmitri Tchernakiov</strong>, qui ne fait rien comme tout le monde, et c&rsquo;est tant mieux. L&rsquo;oeil (et les oreilles de ForumOpera.com y étaient, <a href="https://www.forumopera.com/carmen-aix-en-provence-drole-de-jeu-de-role" style=", verdana, arial, sans-serif;font-size: 14px">en la personne de Laurent Bury.</a></p>
<p>La Monnaie devait présenter à son tour le spectacle en janvier dernier, mais y a finalement renoncé tant les obstacles, liés à la crise sanitaire et aux interdits largement excessifs décidés par les pouvoirs publics belges, étaient nombreux et contraignants.</p>
<p><p> </p>
<p>Deux mois plus tard, c’est au tour de Luxembourg d’accueillir cette production, et le moins qu’on puisse dire est qu’elle a fait forte impression sur un public sans doute peu familier des audaces du metteur en scène.</p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0.0001pt;font-size: medium">
<p> </p>
<p>Le propos de Tcherniakov est de faire du livret de Carmen un outil thérapeutique pour soigner un patient déprimé, auquel il propose d’endosser le rôle de Don José. On assiste donc à l’arrivée du patient et de son épouse dans un hall d’hôtel aménagé comme pour un séminaire d’entreprise ; l’œuvre est sélectionnée en fonction de la pathologie à traiter (ici l’absence de désir et la dépression), et il est proposé au patient d’endosser un des rôles, les autres intervenants étant alors joués par des comparses, des comédiens payés pour cela. L’épouse du patient, dont on comprend vite qu’elle pourrait bien être la cause de la dépression de son malheureux mari, s’adjugera d’autorité, en cours de route, le rôle de Micaëla. Don José, confronté à une Carmen de braise, contraint de se laisser séduire, retrouvera-t-il le désir ? Tel  est l’enjeu proposé par Tcherniakov.</p>
</p>
<p>Au début de la représentation, un comédien (Pierre Grammont) vient expliquer ce scénario inédit et nous raconter l’histoire, qui sera interrompue à différents moments pour les besoins du traitement. Par des sortes de didascalies déclamées (qui font l’objet du texte de Tcherniakov) le public est invité à suivre la cure, à apprécier les progrès du patient, et est donc d’emblée placé à l’extérieur de l’œuvre de Bizet, par un système de mise en abîme très efficace qui invite à contempler Carmen (la pièce) comme un objet, plutôt que d’entrer dans le narratif que le metteur en scène juge un peu niais et auquel il refuse de croire. Il se débarrasse ainsi à bon compte de l’exotisme de pacotille, du caractère subversif de l’œuvre (si on la replace dans son contexte historique), de son érotisme latent. Plus de torero en habit de lumière, plus de contrebandiers, plus de cigarières à moitié dévêtues ou de soldats en rut. Le rôle de Micaela, incarnation du devoir et de l’amour sage, s’en trouve complètement transformé sans qu’un seul mot soit changé au texte, c’est un véritable tour de force. Carmen, devenue comédienne au service du psychothérapeute, n’agit plus que sur commande. L’ode à la liberté des femmes perd ici tout son sens. A mi-parcours, alors que la cure semble terminée, le patient pris au jeu en redemandera, alors qu’un nouveau patient est déjà en traitement. La scène finale, dont on pense un instant qu’elle pourrait basculer du jeu de rôle vers la vraie vie, n’est elle aussi finalement qu’un artifice : Carmen ne meurt pas sous les coups de couteaux de Don José, c’est lui qui bascule dans la folie, irrémédiablement perdu.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="324" src="/sites/default/files/styles/large/public/carmen_c_patrick_berger_artcompress_1.jpg?itok=surfsZfq" title="Pierre Grammont (le thérapeute), Anne-Catherine Gillet (Micaëla) et Michael Fabiano (Don José) © Patrick Berger" width="468" /><br />Pierre Grammont (le thérapeute), Anne-Catherine Gillet (Micaëla) et Michael Fabiano (Don José) © Patrick Berger </p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0.0001pt;font-size: medium"> </p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0.0001pt;font-size: medium">Tout cela, qui ne manque pas de déconcerter tout de même, fonctionne cependant assez bien et permet en effet un regard neuf sur une œuvre archi connue, débarrassée de tous les poncifs du XIXe siècle. Seul le côté transgressif de l’œuvre est passé sous silence : au XXIe siècle et dans le cadre d’une thérapie, l’entreprise de séduction menée par une Carmen mercenaire n’a plus rien qui puisse faire frémir le bourgeois. </p>
<p>Ainsi centrée sur le seul personnage de Don José, la mise en scène sert-elle l’œuvre ? Elle jette un regard neuf et incongru, certes, elle donne à réfléchir (un peu), elle fait rire (beaucoup) et crée une œuvre en marge de l’œuvre, c’est bien dans l’air du temps. Mais ce regard n’est pas tout de l’œuvre représentée, il est incomplet, partial, très subjectif. On en vient à imaginer d’autres grands opéras du répertoire qui pourraient utilement, sur le même modèle, servir d’autres pathologies, <em>Othello</em> pour soigner une jalousie excessive, <em>Faust</em> pour déniaiser les jeunes filles crédules à qui on ferait jouer Marguerite, <em>Don Giovanni</em> pour soigner les violeurs, <em>Rosenkavalier</em> pour les nymphomanes etc…</p>
<p>Les possibilités sont… vertigineuses !</p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0.0001pt;font-size: medium">Mais venons en à la partie musicale du spectacle : la distribution de 2022 est sensiblement différente de celle de la création à Aix-en-Provence en 2017. <strong style=", verdana, arial, sans-serif;font-size: 14px">Eve-Maud Hubeaux</strong> éblouit tant par sa performance scénique que par son chant : elle chante Carmen avec énormément d’engagement, d’assurance, d’aisance, de nuances et de couleurs, et met ses charmes et son physique imposant de statue grecque au service du rôle. <strong style=", verdana, arial, sans-serif;font-size: 14px">Anne-Catherine Gillet</strong> donne au personnage de Micaëla, devenue épouse délaissée en lieu et place d’une vierge amoureuse éconduite, beaucoup de substance vocale. Sa voix ravissante, avec un petit vibrato serré du meilleur effet, se joue de toutes les difficultés vocales, et sa présence scénique un peu hystérique, totalement à l’opposé de ce qu’on attendrait, fait merveille.</p>
</p>
<p>La satisfaction est un peu moins grande du côté masculin : le Don José de <strong>Michaël Fabiano</strong>, tout en puissance (on n’en demande pas tant) mais complètement monochrome ne donne guère de relief à son personnage. La voix possède l’ambitus et le volume requis mais ne charme guère et manque de souplesse. Ce timbre-là contient plus de métal que de velours. L’intonation est parfois imprécise et se laisse surprendre par les modulations abruptes et les harmonies complexes de la partition. Escamillo (<strong>Jean-Sébastien Bou</strong>) quoique de bonne tenue, est moins brillant qu’à l’habitude ; la voix, agréable dans l’aigu, manque de résonnances et de puissance dans le grave. Assez terne aussi le Moralès de <strong>Pierre Doyen</strong>. Mais le rôle de Zuniga, chanté par<strong> Jean-Fernand Setti</strong> prend beaucoup de relief, grâce notamment à une présence physique imposante et un timbre puissant. Le duo Mercédès et Frasquita (<strong>Claire Péron</strong> et<strong> Louise Foor)</strong> s’en sort bien également.</p>
<p>Dans la fosse, l’orchestre de Luxembourg en grande forme semble prendre beaucoup de plaisir à la partition. Le chef José <strong>Miguel Pérez-Sierra</strong>, hélas, est souvent devant les chanteurs, pressant le tempo sans souplesse, créant des décalages à plusieurs reprises entre un plateau solidaire et fort homogène et un orchestre pourtant docile. </p>
<p><p> </p>
<p>Mention spéciale pour le chœur (l’ensemble Aedes) à la fois très bien préparé et souvent comique dans ses interventions.</p>
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