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	<title>SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg - Orchestre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg - Orchestre - Forum Opéra</title>
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		<title>STRAUSS, Der Rosenkavalier – Baden-Baden</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 May 2026 06:04:53 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Cette année, c’est le Chevalier à la rose qui est à l’affiche du Festival de Pentecôte au Festspielhaus de Baden-Baden pour deux représentations et le choix d’une mise en espace plutôt que d’une véritable mise en scène ou d’une version de concert. On se réjouit de découvrir le travail de Benjamin Lazar qu’on imagine volontiers &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cette année, c’est le <em>Chevalier à la rose </em>qui est à l’affiche du Festival de Pentecôte au Festspielhaus de Baden-Baden pour deux représentations et le choix d’une mise en espace plutôt que d’une véritable mise en scène ou d’une version de concert. On se réjouit de découvrir le travail de <strong>Benjamin Lazar </strong>qu’on imagine volontiers se sortir avec les honneurs et beaucoup d’inventivité de la tâche délicate de restituer tout le génie de la dramaturgie de Hofmannsthal avec quelques bouts de ficelles. Récemment, Vincent Huguet s’était mieux que bien tiré de l’exercice dans une <em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-la-cenerentola-baden-baden/">Cenerentola</a></em> époustouflante sur la vaste scène du Festspielhaus, avec quelques canapés de récupération. Le podium qui sert de décor ce soir est peut-être lui aussi du matériau recyclé, mais il n’a rien de viennois et n’apporte qu’un effet de rehausse de tout l’effectif. Métallique et froid, il sert également à séparer d’emblée les protagonistes et les mettre à distance. À la pause, certains se plaindront du choix des costumes et notamment celui de la Maréchale qui, plutôt qu’un costume XVIII<sup>e</sup> siècle ou une robe du soir pour une version de concert, porte une robe-pantalon. Le vêtement est pourtant très seyant, lui conférant l’allure moderne d’une femme de tête à la Marlène Dietrich, confortant son statut de femme mûre qui connaît les choses de la vie… Le minimalisme des accessoires et l’immersion des personnages dans notre univers contemporain ne manque par ailleurs pas de subtilités. Les talents de Benjamin Lazar ne sont plus à prouver, mais on reste tout de même un peu sur faim, tant il y aurait eu à faire avec la richesse du texte de Hofmannsthal. Si les chanteurs sont extrêmement bien dirigés, les aspects strictement viennois de l’œuvre ne surnagent qu’à grand peine. Certains choix de lecture surprennent, même s’ils prêtent à la réflexion : Octavian et la Maréchale, par exemple, sont séparés et l’un au-dessus de l’autre dès le premier acte. Sophie va prendre la place de la Maréchale et s’installer sur la chaise de sa rivale, ce qui est intéressant, mais l’on rit peu et l’ensemble reste bien sage, sans surprises. C’est un peu comme si l’équipe de mise en scène s’était contentée d’indiquer les effets, laissant au public le soin de combler les vides, à la manière d&rsquo;un théâtre élisabéthain contemporain : la structure de l’habitation est bien présente, mais nue, Octavian et Sophie s’échangent une rose qu’ils tiennent et que nous ne voyons pas, pas plus que n’apparaîtront l’épée ou le sang versé. Si les décors et accessoires sont sacrifiés, bien heureusement, la direction d’acteurs est formidable.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20260517_DerRosenkavalier_PFS_FSH_©MichaelBode-10-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-213906"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Michael Bode</sup></figcaption></figure>


<p><strong>Julia Kleiter</strong> est une bien belle Maréchale, tout en raffinements et subtilités. Élégante, digne et noble, la chanteuse confère à son rôle une humanité rayonnante. Il manque sans doute un je-ne-sais-quoi de désespéré et de nostalgique dans son approche, mais la diction est excellente, la psychologie de la femme qui s’affronte à son inéluctable vieillissement très bien évoquée et la voix en accord avec les facettes d’un personnage dont la soprano sait mettre en valeur tous les aspects, dotée qui plus est d’un timbre séduisant. Le physique androgyne d’<strong>Emily D’Angelo</strong> fait merveille dans le rôle d’Octavian. Longiligne et infiniment gracieuse dans ses maladresses feintes, la mezzo dispose d’un instrument tout en retenue et modestie, mais d’une délicate beauté dans les moires de sa ligne de chant d’une grande pureté, sublimée par un merveilleux legato. Dans ses débordements affectueux tout comme ses saines colères, le caractère juvénile et enflammé du jeune amoureux sont ici merveilleusement servis. Pour compléter un trio féminin d’une grande cohésion, <strong>Katharina Konradi</strong> compose une Sophie au caractère bien trempé. Radieuse et irrésistible, il faut la voir tomber amoureuse de son Chevalier à la rose, tenir tête et ne pas s’en laisser conter par un promis qu’elle refuse d’emblée et s’affirmer sans faillir. La voix est claire, voire cristalline, puissamment émouvante ; toute l’autorité dont est capable la jeune soprano n’en est que plus surprenante et vivifiante. Le trio final est magnifique.</p>
<p>Pourtant, celui qui emporte tous nos suffrages est, curieusement, le baron Ochs. Souvenons-nous que le titre provisoire de l’opéra était « Ochs von Lerchenau », Ochs signifiant bœuf, à l’aune du caractère peu raffiné du personnage. Pourtant, la basse <strong>Wilhelm Schwinghammer</strong> ne parvient jamais à approcher le ridicule habituel du mâle mal dégrossi auquel nous sommes habitués. La voix est d’une distinction qui semble naturelle et d’une élégance telle que l’on n’arrive jamais à trouver le cousin de la Maréchale graveleux et certainement pas antipathique. Cela en deviendrait presque gênant, n’était la capacité du chanteur à se fondre dans son rôle, impeccable comédien. On retiendra les notes caverneuses et résonnantes d’une basse profonde qu’on a envie de voir plus souvent. Après Jonas Kaufmann en 2009 et <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/der-rosenkavalier-baden-baden-la-fragilite-des-roses/">Lawrence Brownlee</a> en 2015, c’est <strong>Jonathan Tetelman</strong> qui reprend le rôle du chanteur italien (de luxe) : c’est peu dire que ses aigus percutants immédiatement reconnaissables galvanisent un public qui frémit d’aise lors de sa brève mais remarquable performance, cabotine à souhait. Les rôles de complément se montrent tous à la hauteur, en particulier le Faninal éclatant et autoritaire de <strong>Roman Trekel</strong>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20260517_DerRosenkavalier_PFS_FSH_©MichaelBode-3-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-213900"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Michael Bode</sup></figcaption></figure>


<p>Si les voix composent un ensemble cohérent qui passe la rampe sans peine, on restera davantage circonspect sur la disposition de l’orchestre, ni véritablement dans la fosse, ni sur la scène, mais dans un entre-deux où l’effectif se retrouve bien à l’étroit, une partie des cordes en surplomb à jardin, les percussions en vis-à-vis à cour. Le résultat sonore est un rien curieux, les dissonances voulues par Strauss se retrouvant encore plus accentuées. La comparaison est sans doute très exagérée, mais c’est un peu comme si l’on avait placé les couleurs côte à côte, mais trop éloignées : comme si, pour un tableau, au lieu de prendre une teinte verte à une certaine distance, les bleus et les jaunes restaient juxtaposés. Pourtant, le <strong>SWR Symphonieorchester</strong> est une formation à l’aise dans ce répertoire et son chef <strong>François-Xavier Roth</strong> adepte des partitions à l’architecture spectaculaire. Malgré ces réserves, il serait difficile de bouder la qualité générale ainsi que le plaisir pris à un spectacle de bien belle tenue…  </p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="RE-LIVE: Strauss - Der Rosenkavalier | Pfingstfestspiele Baden-Baden | Roth | SWR Symphonieorchester" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/mlp6y6gAxOM?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>Flamboyante Petra Lang à Dijon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/flamboyante-petra-lang-a-dijon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Feb 2016 11:16:04 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>« La musique n’est rien d’autre qu’un bruit de la nature » était un aphorisme de Mahler (rappelé par Henri-Louis de la Grange). Sa troisième symphonie l’illustre à merveille. Bien que très souvent enregistrée, elle est rarement programmée, certainement à cause des effectifs orchestraux et choraux requis : un orchestre pléthorique, des chœurs d’enfants et de femmes, et &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« <em>La musique n’est rien d’autre qu’un bruit de la nature</em> » était un aphorisme de Mahler (rappelé par Henri-Louis de la Grange). Sa troisième symphonie l’illustre à merveille. Bien que très souvent enregistrée, elle est rarement programmée, certainement à cause des effectifs orchestraux et choraux requis : un orchestre pléthorique, des chœurs d’enfants et de femmes, et une voix soliste d’alto ou de mezzo. l&rsquo;Opéra de Dijon la proposait interprétée par <strong>François-Xavier Roth</strong> et<strong> Petra Lang</strong> samedi dernier, 30 janvier.</p>
<p>Le justement célèbre «<em> O Mensch, gib Acht !</em> », véritable songe éveillé, n’intervient qu’après les trois premiers mouvements dont il constitue l’aboutissement. Pour chanter ce poème du <em>Also sprach Zarathustra </em>de Nietzsche, Petra Lang, singulièrement, se place aux confins de l’orchestre, côté jardin. Sa puissance naturelle l’y autorise : la voix s’inscrit parfaitement dans le tissu orchestral, contenu dans les nuances les plus discrètes, avec de fréquentes sourdines, des cordes divisées, en harmoniques. La douceur extrême de son entrée est fascinante. La conduite de la ligne de la seconde partie est à la fois intense et retenue. Le mouvement suivant, enchaîné, se fonde sur un poème du <em>Knaben Wunderhorn</em> (<em>Es sungen drei Engel</em>) confié au chœur d’enfants, au chœur de femmes et à la soliste. L’orchestre, opulent, bien que privé de ses violons mais enrichi des cloches, va tisser ses étoffes les plus chatoyantes, moirées ou brillantes pour parer le chant. Les voix des chœurs sont fraîches, claires à souhait. Leur cohésion, la joie dont elles sont porteuses (les « <em>Bimm, bamm</em> ») forcent l’admiration. Le texte et l’écriture inspirent Petra Lang. Elle interpelle Dieu, avec l’émotion de la pécheresse qui implore la pitié. Son chant, bien que contenu, traduit parfaitement son flamboiement intérieur. L’égalité des registres, les aigus colorés, naturels, la sincérité sont admirables. Notre grande wagnérienne retrouvera Isolde à Bayreuth en août prochain, sous la direction de Christian Thielemann.</p>
<p>François-Xavier Roth, à la tête de son orchestre, ménage de subtils équilibres. Le son est sculpté, toujours transparent, y compris dans les passages paroxystiques. Cela respire et nous transporte. Heureux auditeurs de Mannheim et de Freiburg qui auront droit au même programme !</p>
<p>Gustav Mahler,<em> 3e symphonie en ré mineur pour alto solo, choeurs et orchestre</em>. Petra Lang (alto), Europa Chor Akademie, Freiburger Domsingknaben, RSO Baden-Baden und Freiburg, François-Xavier Roth (direction musicale). Dijon, Auditorium, samedi 30 janvier 2016, 20 h</p>
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		<item>
		<title>Silvester-Gala Angel Blue, Massimo Giordano, Erwin Schrott — Baden-Baden</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/silvester-gala-angel-blue-massimo-giordano-erwin-schrott-baden-baden-reveillon-italo-latino/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 31 Dec 2015 07:50:08 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ildebrando d’Arcangelo était annoncé depuis des mois pour le traditionnel Gala de la Saint-Sylvestre à Baden-Baden, mais c’est finalement Erwin Schrott qui le remplace pour ce rendez-vous aimé du public du Festspielhaus. Le programme est en principe très festif, léger et les artistes se laissent aller à toutes sortes de facéties quelquefois mémorables, comme Anna &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ildebrando d’Arcangelo était annoncé depuis des mois pour le traditionnel Gala de la Saint-Sylvestre à Baden-Baden, mais c’est finalement <strong>Erwin Schrott </strong>qui le remplace pour ce rendez-vous aimé du public du Festspielhaus. Le programme est en principe très festif, léger et les artistes se laissent aller à toutes sortes de facéties quelquefois mémorables, comme <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=GQosLmaS43g">Anna Netrebko</a>, par exemple, qui envoyait valdinguer ses escarpins avant de danser pieds nus sur la scène (quoique, pour l’exemple précité, c’était le Gala de clôture de saison à la mi-juillet, pas celui de la fin de l’année)… S’il est la guest star parachutée en dernière minute, le choix est tout de même parfaitement heureux tant le baryton sait y faire : Erwin Schrott fait une entrée de rock star et salue ingénument le public de la main ainsi que, comme il nous l’expliquera plus tard avant les bis, toute sa famille venue le soutenir (et sans doute apprécier les eaux thermales, comme on les comprend !). Il est accompagné d’un factotum chargé de plusieurs caisses en plastique contenant des piles de photos, pour un air du Catalogue où il déploie tout son savoir-faire d’amuseur public. C’est un Leporello séducteur en diable qui conquiert d’emblée la salle, aux graves très sûrs et à la voix caressante et chaude, n’hésitant pas à glousser ou ronronner, s’appropriant l’air avec décontraction et quelques libertés, mais avec un charme ravageur. Notre baryton en fait des tonnes, bombe le torse et se sait sûr de son pouvoir de fascination… et cela fonctionne à plein. Il enchaîne ensuite avec un « Et toi, Palerme », curieusement donné en français, pas toujours très distinctement prononcé, mais frémissant et puissamment émouvant. Pour finir, il concurrence Julio Iglesias et Nat King Cole réunis avec un « Besame Mucho » bienvenu, où l’on s’aperçoit qu’il possède également des aigus percutants. Il est soutenu par un remarquable joueur de bandonéon, <strong>Claudio Constantini</strong>, dont on aurait aimé pouvoir profiter davantage de l’étendue des talents mais qui se limite ici avec bonne humeur au rôle de faire-valoir. On apprécie aussi les solistes percussionnistes de l’orchestre de Baden-Baden enfin décontracté et festif. Il faut dire en effet que les musiciens font une assez triste figure et que la direction de <strong>Gérard Korsten </strong>manque un peu de punch, quitte à être poussive dans l’ouverture d’<em>Otello </em>de Rossini ou celle du <em>Don Pasquale</em>. On découvre également une curiosité, <em>El Salón México</em> de Copland, entre Nino Rota et Ennio Morricone, teintée de folklore mexicain. Le programme, émaillé d’airs amoureux en tous genres, est cependant curieusement heurté et un peu artificiel.</p>
<p>Les autres interprètes sont un peu moins brillants que le baryton uruguayen, mais les airs choisis leur permettent tout de même de tirer les marrons du feu. <strong>Angel Blue </strong>sait se souvenir qu’elle a été Miss Hollywood : elle est jolie comme un cœur et irradie, quoique son « I Could Have Danced All Night » manque de fougue vocale et ne pétille pas autant qu’on l’aurait souhaité, franchissant à peine la rampe. Cela dit, elle a eu le courage de commencer avec Bellini, ce qui est périlleux (en passant à proximité de l’entrée des artistes, d’ailleurs, les vocalises d’échauffement qui arrivaient de sa loge étaient proprement terrifiantes)&#8230; « Qui la voce » lui convient et elle impressionne vivement dans la première partie de l’air où l’on se retrouve au bord des larmes. Quant à Mimi, voilà un rôle qui lui va comme un gant, bien mieux que celui d’Adina dans <em>L’Elisir d’amore</em>. <strong>Massimo Giordano</strong>, pour sa part, semble en très petite forme, forçant les aigus, les traits tirés et le visage plutôt fermé. Pourquoi tant de sérieux alors que le public est quasi conquis d’avance ? Même son « E lucevan le stelle » confère une sensation de fragilité embarrassante, loin de la belle prestation qu’il avait assurée ici-même dans <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/spectacle/prives-de-desert"><em>Manon Lescaut</em></a>. Cela dit, Puccini lui va très bien au teint : il est un Rodolfo idéal pour la délicate Mimi d’un soir.</p>
<p>Le trio nous offre en rappel un incontournable Brindisi, flûte et bouteille de champagne à la main, les deux chanteurs mimant une dispute autour de la belle, avec avantage, évidemment, à Erwin Schrott, qui se souvient qu’il <em>est</em> un véritable <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/don-giovanni-monte-carlo-la-revelation-schrott">Don Giovanni</a>. Il est aussi merveilleusement crooner, habile à chauffer la salle et à lui faire chanter « Quizás » avec ferveur, se montrant parfait en monsieur Loyal chef de chœurs. Le tout s’achève avec <em>Non ti scordar di me</em> à trois voix, dont les paroles invitent à ne jamais oublier : cela tombe bien, des caméras étaient là pour une retransmission et probablement un DVD qui se regardera sans doute sans déplaisir.</p>
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		<title>BERG, Wozzeck — Dijon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wozzeck-dijon-ou-est-passee-la-barbe-du-tambour-major/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 May 2015 03:45:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On sort ébloui par la magie sonore, et interrogé par la lecture proposée de la réalisation scénique de Wozzeck à l&#8217;Opéra de Dijon. Jamais le chef d&#8217;oeuvre d&#8217;Alban Berg ne laisse indifférent : la nouvelle production de Sandrine Anglade ne déroge pas. C’est à un drame inexorable de la folie que nous sommes conviés. Pour la metteuse &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On sort ébloui par la magie sonore, et interrogé par la lecture proposée de la réalisation scénique de <em>Wozzeck</em> à l&rsquo;Opéra de Dijon. Jamais le chef d&rsquo;oeuvre d&rsquo;Alban Berg ne laisse indifférent : la nouvelle production de <strong>Sandrine Anglade</strong> ne déroge pas.</p>
<p>C’est à un drame inexorable de la folie que nous sommes conviés. Pour la metteuse en scène, aucun doute, Wozzeck est « schizophrène ». Ainsi adhère-t-elle au « diagnostic » du Docteur, très loin de ce Wozzeck tel que l’incarnait Theo Adam, un homme simple, de bon sens, attachant malgré ou à cause de ses faiblesses, gouverné par des superstitions, des croyances et des phobies héritées du milieu quasi carcéral où il est enfermé. Lecture sans subtilité ni nuance, qui ne rend compte ni de la complexité, ni de la richesse des personnages&#8230; Tant pis pour Berg ! L’émotion y perd, la nature est ignorée : le flamboyant coucher de soleil, les arbres, la lune rouge, l’étang, tout passe par le prisme d’une abstraction absolue. Wozzeck porte la cravate et sa tenue vestimentaire ne le distingue pas de celles de ses persécuteurs. Aux oppositions fortes du livret, Sandrine Anglade substitue ce qu’elle appelle le paysage mental de Wozzeck. Convenons que le résultat est pauvre, relevant d’une ascèse singulière, où tout ce qui peut accréditer la folie de Wozzeck est délibérément grossi. Ne sont retenues des didascalies que ce qui sert son projet, fut-ce au prix d’une perte de sens ou d’une altération du livret. Ainsi, son Tambour-major est imberbe. Ce serait indifférent, malgré la virilité que la barbe est sensée illustrer, si Berg n’avait fait dire à Marie, dès leur première rencontre : « la barbe d’un lion ». Pourquoi dans ce cas l’insinuation perfide du capitaine  : « Tu n’aurais pas trouvé un poil de barbe dans ta gamelle… d’un tambour-major » ?</p>
<p>Les trois actes recourent à un décor unique, obsédant par sa matière, par son dépouillement, par son enfermement : nul horizon ne se dessine, un univers clos, indifférent, mort, sorte de prison collective. De grands panneaux de polycarbonate, groupés par trois, tombent des cintres et leurs multiples rangées, translucides, modulent l’espace en retenant la lumière. Ce refus de tout élément illustratif réduit les accessoires au strict minimum : des sacs poubelle noirs (qui jonchent le sol et que ramasseront Wozzeck et Andrès dans la 2e scène), les indispensables boucles d’oreille, un morceau de miroir, une bouteille, un flacon de schnaps, la Bible, un couteau… C’est tout. Les éclairages, subtils, mouvants, servent remarquablement l’action à laquelle ils participent pleinement. Les costumes, indifférents, souvent laids, associent le contemporain à l’insolite, l’onirique.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/wozzeck_-_opera_de_dijoncgilles_abegg_img_1798.jpg?itok=EPQonJ9z" title="A l'auberge, Wozzeck, Marie et le Tambour-major © Opéra de Dijon - Gilles Abegg" width="468" /><br />
	 © Opéra de Dijon &#8211; Gilles Abegg</p>
<p>Certaines réussites semblent incontestables : le défilé militaire, avec ses ombres chinoises, la scène de séduction du tambour-major et de Marie, dont l’image est dupliquée derrière les panneaux, celle de l’auberge, avec l’orchestre de scène et des couples de danseurs grotesques. De la mort de Marie aux « Hop, hop » de l’enfant, la fin déçoit, ayant perdu sa charge émotionnelle par son côté réducteur et prosaïque. L’enlèvement du corps de Marie par quatre des musiciens de l’orchestre (en majorettes) relève du grand-guignol. On ne comprend pas. La poignante dernière scène pêche par sa réalisation bâclée. Un projet à la mise en scène cohérente, mais inaboutie, qui ne convainc donc qu’à moitié : une lecture réductrice, erronée même, des personnages et des ressorts de l’action nous est imposée, alors que l’équivoque, la subtilité, qui laissent l’auditeur libre de son approche, recèlent des richesses délibérément refusées.</p>
<p>Heureusement, même réduit à une vision contestable, l’ouvrage de Berg est merveilleusement servi par la musique et ses interprètes. Familier des métropoles musicales, <strong>Emilio Pomarico</strong>, chef argentin d’origine italienne, est rompu à toutes les exigences et aux subtilités de la musique écrite depuis un siècle. Il excelle à restituer le « son » de Berg et obtient l’inouï de l’orchestre. La battue est claire et efficace, la technique irréprochable, ses équilibres parfaits. Le choix est celui d’une lecture expressionniste, de la plus imperceptible caresse à l’explosion, magnifiée par sa netteté, sa précision, son souci du détail comme de la fresque. Somptueux, fascinant, le SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg illumine le spectacle : il semble avoir ravi toutes les couleurs visuelles et les avoir transmuées pour notre oreille. D’une vie intense, fulgurante jusqu’au paroxysme, radicalement tragique, on est bien dans le post-romantisme à la Mahler, à la Bruckner, puissant, parfois lyrique (Wozzeck dans sa réplique de la première scène, la berceuse…) sans grandiloquence. Les interludes constituent une absolue réussite, et pourraient devenir la référence. Malgré son passé glorieux (Donaueschingen) et son activité inlassable au service de la musique du XXe S, cette grande et prestigieuse formation brille ici de ses derniers feux, promise à une fusion prochaine avec celle de Stuttgart. Préparé par <strong>Mihály Zeke</strong>, le chœur intervient peu, mais se montre admirable (à l’auberge puis dans la scène de la nuit à la caserne) : La précision, la justesse, les couleurs, tout est là.</p>
<p>Fait rare, comme dans le tout premier enregistrement de Mitropoulos, tous les chanteurs y accomplissent leur prise de rôle, avec un engagement indéniable. La distribution est internationale, et de haut vol. <strong>Boris Grappe</strong> y aborde pour la première fois un grand rôle si on oublie ses Don Giovanni, Almaviva et Figaro (Mannheim et Clermont-Ferrand). Vocalement en retrait durant  les premières scènes, il faudra attendre sa réplique au docteur pour que son assurance vocale soit crédible.  La plénitude est atteinte à l’acte II lorsque les insinuations du Capitaine l’accablent : « <em>Ich bin ein armer Teufel</em> ». Elle ne l’abandonnera pas jusqu’à sa noyade. S’il n’est pas un Wozzeck habité et sombre, il incarne un homme soumis à son environnement et à la nature, digne, touchant, capable de rébellion (avec son Capitaine, dès le début, puis avec le docteur). Sa tessiture est sollicitée dans les extrêmes. La voix est sûre, solide, son aisance est prometteuse. <strong>Allison Oakes</strong> est une nouvelle très grande Marie. Le soprano dramatique a tous les moyens superlatifs exigés par le rôle. C’est la première apparition en France de cette wagnérienne et straussienne accomplie (Gutrune à Bayreuth au dernier Festival, Salomé, Chrysotemis). Elle campe une Marie tour à tour volontaire et résignée, débordant d’énergie, émouvante, tendre (la berceuse), sensuelle (au cabaret) qui transcende son misérable destin. La voix est exceptionnelle, très large, expressive, admirable sans aucune réserve. <strong>Michael Gniffke</strong>, le capitaine, s’est déjà illustré en Loge (<em>Das Rheingold</em>). L’émission est remarquable, avec de beaux aigus, pour ce rôle hystérique, au débit rapide, à la ligne mélodique capricieuse, torturée, utilisant tous les registres y compris le falsetto. Personnage caricatural, sadique, obsédé par ses recherches, le docteur est confié à <strong>Damien Pass</strong>, maintenant réputé baryton-basse qui fait une brillante carrière. Le public se souvient de son Barbe-Bleue (Dukas) et du Masetto (<em>Don Giovanni</em>) donnés ici même. Son aisance dans tous les registres, les qualités de son émission nous ravissent. <strong>Gijs Van der Linden </strong>est un Andrès mozartien, lumineux, au timbre séduisant. Monolithique, gigantesque histrion vantard et brutal, <strong>Albert Bonnema</strong> nous offre un Tambour-major d’exception : un heldentenor splendide, voix sonore, bien timbrée, ronde, à l’émission franche, avec une aisance confondante. <strong>Manuela Bress</strong>, (Fricka et Waltraute du <em>Ring</em> dijonnais) nous revient en Margret. Son beau mezzo, apprécié de Mehta et de Thielemann, n’a pas pris une ride. Ses deux interventions sont empreintes de la même vitalité. Quant aux deux compagnons de beuverie, <strong>Arnaud Richard</strong> et <strong>Thiebault Daquin</strong>, ils sont plus vrais que nature,  excellents.</p>
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		<title>Stravinsky-Bach à Dijon, un amalgame réussi</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/stravinsky-bach-a-dijon-un-amalgame-reussi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 Dec 2014 15:14:05 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est presque le Chant du cygne du SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg. Sa disparition-fusion, en 2016, avec le SWR de Stuttgart, paraît inéluctable.</p>
<p>En attendant, le programme, conçu par Michael Gielen à Dijon l&rsquo;autre soir, associait étroitement Bach au « dernier » Stravinsky. En guise d’introduction, le ricercare de l’Offrande musicale dans la réalisation qu’en fit Webern. Suit l’avant-dernier ballet de Stravinsky, <em>Orpheus,</em> d’un modernisme qui n’a pas pris une ride. Ces pages sont splendides, d’une densité rare malgré leur transparence diaphane, servies à merveille par un orchestre qui s’y abreuve depuis longtemps. C’est <strong>Reinbert de Leeuw,</strong> le fondateur du Schönberg Ensemble, qui supplée Michael Gielen, maintenant d’un très grand âge. </p>
<p>La seconde partie illustre deux œuvres vocales dont le croisement insolite s’avère une réussite singulière : le motet « Jesu, meine Freude » de Bach et le « Canticum sacrum » qu’écrivit Stravinsky pour Venise, en 1956. Michael Gielen a choisi de faire alterner les numéros du premier, qu’il a orchestrés, avec les différentes parties du second. La fusion est intemporelle, le motet, enchassé dans son écrin contemporain s’accorde remarquablement à l’écriture  novatrice du Canticum sacrum. Le chœur et les solistes y jouent les premiers rôles. « Jesu, meine Freude » est chanté de façon surprenante, loin des interprétations baroques chargées d’expressivité. La douceur piétiste, le  raffinement d’ un chant désincarné, intemporel, rejoint la ferveur contenue du cantique sacré. Deux duos et un air sont confiés à chacun des solistes. <strong>Marcel Beekman</strong>, ténor remarqué cette année (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/spectacle/not-absolutely-fabulous"><em>Platée</em> par Carsen et Christie à l&rsquo;Opéra-Comique en 2014</a>) a la voix pleine, puissante et articulée avec intelligence. <strong>Rudolf Rosen</strong>, remarquable baryton suisse, réputé mozartien, s’accorde parfaitement au ténor avec une projection superbe, bien timbrée,  La partition, d’une difficulté redoutable, tant pas les intonations (atonalité et sérialisme) que par la complexité des mètres, des rythmes et de la prosodie leur semble un jeu d’enfant. L’homogénéité du chœur, sa plasticité font merveille tant dans Bach que dans Stravinsky. L’orchestre excelle dans ce répertoire exigeant : précision millimétrée, maîtrise des nuances, des accents, somptuosité des timbres, une prestation superlative.</p>
<p>Bach &#8211; Stravinsky. SWR Vokalensemble Stuttgart, SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg, Reinbert de Leeuw (direction musicale ). Marcel Beekman (ténor), Rudolf Rosen (baryton). Dijon (Auditorium), jeudi 4 décembre</p>
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