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	<title>SAISON 2023-24 - Saison - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Fri, 10 Jan 2025 09:59:51 +0000</lastBuildDate>
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	<title>SAISON 2023-24 - Saison - Forum Opéra</title>
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		<title>Grande finale du concours Voix des Outre-mer 2025 &#8211; Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/grande-finale-du-concours-voix-des-outre-mer-2025-paris-bastille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 10 Jan 2025 07:38:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>«&#160;Ce prix est pour tous ceux qui ont des rêves&#160;», remercie, émue, la soprano réunionnaise Laetitia Volcey, après avoir remporté la grande finale du concours Voix des Outre-mer 2025*. Son interprétation exaltée de « Dich, teure Halle », l’air d’entrée d’Elisabeth dans Tannhäuser a conquis le jury présidé par Richard Martet. Le son ample et &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>«&nbsp;Ce prix est pour tous ceux qui ont des rêves&nbsp;», remercie, émue, la soprano réunionnaise <strong>Laetitia Volcey</strong>, après avoir remporté la grande finale du concours Voix des Outre-mer 2025*. Son interprétation exaltée de « Dich, teure Halle », l’air d’entrée d’Elisabeth dans <em>Tannhäuser </em>a conquis le jury présidé par Richard Martet. Le son ample et brillant, la maîtrise du souffle qu’exige l’écriture vocale avec ses phrases longues et ses notes tenues, la précision, la manière dont l’aigu rayonne sont parvenus à donner chair à l’espoir de l’héroïne wagnérienne dans l’attente de son bien-aimé.</p>
<p>Fondée en 2017 par le contre-ténor martiniquais Fabrice di Falco et l&rsquo;association Les Contres Courants, cette compétition vocale pas comme les autres vise à découvrir et former de nouveaux talents originaires des territoires ultramarins tout en créant des passerelles entre les cultures d’Outre-mer et l&rsquo;univers de l&rsquo;opéra. Les douze finalistes de la 7<sup>e</sup> édition en témoignent. Interrogés par les présentateurs de la soirée, Laurence Roustandjee et Fabrice di Falco, ils parlent du «&nbsp;lyrique&nbsp;» comme d’un eldorado, un pays de cocagne qui leur semblait interdit en raison de leurs origines et qu’ils découvrent émerveillés.</p>
<p>Le concours est structuré en plusieurs étapes dont la finale nationale, organisée à l&rsquo;Opéra Bastille, ne forme que la partie émergée de l’iceberg. Avant cette ultime épreuve, se sont déroulés des sélections régionales et des masterclasses destinées à accompagner ces jeunes voix qui n’ont souvent pas eu la chance de disposer d’une formation à la mesure de leur talent. La Guadeloupe, la Martinique, Mayotte, Saint-Pierre-et-Miquelon, entre autres, ne disposent pas de conservatoire de musique. Beaucoup sont autodidactes. Tel le ténor néocalédonien <strong>Livio Heafala</strong> qui a modifié sa technique en moins de 24 heures grâce aux conseils de Fabrice di Falco. Son interprétation vibrante et vaillante de «&nbsp;O Sole mio&nbsp;» lui vaut le Prix encouragements Voix des Outre-mer, une des cinq récompenses dispensées lors de cette grande finale.</p>
<p>Des encouragements sont aussi décernés dans la catégorie «&nbsp;jeunes talents&nbsp;» à la soprano mahoraise <strong>Helena Lopez</strong>, un « diamant brut » selon la formule consacrée, à l’exemple des autres finalistes dont le potentiel ne saurait masquer la marge de progrès s’ils veulent entreprendre une carrière lyrique.</p>
<p>L’âge n’est pas un paramètre à prendre en compte dans cette ascension des marches de l’opéra. A seulement quinze ans, <strong>Orleonne Divo Prince</strong> reçoit le prix «&nbsp;jeune talent&nbsp;». Il suffit à la jeune soprano, invitée de l’émission <em>Prodiges </em>en décembre dernier, d’un «&nbsp;Summertime&nbsp;» déjà lyrique, déjà contrôlé tant en émission qu’en intensité pour convaincre de son potentiel. <strong>Mytsuru Kato</strong>, le prix du Public, est quant à elle âgée de 48 ans. Au-delà d’une Habanera de <em>Carmen</em> serrée aux entournures, le rire contagieux de la mezzo-soprano polynésienne attire la sympathie comme une évidence.</p>
<p>Invitée sur scène lors de la remise des prix, la Ministre de la Culture, Rachida Dati, étonnée de «&nbsp;ne s’être pas ennuyée&nbsp;», avoue avoir été également séduite par la personnalité des candidats. A raison. La sincérité, la candeur, la joie avec laquelle chacun d’entre eux se présente au public – et auparavant dans un bref reportage vidéo – vont droit au cœur.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/CVOM4.jpg">© Quentinprodphoto / Voix des Outre-mer</pre>
<p>Au-delà du concours, la promotion de l’art lyrique dans les Outre-mer se réalise à travers différents projets de concerts et de collaborations artistiques. Durant la délibération du jury, quelques extraits de <em>Porgy and Bess</em>, interprétés par une troupe de chanteurs métropolitains et ultramarins, donnent en avant-première un aperçu d’un spectacle qui sera présenté au Festival d’Avignon l’été prochain – et à Paris au Théâtre des Champs-Elysées en juin 2026.</p>
<p>Durant cet intermède, les messages – et un rappel du parcours – des lauréats précédents invite les finalistes à persévérer. Nul n’a oublié <em>La Marseillaise</em> chantée sur le toit du Grand Palais lors de la Cérémonie d&rsquo;ouverture des JO de Paris 2024 par <strong>Axelle Saint-Cirel</strong>, grand Prix 2023. Tous peuvent mesurer avec « O mio babbino caro » chanté par <strong>Livia Louis-Joseph-Dogué </strong>les progrès de la soprano<strong>,</strong>&nbsp;jeune Talent 2018, après cinq années de formation délivrée par l’association Les Contres Courants. Dans leurs propos, un mot revient à plusieurs reprises comme un mantra – mot que répétera d’ailleurs Laetitia Volcey en recevant sa récompense&nbsp;: «&nbsp;travail, travail, travail&nbsp;». Tel est le prix du rêve.</p>
<pre>* La soirée est visible en replay sur <a href="https://la1ere.francetvinfo.fr/direct-concours-voix-des-outre-mer-2025-suivez-la-grande-finale-a-l-opera-national-de-paris-bastille-1551706.html">la1ere.francetvinfo.fr</a></pre>
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		<title>Folle soirée à Vienne &#8211; Paris (Invalides)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/folle-soiree-a-vienne-paris-invalides/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Dec 2024 07:17:46 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A l&#8217;approche de la Saint Sylvestre, la valse s’engouffre dans les salles de concert comme le vent froid dans les rues de Paris. La Cathédrale Saint-Louis des Invalides délaisse les cantiques pour tourner sur trois temps. Wer Tanzt mit, la polka rapide d’Eduard Strauss – le frère de Johann  junior – ouvre « une folle &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A l&rsquo;approche de la Saint Sylvestre, la valse s’engouffre dans les salles de concert comme le vent froid dans les rues de Paris. La Cathédrale Saint-Louis des Invalides délaisse les cantiques pour tourner sur trois temps. <em>Wer Tanzt mit</em>, la polka rapide d’Eduard Strauss – le frère de Johann  junior – ouvre « une folle soirée à Vienne » qui tient plus de la danse de salon que du bal de l’Empereur. L’Ensemble Contraste dirigé au piano par <strong>Johan Farjot</strong>, tente de pallier l’absence d’orchestre symphonique. <em>Tritsch Tratsch Polka</em> ou la cinquième <em>Danse hongroise</em> de Brahms sont pages trop rebattues par des formations brillantes pour ne pas paraître timides dans un arrangement pour une quinzaine d’instruments, en dépit de la valeur de l’arrangement et de l’éloquence des instrumentistes.</p>
<p>Le sang viennois coule pourtant, à travers les voix de <strong>Marianne Croux </strong>et de <strong>Léo Vermot-Desroches</strong>. <span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5); font-weight: inherit;">Elle, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-paris-athenee/">Donna Anna il y a peu au Théâtre de l’Athénée</a> – « Non mi dir » inséré entre deux airs de Lehár et Kálmán le rappelle. </span><span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5); font-weight: inherit;">Lui, ténor distingué aux Victoires de la musique classique en 2023, bientôt promis aux premiers rôles – il sera Alfredo dans</span><em style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5); font-weight: inherit;"> La traviata </em><span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5); font-weight: inherit;">à Tours en fin de saison. </span><span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); font-weight: inherit; background-color: var(--ast-global-color-5);">Elle et lui alternant sur scène pour se rejoindre dans « Weisst du es noch ? » de </span><em style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); font-weight: inherit; background-color: var(--ast-global-color-5);">Princesse Csardas</em><span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); font-weight: inherit; background-color: var(--ast-global-color-5);"> et « Glück, das mir verlieb » de </span><em style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); font-weight: inherit; background-color: var(--ast-global-color-5);">Die Tote Stadt</em><span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); font-weight: inherit; background-color: var(--ast-global-color-5);">, en milieu et en fin de concert.</span></p>
<p>La complicité ne s’acquiert pas en une seule soirée. Si irrésistibles soient les atours mélodiques de ces duos, la séduction des deux chanteurs agit moins ensemble que séparément. <span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5); font-weight: inherit;">Elle, par le pouvoir d’un soprano au médium élargi sans que l’aigu ait pâti de cet élargissement, les registres soudés, le timbre gorgé de sève et de fruit dans un « Meine Lippe, die küssen so heiß » à la sensualité naturelle puisqu’induite par la voix, dosant jusqu’au tragique l’intensité de la romance d’Antonia, moins inspirée par « non mi dir » – étonnamment –, car peut-être trop confiante pour avoir chanté récemment l’air sur scène, ou au contraire entravée par l’absence du soutien dramatique qu’apportent le théâtre et ses artifices. Allez savoir ! </span>Lui, plus long à céder à l’ivresse de la valse, encore raide dans « Grüß mir mein Wien » extrait de <em>Comtesse Mariza</em> pour mieux se libérer dans une chanson de Kleinsach à la diction irréprochable, dans la noble lignée d’un chant français qui aujourd’hui a pour porte-drapeau Bernheim et Alagna, usant de la voix mixte pour renouveler l’éventail de couleurs tout en préservant intacte sa force d’émission, alternant puissance et douceur comme l’exige ce parangon de <em>Tauberlieder</em> qu’est « Dein ist mein ganzes Herz ». <span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5); font-weight: inherit;">Elle et lui réunis par deux bis, « Heure exquise » de </span><em style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5); font-weight: inherit;">La Veuve joyeuse</em><span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5); font-weight: inherit;"> (en français donc) et de nouveau « Weisst du es noch ? », musique pour laquelle Johan Farjot dit avoir eu un coup de cœur, partagé en ce qui nous concerne.</span></p>
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		<title>OFFENBACH, Orphée aux Enfers – Buenos Aires</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-orphee-aux-enfers-buenos-aires/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 Nov 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La capitale la plus européenne d’Amérique du Sud met à l’affiche l’opéra-féérie de Jacques Offenbach, avec une distribution exclusivement constituée d’interprètes du continent pour clore sa saison. C’est aussi un metteur en scène argentin qui signe la production. Pablo Maritano ne déparerait pas pour autant une scène européenne. Son travail se veut une synthèse de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La capitale la plus européenne d’Amérique du Sud met à l’affiche l’opéra-féérie de Jacques Offenbach, avec une distribution exclusivement constituée d’interprètes du continent pour clore sa saison.</p>
<p>C’est aussi un metteur en scène argentin qui signe la production. <strong>Pablo Maritano</strong> ne déparerait pas pour autant une scène européenne. Son travail se veut une synthèse de la verve comique et des gags qu’un Laurent Pelly pourrait concevoir avec une esthétique qui évoque celle d’un Damiano Michieletto. L’action se voit transposée dans les Trente glorieuses avec costumes et décors d’intérieurs d’appartement délicieusement surannés aux deux premiers actes (les Dieux semblent plus de retour d’une soirée costumée que dans leurs habits d’apparat). Le tout évoque en creux la nuit parisienne – surement pas si éloignée de ce qu’étaient celles de la bourgeoisie portègnes il y a quelques décennies – et sa folie relative. Acteurs et figurants viennent renforcer le jeu des solistes dans un ensemble relevé qui ne souffre d’aucun temps mort.</p>
<p>Dans la fosse, l’Orchestre Titulaire du Teatro Colón s’avère d’un niveau international irréprochable où chaque pupitre brille : les cuivres mats sont d’une précision redoutable, le violon solo particulièrement inspiré etc. <strong>Christian Baldini</strong> soigne les couleurs et la beauté du son tout du long de l’opéra, parfois peut-être au détriment de tempos plus relevés qui n’auraient pas juré avec la narration frénétique d’Offenbach et de ses librettistes. Le Chœur de l’institution rejoint la même excellence&nbsp;: homogénéité, puissance et aisance scénique tout à la fois.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="720" height="480" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/wp-header-logo-202.webp" alt="" class="wp-image-176697"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Lucía Rivero</sup></figcaption></figure>


<p>La distribution s’avère elle aussi d’un excellent niveau et présente l’intérêt de découvrir des interprètes inconnus sur nos rives et issus d’école de formation avec lesquelles le spectateur européen est peu familier. Bien que certains d’entre eux disposent d’un format vocal sous-dimensionné pour l’orchestre, l’acoustique prodigieuse de ce théâtre à l’italienne gigantesque – 2500 places assises et jusqu’à 3000 spectateurs en ajoutant les places debout – permet à chacun de se faire entendre sans mal, y compris dans les tutti. <strong>Rocío Arbizu</strong> croque un Cupidon loufoque d’un mezzo au grain un rien rugueux tout approprié. <strong>Montserrat Maldonado</strong> (Diane) et <strong>Constanza Díaz Falú</strong> (Euridice) rivalisent de pyrotechnie et savent aussi proposer d’élégantes nuances. La première gratifie la salle d’une <em>messa di voce</em> impressionnante lors de son entrée sur l’Olympe. <strong>Mairín Rodríguez</strong> (Opinion Publique) et <strong>Virginia Guevara</strong> (Junon) ne manquent aucunement d’abattage scénique et vocal pour rejoindre cet aéropage féminin très en verve. Il n’en fait pas plus défaut coté masculin. Alejandro Spies propose un Jupiter nigaud juste ce qu’il faut et <strong>Victor Torres</strong> un John Styx empathique. Ce sont nos deux ténors rivaux qui régalent le public. <strong>Reinaldo Samaniego</strong>, de par l’élégance d’un chant que l’on sent tout à fait mozartien et <strong>Andrés Cofré</strong>, par l’aisance d’une quinte aiguë où son timbre solaire se déploie. Tous deux l&#8217;emportent à l&rsquo;applaudimètre devant un public qui exulte sur les reprises du galop infernal pendant les saluts.&nbsp;</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-orphee-aux-enfers-buenos-aires/">OFFENBACH, Orphée aux Enfers – Buenos Aires</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Chœur du NFM de Wroclaw &#8211; La Côte-Saint-André</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/choeur-du-nfm-de-wroclaw/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Sep 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Placés sur deux rangs en arc de cercle autour de l’autel, les chanteurs du chœur nous offrent un récital de musique sacrée auquel nul ne peut rester indifférent. La thématique retenue comme l’interprétation nous prennent à la gorge. On ne peut qu’admirer et être touché par une forme d’effroi et de grâce, tant les qualités &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Placés sur deux rangs en arc de cercle autour de l’autel, les chanteurs du chœur nous offrent un récital de musique sacrée auquel nul ne peut rester indifférent. La thématique retenue comme l’interprétation nous prennent à la gorge. On ne peut qu’admirer et être touché par une forme d’effroi et de grâce, tant les qualités d’émission, les timbres, la précision, la justesse sont exemplaires. Sur des textes extraits des psaumes 125 et 94, Gorecki nous offre son <em>Euntes ibant et flebant</em>, opus 32 (1972). Voix de femmes, puis d’hommes, divergent à partir d’un unisson, qui se fera pédale, procédé novateur en son temps, mais toujours porteur d’émotion tendue, d’attente. Le langage n’a pas pris une ride, et son effet demeure, comme celui de l’irruption de la lumière (accord parfait suivi d’harmonies qui nous renvoient aux polyphonies de la Renaissance et du baroque). Œuvre majeure dont la modernité s’enracine dans la tradition, la <em>Lukaspassion</em> (1966) de Penderecki allait marquer durablement le chant choral de son empreinte et participer au rayonnement du compositeur. Le passage retenu, <em>In pulverem mortis deduxisti me,</em> également <em>a cappella</em>, n’est pas moins remarquable.</p>
<p>Au lendemain de la mémorable <em>Enfance du Christ</em> (1) donnée au Festival Berlioz, le chœur de la NFM de Wroclaw se produit dans l’église de La Côte Saint-André, à l’acoustique généreuse, idéale pour tel programme. Composé par <strong>Lionel Sow</strong>, familier de longue date des œuvres retenues (2), qu’il a enregistrées cette année (Accord), il renvoie à la thématique médiévale de la danse macabre. Celle-ci n’a pas seulement inspiré Saint-Saëns. Honegger, Frank Martin l’ont magistralement illustrée, et –&nbsp;moins connu en France, Hugo Distler, que nombre d’auditeurs découvrent à cette occasion. La mort gouverne donc ce programme, centré sur sa <em>Totentanz</em> (de sa <em>Geistliche Chormusik</em>). Le trouble, les inquiétudes, les tourments, l’angoisse prévalent même si la rédemption et le paradis sont promis. Au cœur du programme, après les deux pièces en latin des Polonais Gorecki et Penderecki et avant un motet de Max Reger, l’ample fresque étant écrite pour chœur mixte, flûte et récitant, l’instrument l’ouvrira par la quatrième des <em>Cinq miniatures</em> que Philippe Hersant écrivit en 1995. Aussitôt la <em>Totentanz</em>, la sarabande de la partita BWV 1013 de Bach, participera au retour à la sérénité. Le flûtiste rend pleinement justice à la <em>Miniature</em> pour flûte alto, d’une exigence singulière. La chaleur, la rondeur de l’émission grave de l’instrument captivent, valorisées par une écriture qui n’est pas sans évoquer l’Extrême-Orient. La sarabande de Bach nous laisse perplexe&nbsp;: stylistiquement, on est loin du baroque, sans compter le timbre inapproprié de l’instrument moderne. Les interventions de la flûte ponctueront les 14 «&nbsp;Sprüche&nbsp;» [phrases], initiées par le chœur, et commentées par le récitant. Des poèmes dialogués, la Mort avec d’autres personnages empruntés à des peintures illustrant la danse macabre (d’une église de Lübeck), feront alterner des pages confiées au chœur à quatre voix mixtes avec le texte (traduit en français) confié ici à <strong>Lambert Wilson</strong>. &nbsp;Associé régulièrement à la production de l’ouvrage par Lionel Sow, il engage toutes ses qualités au service du texte riche, puissant, contrasté. La voix du merveilleux conteur est impérieuse, puissante, timbrée à souhait. Cependant, malgré les oppositions qu’appelle le texte, la véhémence est constante (on imagine les prêches de Savonarole), terrible dans ses imprécations, et l’on est fasciné, subjugué. Les modelés, les contrastes du chœur attestent son excellence et sa familiarité avec ce répertoire exigeant.</p>
<p>Pour conclure, après la sarabande pour flûte dont il a été question plus haut, la plénitude recueillie (à 5 voix, les soprani sont dédoublées), les tourments du <em>O Tod, wie bitter bist du</em> [Ô mort, comme tu es amère], de Max Reger. L‘émotion y est constante, faisant appel à la puissance de l’unisson.&nbsp; Hommage au public français, c’est le merveilleux <em>Notre père</em> de Maurice Duruflé qui sera donné en bis, participant à la sérénité retrouvée.</p>
<p>Seul regret, au terme de ce bouleversant concert, que le public n’ait pu s’approprier les textes chantés, qu’ils soient en latin ou en allemand, réduisant le chant choral à une dimension instrumentale.</p>
<pre>(1) Lien <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/berlioz-lenfance-du-christ-la-cote-saint-andre/">L’enfance du Christ – La Côte Saint-André</a>;&nbsp;
(2) Lionel Sow nous a ouvert son jardin secret, qui signait il y a plus de vingt ans des <em>Chants faciles pour les funérailles</em>.</pre>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/choeur-du-nfm-de-wroclaw/">Chœur du NFM de Wroclaw &#8211; La Côte-Saint-André</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>BERLIOZ, L&#8217;enfance du Christ &#8211; La Côte Saint-André</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/berlioz-lenfance-du-christ-la-cote-saint-andre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Sep 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Sauf erreur, le Festival Berlioz n’avait pas donné L’enfance du Christ depuis 2018. Intitulée «&#160;Une jeunesse européenne&#160;», l’édition 2024 s’ouvre à l’Europe, du Royaume-Uni à la Pologne. Paul McCreesh avait gravé un mémorable Requiem de Berlioz en 2010. Comme nombre de chefs venus du baroque, il élargit son répertoire (Haydn, Mozart&#8230;Elgar, Britten) avec le souci &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Sauf erreur, le Festival Berlioz n’avait pas donné <em>L’enfance du Christ</em> depuis 2018. Intitulée «&nbsp;Une jeunesse européenne&nbsp;», l’édition 2024 s’ouvre à l’Europe, du Royaume-Uni à la Pologne. <strong>Paul McCreesh</strong> avait gravé un mémorable <em>Requiem</em> de Berlioz en 2010. Comme nombre de chefs venus du baroque, il élargit son répertoire (Haydn, Mozart&#8230;Elgar, Britten) avec le souci de s’approcher au plus près des conditions de création de l’œuvre. Cette fois, il a troqué son <em>Gabrieli Consort</em> pour l’un des fleurons de la vie musicale polonaise&nbsp;: le chœur &#8211; riche d’une cinquantaine de voix &#8211; et l’orchestre du Forum national de la musique (NFM) de Wroclaw. Certes les instruments sont modernes, mais l’esprit souffle, Berlioz est bien là.</p>
<p>La spatialisation participe à la magie dramatique de cette musique singulière dans l’œuvre de l’Isérois. Le choix a été fait de n’exposer que les voix d’hommes du chœur, derrière l’orchestre, pour le premier tableau. Les devins, consultés par Hérode, s’y montrent énergiques, impérieux, et le dialogue avec le monarque (<strong>Neal Davies</strong>) convaincant. Si on a connu des barytons-basses d’une autre puissance, les inquiétudes du souverain sont bien traduites par le soliste. Ses airs « Ô misère des rois », accablé, tourmenté, suivi de « Lâches, tremblez » sont justes, émouvants, malgré un soutien inégal. Les voix de femmes s’ajouteront au deuxième tableau, pour le célèbre « Adieu des bergers », après que les cuivres aient quitté leurs pupitres. La plénitude de l’ensemble, sa fraîcheur, les beaux modelés obtenus par le chef nous ravissent. Qu’il s’agisse de l’orchestre comme du chœur, c’est un constant régal. Tous les pupitres brillent par leur cohésion et leurs couleurs. Les bois sont admirables (la clarinette en contrepoint d’Hérode, les bassons&#8230;). Quant au chœur, divisé, puisque celui des anges (8 voix de femmes) chante derrière le public et que l’on ne le découvrira que lors des saluts, il se montre exemplaire d’émission, de phrasé, d’expression, de maîtrise de la langue. Rien ne présume de son origine. Il faut savoir gré à <strong>Lionel Sow</strong> d’avoir conduit les chanteurs à ce degré de perfection. La maîtrise du français des solistes, bien qu’inégale, pourrait faire envie à plus d’un chanteur francophone.</p>
<p>Les grandes fresques orchestrales qui ouvrent les deux premières parties donnent le ton. C’est clair, toujours, nuancé avec subtilité, dynamique et coloré à souhait. Les passages fugués – devenus chers à Berlioz – sont conduits avec art, et les progressions exemplaires. La direction souple et précise qu’imprime efficacement Paul McCreesh, toujours attentive à chacun et aux voix, lui permet de construire cette ample fresque avec une justesse rare. L’imagerie pieuse, tout à tour, tourmentée et violente, pastorale, doloriste, enfin édifiante, séduit, débarrassée de tout sucre ajouté ou édulcorant.</p>
<p>Marie (<strong>Anna Stephany</strong>) et Joseph (<strong>Benjamin Appl</strong>) chantent deux duos, dans l’étable de Bethléem, puis à l’arrivée à Saïs. La mezzo s’y montre exemplaire de conduite, de timbre, d’expression et de longueur de voix, le baryton apparaît quelque peu en retrait, emprunté, et il faudra attendre son dialogue avec le père de famille pour que sa voix s’épanouisse. Ce dernier, le charpentier ismaélite, généreux, qui n’apparaît qu’à l’arrivée à Saïs, est chanté par <strong>Ashley Riches</strong>. Le baryton s’impose dans cet emploi gratifiant. La voix est ample, les moyens sûrs. Les petits rôles (un centurion, Polydore), confiés à deux artistes du chœur, ne déparent pas une distribution de haut vol. Des solistes, nous avons gardé le meilleur pour la fin. Le récitant, <strong>Laurence Kilsby</strong>, dès son intervention initiale, nous vaut un chant sonore, projeté, intelligible, d’une belle longueur de voix et d’un timbre gratifiant. L’émission est mordante, arrogante à souhait et on se prend à regretter que Berlioz ne lui ait confié que des récits.</p>
<p>Exemplaires, le chœur et l’orchestre, conduits avec intelligence par l’excellent Paul McCreesh, une distribution de haut vol confirment le rayonnement européen de Berlioz, servi ce soir à merveille. Emu, comblé, le public acclame très longuement les artistes, après avoir retenu ses ovations durant tout l’ouvrage.</p>
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		<title>Purcell at Prayer – Thiré</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-at-prayer-thire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Sep 2024 03:58:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour cette deuxième journée de la manifestation «&#160;Dans les jardins de William Christie&#160;» à Thiré en Vendée, le temps s’annonce on ne peut plus clément. Contrairement à la veille, le vent est tombé et le soleil est au zénith. Encore tout émus des découvertes de la veille, les visiteurs se pressent dans les jardins pour &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour cette deuxième journée de la manifestation «&nbsp;Dans les jardins de <strong>William Christie</strong>&nbsp;» à Thiré en Vendée, le temps s’annonce on ne peut plus clément. Contrairement <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-dido-and-aeneas-thire/">à la veille</a>, le vent est tombé et le soleil est au zénith. Encore tout émus des découvertes de la veille, les visiteurs se pressent dans les jardins pour se repaître des activités qu’ils n’ont pas eu le temps de pratiquer le jour précédent. Il y a ceux qui se lancent en famille dans un parcours itinérant de danse baroque dans le village et les espaces verts sur le thème des <em>Mémoires</em> de Casanova, quand d’autres se passionnent pour le chant participatif sur le thème des oiseaux guidés par <strong>Sophie Daneman</strong>, celle-là même qui met en mouvement le très beau <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-dido-and-aeneas-thire/">Dido and Aeneas</a></em> donné en soirée sur le miroir d’eau, alors que d’autres visitent avec les jardiniers les différents espaces des jardins pensés et conçus par William Christie. De notre côté, nous écoutons avec délectation les <em>Conversations croisées </em>entre l’historien de l’art <strong>Henry-Claude Cousseau</strong> et l’académicien <strong>Erik Orsenna</strong>.</p>
<p>Tout irait pour le mieux dans le plus beau des mondes si l’on n’avait pas appris qu’une bonne partie de l’équipe était sur les dents&nbsp;; en effet, la mezzo Rebecca Leggett est souffrante. La lauréate du Jardin des Voix était membre du quintette prévu le soir même pour le programme de <em>Lamentations </em>de Roland de Lassus. Or, les difficultés de l’œuvre ne permettent pas de trouver au pied levé une remplaçante. Il faut donc trouver un programme de rechange et le répéter avant 20h… Quand on le croise à la pause déjeuner, <strong>Paul Agnew</strong>, à la direction musicale pour ce même concert pour voix seules, ne laisse rien paraître et sourit comme à l’accoutumée. Il se réjouissait de faire découvrir une partie du travail du prolifique Roland de Lassus (1532-1594, également connu sous le nom d’Orlando di Lasso ou encore Roland de Lattre). Un premier motet en appel à la paix aurait dû précéder un cycle de douze motets sur le mystère de la Nativité où intervenaient douze sybilles, dans un entrelacs complexe et étrange, tout en expérimentations chromatiques. Redoutable partition que ces prophéties où s’opèrent des changements de tonalités constants. Puis auraient succédé les <em>Lamentations du samedi saint</em>, chantées durant l’office des ténèbres, avec pour seul éclairage neuf bougies éteintes une par une à la fin de chaque mouvement. Enfin, des «&nbsp;Psaumes de pénitence&nbsp;» auraient conclu l’expérience, avec les œuvres parmi les plus célèbres du compositeur dont l’humaniste Samuel van Quickelberg disait à l’époque&nbsp;: «&nbsp;lorsqu’il lui fallait mettre en accord le mot et la chose, d’exprimer l’intensité des diverses émotions en donnant à voir la chose comme si elle se produisait, que l’on peut se demander si c’est la suavité des émotions qui confère sa beauté à la plainte du chant, ou bien l’inverse&nbsp;». Paul Agnew avait bien l’intention de mettre en valeur le génie et la modernité de l’œuvre, en essayant avec ses partenaires de reproduire la palette chromatique du créateur. Las, il faudra renoncer à cette expérience qui s’annonçait passionnante.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2024-Les-Arts-Florissants-Day_4_005-Jay-Qin-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-171447"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Jay Qin</sup></figcaption></figure>


<p>En attendant, les mini-concerts de l’après-midi dans les jardins ont commencé et il est tout de même possible d’entendre <em>Suzanne un jour</em> de Roland de Lassus, donné dans le Petit bois d’Henry-Claude. Les sopranos <strong>Maud Gnidzaz</strong> et <strong>Juliette Perret</strong>, l’alto <strong>Daniel Brand</strong>, le ténor <strong>Michael Loughlin Smith</strong> et la basse <strong>Christophe Gautier</strong> se tirent à merveille des chausse-trapes d’une œuvre moins séduisante que fascinante dans sa complexité formelle. Le contenu des petits concerts est choisi par les artistes. Quelques minutes plus tard, dans un genre très différent, on écoute les chansons originales et les improvisations sur le thème de l’amour de <strong>Douglas Balliett</strong>, contrebassiste et compositeur américain (ancien élève de la Juilliard School, présent à la quasi-totalité des éditions du festival) et <strong>Thomas Dunford</strong>, luthiste fétiche des Arts Florissants dont on se souvient, par exemple, du beau programme <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-recettes-de-lamour-thire-la-vie-en-roses/?utm_source=refresh&amp;utm_content=1692738954&amp;utm_medium=self&amp;utm_term=age-91226&amp;utm_campaign=auto-refresh-stale-content">«&nbsp;Les recettes de l’amour&nbsp;»</a> donné en 2022 avec Lea Desandre et William Christie. Les deux artistes affichent une évidente complicité et un plaisir de jouer ensemble dans une sorte de jam baroco-jazzy qui électrise l’auditoire. On regrette de ne pouvoir rester toute la semaine jusqu’au terme du festival, car ce serait l’occasion d’entendre une <em>Passion selon saint Marc</em> composée par Douglas Balliett. Cette création a été commissionnée par les Arts Florissants et marque l’un des temps forts du festival.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2024-Les-Arts-Florissants-Day_3-063-Jay-Qin-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-171450"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Jay Qin</sup></figcaption></figure>


<p>Après dîner, les bénévoles dévoués organisent le transfert à quelques kilomètres de là, dans l’église de Saint-Juire-Champgillon, car l’église de Thiré est en travaux actuellement. Dans le sanctuaire où chaque siège est occupé et l’éclairage réduit à quelques cierges, un parfum capiteux à base de lys émane de deux somptueux bouquets embellissant les pilastres du chœur. Paul Agnew prend la parole pour expliquer au public que le programme annoncé va être remplacé par un autre, en raison de l’absence de Rebecca Leggett, totalement aphone. Une partie de la journée a été consacrée à concocter un nouveau programme cohérent, en privilégiant des solos plutôt que des ensembles, en fonction de ce que les artistes étaient capables de présenter le soir même. Le jeune <strong>Gabriel Rignol </strong>au théorbe a accepté de se joindre aux chanteurs, secondé par <strong>Florian Carré </strong>au clavecin, lequel se trouvait encore à Paris le matin même… Aucune rumeur de protestation dans l’auditoire pour accueillir l’annonce&nbsp;: Paul Agnew sait y faire et l’on se prend immédiatement d’empathie pour lui et les siens. Ce sont finalement des pièces sacrées de Purcell qui sont proposées… Le pédagogue écossais nous rappelle que Purcell serait sans doute surpris de savoir que nous connaissons surtout sa musique profane, lui qui a tant composé pour le domaine sacré. Et curieusement, cette sélection d’œuvres religieuses intitulée «&nbsp;Purcell at Prayer&nbsp;» est une première dans le festival. L’alto <strong>Mélodie Ruvio</strong>, le ténor <strong>Hugo Hymas</strong> et la basse <strong>Edward Grint</strong> devaient interpréter initialement les œuvres de Lassus. Ils s’adaptent parfaitement à l’univers polyphonique du compositeur anglais. Le public retient son souffle. Pour les soutenir, les sopranos Juliette Perret et <strong>Violaine Le Chenadec </strong>complètent avec Paul Agnew un sextette en idéale harmonie. Très vite, le plaisir de chanter ensemble prend le dessus sur la tension des répétitions à l’arrachée de la folle journée (d’autant que Juliette Perret se produisait trois fois de suite au cours de l’après-midi dans les jardins et Paul Agnew deux fois&nbsp;!). Quelque chose de magique se produit et au terme du concert, c’est un tonnerre d’applaudissements qui salue les artistes. Le moment que nous avons vécu appartient aux grands bonheurs que l’on peut éprouver dans le spectacle vivant&nbsp;: le professionnalisme des artistes, leur capacité d’adaptation et leur connaissance du répertoire leur ont permis de se dépasser et de nous combler.</p>
<p>Après la pause d’une demi-heure et le traditionnel chocolat chaud offert par les paroissiens, tout le monde revient s’installer dans l’église pour la «&nbsp;Méditation à l’aube de la nuit&nbsp;», conçue comme un moment privilégié qui permet de se préparer au sommeil. Les règles sont rappelées par Paul Agnew&nbsp;: il s’agit de laisser infuser la musique à l’issue de la journée et pour cela, s’abstenir d’applaudir. La soprano Violaine Le Chenadec est accompagnée de son époux <strong>Adrien Mabire</strong> au cornet à bouquin, le couple étant soutenu par Gabriel Rignol au théorbe, tout jeune, mais merveilleusement doué. Nous entendons cette fois Monteverdi et ses contemporains. Le couple Mabire/Le Chenadec fonctionne particulièrement bien. La voix, bien timbrée, ample et émouvante, est magnifiée par le jeu inspiré du cornettiste, dont on goûte avec délices la virtuosité exceptionnelle (et en plus, il chante parfaitement bien…). Du coin de l’œil, on aperçoit Paul Agnew, installé dans le public, visiblement ému et soulagé, les yeux mi-clos, qui se repaît des sonorités idéalement réverbérées dans la petite église.</p>
<p>On quitte à grand regret ce festival enchanteur, avec une petite pointe d’envie pour les bienheureux qui peuvent rester jusqu’au bout. Eux entendront les <em>Lamentations de Lassus</em> le lendemain, puis l’extraordinaire violoniste Théotime Langlois de Swarte et son complice William Christie qu’on avait eu la chance d’<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-recettes-de-lamour-thire-la-vie-en-roses/?utm_source=refresh&amp;utm_content=1692738954&amp;utm_medium=self&amp;utm_term=age-91226&amp;utm_campaign=auto-refresh-stale-content">entendre par le passé</a>, mais également <em>Orphée et Eurydice</em> de Gluck en version de concert dirigée par Paul Agnew sur le miroir d’eau et bien sûr, la création déjà évoquée&nbsp;: la <em>Passion selon saint Marc</em>. Au bout de quatre jours, le taux de remplissage était de 99&nbsp;%&nbsp;! Il faudra s’y prendre tôt pour les réservations l’année prochaine…</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="&quot;O come sei gentile&quot; (Monteverdi) - Violaine Le Chenadec &amp; Adrien Mabire" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/53KDkXTM1zw?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Découverte dansée - Festival Dans les Jardins de William Christie" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/9zWTsONpnQY?list=PL8ltSP2mqeAg9rZKO00Kecz5cbGxObl-k" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Salve Regina - Doug Balliett" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/btIewTK3d5I?list=PL8ltSP2mqeAg9rZKO00Kecz5cbGxObl-k" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>PURCELL, Dido and Aeneas – Thiré</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-dido-and-aeneas-thire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 30 Aug 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ce samedi 24 août marque le premier jour de la 13e édition du festival «&#160;Dans les jardins de William Christie&#160;» à Thiré, en Vendée. Si les organisateurs sont confiants dans la mesure où le chiffre de quelque dix mille spectateurs de l’année passée va être à peu près égalé, une légère inquiétude tempère l’excitation des &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce samedi 24 août marque le premier jour de la 13<sup>e</sup> édition du festival «&nbsp;Dans les jardins de <strong>William Christie</strong>&nbsp;» à Thiré, en Vendée. Si les organisateurs sont confiants dans la mesure où le chiffre de quelque dix mille spectateurs de l’<a href="https://www.forumopera.com/thire-une-experience-paradisiaque/">année passée</a> va être à peu près égalé, une légère inquiétude tempère l’excitation des retrouvailles, car la météo est incertaine. Une ondée est prévue pour le milieu de l’après-midi et l’on ne sait pas trop s’il va falloir, ou non, se replier dans les emplacements prévus pour le «&nbsp;Plan pluie&nbsp;», consistant en tentes disposées dans différents points du jardin.</p>
<p>En attendant, les activités habituelles font le plein. Dès l’ouverture au public en tout début d’après-midi, on a l’embarras du choix entre des activités en famille de chant participatif, de danse baroque ou autres animations bucoliques et intellectuelles, sans oublier la visite guidée à la découverte du jardin éclectique rêvé et élaboré au fil des années par William Christie, entre le théâtre de verdure, la cour d’honneur, le potager, le cloître, la serre, la pinède, le grand parterre et l’on en oublie quelques-uns, d’autant qu’il y a des nouveautés chaque année. Tant et si bien qu’à l’heure du goûter où commencent les mini-concerts répartis aux quatre coins du jardin, tout le monde est déjà sous le charme et totalement immergé dans une ambiance à la fois festive, ludique, sympathique et solennelle, tout à fait dans l’esprit du monde baroque.</p>
<p>Après le premier quatuor dans la Pinède, en compagnie de Vivaldi et Telemann, on continue au niveau du mur des Cyclopes, l’un des lieux les plus sauvages des jardins, avec un concert dédié à Purcell. <strong>Paul Agnew</strong> y interprète des œuvres du compositeur anglais, alors que l’académicien <strong>Erik Orsenna</strong> lit avec brio des textes illustrant sa courte vie bien remplie. Las, il pluviote, et deux parapluies sont apportés pour protéger le théorbe du jeune <strong>Gabriel Rignol</strong> ainsi que le violoncelle de <strong>Felix Knecht</strong>. Détail charmant, c’est le ténor écossais Paul Agnew qui tient le parapluie au-dessus de l’instrument alors qu’il chante, tête nue, sous la pluie, avec un flegme tout britannique et l’humour coutumier de celui qui est également co-directeur artistique du festival. Personne ne songe à se mettre à l’abri, surtout quand il susurre, concurrencé par le jars qu’on imagine évoluer, un peu plus loin, sur la rivière Smagne, l’ineffable «&nbsp;Music for a while&nbsp;». La magie opère. Quelques minutes plus tard, on découvre, sous la tente du Pont chinois, accompagnés au théorbe toujours par Gabriel Rignol, un couple idéal&nbsp;: la soprano <strong>Violaine Le Chenadec</strong> et <strong>Adrien Mabire</strong> au cornet à bouquin. Les concerts étant propices à la transmission et à la pédagogie, Adrien Mabire nous parle de son instrument, très populaire et primordial à une époque, bien délaissé aujourd’hui, qui se situe entre la flûte et la trompette. De Monteverdi à Frescobaldi, en passant par Palestrina et Bassano, le programme intitulé «&nbsp;Gli spiriti del giardino&nbsp;» fascine les auditeurs, l’oreille intriguée par ces rares sonorités, merveilleusement mises en valeur par le timbre pur et plein de Violaine Le Chenadec. On se réjouit de savoir qu’on pourra à nouveau entendre le trio le lendemain. Le crachin n’est plus qu’un mauvais souvenir et quelques temps plus tard, le programme de l’après-midi se conclut avec un concerto Brandebourgeois sur les Terrasses, juste derrière le Bâtiment, la maison de William Christie, juste avant le dîner. Heureusement, la pluie a cessé et il ne sera pas nécessaire de se transférer dans la salle de repli située à une demi-heure de route de Thiré.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="683" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Festival-Jardins-William-Christie-5800-JGazeau-1-683x1024.jpg" alt="" class="wp-image-171304"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Julien Gazeau</sup></figcaption></figure>


<p>Le beau temps revenu, c’est bien sur la scène flottante du superbe Miroir d’eau que s’installe l’ensemble instrumental des Arts Florissants accompagnés par des jeunes instrumentistes de la très prestigieuse Juilliard School, sous la direction de William Christie, également au clavecin et à l’orgue pour le continuo. Afin de compléter <em>Dido and Aeneas</em>, qui ne comporte qu’une heure de musique, l’ode de Purcell, <em>Celestial music did the Gods inspire</em>, est proposée en introduction. Le vent souffle fort et les platanes ainsi que les charmes qui bordent le plan d’eau bruissent tumultueusement. Cela ne suffit pas à nous empêcher de profiter de toutes les nuances délicates du chef-d’œuvre de Purcell. La scène est sonorisée, c’est-à-dire qu’un dispositif de micros permet de rendre le son audible pour tous, avec un rendu très naturel. <strong>Helen Charlston</strong> est lauréate du Jardin des Voix, la fameuse pépinière de nouveaux talents instaurée par le maître. La mezzo-soprano incarne une Didon aristocratique et passionnée, toute de retenue et de subtilités infinies que son beau mezzo lui permet. Alors que le vent s’est calmé, des oiseaux accompagnent de leur chant inquiet la jeune anglaise, sublime dans une mort déchirante et noble. Un moment d’anthologie pour ce festival… <strong>Renato Dolcini</strong>, l’interprète d’Énée, est lui aussi lauréat du Jardin des Voix. La rencontre vocale avec sa partenaire est passionnante&nbsp;: tous deux forment un couple idéal qu’on prend plaisir à entendre et à voir déambuler, main dans la main, le long des berges du plan d’eau, dans un tableau féerique alors que la nuit tombe. Si l’opéra est donné en version de concert, il est toutefois mis en mouvement par <strong>Sophie Daneman</strong>, la soprano également metteure en scène et pédagogue enthousiaste qui propose cette année dans les jardins un atelier de chant participatif justement consacré au chant des oiseaux. Son travail discret et sobre met en valeur les ensembles, tout en harmonie et en délicatesse. C’est avec la complicité de William Christie qu’elle a eu l’idée de donner deux rôles à Renato Dolcini&nbsp;: ce dernier incarne le prince troyen tout comme la Grande Sorcière. Après tout, l’un comme l’autre poursuivent le même but&nbsp;: se débarrasser de Didon pour permettre le départ d’Énée vers son destin de fondateur de Rome. Le procédé, surprenant, n’est cependant pas gênant et donne la possibilité au baryton italien de démontrer l’étendue de son talent, conférant de l’épaisseur à ses deux rôles. Mais il est une interprète qui nous a séduit tout particulièrement&nbsp;: <strong>Ana Vieira Leite</strong>, également lauréate du Jardin des Voix, est une Belinda absolument délicieuse. La soprano portugaise oscille entre des aigus cristallins très purs et une sorte de joie débordante et communicative qui magnifient le timbre. Les sorcières incarnées par <strong>Maud Gnidzaz </strong>et <strong>Virginie Thomas</strong> sont excellentes et les autres personnages complètent une distribution de haut vol. La virtuosité des musiciens achève de ciseler une œuvre d’excellente facture, dans un cadre enchanteur et idyllique. William Christie, qui va bientôt fêter ses quatre-vingts printemps, affectionne tout particulièrement cette œuvre&nbsp;: sa connaissance intime de l’ouvrage si souvent abordé semble avoir touché toute l’équipe et le résultat nous comble. Pour prolonger la féerie, les jardins sont savamment éclairés et il est permis au public d’y déambuler. C’est peu dire que nous sommes chanceux…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Festival-Jardins-William-Christie-6125-JGazeau-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-171307"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Julien Gazeau</sup></figcaption></figure>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Bienvenue au Festival Dans les Jardins de William Christie 2024" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/EFezVcKxSVs?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>WILLEMSE, RAVEL, Anders ingekleur, Chansons madécasses &#8211; Sare</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/willemse-ravel-anders-ingekleur-chansons-madecasses-sare/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 30 Aug 2024 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Entre piliers symphoniques et bijoux chambristes, Bertrand Chamayou construit cette année sa première programmation pour le festival Ravel, après trois années de co-direction avec Jean-François Heisser, son ancien professeur à l&#8217;académie Ravel. Après plus de cinquante ans, cette seconde institution conserve une formidable énergie, alternant masterclasses et concerts publics dans sept disciplines dont le chant &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Entre piliers symphoniques et bijoux chambristes, Bertrand Chamayou construit cette année sa première programmation pour le festival Ravel, après trois années de co-direction avec Jean-François Heisser, son ancien professeur à l&rsquo;académie Ravel.<br />
Après plus de cinquante ans, cette seconde institution conserve une formidable énergie, alternant masterclasses et concerts publics dans sept disciplines dont le chant et la composition.</p>
<p>Désormais fusionnés, festival et académie s&rsquo;irriguent l&rsquo;un l&rsquo;autre comme en cette fin d&rsquo;été, aux pieds de la Rhune dans le cadre superbe de l&rsquo;église de Sare.<br />
La soirée prend la forme d&rsquo;une ode à la jeunesse puisque le pianiste est entouré de musiciennes de l&rsquo;académie, dont l&rsquo;excellente <strong>Clarisse Dalles</strong> que l&rsquo;on connaît notamment dans le répertoire d&rsquo;opérette avec les Brigands ou les Frivolités Parisiennes, et qui avait brillé ici dans <em>Véronique</em> en 2018. La formation est complétée par la flûtiste <strong>Zofia Neugebauer</strong> et la violoncelliste <strong>Maria-Andrea Mendoza.</strong></p>
<p>Clarisse Dalles est la voix de <strong>Christiaan Willemse</strong>, lauréat du prix de composition l&rsquo;an passé, qui crée ce soir un cycle de trois mélodies à la demande du festival.<br />
Le compositeur vient de diriger une création orchestrale en Autriche, au festival de Grafenegg, mais le répertoire lyrique lui est familier : chef d&rsquo;un chœur liturgique, il chante en chorale depuis l&rsquo;enfance.<br />
<strong>Bertrand Chamayou</strong> lui a suggéré de travailler en écho avec les <em>Chansons madécasses</em> de Ravel, avec le même instrumentarium et une thématique commune. Une suggestion dont le musicien sud-africain de vingt-six ans s&rsquo;est saisi avec brio, mettant en musique trois poèmes de la journaliste et poétesse Antjie Krog, en afrikaans. Elle avait assisté à la « Commission de la vérité et de la réconciliation » dans les années 1990. De cette expérience est né un recueil de poésies : <em>Kleur kom nooit alleen nie</em> – <em>La couleur ne vient jamais seule</em>.<br />
Le thème de l&rsquo;apartheid répond ainsi à la mélodie clairement anticolonialiste « Aoua » – « Méfiez vous des blancs, habitants du rivage » – de Ravel.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Concert-Dalles-Neugebauer-Mendoza-Chamayou-du-27-aout-2024-a-Sarec-Festival-Ravel-KOMCEBO-6-1294x600.jpg" alt="" />© Festival Ravel - Mathieu Mengaillou</pre>
<p>L&rsquo;angoisse tombe comme une chape dès les premières notes de « Woordeloos » &#8211; « Je suis sans voix ».<br />
Les quatre interprètes imprègnent l&rsquo;air d&rsquo;une atmosphère angoissante à l&rsquo;étrangeté singulièrement prenante qui n&rsquo;est pas sans évoquer un mythe antique où le Fatum pèserait de tout son poids sur le destin des hommes. Remarquablement expressive, Clarisse Dalles jouit d&rsquo;une diction limpide qui donne l&rsquo;impression de parfaitement suivre l&rsquo;aquarelle de ses émotions – même si le sens du texte nous est inintelligible en l&rsquo;absence de traduction dans le programme de salle. La projection superbe, les médiums sonores se teintent d&rsquo;une rythmique entêtante dans « Tussen jou en my » &#8211; « Entre toi et moi » où la colère succède à la douleur et s&rsquo;achève en cri de révolte.<br />
« L&rsquo;épilogue », constitué en réalité de dernier poème du recueil, est porteur d&rsquo;espoir et des ferments de la réconciliation. Entre le feulement de la flûte et la déclamation pleine d&rsquo;autorité de la chanteuse, cette troisième mélodie s&rsquo;achève en une méditation apaisée.</p>
<p>Les potentialités des instruments sont utilisées avec une grande créativité. Zofia Neugebauer à la flûte et Maria-Andrea Mendoza au violoncelle, sont formidables d&rsquo;engagement et de précision, faisant fi de l&rsquo;ambitieux langage microtonal des instruments. Elles susurrent, chuchotent, grincent où se libèrent d&rsquo;un poids trop lourd en une brusque envolée. Bertrand Chamayou accompagne généreusement cette jeunesse talentueuse, se mettant au service de l’œuvre et des interprètes avec beaucoup de générosité, alternativement debout en percussionniste ou martelant le clavier en forme d&rsquo;orage.</p>
<p>Les artistes font montre des mêmes qualités dans les trois <em>Chansons madécasses</em> de Maurice Ravel.</p>
<p>Dans « Nahandove » Clarisse Dalles privilégie la tendresse, le naturel, l&rsquo;émission claire et franche soutenue par le violoncelle sensible de Maria-Andrea Mendoza.<br />
L&rsquo;appel à la rébellion d&rsquo;« Aoua » sonne tout en contraste mettant en avant cette fois la flûte rythmique de Zofia Neugebauer, en parfaite harmonie avec les consonnes expressives remâchant une profonde colère. La soprano, très investie dans ce texte pourtant difficile, ne lâche jamais le sentiment : son œil, toujours, raconte. C&rsquo;est également le cas avec la douce poésie d&rsquo;« Il est doux » où la force d&rsquo;invocation rend le paysage nocturne réel ; devant nous, la lune se lève.</p>
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		<title>CHAUSSON, mélodies &#8211; Saint-Pée-sur-Nivelle</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/chausson-melodies-saint-pee-sur-nivelle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 29 Aug 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après trois années de transition en co-direction avec Jean-François Heisser, Bertrand Chamayou reprend seul la direction artistique du festival Ravel de Saint Jean de Luz, irriguant le territoire basque de musique pendant deux semaines en cette fin de l&#8217;été. L&#8217;académie accueille des professeurs primus inter pares qui, le soir venu, régalent les spectateurs de leur &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après trois années de transition en co-direction avec Jean-François Heisser, Bertrand Chamayou reprend seul la direction artistique du festival Ravel de Saint Jean de Luz, irriguant le territoire basque de musique pendant deux semaines en cette fin de l&rsquo;été.</p>
<p>L&rsquo;académie accueille des professeurs <em>primus inter pares</em> qui, le soir venu, régalent les spectateurs de leur talent. C&rsquo;est le cas sur les hauteurs, dans l&rsquo;église Saint-Pierre de Saint-Pée-sur-Nivelle pour une séduisante proposition autour d&rsquo;Ernest Chausson et de César Franck.</p>
<p><a href="https://www.forumopera.com/barbara-hannigan-prima-donna-et-plus-que-ca/"><strong>Barbara Hannigan</strong></a> propose d&rsquo;abord une brassée de mélodies d&rsquo;une belle intériorité. La soprano y offre son timbre capiteux, à la projection percutante, à la proverbiale conduite de la ligne musicale. Elle s&rsquo;avère en revanche plus fragile dans les piani ainsi que dans la diction plus ou moins nette mais toujours au service de la narration.<br />
En effet, les contes sont au cœur de cette édition 2024 et les deux artistes composent ici un bouquet dont chaque tige dessine la facette d&rsquo;un même destin en forme de <em>memento mori</em>.</p>
<p>«&nbsp;Les Heures&nbsp;» ouvrent le concert et donnent le ton d&rsquo;un univers déliquescent, impuissant face à la fuite du temps. Le tempo assez lent accentue la sensation d’immobilité encore renforcée par l&rsquo;exceptionnel travail de legato de la chanteuse. Désespérées, à peine susurrées parfois les phrases s’étirent de sons droits, quasi baroques, de finales évanescentes.<br />
Les fleurs cueillies, tressées, fanées filent ensuite la métaphore du <em>tempus fugit</em>.</p>
<p>«&nbsp;Le temps des lilas&nbsp;» , oscillant entre forte et piani, est tout d&rsquo;élans brisés, de faisceaux tendus vers le ciel qui s&rsquo;étiolent brusquement. <strong>Bertrand Chamayou</strong> – comme tout au long du concert –&nbsp;y souligne chaque nuance sans ostentation, dessinant chaque couleur, chaque émotion, d&rsquo;un pinceau fin pour mieux soutenir Barbara Hannigan à la présence intense et grave jusqu&rsquo;aux « Couronnes », où – merveilleuse comédienne – elle dessine la silhouette souriante puis désappointée de cette « fillette aux yeux cernés »&nbsp;qui tresse des guirlandes de fleurs pour un chevalier imaginaire afin de tromper sa solitude.</p>
<p>La délicatesse du piano perlé ajoute à ce moment de magie, qui fleurit plus encore avec la « chanson d&rsquo;Ophélie », pareillement liée aux fleurs, pareillement incarnée. La voix est souveraine, les aigus superbes, la diction soignée et – toujours – la conduite de la phrase musicale tuile chaque syllabe vers l&rsquo;inéluctable destin de l’héroïne sacrifiée. « Oraison » – extrait de « Serres Chaudes »&nbsp;comme un autre hommage au végétal – est presque enchaîné avec la mélodie précédente, comme si nous suivions les flux et reflux de la pensée de cette fillette grandie en Ophélie avant de s&rsquo;évaporer en un spectre dont « la tristesse de la joie semble de l&rsquo;herbe sous la glace ». Ainsi, avec une remarquable élégance, les deux musiciens donnent une dimension intense et poignante à ces mélodies qui deviennent le chemin d&rsquo;une vie.</p>
<p>Le duo a enregistré l&rsquo;an passé la «&nbsp;Chanson Perpétuelle&nbsp;» pour le label Alpha et l&rsquo;interprète magnifiquement avec le soutien du <strong>quatuor</strong> <strong>Belcea</strong>. La richesse des harmonies du quintette, la transparence et la propriété quasi charnelle du son nourrissent la bouleversante interprétation de cette Ophélie séduite et abandonnée.</p>
<p>Après l&rsquo;entracte les musiciens s&rsquo;installent en majesté dans le chœur pour une somptueuse version du <em>quintette avec piano en fa</em> <em>mineur</em> de César Franck. Ils semblent y poursuivre sans paroles ce monologue intérieur qui alterne des moments de tension presque insoutenables, de révolte, de sanglots déchirants sans qu&rsquo;aucun apaisement de vienne soulager l&rsquo;âme tourmentée.</p>
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		<title>ROSSI, La casa disabitata &#8211; Fano</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rossi-la-casa-disabitata-fano/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 29 Aug 2024 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après Il Birraio di Preston, de Luigi Ricci, et Cecchina suonatrice di ghironda, de Pietro Generali, &#160;la troisième édition du «&#160;Festival Nazionale&#160; Il Belcanto ritrovato » propose cette année un opéra de Lauro Rossi, La casa disabitata, en français La maison inhabitée. Créée en 1834 à La Scala l’œuvre fut remaniée en 1844 pour Turin&#160; &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après <em>Il Birraio di Preston</em>, de Luigi Ricci, et <em>Cecchina suonatrice di ghironda, </em>de Pietro Generali, &nbsp;la troisième édition du «&nbsp;Festival Nazionale&nbsp; <em>Il Belcanto </em>ritrovato » propose cette année un opéra de Lauro Rossi, <em>La casa disabitata</em>, en français <em>La maison inhabitée.</em> Créée en 1834 à La Scala l’œuvre fut remaniée en 1844 pour Turin&nbsp; et sous le titre <em>I falsi monetari </em>– <em>Les faux monnayeurs </em>– resta au répertoire pour une cinquantaine d’années.</p>
<p>Ecrite par Jacopo Ferretti, le librettiste de Rossini pour <em>La Cenerentola</em>, l’intrigue dérive de plusieurs sources, de l’antique <em>Mostellaria </em>de Plaute à la farce de Giovanni Giraud, dramaturge italien d’origine française, créée en 1808 à Rome. Des faux monnayeurs, installés par leur chef dans la cave d&rsquo;une maison à louer dont le malfaiteur est l&rsquo;intendant, sont sûrs d&rsquo;y être tranquilles car ils ont fait à cette demeure la réputation d’être une maison hantée et personne ne veut y habiter. Le sujet était porteur puisque Scribe l’avait utilisé en 1832 pour Auber – <em>Le serment ou Les faux-monnayeurs</em> – et la princesse Amélie de Saxe en tira un opéra en un acte en 1835.</p>
<p>La farce de Giraud s’intitulait <em>Eutichio e Sinforosa ossia La casa disabitata. </em>On retrouve chez Ferretti ces deux personnages comiques ; lui est un versificateur raté mais imbu de lui-même que sa femme, mûre et d’autant plus jalouse que le temps a flétri ses charmes, tient en laisse. A un autre duo est réservé l’effusion sentimentale : le propriétaire de la maison, Don Raimondo, qui se fie naïvement à son intendant, et éperdument amoureux d&rsquo;Annetta, qui vient hélas de disparaître. Les spectres y sont-ils pour quelque chose? En fait la beauté de la jeune fille a subjugué le chef des malfaiteurs. Il l&rsquo;a enlevée et la retient prisonnière.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/la_casa_disabitata_ibr_generale_22ag2024_ph_luigi_angelucci_110-1-1294x600.jpg">© Luigi Angelucci</pre>
<p>Au premier acte, les faux-monnayeurs chantent en chœur leur satisfaction de s’enrichir à l’abri de cette maison, mais ils s’inquiètent de la morosité de leur chef Isidoro : il explique lui-même qu’il est amoureux, et qu’elle lui résiste, et en effet le spectateur peut constater qu’Annetta le traite sans ménagement. La scène suivante est au marché : Eutichio et Sinforosa arrivent, sans le sou et sans domicile, puisqu’ils viennent d’être expulsés du leur. Les victuailles exposées font saliver Eutichio, et Sinforosa lui fait une scène car elle l’accuse de tourner autour des vendeuses. A la vue du panneau qui propose de louer gratuitement une maison, Eutichio exulte. Malgré les mises en garde relatives aux fantômes qui hanteraient les lieux, cette solution l’enchante et il s’installe. L’acte se termine par l’irruption de Sinforosa, qui n’a pas voulu dormir là par crainte des apparitions mais qui est venue vérifier qu’il ne s’agissait pas d’une ruse de son mari pour la cocufier. Entretemps un duo a mis aux prises la captive et son geôlier, elle inébranlable dans sa résistance et lui dans une surenchère de menaces de mort qu’il se sait incapable de concrétiser.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/la_casa_disabitata_ibr_generale_22ag2024_ph_luigi_angelucci_123-1294x600.jpg">© Luigi Angelucci</pre>
<p>Au deuxième acte, Don Raimondo, qui a enfin compris que son homme de confiance Isidoro a abusé de sa bienveillance, feint de partir en voyage pour oublier la disparition de sa bien-aimée Annetta. Celle-ci, qui nous a exposé son plan – se montrer plus douce pour endormir la méfiance du ravisseur et réussir à s’échapper – parvient à se libérer. Elle rencontre alors Eutichio qui la prend pour un spectre comme ceux qui viennent de l’assaillir et de l’épouvanter. A grand peine elle lui fait comprendre que son corps est bien réel et la mystification imaginée par les faussaires. Mais comment s’enfuir quand la maison a été cadenassée par Sinforosa ? Soudain Isidoro surgit et les menace, ils sont dans la nasse, mais l’irruption de Don Raimondo et de la population met un terme à la vie du bandit et à son entreprise. Eutachio et Sinforosa ont désormais le couvert et le vivre, car le généreux Don Raimondo y pourvoira, et quand ce dernier se déclare enfin à Annetta, pour les deux couples tout est bien qui finit bien !</p>
<p>La curiosité était vive de découvrir cette œuvre sortie du répertoire depuis près de cent-vingt ans, et elle a été satisfaite, même si on aurait aimé savoir pourquoi la révision a porté sur la version de Turin et non sur celle de Milan, la première. La musique de Rossi, comme l’écrit la musicologue Paola Ciarlantini, est « brillante et communicative ». Il sait créer des atmosphères, par le jeu des rythmes et des timbres, et une prédilection prononcée pour les sources espagnoles, comme en témoigne l’air d’Annetta dans l’avant-dernière scène de l’acte I. L’Espagne – où est située l’action – ou du moins sa zone d’influence en Amérique latine, a tenu une place importante dans la vie du compositeur, qui fut chef d’orchestre à Mexico, où il adapta <em>La casa disabitata </em>en espagnol, et directeur de théâtre à Cuba.</p>
<p>Cet exil avait été un choix après l’échec à Naples, où l’appui de Donizetti avait favorisé son engagement, de <em>Amelia ossia Otto anni di costanza, </em>malgré la présence de la Malibran dans la distribution. Cette amitié et probablement l’estime et l’admiration de Lauro Rossi pour son aîné se ressentent à plusieurs reprises, tant comme un hommage que comme la preuve de l’habileté de Rossi à capter les rythmes et les timbres porteurs dans les compositions de ses contemporains. Comment ne pas penser à Bellini dans la mélodie de l’air «&nbsp;Qui la vidi&nbsp;»&nbsp;? A défaut d’originalité forte on en retient une impression de maîtrise des volumes, des effets, et une séduisante fluidité mélodique. La leçon rossinienne du chant <em>sillabato</em> s’entend au deuxième acte dans la plainte du poète, que l’apparition des spectres accompagnés des trombones du Commandeur a paralysé dans sa tentative grotesque de réécrire le final du <em>Don Giovanni </em>de Mozart, la mélodie à la scansion donizettienne adoptant le phrasé rossinien. Mozart apparaît en filigrane dans le duel vocal Annetta-Sinforosa, qui pourrait être celui entre Susanna et Marcellina, si celles-ci avaient lâché la bride pour s&rsquo;injurier à qui mieux mieux.</p>
<p>Musicalement, donc, la découverte a été heureuse, servie magistralement par la direction de <strong>Enrico Lombardi</strong>, véritable Argus, et un orchestre manifestement sur les dents. Vocalement, aucun mouton noir ne défigure la distribution, même si la voix acidulée de <strong>Jennifer Turri </strong>ne nous a pas séduit dans le court rôle d’Inès. Présenté comme basse, <strong>Martin Csölley </strong>est efficace dans le rôle d’Alberto, au service du propriétaire de la maison mais complice des malandrins qu’Isidoro, l’homme de confiance, y a introduits.</p>
<p>Le naïf Don Raimondo ne pense pas à mal et peut-être ne pense-t-il pas beaucoup, sinon à sa chère Annette, auprès de laquelle il tarde à se déclarer, à la fois timide et tendre. Une fois chauffée, la voix d’<strong>Antonio Mandrillo</strong>, si elle n’est pas de celles dont le timbre et l’étendue captivent, retient par la musicalité avec laquelle il en use pour de jolies demi-teintes. Le rôle de sa bien-aimée Annetta, la deuxième dame selon l’usage du temps, puisqu’aussi bien le titre ne la mentionne pas, est échu à <strong>Tamar Ugrekhelidze</strong>, mezzosoprano récente vainqueur du prix Anita Cerquetti ; la voix est ronde, homogène, souple, étendue, et l’interprète rend sensible tant le désarroi que l’inflexible volonté de cette cousine de l’Isabella rossinienne. <strong>Matteo Mancini </strong>incarne de toute l’autorité de sa voix éclatante le chef de bande auquel son énergie brutale ne sert à rien quand il s’agit de se faire aimer. C’est un plaisir renouvelé de réentendre cette voix si bien placée et bien projetée. (CF Martina Franca et Sienne)</p>
<p>Restent les interprètes de Eutichio et de Sinforosa, <strong>Giuseppe Toia </strong>et <strong>Vittoriana De Amicis</strong>, a priori le couple vedette puisque souvent ces noms ont constitué le titre de l’œuvre. Il est difficile d’apprécier le travail de ces deux chanteurs, car si vocalement l’un comme l’autre ils ont été irréprochables, la virtuosité du soprano s’épanouissant dans les acrobaties correspondant aux foucades de Sinforosa, et justifiant l’insertion de l’œuvre dans ce festival, dramatiquement le compte n’y est pas. Ce couple de morts-de-faim où l’homme est la marionnette de la femme, où un raté s’illusionne sur son génie et où une ancienne belle étale ses charmes décatis, appartient par nature au genre bouffe. A lire le résumé de l’action on avait imaginé un cousin du poète de <em>Matilde di Shabran</em>, aussi comique, et une mégère guère apprivoisée. La représentation nous a montré des personnages dépourvus&nbsp; de l’aura comique espérée. Peut-être faut-il incriminer la mise en scène, à parler franchement peu marquante ou peu convaincante, qui semble avoir renoncé à l&rsquo;adjuvant du maquillage, et laisser la bride sur le cou à Sinforosa dans la scène du marché où elle coquette avec les vendeurs alors qu’elle devrait couver jalousement Eutichio?</p>
<p>Peut-être aussi l’œuvre a-t-elle ses défauts. Le propre des œuvres <em>semi-serie</em>, comme <em>Matilde di Shabran, </em>est le mélange du dramatique et du comique. Mais ici la scène entre Don Raimondo et Don Isidoro, où ils se jouent mutuellement la comédie, semble provenir d’un opera seria, et traîne en longueur. Et les scènes qui devraient être franchement comiques, avec l’agressive Sinforosa ou le peureux Eutichio, ne le sont guère. Qui est le responsable&nbsp;? Le compositeur, qui exploite une situation et la développe tant qu’il finit par alourdir le rythme général&nbsp;? Ou une mise en scène timorée&nbsp;?</p>
<p>Manifestement les moyens matériels disponibles pour la réalisation étaient minces. Signalons l’idée du film générique qui permet au spectateur de découvrir la distribution et les changements de lieu successifs, les toiles de fond qui suggèrent les engrenages des machines des faux monnayeurs, et la maison sur la colline, où nous avions vu la demeure de<em> Psychose</em> quand il s’agirait du manoir d’<em>Edouard aux mains d’argent</em>. Et déplorons que ce manque de moyens ait réduit à l’os la représentation des apparitions spectrales. Le public s’est néanmoins montré très chaleureux au rideau final, en particulier et à juste titre envers le chœur, dont les membres ont fourni eux-mêmes leurs costumes. Sponsors, à vos marques…</p>
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