De l'esprit des lieux

Requiem K 626 et Concerto pour clarinette K 622 de Mozart - Lyon

Par Fabrice Malkani | jeu 02 Octobre 2014 | Imprimer

La reprise d’un concert en d’autres lieux peut réserver bien des surprises : le programme de la soirée de ce jeudi 2 octobre, consacrée au Concerto pour clarinette de Mozart et à son Requiem, nous avait ébloui le 29 septembre 2012, dans l’Abbatiale d’Ambronay, sous la direction du même chef, Leonardo García Alarcón, avec le même Chœur de Chambre de Namur, le même orchestre New Century Baroque et le même clarinettiste Benjamin Dieltjens (voir notre compte rendu). D’où vient que ce soir le concerto, en dépit de la perfection sans faille de son interprétation millimétrée, nous paraît compassé, sans âme, et pourquoi le Requiem nous émeut-il beaucoup moins qu’il y deux ans, avec un Introït qui semble manquer de netteté et de profondeur ? Gageons que le lieu y est pour beaucoup, et que l’acoustique de l’Auditorium de Lyon, pour ce type de répertoire, ne permet pas d’entendre comme à Ambronay toutes les nuances des instrumentistes ni la précision des attaques.

Pourtant, on ne peut qu’admirer le travail du chef d’orchestre, l’engagement que sa gestuelle exprime, l’homogénéité et la qualité sonore du Chœur de Namur, notamment dans le Dies irae, le Rex tremendae et l’Amen fugué qui fait suite au Lacrimosa, dans cette version complétée par les soins de Leonardo García Alarcón au terme d’un passionnant – et convaincant – travail de philologie musicale.

Placés sur le devant de la scène, les solistes font mieux passer, par instants, le frisson qui dans l’ensemble fait défaut. La soprano Joëlle Harvey se distingue par la grande pureté de sa voix, corrigeant rapidement un vibrato un peu trop appuyé. Le timbre corsé de la mezzo-soprano Sophia Patsi s’allie à une belle projection, donnant à son chant une personnalité très marquée. Les deux voix masculines ne sont pas en reste : on retrouve avec plaisir la basse Josef Wagner déjà entendue en 2012, dont l’assise vocale est irréprochable,  tandis que le ténor Valerio Contaldo monte avec aisance et souplesse dans les notes les plus aiguës auxquelles il donne une grande poésie.

Au-delà des appréciations subjectives liées au souvenir des représentations entendues, au-delà des différences de propagation du son dans des lieux différents, force est de reconnaître que le concert remporte un grand succès auprès du public, qui applaudit longuement.

Donné en bis, l’Ave verum corpus complète de manière très cohérente le programme articulé autour des œuvres composées par Mozart en sa dernière année. La beauté de l’exécution, la sereine maîtrise du chef, la sensibilité de l’orchestre et des chanteurs ne peuvent alors que réconcilier l’auditeur avec le lieu, une fois peut-être que l’oreille a eu le temps de s’y accoutumer.

 

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