Elīna Garanca dans l'intimité

Récital Elīna Garanča - New York

Par Marceau Ferrand | mar 23 Octobre 2018 | Imprimer

Serait-elle capable de tout chanter ? A quarante-deux ans, Elīna Garanča n’a rien perdu du timbre de velours et du naturel irrésistible qui l’ont imposée il y a plus de dix ans comme mezzo-soprano de référence. Après avoir incarné une Dalila vénéneuse dans la nouvelle production rutilante de Samson et Dalila du Metropolitan Opera, la Lettone aborde lors de ce récital au Carnegie Hall un répertoire plus intime, loin des grands rôles dramatiques qu’elle interprète régulièrement.

Le succès de la première partie tient avant tout du choix judicieux de Lieder dont Elīna Garanča maîtrise toutes les nuances. L’intériorité et la pureté de la ligne de chant dans « Widmung » et « Der Nussbaum » de Schumann sont comme un retour aux sources du bel canto. Pas tout à fait wagnérienne, elle apporte une touche de romantisme aux Wesendonck Lieder par la chaleur de son timbre. Envoûtante dans « Im Treibhaus », Garanča hante son récit ponctué d’aigus incandescents. Sans jamais tomber dans l’excès, la mezzo-soprano sait ajouter une dimension épique à ces poèmes représentatifs du romantisme allemand en distillant quelques graves habilement poitrinés.



Elīna Garanča et Kevin Murphy © Jennifer Taylor

La deuxième partie s’avère plus inégale dans le choix des morceaux et leur interprétation. Malgré les efforts de Kevin Murphy qui parvient à réaliser de magnifiques introductions, difficile de réduire l’orchestration lascive de Shéhérazade de Ravel pour un seul piano. L'intérêt principal du texte surchargé réside dans les subtilités de prononciation de la nuée de mots et d’adjectifs aux accents exotiques. Malheureusement la diction française encore trop sommaire de Garanča l’empêche de faire pleinement sonner ces nuances. A défaut d’un chant parfaitement ciselé, ses aigus remplissent majestueusement la grande salle du Carnegie Hall.

Elīna Garanča ne cache pas ses affinités avec la culture hispanique et notamment le Mexique où elle se produit fréquemment en concert. Les Siete canciones populares españolas de Manuel de Falla sont autant de passages courts et variés dans lesquels elle s’illustre avec plus ou moins de succès. Si elle possède la gravité toute ibérique de « Asturiana » et « Nana » dont les vocalises andalouses se déploient avec grâce, il lui manque  l’espièglerie nécessaire à « El paño moruno » et « Polo ».

La mezzo apparaît plus détendue au moment des bis et s’adresse au public avec un large sourire. Après un court air letton, « Aizver actiņas un smaidi » de Jāzeps Vītols, la salle exulte aux premières mesures de la Habanera de Carmen qu’elle chante avec hardiesse, les poings sur les hanches. S’ensuit un « Mon cœur s’ouvre à ta voix » d’anthologie qui achève d'électriser un public en délire. Dommage que personne n’ait pensé à offrir des fleurs à cette immense artiste qui recueille humblement les applaudissements de l'assistance.

 

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