Voix d'or et velours rapés

Récital Stéphane Degout - Bruxelles

Par Claude Jottrand | mer 08 Février 2017 | Imprimer

Entièrement consacré à la mélodie française, le récital que Stéphane Degout, Cédric Tiberghien et leurs complices viennent de donner dans différentes villes françaises achevait sa tournée en Belgique, dans la vieille salle du Conservatoire de Bruxelles, une acoustique magnifique mais un lieu qui semble proche de la ruine tant l’entretien fait défaut.

Ce qui frappe dès l’abord chez Stéphane Degout, c’est la qualité tout à fait exceptionnelle de la voix : son grain nourrit d’harmoniques très riches, sa puissance sans qu’il ait jamais besoin de forcer le ton, la richesse des couleurs et, qualité appréciable entre toutes, une diction impeccable, d’une évidente clarté, qui permet de suivre le texte au plus près. Réunis dans la mélodie française, chanteur et pianiste font preuve d’une attachante complicité qui les mènera vers les sommets dès la première partie, entièrement consacrée à Poulenc. Partant du Bestiaire à l’humour volontiers pince sans rire, le programme évolue vers des mélodies plus consistantes et notamment les très rares Calligrammes donnés avec une belle émotion poétique.

Avant de poursuivre leur récital, les musiciens s’interrompent un instant pour faire entendre au public la voix parlée d’Apollinaire, dans un enregistrement historique du Pont Mirabeau : rythme lent, voix nimbée de nostalgie et de fragilité, le poète surgit avec une présence étonnante malgré le siècle qui nous sépare. Viennent ensuite les Quatre Poèmes, avec leur modernité gouailleuse, puis, sommet de cette courte première partie de concert, les Banalités : rarement on aura entendu ce cycle défendu avec autant d’intensité, y compris dans la dérision et dans l’humour, à travers lesquels pointe toujours, chez Poulenc encore plus que chez Apollinaire, une profonde nostalgie que les musiciens rendent avec beaucoup de pudeur et de justesse. La dernière mélodie du cycle, intitulée « Sanglots », est donnée avec une rare d’envergure, comme un véritable drame intime particulièrement réussi.

A l’entame de la seconde partie, Tiberghien, Descharmes et Cesari jouent Cendres, une pièce déjà ancienne (1998) de Kaija Saariaho, inspirée de son double concerto A la fumée, qu’ils enchainent avec les Chansons Madécasses de Ravel, sur d’étonnants textes du Vicomte de Parny. La partition est chargée, le cycle est difficile, à la fois techniquement et musicalement ; très concentrés, les musiciens redoublent d’attention et trouvent le bon équilibre qui permet à chacun de prendre sa place dans l’ensemble. Degout chante avec partition, ce qui nuit un peu à sa communication avec le public et ne favorise pas l’émergence d’une émotion poétique malgré de belles envolées. Viennent ensuite les Histoires Naturelles (Ravel encore, mais sur des textes de Jules Renard), où Tiberghien se montre drôle, très coloré dans les passages où le clavier imite les chants d’oiseau, mais aussi poète inspiré dans « Le Martin-pêcheur », rejoint par un Stéphane Degout plus retenu, à l’humour complice, tout en finesse.

Les deux musiciens donneront encore trois bis, dans trois registres bien différents : un magistrale « Chanson romanesque » (Don Quichotte à Dulcinée), les truculentes « Fêtes Galantes » de Poulenc, et termineront par une très poétique mélodie de Debussy : « Je tremble en voyant ton visage ».

 

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