Ah ! je ris...

Sauvons la caisse/Faust & Marguerite - Noisiel

Par Thomas Niel | mar 10 Mars 2020 | Imprimer

Production du Palazzetto Bru Zane jouée pour la première fois en juin dernier au Théâtre Marigny, Sauvons la caisse/Faust & Marguerite assemble deux très courtes opérettes, la première de Charles Lecocq et la seconde de Frédéric Barbier. Outre l’époque de leur création, ces deux pièces n’ont en commun que leur légèreté dramatique et l’étrange écho contemporain du sujet abordé. Le Palazzetto ne s’y est pas trompé en confiant leur interprétation à la compagnie Les Brigands, dont le nom est désormais bien identifié à un savoir-faire certain en la matière. 

La mise en scène très sobre de Lola Kirchner a pris le parti de reprendre une ambiance d’époque. Les artistes se déplaçaient dans un espace délimité par un petit rideau rouge, une table de maquillage et un sceau contenant divers balais et serpillères.   

Mais ce décor parcimonieux a permis de concentrer toute son attention sur le jeu des trois artistes, dont la présence scénique était remarquable. A la fois musiciens et comédiens, ils ont joué avec maîtrise des ressorts comiques et dramatiques des deux pièces. Le ténor Flannan Obé s’est particulièrement distingué dans ses rôles de Cruchinet, valet amoureux et docile et Faust, chanteur « de province » trouvant davantage de malheur dans ses bretelles cassées que dans la salle désertée par le public. Il a déployé une diction claire, un engagement physique important et une sagacité dans son chant aux multiples tons. La soprano Lara Neumann était admirable dans son rôle d’une Marguerite à la parole franche et à l’accent titi parisien, composant alors pour la pièce de Barbier un couple véritablement pétillant avec son amant. Disposant également une belle maîtrise dans sa voix, elle a mêlé une technique plus « comédie musicale » dans les graves à une technique lyrique certaine. Le troisième larron était accordéoniste : Pierre Cussac tenait solidement la partition d’orchestre entre ses mains, et devenait ponctuellement un personnage participant activement aux effets comiques, par exemple avec les reprises de cadences interminables de Cruchinet béat ou les motifs parodiques du Faust de Gounod.

L’opérette de Lecocq met en scène la domination d’une cavalière-acrobate qui profite d’un valet godelureau pour se venger de son maître qui l’avait autrefois insultée. Loin de toute position victimaire, elle incarne un personnage féminin revanchard, mais qui punit finalement le serviteur plutôt que le maître. Bien qu’amusante, cette pièce souffre davantage du passage des années, la caricature du hongrois relevant d’un folklore légèrement tisonnier. L’œuvre de Barbier offre en revanche une grinçante acuité contemporaine sur la question de la diffusion des artistes : Faust et Marguerite sont les personnages parodiques de l’opéra de Gounod, qui chantent à Fouilly-les-Mouches ; là-bas le public les délaisse, fatigué d’être servi par des versions économes des grandes œuvres jouées à Paris.

Cette pièce ironique trouvait ainsi une pertinence réelle à être jouée dans une Scène nationale, dont la mission est aussi de diffuser du lyrique malgré des coûts – et des goûts reconnaissons-le aussi – pouvant s’avérer discriminatoires. La Ferme du Buisson, qui a l’avantage d’être aussi un cinéma, propose notamment tout au long de sa saison des diffusions d’opéras filmés. Toutefois, à l’image de l’opérette, le public fut, d’apparence du moins, également une caricature dans l’âge. Mais à l’heure de l’émergence de l’expression « Ok boomer », comment ne pas se réjouir aussi que des jeunes musiciens arrivent à égayer avec talent leurs aînés ?   

 

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